CIV_Rapport analyse_Transformation budg__ VDec 2024
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Remerciements
Le dividende démographique correspond aux bénéfices économiques potentiels qu’un pays peut tirer d’une structure démographique favorable, marquée par une forte proportion de population en âge de travailler et une dépendance démographique réduite. Cependant, pour capturer ce dividende, il est nécessaire (i) d’investir dans les secteurs clés comme l’éducation, la santé, et l’emploi et (ii) de veiller à ce que les allocations budgétaires soutiennent une croissance inclusive et le bien-être des populations.
Pour ce faire, le budget classique, organisé principalement autour des catégories de dépenses (salaires, fournitures, investissements, etc.), limite la capacité des décideurs à évaluer l’impact des allocations budgétaires sur des objectifs stratégiques comme ceux liés à la capture dividende démographique. A ce titre, la transformation du budget classique en budget fonctionnel s’avère impérieux et se présente comme une opportunité pour rendre les dépenses publiques plus efficaces, transparentes et orientées vers des résultats programmatiques tels que l’amélioration des capacités humaines, l’augmentation des opportunités économiques et la promotion de l’équité sociale.
Le présent rapport portant sur la transformation du budget classique de la Côte d’Ivoire en budget fonctionnel sur la période de 2010 à 2023 a enregistré la riche contribution des Experts nationaux et Partenaires d’appui à qui j’adresse mes remerciements, pour la qualité du travail abattu.
Je tiens particulièrement à exprimer ma reconnaissance à Madame Nialé KABA, Ministre de l’Economie, du Plan et du Développement pour les orientations stratégiques ayant conduit l’élaboration de ce rapport et surtout pour son engagement à l’intégration des dynamiques démographiques dans les politiques publiques.
Sigles et abréviations
ANP
Autorité Nationale de la Presse
BAD
Banque Africaine de Développement
BTP
Bâtiment et Travaux Publics
CAIDP
Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public
CAN
Coupe d’Afrique des Nations
COVID
Coronavirus Disease
CREDD
Cadre Stratégique pour la Relance Économique et le Développement Durable
CREG
Consortium Régional pour la recherche en Économie Générationnelle
DPED
Direction de la Planification, des Etudes et de la Documentation
EDS
Enquête Démographique et de Santé
FMI
Fonds Monétaire International
FCFA
Franc de la Communauté Financière Africaine
HACA
Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle
HABG
Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance
IDH
Indice de Développement Humain
IGE
Inspection Générale d'État
IGF
Inspection Générale des Finances
IPC
Indice de Perception de la Corruption
MAG
Malnutrition Aiguë Globale
PJGouv
Programme Jeunesse du Gouvernement
PNCS
Programme National de Cohésion Sociale
PND
Plan National de Développement
PNDS
Plan National de Développement Sanitaire
PNUD
Programme des Nations Unies pour le Développement
PSGouv
Programme Social du Gouvernement
RGPH
Recensement Général de la Population et de l’Habitat
RSS
Réforme du Système de Sécurité
TIC
Technologies de l'Information et de la Communication
UA
Union Africaine
UEMOA
Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine
Liste des tableaux
Tableau 1 : Typologie des biens 10
Tableau 2 : Évolution du budget entre 2010 et 2023 13
Liste des figures et graphiques
Figure 1 : Moyenne de l’allocation budgétaire des différentes fonctions entre 2010 et 2023 14
Graphique 1 : Évolution budgétaire des fonctions par composante 18
Graphique 2 : Évolution tendancielle des fonctions du Capital Humain par nature de dépenses 21
Graphique 3 : Évolution tendancielle des fonctions de la Structure de l’Économie par nature de dépenses 22
Graphique 4 : Évolution tendancielle des fonctions de la Gouvernance par nature de dépenses 25
Graphique 5 : Évolution tendancielle des fonctions des Réseaux par nature de dépenses 26
Sommaire
Sigles et abréviations i
Liste des tableaux ii
Liste des figures et graphiques ii
Sommaire iii
I. INTRODUCTION 1
II. CADRE CONCEPTUEL ET MÉTHODOLOGIE 8
1. Clarification de concepts 8
2. Méthodologie 11
III. ANALYSE DES RÉSULTATS 12
1. Analyse globale du budget 12
2. Analyse de la répartition budgétaire par secteurs et natures 19
IV. CONCLUSION 27
BIBLIOGRAPHIE 28
ANNEXE iv
1. INTRODUCTION
* État et structure de la population ivoirienne
La Côte d'Ivoire a mené en 2021 son cinquième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH), après ceux de 1975, 1988, 1998 et 2014. Ce recensement a dénombré 29 389 150 habitants, avec un taux de croissance démographique moyen de 2,9 % entre 1998 et 2021, bien que ce taux ait diminué depuis les années 1970, passant de 3,8 % entre 1975 et 1988 à 2,9 % aujourd'hui. La population ivoirienne se distingue par une forte proportion de jeunes : environ trois personnes sur quatre ont moins de 35 ans, une caractéristique qui peut à la fois favoriser l’économie et poser des défis pour l’insertion professionnelle et la prise en charge sociale.
En termes de répartition spatiale, un déséquilibre important est observé entre les zones de forêt au sud et de savane au nord. Les zones forestières, bien que couvrant 48 % du territoire, concentrent environ 74 % de la population, tandis que la savane, qui représente 52 % du pays, abrite seulement 26 % de la population. Ce déséquilibre est renforcé par une urbanisation rapide : plus de la moitié de la population ivoirienne vit désormais en zone urbaine, avec une forte concentration à Abidjan, qui accueille près de 20 % des habitants du pays. Cette urbanisation accrue pose des défis de gestion des infrastructures et des services publics, en particulier dans les domaines de l’assainissement, du logement et de l’éducation.
La Côte d’Ivoire est également un pôle d’attraction pour les ressortissants d’autres pays ouest-africains, en particulier du Burkina Faso, du Mali et de la Guinée. En 1988, environ 28 % de la population ivoirienne était d’origine étrangère, proportion qui a légèrement diminué dans les recensements ultérieurs. Cette population présente également une grande diversité ethnique : environ 60 groupes ethniques, regroupés en quatre principaux ensembles culturels (Akan, Mandé, Krou, et Gur), confèrent au pays une richesse culturelle significative. Cependant, cette diversité implique aussi des enjeux pour la cohésion sociale, surtout dans un contexte de croissance rapide et d'urbanisation.
En somme, le profil démographique de la Côte d'Ivoire présente des opportunités économiques potentielles en raison de sa population jeune et en croissance. Cependant, les autorités doivent faire face à des défis structurels, tels que la gestion des migrations internes et internationales, l'équilibre de la répartition territoriale, et l'insertion socio-professionnelle des jeunes. Ces éléments sont cruciaux pour une croissance inclusive et durable du pays.
* Situation économique de la Côte d’Ivoire
Après l'indépendance en 1960, la Côte d'Ivoire a connu une période de prospérité économique fondée principalement sur une agriculture dynamique (cacao, café) qui a fait d'elle une puissance régionale dans les années 1970. Cependant, la dépendance aux matières premières a également révélé sa vulnérabilité aux fluctuations des prix mondiaux. Les crises politiques et conflits internes, dont le coup d’État de 1999 et la crise militaro-politique entre 2002 et 2011, ont freiné le développement et affaibli l’économie du pays. Toutefois, ces épreuves ont encouragé la Côte d'Ivoire à mettre en œuvre des réformes économiques et institutionnelles visant à diversifier ses activités et renforcer sa résilience.
Depuis 2011, l’économie ivoirienne affiche une croissance soutenue, appuyée par des investissements publics et privés, ainsi que par des réformes structurelles visant à réduire la dépendance aux produits agricoles et à élargir la base productive. L'agriculture demeure un secteur clé, mais le développement du secteur des hydrocarbures est en pleine expansion. La production de pétrole brut a notamment connu une hausse significative en 2024 avec l'exploitation du gisement "Baleine", qui devrait atteindre 150 000 barils par jour d’ici 2027, renforçant ainsi l’indépendance énergétique du pays et augmentant ses exportations.
Le pays profite également d’importants investissements dans les infrastructures, avec des projets de grande envergure dans les secteurs routier, énergétique, et des communications. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), la Côte d'Ivoire devrait enregistrer une croissance de 6,5 % en 2024, une performance alimentée par la consommation intérieure, ainsi que par les investissements publics et privés. Cependant, pour que cette croissance soit inclusive et profite à l'ensemble de la population, il est essentiel de renforcer l'insertion socio-professionnelle, en particulier pour les jeunes, et de promouvoir une meilleure distribution des ressources entre les régions. En effet, sur le plan socio-économique, la population active est majoritairement concentrée dans les secteurs informel et agricole. Cependant, on observe une lente transition vers une économie davantage orientée vers les services et l'industrie. Cette évolution est en partie due à la jeunesse de la population, avec un potentiel important de main-d'œuvre, mais qui nécessite des investissements dans l'éducation et la formation professionnelle pour répondre aux exigences d'une économie en mutation.
En conclusion, la Côte d'Ivoire se positionne aujourd'hui comme une puissance régionale en pleine transformation économique et démographique. Cependant, la gestion de sa population jeune et en pleine expansion, l'équilibre des répartitions territoriales, ainsi que la diversification de son économie, seront des défis importants pour garantir une croissance inclusive et durable.
* Situation du capital humain
La Côte d’Ivoire enregistre des progrès notables en matière de développement humain grâce à diverses initiatives. Dans le secteur de l’éducation, le Plan Sectoriel Éducation/Formation 2016-2025 s’inscrit dans le cadre stratégique du Plan National de Développement (PND), avec pour objectif de renforcer le capital humain et de promouvoir le bien-être social. Ce plan vise une meilleure mise en œuvre des politiques éducatives pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation.
Malgré ces efforts, les indicateurs montrent des résultats contrastés. Dans le domaine de l'éducation préscolaire, le taux de fréquentation est relativement bas, atteignant seulement 11,19 % en 2023, bien qu'il représente une légère augmentation par rapport aux 10,3 % observés en 2022. En enseignement primaire, le taux brut de scolarisation a régressé de 101,09 % en 2022 à 96,63 % en 2023. De même, au niveau secondaire, les taux de scolarisation dans les premier et second cycles ont respectivement baissé, passant de 76,2 % à 66,49 % pour le premier cycle et de 40,6 % à 30,7 % pour le second. En revanche, les taux de réussite aux examens scolaires ont légèrement progressé en 2023 par rapport à l'année précédente, selon les statistiques scolaires 2022-2023 du ministère de l'Éducation nationale. Par ailleurs, le taux de fréquentation dans l'enseignement professionnel, bien qu’encore faible à 6,2 %, a augmenté de 0,2 % entre 2022 et 2023. Cependant, plusieurs défis persistent dans le système éducatif, notamment un niveau d’acquisition des connaissances souvent insuffisant, des infrastructures inadéquates, un manque d'enseignants qualifiés, en particulier dans les matières scientifiques, et des taux de réussite aux examens relativement bas (30,78 % pour le baccalauréat en 2022 et 32,09 % en 2023).
Dans le secteur de la santé, le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2021-2025 vise à améliorer la gouvernance, l'accessibilité des soins et la lutte contre les maladies. Ces efforts ont permis une légère progression de l’Indice de Développement Humain (IDH), qui est passé de 0,538 en 2019 à 0,550 en 2021 (Rapport PNUD 2021-2022). L’espérance de vie à la naissance a également augmenté, atteignant 60,1 ans en 2023 contre 58,9 ans en 2022 (Rapport BAD 2024). Malgré ces avancées, des indicateurs critiques comme la mortalité maternelle, qui reste élevée à 385 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2021, ainsi que la mortalité néonatale (30 pour 1 000 naissances) et la mortalité infanto-juvénile (52 pour 1 000) montrent encore des disparités préoccupantes (EDS 2021).
Les indicateurs de suivi en matière de soins prénatals et d'accouchements assistés sont en amélioration, avec un taux de consultation prénatale (4e visite) ayant progressé de 57 % en 2021 à 60,6 % en 2023, et un taux d'accouchements assistés en hausse de 84,6 % en 2022 à 85,2 % en 2023 (DPED, 2022). La prévalence contraceptive a aussi augmenté de 1 point entre 2021 et 2023, atteignant 85 % en 2023 (Rapport CREDD 2022). Le taux de fécondité a légèrement baissé, passant de 4,4 enfants par femme en 2021 à 4,3 en 2022, traduisant un changement progressif dans les comportements reproductifs.
La situation nutritionnelle, cependant, reste préoccupante. La prévalence de la malnutrition aiguë globale (MAG) est estimée à 6,8 %, tandis que la malnutrition chronique touche 22,4 % de la population, classant la situation nutritionnelle comme « précaire » (Rapport Technique National sur l’évaluation de l’état nutritionnel 2020). Ces carences nutritionnelles représentent des obstacles majeurs pour le développement socio-économique, impactant négativement l’économie, l’éducation et la santé.
Par ailleurs, des défis budgétaires persistent, notamment avec un budget alloué à la santé de 5,95 % en 2022, encore loin de l’engagement de 15 % pris par la Côte d’Ivoire lors de la Déclaration d'Abuja en 2001. Ces limitations budgétaires, combinées à une forte croissance démographique, posent un défi de taille pour l’amélioration durable du capital humain dans le pays.
* Situation de la gouvernance
La gouvernance, qui englobe les décisions, règles et pratiques visant à assurer le bon fonctionnement d'une organisation ou d'un État, met l'accent sur la sécurité institutionnelle et la stabilité des structures. Elle repose sur des organes responsables de l’élaboration, de l’application et du contrôle de ces mécanismes, dans un cadre transparent et conforme aux principes de bonne gouvernance. Ce concept s'articule autour de deux dimensions essentielles : l'institutionnel et le sécuritaire.
La gouvernance institutionnelle s'appuie sur un équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, essentiel pour garantir la paix, la sécurité et la stabilité en Côte d'Ivoire. Cet équilibre permet une gestion transparente et efficace des affaires publiques. Le pouvoir exécutif, par exemple, s’est engagé dans des réformes pour promouvoir la bonne gouvernance, notamment avec l’adoption en 2011 d’un code d’éthique et de bonne conduite, qui vise à renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques. Ce code s'accompagne d'un dialogue constant avec la société civile et d'une vigilance pour garantir la liberté de la presse. Du côté du législatif, l'adoption de la Troisième République en 2016, avec la création d'une Assemblée nationale et d'un Sénat, a renforcé le rôle de contre-pouvoir du parlement, lui permettant de contrôler et de réguler les actions gouvernementales. Quant au pouvoir judiciaire, il bénéficie de réformes visant à assurer son indépendance et son impartialité, avec pour objectif de le rendre plus accessible et efficace pour les citoyens et les entreprises. Ces efforts s’inscrivent dans une vision de développement d'institutions fortes et équitables à court et moyen terme. La lutte contre la corruption et la promotion de la transparence demeurent également des priorités du gouvernement.
À cet effet, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), créée en 2014, joue un rôle clé dans la prévention et la sanction des pratiques de corruption. Les progrès dans ce domaine sont encourageants : selon l'Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2023, la Côte d'Ivoire a gagné 3 points et 12 places en un an, atteignant un score de 40/100 et un rang de 87e sur 180 pays en 2023, contre un score de 37/100 et un rang de 99e en 2022. D’autres institutions, comme l'Inspection Générale d'État (IGE), l'Inspection Générale des Finances (IGF), la Cour des Comptes et la Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public (CAIDP), contribuent également à renforcer la transparence et l'accès à l'information publique.
Par ailleurs, la modernisation des infrastructures judiciaires et la révision du cadre juridique ont amélioré l'accessibilité de la justice, contribuant à restaurer la confiance des citoyens. La Côte d'Ivoire mène également une politique ambitieuse de décentralisation dans le cadre du Plan National de Développement (PND), transférant davantage de compétences et de ressources aux collectivités locales. Cette approche encourage la gouvernance participative en permettant aux régions et aux communes de jouer un rôle actif dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures locales, répondant ainsi plus directement aux besoins des citoyens.
Sur le plan sécuritaire, l'établissement d’un État de droit et la restauration d'un environnement sécurisé ont été des priorités pour le pays après la crise post-électorale de 2010-2011. La sécurité des personnes et des biens est devenue une priorité nationale. La Réforme du Système de Sécurité (RSS) a été lancée dans ce contexte post-crise pour redéfinir les missions et responsabilités des forces de sécurité et des institutions concernées, afin de garantir qu'elles opèrent dans le respect des principes démocratiques et de bonne gouvernance. La stratégie nationale de sécurité de la Côte d'Ivoire repose sur six axes : la sécurité nationale, la reconstruction post-crise, l’État de droit, le contrôle démocratique des forces de sécurité, la gouvernance économique, et les aspects humains et sociaux.
Grâce à ces réformes, la situation sécuritaire s’est considérablement améliorée, avec une baisse du taux de criminalité à l'échelle nationale. L'indice de sécurité, estimé à 1,6 en janvier 2015, est passé à 1,2 en 2019. La lutte contre l’insécurité s’est accompagnée d'une modernisation des forces de sécurité, rendue possible par une augmentation de 4,82 % du budget de la défense et de la sécurité entre 2021 et 2023. Cette hausse budgétaire a permis d’acquérir des équipements modernes et de former les forces armées et de police, renforçant ainsi leur capacité de réponse face aux menaces internes et externes. Des mécanismes de contrôle démocratique des forces de sécurité ont également été mis en place pour assurer la transparence de leurs actions, notamment avec la création en 2014 du Conseil National de Sécurité, chargé de suivre et d'évaluer les progrès en matière de sécurité.
Ces initiatives permettent à la Côte d'Ivoire de consolider ses structures administratives et judiciaires, d'améliorer ses relations diplomatiques et de renforcer un cadre normatif propice à une gouvernance plus transparente et efficace.
* Situation sociale et professionnelle
La diversité culturelle ivoirienne constitue un socle important pour la cohésion sociale, bien que le pays ait été confronté à des défis de paix et de stabilité au cours des dernières décennies. Cependant, sa culture, profondément ancrée dans les traditions ancestrales, est également influencée par la modernité et la globalisation. La transformation des liens sociaux, le passage à des structures familiales plus nucléaires, et l’évolution des solidarités communautaires sont des dynamiques actuelles, portées par l'urbanisation, la modernisation des modes de vie et les migrations. En milieu rural, les relations restent fortement communautaires, fondées sur l’entraide et les responsabilités collectives, où les rites et cérémonies rythment la vie sociale. En milieu urbain, les liens sociaux évoluent vers un modèle plus individualiste, avec des familles nucléaires prenant le pas sur les structures familiales élargies, influencées par des valeurs occidentales et l'impact des médias sur les jeunes générations.
Malgré cette modernisation, la solidarité demeure au cœur de la cohésion sociale. Les crises politiques passées ont parfois fragilisé cette cohésion, mais les liens communautaires ont souvent permis de surmonter les tensions. Dans cette optique, le gouvernement œuvre à construire une nation solidaire et équitable, où un système de protection sociale inclusif est mis en place pour les populations vulnérables. Des programmes tels que PJGouv, PSGouv 1 et 2, et le Programme National de Cohésion Sociale (PNCS) visent à renforcer l'inclusion sociale et la réduction des inégalités. Par exemple, le programme des Filets sociaux Productifs a permis à 175 000 ménages vulnérables de bénéficier de transferts monétaires, totalisant 15,58 milliards de FCFA en 2022.
En parallèle, les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) et le secteur des médias ont connu une croissance significative, soutenue par des réformes gouvernementales et la modernisation des infrastructures. Le gouvernement vise à faire des TIC un pilier pour renforcer la cohésion sociale et contribuer au développement socio-économique. Cela se traduit par des lois, telles que les modifications de la loi sur la presse et sur la communication audiovisuelle, ainsi que par l’action de structures de régulation comme la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) et l'Autorité Nationale de la Presse (ANP).
Le secteur des TIC est devenu un moteur de l'économie, avec une forte expansion d'internet et de la téléphonie mobile. Le taux de pénétration d'internet est passé de 21 % en 2013 à 97 % en 2023, avec une large couverture pour la 2G (97,81 %), la 3G (96,23 %) et la 4G (91,12 %). L’e-commerce est en pleine croissance, et les services financiers mobiles, notamment le mobile money, ont atteint un taux de pénétration de 82,2 % en 2023, soit plus de 25 millions d’abonnés. Des initiatives comme "Côte d'Ivoire numérique 2030" visent à faire du pays un hub numérique en Afrique de l’Ouest, en soutenant l'entrepreneuriat technologique et les start-ups.
Le paysage médiatique ivoirien est également en pleine transformation, avec une offre de médias diversifiée, entre presse écrite, radio, télévision et plateformes en ligne. La libéralisation du secteur audiovisuel a permis l'émergence de nouvelles chaînes de télévision, passant de 2 chaînes en 2010 à 10 en 2024. Bien que la presse écrite souffre d’une baisse de lectorat au profit des médias numériques, ces derniers, avec les réseaux sociaux, jouent un rôle croissant dans la diffusion de l'information et l'expression citoyenne.
En somme, les secteurs des TIC, des médias et de la communication sont des moteurs essentiels du développement en Côte d'Ivoire, offrant des perspectives prometteuses pour renforcer la cohésion sociale, l’inclusion économique et le développement de nouvelles opportunités professionnelles.
* Mutation dans les finances publiques
La Côte d’Ivoire, dans une démarche visant à moderniser la gestion des finances publiques, a engagé des réformes significatives en s'appuyant sur le cadre harmonisé de gestion des finances publiques défini par l’UEMOA. Ces réformes ont notamment inclus la mise en œuvre du Schéma Directeur de la Réforme des Finances Publiques 2018-2020, qui a conduit au basculement vers le budget programme en 2020.
Le budget programme constitue une transformation profonde de la manière dont les finances publiques sont planifiées et exécutées. Ce mode de gestion se distingue par son objectif de renforcer la cohérence entre les priorités de développement et les ressources allouées. Contrairement aux approches traditionnelles, il intègre une dimension pluriannuelle, garantissant une vision stratégique à moyen terme des dépenses publiques. Chaque programme est structuré autour d’objectifs précis et d’indicateurs de performance, qui sont régulièrement évalués pour mesurer les résultats et l’efficacité des politiques publiques.
La transition vers le budget programme a nécessité des changements substantiels, notamment :
* Mise en place d’un nouveau cadre institutionnel : L’adoption de nouvelles lois et règlements a structuré les modalités d’élaboration, de suivi et d’évaluation du budget.
* Renforcement des capacités des acteurs budgétaires : Des formations ont été organisées pour divers acteurs, notamment les gestionnaires de programmes, les parlementaires, les membres du gouvernement, les présidents d’institutions et les organismes de contrôle.
* Développement d’un système d’information budgétaire : Un outil numérique performant a été conçu pour répondre aux besoins spécifiques du nouveau mode de gestion.
* Évaluation régulière de la performance : Grâce à des indicateurs intégrés, la performance des programmes fait l’objet d’un suivi rigoureux et transparent.
Cette réforme vise non seulement à améliorer l’efficacité de l’allocation des ressources publiques, mais aussi à instaurer une culture de responsabilisation et de résultats au sein de l’administration publique. L’objectif final est de garantir que chaque franc dépensé contribue directement à l’atteinte des objectifs de développement fixés.
Ainsi, la mise en œuvre du budget programme marque une étape décisive vers une gestion des finances publiques plus moderne, transparente et orientée vers les résultats, répondant aux défis économiques et sociaux de manière plus ciblée.
2. CADRE CONCEPTUEL ET MÉTHODOLOGIE
1. Clarification de concepts
* Dividende démographique
« Augmentation du produit intérieur brut par tête susceptible de découler de la proportion croissante des personnes qui touchent un revenu par rapport au nombre de consommateur d’une population, en raison de changements de la structure par âge de la population et de l’amélioration de la productivité résultante d’investissements dans la santé, l’autonomisation, l’éducation et l’emploi » (Programmation du Dividende Démographique : De la théorie a l’expérience, p.10)
* Budget de l’État
C’est un « Acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses annuelles de l’État ». Aussi, le budget de l’État est l’« Ensemble des comptes qui décrivent pour une année civile toutes les ressources et toutes les charges de l’État ».
* Budget Général
Il s’agit d’un document qui retrace toutes les recettes budgétaires et toutes les dépenses de l’État (excepté recettes affectées aux budgets annexes et aux comptes spéciaux).
* Budget Programme
C’est la nomenclature du budget de l’État qui permet de mettre en relation l’utilisation de crédits budgétaires et les politiques publiques mises en œuvre. Les crédits sont regroupés au sein des programmes.
* Type de classification budgétaire
Classification administrative
Il s’agit de (i) présenter les dépenses budgétaires selon les services ou groupes de services chargés de leur gestion et (ii) d’identifier la hiérarchie du service chargé de l'exécution de la dépense.
Classification économique
Il s’agit d’observer une cohérence avec le plan comptable de l'État avec une codification permettant d'identifier les dépenses par nature.
Classification par programmes
Les crédits budgétaires sont décomposés en programmes (ou en dotations) au niveau des Institutions et des ministères du pays. Le programme regroupe les crédits d'une direction (ou ensemble de directions) ou d'un service (ou ensemble de services).
Classification fonctionnelle
Elle consiste à classer les dépenses budgétaires selon leurs objectifs socio-économiques. La classification des transactions des dépenses en fonction des fins auxquelles ces transactions sont réalisées. Une classification fonctionnelle ne dépend pas des unités qui réalisent les activités concernées. Cela invite à pratiquer une nomenclature du fait de l’existence de différentes rubriques du budget.
La nomenclature budgétaire équivaut à un système de classification budgétaire. A cet effet, la nomenclature budgétaire suit le système de classification budgétaire. Il s’agit de la classification des opérations budgétaires en fonction de différents critères.
Les opérations budgétaires sont classées en :
* Recettes : les recettes du budget classées selon leur nature correspondant à l'assiette de l'impôt, et éventuellement selon leur source.
* Dépenses : les dépenses du budget sont présentées selon les classifications administratives, par programme, fonctionnelle et économique.
La nomenclature budgétaire constitue un cadre de référence obligatoire.
Autres types de classifications
Il y a la classification par sources de financement où il s’agit d’identifier et de suivre les moyens de financement des dépenses budgétaires. Enfin, la classification par bénéficiaires où il s’agit d’établir le lien entre la dépense budgétaire et bénéficiaire final.
Encadré 1 : Notion de biens et de services publics
La théorie de l’équilibre général étudie la production et l’échange de biens privés. Les biens privés sont à la fois rivaux et excluables. Le principe de rivalité induit que la quantité consommée par un consommateur réduit d’autant la quantité disponible pour les autres consommateurs. Quant au critère d’excluabilité, c’est la possibilité d’exclure ou d’empêcher n’importe quel individu d’utiliser un bien. Ainsi, par opposition aux biens privés, les biens publics ne sont ni excluables ni rivaux (Mankiw and Taylor, 2013). Les deux critères susmentionnés sont valables pour caractériser tous les biens et services produits dans une économie et permet de les classer en quatre grandes familles à savoir : les biens privés, les biens communaux, les biens publics et les biens de club. Le Tableau 1 résume la typologie des biens classés selon les critères de rivalité et d’excluabilité.
Tableau 1 : Typologie des biens
Avec exclusion d’usage
Sans exclusion d’usage
Rival
Biens privés
Ex : pomme
Biens communaux
Ex : pâturage
Non rival
Biens de club
Ex : TV cryptée
Biens publics
Ex : défense nationale
Selon Mankiw et Taylor (2013), les trois biens publics les plus important sont la défense nationale, la recherche fondamentale et la lutte contre la pauvreté. Pour Bozio et al., 2010, l’action publique ne se limite pas aux fonctions régaliennes de l’État mais s’élargi aujourd’hui à la fourniture de biens et services d’éducation, de santé, de protection sociale et de réduction des inégalités.
2. Méthodologie
Cette étape consiste à faire un parcours exhaustif du budget classique pour classer chacune des lignes budgétaires à la fonction budgétaire qui lui correspond. Ce processus de transformation se fait selon trois étapes :
* La classification selon les Fonctions Principales ;
* La classification selon les Fonctions Secondaires et ;
* La classification selon la Nature Budgétaire.
La classification selon les Fonctions Principales
Le Budget Classique, avec toutes ses composantes structurelles, est parcouru pour être remodelé en tenant compte des huit (08) fonctions principales. Pour se faire, il a fallu regrouper les différents départements ministériels et Institutions Républicaines en tenant compte de leurs missions respectives en ces huit fonctions budgétaires du Budget fonctionnel à savoir :
* Éducation
* Santé
* Sécurité
* Institutions
* Affaires économiques
* BTP-Energie
* Réseau Social
* Réseau Professionnel
Ces fonctions budgétaires sont regroupées en quatre (04) composantes qui s’alignent sur la feuille de route de l’UA sur le dividende démographique :
* Composante « Capital humain » : Éducation et Santé ;
* Composante « Gouvernance » : Sécurité et Institutions ;
* Composante « Structure de l’économie » : Affaires économiques et BTP-Energie ;
* Composante « Réseaux » : Réseau social et réseau professionnel.
La classification selon les Fonctions Secondaires
Cet exercice consiste à faire correspondre à nouveau les dépenses effectuées au sein des départements et Institutions aux huit fonctions cette fois-ci en tenant compte des services dépensiers, de l’objet de la dépense et surtout de l’impact effectif de celle-ci.
La classification selon la Nature Budgétaire
Ce dernier consiste à reclasser les dépenses lors des deux premiers traitements en fonction des natures budgétaires à savoir :
* Fonctionnement
* Investissement
* Transfert/Subvention
Le résultat de ces différents exercices est ensuite présenté dans deux tableaux croisés dynamiques :
* Tableau Croisé Dynamique 1 en prenant :
* En Ligne : la fonction principale et la fonction budgétaire
* En colonne : l’année et la nature de la dépense
* Tableau Croisé Dynamique 2 en prenant :
* En ligne : la fonction budgétaire
* En colonne : l’année et la nature de la dépense
Les types d’analyses sont :
* Analyse économique du budget ;
* Détermination des optimums budgétaires sectoriels ;
* Analyse de l’efficacité et de l’efficience de l’allocation budgétaire ;
* Détermination des seuils budgétaires sectoriels.
3. ANALYSE DES RÉSULTATS
1. Analyse globale du budget
Le total budgétaire sur la période 2010-2023 s’élève à 89 641,71 milliards FCFA, montrant une expansion budgétaire significative. Cette croissance du budget reflète les ambitions de la Côte d’Ivoire à son émergence, avec une augmentation des dépenses pour soutenir les secteurs prioritaires (Tableau 2).
Le budget total passe de 2 849,82 milliards FCFA en 2010 à 11 777,86 milliards FCFA en 2023, ce qui traduit une augmentation significative. Cela reflète une croissance annuelle soutenue, bien que certaines années présentent des variations plus prononcées. En effet, la croissance annuelle moyenne semble élevée, avec des pics notables en 2015 (20,05%), 2019 (23,38%), et 2022 (22,32%), bien que des ralentissements soient observés en 2018 (-3,7%) et en 2021 (5,16%), qui pourraient indiquer des chocs économiques ou des changements de priorités budgétaires.
La Figure 1 nous présente la moyenne des allocations budgétaires pour les différentes fonctions budgétaires sur la période 2010 à 2023. On remarque que la fonction la plus prépondérante, représentant près de la moitié de la répartition moyenne totale, est celle des Affaires économiques. Cette dominance souligne son rôle central en tant que priorité stratégique majeure, mobilisant une part significative des ressources. Cela est d'autant plus justifié qu'elle constitue une source clé de création de valeur ajoutée pour le pays. Bien que sa proportion ait amorcé une diminution à partir de 2015, elle demeure l'axe principal des efforts budgétaires.
L'éducation se place en deuxième position, avec une allocation moyenne de 15,2 % sur les 14 années analysées, confirmant son rôle fondamental dans le développement à long terme. En revanche, le secteur de la santé se limite à une allocation moyenne de 4 %, nettement en deçà du seuil de 15 % recommandé dans le Plan d’Action de Maputo pour le financement du secteur. Cette situation met en évidence un potentiel besoin d’investissements accrus, en particulier dans un contexte où la santé publique est essentielle pour le bien-être général et la résilience du système social.
Les fonctions institutionnelles, englobant principalement les dépenses liées à l'administration publique et aux structures étatiques, représentent en moyenne 9,7 % du budget national sur la période 2010-2023. Cette proportion reflète l’importance stratégique accordée par l’État à ses institutions pour assurer la gouvernance et orienter les politiques publiques. De même, les dépenses consacrées à la sécurité publique se situent en moyenne à 6,3 % du budget, soulignant leur rôle dans la stabilité et la protection nationale.
Enfin, les réseaux reçoivent une part budgétaire relativement faible. En moyenne, les allocations destinées aux réseaux représentent 4,4 % du total, réparties entre le réseau social (3,9 %) et le réseau professionnel (0,5 %). Cette disparité met en lumière une attention limitée portée au développement des services professionnels et sociaux, bien que ces derniers soient des leviers potentiels pour renforcer la compétitivité et l’équité sociale.
En conclusion, la répartition des allocations budgétaires révèle une priorisation marquée des Affaires économiques, suivies par les secteurs de l'énergie, du BTP et de l’éducation. À l’inverse, des secteurs tels que la santé, la sécurité, ainsi que les réseaux sociaux et professionnels, reçoivent une part moindre, suggérant des opportunités d’ajustements budgétaires pour répondre à des enjeux clés encore insuffisamment adressés
Les graphiques analysés (Graphique 1) mettent en lumière les évolutions des parts budgétaires allouées aux principales composantes stratégiques : Capital Humain, Structure de l’Économie, Gouvernance et Réseaux. Ces tendances révèlent des priorités fluctuantes, influencées par des événements conjoncturels et des choix politiques de long terme.
* Capital Humain : Santé et Éducation
Éducation
La part du budget allouée à l’éducation a diminué de manière progressive, passant de 17,8 % en 2010 à 10,7 % en 2022. Une stabilisation autour de 15-18 % est observée jusqu’en 2015, suivie d’un déclin continu. Cette diminution pourrait refléter des arbitrages budgétaires en défaveur de l’éducation, malgré l’importance stratégique de ce secteur pour le développement à long terme. Une légère remontée en 2023 témoigne d’un possible ajustement récent.
Santé
La part budgétaire de la santé est restée relativement stable (entre 4 % et 6 %) sur l’ensemble de la période, avec un pic en 2020-2021, probablement lié à la gestion de la pandémie de COVID-19. Toutefois, elle demeure systématiquement inférieure à celle de l’éducation, ce qui reflète un choix national privilégiant l’éducation dans le cadre du Capital Humain.
Si l’éducation conserve une part significative, son recul continu contraste avec la stabilité de la santé. Cette dynamique soulève des interrogations sur la préparation aux défis liés à la jeunesse, à la formation et à la compétitivité future.
* Structure de l’Économie : Affaires Économiques et Énergie/BTP
Affaires Économiques
La part budgétaire dédiée aux affaires économiques, dominante sur la période (oscillant entre 40 % et 50 %), a connu une baisse marquée de 2010 à 2015, liée aux impacts de la crise sociopolitique. À partir de 2016, une légère reprise est observée, traduisant une volonté de stimuler l’activité économique dans un contexte de relance post-crise. Les hausses récentes (2019-2022) reflètent un soutien renforcé aux opérateurs économiques.
Énergie/BTP
Une nette progression est visible entre 2010 et 2014 (de moins de 10 % à 20 %), en lien avec des investissements dans les infrastructures post-crise. Cependant, cette part diminue progressivement jusqu’en 2023, où elle revient à des niveaux comparables à 2010 (environ 10 %). Une légère hausse récente (2021-2023) peut être attribuée à des projets spécifiques, relatif à la préparation à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).
Les affaires économiques restent une priorité budgétaire, tandis que les investissements dans les infrastructures physiques, bien que stratégiques, ont perdu de leur importance relative, traduisant un recentrage possible sur d’autres besoins.
* Gouvernance : Institutions et Sécurité
Institutions
Le budget alloué aux institutions présente des fluctuations importantes, avec une stabilisation autour de 10 % entre 2012 et 2018. Des pics significatifs sont observés en 2018 et 2021, traduisant peut-être des réformes administratives ou des besoins ponctuels en ressources. La volatilité récente reflète une gestion adaptative des priorités institutionnelles.
Sécurité
Après une forte baisse en 2011, consécutive à la crise post-électorale, une reprise marquée est observée à partir de 2012. Cette hausse s’explique notamment par la mise en place de stratégies nationales de sécurité (comme la Réforme du Système de Sécurité) et la réponse aux menaces croissantes (instabilité régionale, terrorisme). Depuis 2018, la part budgétaire de la sécurité augmente de manière soutenue.
Les investissements dans les institutions et la sécurité reflètent des priorités fluctuantes, influencées par des réformes structurelles et des crises sécuritaires. Si les institutions demeurent une priorité budgétaire, la montée en puissance de la sécurité traduit une réponse stratégique aux menaces croissantes.
* Réseaux : Social et Professionnel
Réseau Social
La part budgétaire consacrée aux réseaux sociaux a progressivement augmenté, passant d’environ 3 % en 2010 à un pic de 6 % en 2022. Cette tendance souligne une prise de conscience croissante des enjeux sociaux et une réponse budgétaire conséquente, notamment après 2020.
Réseau Professionnel
En revanche, la part budgétaire dédiée aux réseaux professionnels reste faible, oscillant autour de 0,5 % à 0,8 % sur toute la période. Une légère hausse est observée après 2019, mais les investissements dans ce secteur restent marginaux.
Le soutien croissant aux réseaux sociaux traduit une priorité nationale pour la cohésion sociale. Toutefois, le réseau professionnel demeure faiblement financé, ce qui pourrait limiter son impact sur la compétitivité et l’emploi.
Graphique 1 : Évolution budgétaire des fonctions par composante
Capital Humain
Structure de l’économie
Gouvernance
Réseaux
2. Analyse de la répartition budgétaire par secteurs et natures
Les analyses qui suivent permettent de comprendre comment le budget alloué à chaque secteur a été réparti selon les natures budgétaires : fonctionnement, investissement et transfert/subvention (Graphiques 2 – 5). Nous analysons tout d'abord la répartition globale dans le budget total des différentes fonctions sur la période 2010-2023, puis les répartitions par périodes, à savoir 2010-2014, 2015-2019, et 2020-2023, afin de suivre leur évolution.
* Le Secteur de l’Éducation
À partir du Graphique 2, il apparaît que sur la période 2010-2023, la part du budget consacrée au fonctionnement dans le secteur de l'éducation en Côte d'Ivoire, notamment les charges de personnel, a continuellement augmenté, représentant une moyenne de 84 %. Cette dynamique s'est faite au détriment des investissements, qui ne représentent que 7% du budget total. Les transferts, quant à eux, sont restés constants à 11 %.
Sur la période 2010-2014, les dépenses liées à l'éducation étaient majoritairement consacrées au fonctionnement (81 %), les transferts représentant 11 % et les investissements seulement 8 %. L’essentiel des dépenses de fonctionnement était orienté vers les salaires. Cela montre une priorité nette pour les coûts opérationnels au détriment des besoins structurels, tels que l’amélioration des infrastructures scolaires.
Dans la seconde période (2015-2019), la part allouée au fonctionnement a encore augmenté, atteignant 84 %. Les transferts sont restés constants à 11 %, tandis que les investissements ont reculé à 5 %. Cette évolution reflète une pression croissante liée à la gestion des effectifs et des salaires, ce qui pourrait limiter les efforts pour moderniser les infrastructures éducatives.
Enfin, dans la troisième période (2020-2023), avec le recrutement massif d’enseignants et la revalorisation salariale, les dépenses de fonctionnement ont atteint 86 %, tandis que les investissements ont chuté à 4 %, et les transferts à 10%. Cette répartition met en lumière les défis liés à une gestion budgétaire fortement centrée sur le fonctionnement, compromettant ainsi les projets de développement à long terme.
* Le Secteur de la Santé
Le Graphique 2 révèle que, comme pour l'éducation, les dépenses de fonctionnement dominent également dans le secteur de la santé, représentant 61 % du budget sur la période 2010-2023. Les investissements atteignent 29%, tandis que les transferts demeurent à 10 %.
La part consacrée au fonctionnement entre 2010 et 2014 était encore plus élevée (72 %), tandis que les investissements représentaient 17 %, et les transferts 11%. Cette répartition reflète une volonté de renforcer les capacités opérationnelles de l’administration sanitaire dans un contexte de post-crise politique.
Entre 2015 et 2019, la part du fonctionnement a légèrement diminué à 59 %, laissant plus de place aux investissements (32 %). Les transferts ont légèrement baissé à 9 %.
Cela suggère un effort pour accroître les infrastructures et équipements sanitaires, bien que la prédominance des dépenses courantes reste marquée.
Une baisse des dépenses de fonctionnement est observée (51 %) dans la dernière période (2020-2023), accompagnée d’une nette augmentation des investissements (41 %). Les transferts ont légèrement diminué à 8 %. Cette dynamique indique un recentrage progressif sur des projets structurants pour renforcer le système de santé, en dépit de contraintes budgétaires.
* Le secteur des Affaires Économiques
Le secteur des affaires économiques bénéficie d’une allocation budgétaire majoritairement orientée vers les investissements (52 %) sur la période 2010-2023. Les transferts représentent 34 %, tandis que le fonctionnement est limité à 14 % (Graphique 3).
Sur les périodes 2010-2014 et 2015-2019, les investissements dominent (71 %), avec des parts stables pour le fonctionnement (7 %) et les transferts (20 % – 22 %). Alors qu’en 2020-2023, il y a eu un changement notable avec une baisse des investissements à 7 %, tandis que les transferts grimpent à 63 %, reflétant une réorientation vers l’amélioration des conditions de vie des populations. La période récente marque un tournant, avec un focus sur les transferts pour répondre aux besoins sociaux immédiats. Cependant, cette baisse drastique des investissements peut freiner la transformation structurelle du secteur économique.
* Le Secteur Énergie/BTP
Dans le secteur Énergie/BTP, les investissements dominent largement la répartition budgétaire avec 86 % sur la période 2010-2023, suivis des transferts (12 %) et du fonctionnement (2 %). Cette tendance est constante sur les trois périodes analysées (Graphique 3). L’évolution par périodes montre qu’en 2010-2014, les investissements représentaient 89 %, les transferts 9 %, et le fonctionnement 2 %, tandis qu’en 2015-2019 ils ont légèrement diminué à 84 % et les transferts ont augmenté à 12 %. Enfin, dans la période 2020-2023, les investissements sont revenus à 86 %, les transferts et le fonctionnement restant stables.
Graphique 2 : Évolution tendancielle des fonctions du Capital Humain par nature de dépenses
Éducation 2010 – 2023
Éducation 2010 – 2014
Éducation 2015 – 2019
Éducation 2020 – 2023
Santé 2010 – 2023
Santé 2010 – 2014
Santé 2015 – 2019
Santé 2020 – 2023
Source : A partir de données – Partie nationale & CREG, 2024
Graphique 3 : Évolution tendancielle des fonctions de la Structure de l’Économie par nature de dépenses
Affaires économiques 2010 – 2023
Affaires économiques 2010 – 2014
Affaires économiques 2015 – 2019
Affaires économiques 2020 – 2023
Energie/BTP 2010 – 2023
Energie/BTP 2010 – 2014
Energie/BTP 2015 – 2019
Energie/BTP 2020 – 2023
Source : A partir de données – Partie nationale & CREG, 2024
Cette configuration reflète un secteur fortement orienté vers le développement structurel, avec une gestion optimisée des ressources humaines grâce à la privatisation des structures opérant dans ce domaine.
* Le secteur Institutions
Le Graphique 4 relatif à la gouvernance montre que les dépenses de fonctionnement représentent 31 % du budget des institutions sur la période 2010-2023, une proportion identique à celle des investissements. Les transferts, quant à eux, atteignent 38 %, traduisant une volonté de soutenir des structures décentralisées ou des programmes institutionnels spécifiques. Les budgets alloués aux transferts reflètent l’importance des subventions pour améliorer l’efficacité institutionnelle.
* Le secteur Sécurité
Pour la fonction sécurité, 81 % des ressources budgétaires sont consacrées au fonctionnement, contre 13 % pour les investissements et 6 % pour les transferts pour la période 2010-2023 (Graphique 4). Cette priorité donnée aux dépenses courantes met en lumière l’importance accordée à la gestion quotidienne du système sécuritaire. La prédominance des dépenses de fonctionnement reflète une priorité accordée à la gestion opérationnelle et au maintien de l’ordre, notamment après la crise post-électorale.
* Le secteur Social
Dans les réseaux sociaux, 46 % du budget sur la période 2010-2023 est alloué au fonctionnement, contre 32 % pour les transferts et 22 % pour les investissements (Graphique 5). Ces allocations reflètent des programmes sociaux majeurs tels que les PSGouv 1 & 2. Une tendance similaire est observée dans le réseau professionnel, où les transferts (41 %) et les investissements (30 %) dominent.
Sur la période 2020-2023, une augmentation notable des investissements dans le réseau social est observée (de 15 % à 27 %), en lien avec les réformes et l’organisation d’événements majeurs, tels que la CAN 2024.
* Le secteur professionnel
Dans le réseau professionnel, la part des transferts augmente entre 2015-2019 et 2020-2023 (de 38 % à 47 %), tandis que celle du fonctionnement diminue (Graphique 5). Ces évolutions traduisent une volonté d’orienter les ressources vers les secteurs porteurs, tels que les TIC et l’économie verte, pour favoriser une transformation structurelle de l’économie ivoirienne.
En définitive, cette analyse révèle des choix budgétaires souvent orientés vers le fonctionnement, particulièrement dans les secteurs comme l’éducation et la santé. Par contraste, des secteurs tels que les affaires économiques et Énergie/BTP ont historiquement favorisé les investissements, bien que des réorientations récentes vers les transferts soient observées. Pour répondre efficacement aux besoins immédiats et structurer une croissance durable, un rééquilibrage des priorités budgétaires semble nécessaire, notamment en augmentant les investissements dans les secteurs sociaux et professionnels.
Graphique 4 : Évolution tendancielle des fonctions de la Gouvernance par nature de dépenses
Institutions 2010 – 2023
Institutions 2010 – 2014
Institutions 2015 – 2019
Institutions 2020 – 2023
Sécurité 2010 – 2023
Sécurité 2010 – 2014
Sécurité 2015 – 2019
Sécurité 2020 – 2023
Source : A partir de données – Partie nationale & CREG, 2024
Graphique 5 : Évolution tendancielle des fonctions des Réseaux par nature de dépenses
Réseau Social 2010 – 2023
Réseau Social 2010 – 2014
Réseau Social 2015 – 2019
Réseau Social 2020 – 2023
Réseau Professionnel 2010 – 2023
Réseau Professionnel 2010 – 2014
Réseau Professionnel 2015 – 2019
Réseau Professionnel 2020 – 2023
Source : A partir de données – Partie nationale & CREG, 2024
4. CONCLUSION
Ce rapport met en lumière la répartition du budget de l’État selon ses différentes composantes et fonctions. Le processus de transformation ayant conduit à une présentation fonctionnelle du budget a permis de révéler les priorités budgétaires sous-jacentes sur la période 2010-2023. Ainsi, il apparaît que les secteurs de la Santé et des Affaires Économiques occupent une place centrale, bénéficiant de financements constants ou accrus. Ces investissements traduisent des efforts pour répondre aux besoins immédiats, tels que la santé publique et la relance économique.
En revanche, le déclin de la part budgétaire allouée à des secteurs essentiels comme l’Éducation et les Infrastructures, pourtant cruciaux pour un développement durable à long terme, soulève des interrogations sur la pérennité des politiques publiques actuelles. Cette évolution met en exergue la nécessité d’une priorisation plus équilibrée des dépenses, orientée vers le bien-être des populations et les enjeux de développement structurel.
Pour maximiser les bénéfices du dividende démographique en Côte d’Ivoire, il est essentiel de garantir une allocation budgétaire optimale. Cela implique non seulement de s’approprier les résultats de la transformation budgétaire engagée, mais aussi d'améliorer le processus de budgétisation et les politiques sectorielles. Une telle approche permettra d’intégrer de manière cohérente les enjeux démographiques dans la planification du développement socio-économique du pays.
BIBLIOGRAPHIE
Bozio, A., & Grenet, J., (2010), Economie des politiques publiques. La Découverte.
Gregory N. Mankiw , Mark P. Taylor, 2013, Principes de l'économie; De Boeck supérieur.
Les impératifs de la réforme du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire, 2017, Note d’analyse politique.
Rapport Indice de Perception de la Corruption, 2023, Transparency International.
Rapport d’évaluation Pays de la République de Côte D’ivoire, 2018.
Résumé analytique tome 1, Plan National de développement 2012-2015, Mars 2012, République de Côte d'Ivoire.
ANNEXE
* Liste des contributeurs
N°
NOM ET PRÉNOMS
FONCTION
STRUCTURE/MINISTÈRE
Coordination Générale
1
Dr HININ Moustapha
Directeur Général
ONP/MEPD
Équipe nationale
1
Dr KUNIBOUO Koko Angelo
Chef de département
ONP/MEPD
2
Dr KOUAKOU Issouf
Chef de département
ONP/MEPD
3
BIRBA Bali Jean Jacques
Chef de service
ONP/MEPD
4
Dr NIAMIEN Edano Cédric
Économiste
ONP/MEPD
5
Dr SADIA Jean Yves
Spécialiste Population et développement
UNFPA
6
ANOH Serge
Responsable suivi-évaluation
UCP-SWEDD
7
FOFANA Yaya
Chargé d’études
DGBF/MFB
8
KOUAO Diby Amos
Chef de service
DGBF/MFB
9
BENGALI Abdoulaye
Chargé d’études
DGF/MFB
10
M’BAHI Atté Arsène
Chargé d’études
DGP/MEPD
11
KOUAKOU Sévérin
Démographe
ANStat/MEPD
12
KOUACOU Kouadio Estelle
Chargée d’études
DAF/MENA
13
N’DA Foto Mathias
Chef de service
DGTCP/MFB
14
Dr BESSIE Baudelaire
Assistant étude et recherche
ONEG
15
SORO Ouanna
Chargé d’études
DAF/MSHPCMU
16
ALLOU Gérard
Chef de service
DGE/MEPD
Équipe internationale
1
Pr. DRAMANI Latif
Président-Coordonnateur
CREG
2
Dr GUIDIME Camille
Enseignant-chercheur
CREG
3
Dr OGA Jean-Baptiste
Enseignant-chercheur
CREG
4
YOROU Rachidou
Économiste
CREG
5
BIO Issa
Économiste
CREG
6
BALOGOUN Franck
Économiste
CREG
7
Dr DIALLO Boubacar
Assistant de recherche
CREG
8
Dr DIOP Mame Sangoné
Assistant de recherche
CREG

