RAPPORT PROVISOIRE_DDMI_CMR
311150266700Octobre 2023
095000Octobre 2023
4063365-17780
95250-1905
DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE
AU CAMEROUN
TOC \o "1-1" \h \z \u SOMMAIRE
PAGEREF _Toc148172051 \h 2
1.
COUVERTURE DE LA DEPENDANCE ECONOMIQUE
PAGEREF _Toc148172052 \h 8
RESUME
PAGEREF _Toc148172053 \h 9
INTRODUCTION
PAGEREF _Toc148172054 \h 9
1.1. CONTEXTE DEMOGRAPHIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUE
PAGEREF _Toc148172055 \h 9
1.2. METHODOLOGIE DES COMPTES NATIONAUX DE TRANSFERTS
PAGEREF _Toc148172056 \h 15
1.3. RESULTATS ET ANALYSE
PAGEREF _Toc148172057 \h 19
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
PAGEREF _Toc148172058 \h 35
2.
QUALITE DU CADRE DE VIE
PAGEREF _Toc148172059 \h 36
INTRODUCTION
PAGEREF _Toc148172060 \h 37
2.1 CONTEXTE NATIONAL : INEGALITES DE GENRE DANS LE CADRE DE VIE
PAGEREF _Toc148172061 \h 39
2.2. REVUE DE LA LITTERATURE
PAGEREF _Toc148172062 \h 48
2.3. CONCEPTS ET METHODOLOGIE
PAGEREF _Toc148172063 \h 50
3.
DYNAMIQUES DE LA PAUVRETE
PAGEREF _Toc148172064 \h 68
INTRODUCTION
PAGEREF _Toc148172065 \h 69
3.1. CONTEXTE
PAGEREF _Toc148172066 \h 69
3.2. REVUE DE LA LITTERATURE
PAGEREF _Toc148172067 \h 76
3.3. METHODOLOGIE
PAGEREF _Toc148172068 \h 79
3.4. RESULTATS ET ANALYSE DES DYNAMIQUES DE LA PAUVRETE
PAGEREF _Toc148172069 \h 80
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
PAGEREF _Toc148172070 \h 88
REFERENCES
PAGEREF _Toc148172071 \h 89
4.
DEVELOPPEMENT HUMAIN ETENDU
PAGEREF _Toc148172072 \h 90
INTRODUCTION
PAGEREF _Toc148172073 \h 91
4.1. CONTEXTE
PAGEREF _Toc148172074 \h 92
4.2. REVUE DE LA LITTERATURE
PAGEREF _Toc148172075 \h 108
4.3. METHODOLOGIE
PAGEREF _Toc148172076 \h 110
4.4. RÉSULTATS
PAGEREF _Toc148172077 \h 114
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
PAGEREF _Toc148172078 \h 119
RÉFÉRENCES
PAGEREF _Toc148172079 \h 121
5.
RESEAUX ET TERRITOIRES
PAGEREF _Toc148172080 \h 122
INTRODUCTION
PAGEREF _Toc148172081 \h 123
5.1. CONTEXTE DES RESEAUX ET TERRITOIRES AU CAMEROUN
PAGEREF _Toc148172082 \h 124
5.2. REVUE DE LA LITTERATURE
PAGEREF _Toc148172083 \h 127
5.3. METHODOLOGIE DE CONSTRUCTION DE L’INDICE DES RESEAUX ET TERRITOIRES
PAGEREF _Toc148172084 \h 134
5.4. RESULTATS ET ANALYSES
PAGEREF _Toc148172085 \h 137
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
PAGEREF _Toc148172086 \h 146
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
PAGEREF _Toc148172087 \h 147
C
OUVERTURE DE LA DEPENDANCE ECONOMIQUE
RESUME
INTRODUCTION
Pour son développement économique et social, le Cameroun s’est doté en 2009 d’une Vision de développement à long terme, avec pour ambition d’être «un pays émergent, démocratique et uni dans sa diversité à l’horizon 2035
». A
travers cette Vision volontariste le pays se propose : (i) d’atteindre une croissance économique proche de deux chiffres ; (ii) d’atteindre le seuil de 25% comme part de production manufacturière dans le PIB ; (iii) de réduire significativement la pauvreté en ramenant son incidence à moins de 10 % en 2035 ; (iv) de consolider le processus démocratique et de renforcer l’unité nationale dans le respect de la diversité.
La première phase de mise en œuvre de cette Vision a été opérationnalisée par le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) qui constituait ainsi le cadre de référence pour la période 2010-2019. LaStratégie Nationale de Développement (SND30) constitue le nouveau cadre de référence pour la période 2020-2030.Les objectifs globaux poursuivis par la SND30 sont : (i) mettre en place les conditions favorables à la croissance économique et l’accumulation de la richesse nationale et veiller à obtenir les modifications structurelles indispensables pour l’industrialisation du pays ; (ii) améliorer les conditions de vie des populations et leur accès aux services sociaux de base en assurant une réduction significative de la pauvreté et du sous-emploi; (ii) renforcer les mesures d’adaptation et d’atténuation des effets des changements climatiques et la gestion environnementale pour garantir une croissance économique et un développement social durable et inclusif ; et (iv) améliorer la gouvernance pour renforcer la performance de l’action publique en vue de l’atteinte des objectifs.
1
.1. CONTEXTE DEMOGRAPHIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUE
1.1.1.
Tendances Démographiques : structure et dynamique
Le Cameroun est un pays d’Afrique centrale caractérisé par une forte croissance démographique et une population très jeune. Il est limité au Nord par le lac Tchad, à l’Est par la République Centrafricaine, à l’Ouest par le Nigéria et au Sud par le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale.
Selon les projections, la population du Cameroun a été estimée à 24 348 251 habitants en 2019, et avoisinerait 40 millions en 2035 et 56 millions en 2060 (BUCREP, 2005).La répartition selon le sexe montre que cette population est constituée de 50,6% de femmes et 49,4% d’hommes.La population en âge de travailler constituée des personnes de 15 – 64 ans est de 53,9%. Ce qui traduit le fort potentiel humain du pays. La taille moyenne d’un ménage est de 4,9 personnes. L’espérance de vie à la naissance est de 53,4 ans chez les hommes et 57,1 ans chez les femmes.
La répartition spatiale présente des disparités importantes selon le milieu de résidence, entre les régions et à l’intérieur de celles-ci. La croissance urbaine est l’un des faits démographiques les plus marquants de ces dernières années au
Cameroun. En effet, le taux d’urbanisation était de 28,5% en 1976, il est passé à 39,0% en 1987 pour atteindre 48,8% en 2005. En 2019, on estime la population urbaine à près de 60%
Au Cameroun, la fécondité reste élevée, précoce et tardive. Selon les données de la 5ème Enquête de Démographie et de Santé du Cameroun (EDSC-5) réalisée en 2018, l’indice synthétique de fécondité a globalement évolué à la baisse, passant de 5,8 enfants par femme en 1991 à 4,8 enfants par femme en 2018. Le niveau de fécondité est nettement plus élevé en milieu rural (6,0 enfants par femme) qu’en milieu urbain (3,8 enfants par femme). Les femmes du milieu rural ont des taux de fécondité toujours plus élevés que celles du milieu urbain, cela quel que soit le groupe d’âges.
Le taux global de fécondité générale (TGFG), est estimé à 170 ‰. Soit 170 naissances pour 1000 femmes en âge de procréer. Ce taux est plus élevé en milieu rural (211‰) qu’en milieu urbain (137 ‰). Le taux brut de natalité (TBN) est estimé à 36,8 ‰.
Toutefois, la fécondité demeure précoce, avec un taux de 122 ‰ chez les 15-19 ans et de 215 ‰ pour les 20-24 ans. La situation de la fécondité au Cameroun est influencée par divers déterminants notamment : l’éducation, l’urbanisation, l’accès à la contraception, l’âge du mariage et de la maternité, la culture et la religion, l'économie et le statut socio-économique.
L'éducation joue un rôle significatif dans la fécondité au Cameroun. Les femmes ayant un niveau d'éducation plus élevé ont tendance à avoir moins d'enfants que celles ayant un niveau d'éducation plus faible. Les données de l’EDSC-5 montrent que l’ISE diminue avec le niveau d’instruction des femmes en âge de procréer passant de 6,2 pour les femmes n’ayant pas fréquenté à 3,0 pour celles ayant un niveau supérieur. De même, le pourcentage de femmes de 15-49 ans enceintes au moment de l’enquête en 2018 varie de 10,6% pour celles n’ayant pas fréquenté à 7,7% pour celles ayant un niveau supérieur.
L'urbanisation croissante au Cameroun a contribué à une réduction de la fécondité. Dans les zones urbaines, les taux de fécondité tendent à être plus bas que dans les zones rurales, probablement en raison d'un meilleur accès aux services de santé et de planification familiale, ainsi que des opportunités économiques.
L'accès à des méthodes contraceptives modernes et abordables est essentiel pour la maîtrise de la fécondité. On note selon l’EDSC-5 que si toutes les naissances non désirées étaient évitées, le nombre moyen d’enfants par femme serait de 4,3 au lieu de 4,8, soit un écart de 0,5 enfant. Près d’une femme de 15-49 ans sur quatre en union au moment de l’enquête (23 %) avait des besoins non satisfaits en matière de planification familiale.
Les mariages précoces et la maternité précoce sont encore relativement courants au Cameroun, en particulier dans certaines régions. Selon les données de l’EDSC-5, Près d’une adolescente de 15-19 ans sur quatre (24 %) a déjà commencé sa vie procréative.
La faible prévalence contraceptive contribue à la dégradation du standard de vie des familles dans le pays.
L’utilisation des méthodes contraceptives par les femmes en union demeure toujours faible. En effet, seulement 23% des femmes de 15-49 ans en union utilisent une méthode contraceptive quelconque.
Environnement économique
Lors des 5 dernières années (2014-2019), l’économie camerounaise a connu une croissance
qui tourne en moyenne
autour de 3,7% . Au cours de l’année, 2019, ce taux était de 3,2% hors taxe.
Malgré le contexte international, national (crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest, la destruction de la SONARA), et de sa forte diversité, la croissance du Cameroun est restée positive.
cette
croissance est fortement soutenue par le secteur tertiaire qui
a
contribué
à lui seul à
près de
la moitié du PIB.
Graphique xxx: Contribution des secteurs d'activités à la croissance du PIB réel (%)
Pour l’exercice 2019, tous les secteurs en dehors du secteur secondaire ont connu un ralentissement global.
Une analyse par secteur montre que le secteur primaire est en grande partie soutenue par l’agriculture
(qui tend à se mécaniser)
qui emploie près de la moitié de la population. La sylviculture et l’exploitation forestière contribuent également à la croissance.
Le secteur secondaire est grandement porté par les BTP. Les grands projets en infrastructures visant à rendre le
Cameroun
é
mergent
à l’horizon
2035 contribuent à la croissance. De m
ê
me, les industries extractives et notamment les hydrocarbures y contribuent également. Les industries manufacturières contribuent très peu aujourd’hui à la croissance
toutefois, il faut noter que ces dernières sont en hausses par rapport aux exercices précédents (avec l’arrivée de nouveaux acteurs dans le domaine de la cimenterie etc…)
.
Le secteur tertiaire est fortement dominé par les sous-secteurs des transports, du commerce et de la restauration. Malgré les différentes mesures mise en place par le Gouvernement avec la distribution d’ordinateurs aux étudiants
, la création de centre numérique dans de nombreuses universités publiques
, la réduction des droits de douane sur le matériel informatique, le secteur de l’information et de la communication contribue pour l’instant très peu à la croissance du PIB.
La consommation finale a affiché une hausse non négligeable de 3,4 % en 2019, tirée par les dépenses de consommation finale des ménages, elles-mêmes soutenues par les activités génératrices de revenus et les divers transferts reçus. La consommation publique (
+
0,5%) a contribué pour très peu en raison
des nombreuses réformes entreprises par le gouvernement visant à
contenir
s
es dépenses courantes.
Du côté de la demande, les investissements n’ont affiché une hausse que de
+
0,5% en 2019. Ceci
du fait de
la poursuite de certains
des projets de première génération (
chantiers routiers (autoroute Yaoundé-Douala)
, la poursuite de la construction de nombreux barrages hydro…)
et plusieurs autres infrastructures
liés à l’organisation de la CAN
les stades d’Olembe et de Japoma.
En prenant en compte l’inflation, on se rend compte que la croissance de la consommation finale est moins importante et se situe à 2,2%. Le taux de croissance de l’investissement devient négati
f
et se situe à
–
1,1%.
Dynamique de pauvreté
Enregistrant une évolution similaire à celle de l’inflation et avec un panier de consommation donné, le seuil de pauvreté monétaire est passé de 269 443 FCFA en 2007 à 339 715 FCFA en 2014, ce qui correspond au passage de la dépense moyenne journalière de 738 à 931 FCFA par adulte en 2014. Sur la base de ces seuils, l’incidence de la pauvreté, a légèrement reculé ces dernières années passant de 39,9% en 2007 à 37,5% en 2014. Ce taux de pauvreté enregistré en 2014 est en décalage de 2,3 points par rapport à l’objectif intermédiaire de 35,2% pour 2015 retenue par le Gouvernement dans le DSCE, l’objectif en 2020 étant de 28,7%.
Le milieu rural, où habite près de 60% de la population totale, concentre 90% des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 931 FCFA par jour pour couvrir tous les besoins prioritaires de base d’un adulte. L’incidence de pauvreté se situe dans ce milieu à 56,8% en 2014, en hausse de 1,8 point par rapport à 2007. A contrario, le milieu urbain affiche une incidence de pauvreté de 8,9%, en baisse de 3,3 points par rapport à 2007. En 2014, les régions de l’Extrême-Nord (35,8%), du Nord (20,1%) et du Nord-Ouest (13,2%) enregistrent 70% des pauvres du Cameroun.
L’analyse du profil de pauvreté et des tendances permet de dégager quatre groupes de régions d’enquête :
les deux villes que sont Douala et Yaoundé où la pauvreté est marginale et a peu varié ;
l’Est, le Littoral (sans Douala), le Centre (sans Yaoundé), le Sud-Ouest, l’Ouest et l’Adamaoua qui enregistrent une baisse sensible de la pauvreté (de 5 points ou plus) ;
le Nord, le Nord-Ouest et le Sud où le taux de pauvreté est en augmentation modérée (de moins de 5 points) ;
l’Extrême-Nord qui se démarque du reste du pays avec une nette augmentation du taux de pauvreté (de 5 points ou plus).
Cartographie de l’emploi
L’insertion des actifs sur le marché du travail est appréhendée à travers la situation d’activité des personnes actives, les secteurs d’activité dans lesquels ces personnes exercent leur emploi, les Groupes Socio-économiques (GSE) des actifs occupés, leurs profils et la dynamique de leurs emplois.
Le taux d’activité au sens élargi était de 70,4% en 2010. Cette valeur élevée masque d’importantes disparités entre les milieux, sexes ou groupes d’âge. Suivant le milieu de résidence, le taux d’activité en milieu urbain est
passé de 61.8% contre 76,4% en milieu rural. Par ailleurs, il était de 74,6 % chez les hommes et de 66,4% chez les femmes, soit près de 10 points d’écart. Cet écart était encore plus important entre régions d’enquête où il est passé de 52,0% dans l’Adamaoua à 84,3% à l’Ouest.
Ces écarts sont également observés entre les groupes d’âge. En effet, le groupe des 10-14 ans enregistre le taux le plus bas (36,2%) et les 35 -64 ans (91,5%) celui le plus élevé. Ce taux était de 72,0% chez dans le groupe de la population des jeunes (15-34 ans).
Il reste plus important pour l’ensemble de la population dite active (15-64 ans) que pour les jeunes. Chez les populations d’âge supérieur à 65 ans, ce taux d’activité élargi est en deçà de celui des jeunes avec une différence importante entre les sexe
s.
L’économie du Cameroun est fortement caractérisée par la prédominance des activités du secteur informel. Le taux d’informalité, qui représente la part des emplois observés dans le secteur informel par rapport à l’ensemble des emplois, se situe à 90,5 en 2010 contre 90,4% en 2005. Il est moins élevé, par rapport à la valeur nationale, en milieu urbain (80,3%), et dans les villes de Douala (78,5%) et Yaoundé (75,0%).
La majorité de demandeurs d’emploi (57,8 %) sont en situation de chômage de longue durée, soit de plus d’un an. Près de 56,2% des chômeurs au Cameroun sont des primo-demandeurs (recherche d’un premier emploi). Globalement, ils sont plus jeunes que les anciens occupés (23,9 ans contre 31,6 ans) et ont des niveaux d’études supérieurs à ceux des anciens occupés (10,1 années d’études scolaires réussies contre 9,0 années respectivement).
Education
Dans le cadre de la seconde partie de sa vision matérialisée par la Stratégie Nationale de Développement (SND30), la formation du capital humain et du bien-être est au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Il est attendu du secteur de l’éducation et de la formation de
Promouvoir un système éducatif à l’issue duquel tout jeune diplômé́ est sociologiquement intégré, bilingue, compétent dans un domaine capital pour le développement du pays et conscient de ce qu’il doit faire pour y continuer
. C’est ainsi qu’il est attendu dudit secteur :
(i) un enseignement fondamental couvrant le cycle primaire et le premier cycle du secondaire ouvert au plus grand nombre d’enfants de 6 à 15 ans ;
(ii) un enseignement secondaire de deuxième cycle reposant sur un équilibre dynamique entre l’enseignement général et l’enseignement technique ;
(iii) une formation professionnelle orientée par la demande du secteur de production reposant sur un dispositif modernisé et considérablement renforcé ;
(iv) un enseignement universitaire professionnalisé ;
(v) une formation continue étendue et doublée d’un système de valorisation des acquis de l’expérience (SND-30, 2020).
Entre les années 2019 et 2022, on a noté une évolution des effectifs des élèves à tous les niveaux d’études. Les effectifs sont passés de 541652 en 2019 à 596197 soit une évolution relative de 10% entre les deux périodes et se situe annuellement à une moyenne de 3,28% ; au niveau du primaire cette évolution est de 12,48% et se situe à une moyenne de 4% par an ; à l’enseignement secondaire, l’évolution sur la période 2019-2022 est de 11,80% avec une évolution moyenne de 3,79% par an. Au niveau des enseignements secondaires, l’évolution est plus remarquable dans le sous-système anglophone ou la moyenne est de 17% sur les quatre ans. Elle est de 1% dans le sous-système francophone.
Dans le primaire, le taux moyen d’accès est passé de 123% en 2011 à 128% correspondant à une augmentation de 5 points sur une période 10 ans. Cette progression est due à la multiplication des efforts liés à la gratuité de l’école au primaire et aux différents projets du gouvernement qui visent à accueillir le plus grand nombre d’enfants à l’école
Le taux brut de préscolarisation passe de 36,80% en 2017 à 39,70% en 2022 ; par rapport à la valeur de 2010 (28,8%) l’augmentation est d’environ 11 points, ce qui s’explique par l’offre accrue à ce niveau d’enseignement aussi bien au niveau urbain que rural et du secteur public que privé. Pour ce qui est du primaire, le taux brut de scolarisation est resté supérieur à 100% sur les six dernières années, ce qui s’explique par le fait que qu’une partie des élèves de ce niveau d’enseignement accède à un âge inferieur à l’âge officiel d’entrée qui est de 6 ans.
Au niveau de l’enseignement secondaire, le taux brut de scolarisation se divise en deux : celui du premier cycle dont l’âge est de 12-15 ans ; sa valeur se situe aux alentours de 50% sur les quatre dernières années alors que celui de la population de 16-18 ans se situe aux de 40%. L’évolution observée dans les deux cycles résulte du fait que l’offre d’éducation aussi bien dans le publique et que dans le privé ne cesse de croitre sur toute l’étendue du territoire. On est passé ainsi de 3930 établissements en 2019 à 4197 en 2022 soit une évolution de près de 8% sur ladite période.
Toutefois, il existe des disparités selon le genre et milieu de résidence.
Selon les résultats de l’enquête MICS de 2013-14, bien que les ruraux comptent pour près de 52% de la population totale des 5-24 ans, ils représentent 81% des jeunes de 5 à 25 ans jamais scolarisés, et parmi les scolarisés, à l’exception de l’enseignement primaire, ils accèdent moins que les urbains aux services éducatifs. Ils représentent ainsi 42%, 39%, 22% des individus scolarisés respectivement au préscolaire, au secondaire premier cycle et au secondaire deuxième cycle
La population scolarisée au préscolaire est majoritairement composée de filles soit 50,2 % du total. Mais, on note une baisse du rapport de féminité en 2021/2022 par rapport à l’année précédente, soit 100,9 % en 2021/2022 contre 101,4 % en 2020/2021. Le nombre d’élèves garçons dans le primaire reste supérieur d’un peu plus de 5 points à celui des filles (47,3%) en 2021/2022. Les enseignements secondaires ont accueilli au cours de l’année 2021-2022, une population de 1 983 379 élèves dans le Secondaire avec une scolarisation majoritairement féminin (parité en moyenne au-dessus de 0,80). Pour les apprenants du secondaire général, relevons que la proportion d’apprenants dans les filières scientifiques est encore inférieure à 50%, bien qu’il y ait un regain d’intérêt des filles pour ces filières. Au niveau du supérieur, les inégalités de sexe sont également observées dans l’accès dans les Universités. En effet, de 2020 à 2022, les filles ont représenté en moyenne 45% des effectifs inscrits à l’enseignement supérieur.
Santé
En vue de contribuer au développement d’un capital humain sain, productif et capable de porter une croissance forte, inclusive et durable, les autorités entendent garantir à toutes les couches de la population, un accès équitable et universel aux services et soins de santé de base et aux soins spécialisés prioritaires de qualité, avec la pleine participation de la communauté. Pour atteindre ces objectifs, les interventions sont articulées autour de quatre (04) axes, à savoir : (i) la promotion de la santé et de la nutrition ; (ii) la prévention de la maladie ; (iii) la prise en charge des cas ; et (iv) le renforcement du système de santé.
La santé de la mère, de l’enfant et de l’adolescent demeure préoccupante au Cameroun. Les maladies infectieuses et parasitaires causent de nombreux décès parmi les enfants de moins de cinq ans. Ce sont pourtant des maladies dont les moyens de prévention et de guérison sont connus. La morbidité due à ces maladies constitue un réel handicap pour la scolarité des enfants. Les enfants des familles pauvres sont plus exposés, parce que souvent affaiblis par une nutrition insuffisante et inadéquate. Par ailleurs, le niveau d’instruction de la mère est un facteur important de la santé de l’enfant, puisque le taux de mortalité baisse très sensiblement lorsque ce niveau augmente.
Plusieurs programmes ont été développés pour améliorer la santé des enfants, notamment le programme élargi de vaccination (PEV), la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME), et la protection contre la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME). Les résultats de la mise en œuvre de ces programmes n’ont pas été entièrement satisfaisants. On observe par ailleurs que la couverture vaccinale des enfants d’une famille est influencée par le niveau d’instruction de la mère, les conditions socio-économiques du ménage, et le nombre d’enfants de la famille.
Il apparaît clairement que le niveau de couverture vaccinale des enfants est influencé par le niveau d’instruction de leur mère et le niveau de bien-être du ménage. En effet, les proportions d’enfants complètement vaccinés augmentent avec le niveau d’instruction de la mère, passant de 32% parmi ceux dont la mère est sans niveau d’instruction à 54% parmi ceux dont la mère a un niveau primaire et à 67% quand la mère a un niveau, au moins, secondaire. En outre, la proportion d’enfants complètement vaccinés passe de 32% dans les ménages du quintile le plus pauvre à 70% dans le plus riche.
1.2. METHODOLOGIE DES COMPTES NATIONAUX DE TRANSFERTS
Les comptes nationaux de transferts (NTA) constituent un outil d’analyse des échanges intervenant entre des individus d’une même société. L’objectif des NTA est de mesurer comment, à chaque âge, les ressources économiques s’acquièrent et s’utilisent (Lee et Mason, 2011). Les NTA s’appuient sur une démarche internationale unifiée qui consiste à introduire l’âge dans la comptabilité nationale. Ils sont destinés à comprendre la façon dont les flux économiquescirculent entre les différents groupes d’âge d’une population pour un pays et pour une année donnée. Ils indiquent notamment à chaque âge les différentes sources de revenus et les différents usages de ces revenus en termes de consommation, que celle-ci soit privée ou publique, et d’épargne (d’Albis et al 2015). Ils permettent ainsi d’étudier les conséquences liées aux modifications de la structure par âge de la population.
L’approche des NTA n’est au fond qu’une manière de schématiser le cycle de vie, tout en permettant de le quantifier. Elle est fondée sur une identité fondamentale qui stipule que, pour un âgé donné, l’ensemble des flux sortantsde revenus est égal à l’ensemble des flux entrants de revenus. C’est en partant de cette équation que Lee (1994) a introduit l’indicateur du déficit du cycle de vie qui devient l’élément central dans la méthodologie des NTA.
1.2.1.
Equation fondamentale des NTA
et la notion du déficit du cycle de vie
Les NTA sont fondés sur une équation comptable qui stipule que, à chaque âge, les ressources doivent être égales aux usages qui en sont faits (United Nations, 2013) :
Le membre de gauche se compose de toutes les entrées courantes du groupe d'âge
a
: le
revenu du travail
Yla,
le revenu du capital
Yka,
le revenu du patrimoine
Ypa et les transferts reçus
τ+a. Le membre de droite est constitué de tous les flux sortants du groupe d’âge
a
: la
consommation
Ca, l’épargne
Saet les transferts versés
τ-a. Ainsi, selon cette équation, la somme du revenu du travail, du revenu du capital, du revenu du patrimoine et des transferts reçus doit être égale à la somme de la consommation, de l’épargne et des transferts versés. Cette identité est obtenue aussi bien pour les valeurs agrégées que pour les valeurs par habitant à chaque âge.
L'équation ci-dessus montre toutes les valeurs indicées par l’âge
a
, mais l'identité est également valable pour les agrégats nationaux, en d'autres termes, tous les groupes d'âge
combinés.
En réarrangeant les termes des flux entrants et sortants de manière à correspondre aux fondements conceptuels des NTA, l’équation permet de mettre en évidence le cycle de vie économique et les mécanismes économiques utilisés pour réaffecter les ressources entre les âges. Le cycle de vie économique est représenté sur le côté gauche (de l’équation ci-dessous) par le déficit de cycle de vie qui correspond, pour
un âge donné
a
, à la différence entre la consommation et le revenu du travail (
LCDa=Ca-Yl(a)).
Ce déficit du cycle de vie donne lieu à des réallocations de ressources entre les âges qui prennent la forme soit de transferts publics ou privés nets (
τa=τ+a+τ-a), soit de réallocations d’actifs (
Yka+Ypa-S(a)). Cela est matérialisé dans le membre de droite de l’équation suivante :
Chaque flux de l’équation est désagrégé de façon à distinguer le public et le privé.
1.2.2.
Construction des profils de consommation et de revenu du travail
Pour déterminer les groupes d'âges pour lesquels la consommation est supérieure au revenu et ceux pour lesquels elle est inférieure, il faut déterminer les profils par âge de la consommation et des revenus. Ceci se fait en plusieurs étapes décrites comme suit :
la détermination d'un profil par âge au niveau individuel pour un flux donné, sur la base de données d'enquêtes réalisées auprès des ménages ou de données administratives. D’une part, les données de l’Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 4) (Module Consommation) sont utilisées pour les profils de consommation privée, et d’autre part, concernant la consommation publique, les données mobilisées proviennent du budget de l’Etat, des annuaires statistiques de l’éducation, des comptes de la santé, et d’autres documents administratifs ;
ces profils issus de données d’enquêtes peuvent être un peu chahutés en raison des tailles d’échantillon. Pour cette raison, il a été procédé à leur lissage au cours des âges afin de les rendre plus homogènes ;
l’utilisation de données démographiques pour construire des profils provisoires agrégés (et non plus individuels) par âge. Soit x(a) la valeur d'une variable au niveau individuel pour le groupe d'âge a, soit N(a) l'effectif de ce groupe d'âge, le profil agrégé X est X = Σx(a)N(a) ;
l’ajustement des profils provisoires par le recours aux agrégats macroéconomiques issus de la comptabilité nationale, de telle sorte que le flux agrégé X coïncide avec la valeur de contrôle comptable au niveau agrégé correspondante C. Les profils par âge sont ajustés par le facteur correctif c = X/C. Les profils ajustés sont xc = x/c au niveau individuel et Xc = X/c au niveau agrégé. Ces profils ajustés permettent d'éliminer les éventuels biais d'échantillonnage et de rendre compatibles les comptes de transferts nationaux avec la comptabilité publique.
Ainsi, deux types de travaux empiriques doivent être menés. Premièrement, il faut calculer les agrégats macroéconomiques requis, à partir de la comptabilité nationale. Deuxièmement, il faut estimer les profils individuels (moyen) par âge qui permettront de ventiler ces grandeurs macroéconomiques.
Profils de consommation
La consommation dans les NTA se compose de la consommation publique et privée. La contrepartie des agrégats du système des comptes nationaux (SCN) est la dépense de consommation finale de laquelle sont retranchées les taxes sur la valeur ajoutée et d’autres taxes sur la consommation.
La consommation publique
L
a consommation publique distingue trois postes de dépenses : la santé, l’éducation et les autres biens et services publics. Les dépenses publiques de santé et d’éducation sont affectées par l’âge, ceci, en s’appuyant principalement sur les dossiers administratifs. On utilise les données budgétaires pour établir des estimations de l’éducation par élève mais aussi des dépenses par niveau d’éducation. Ces données sont ensuite combinées avec l’âge et le taux de scolarisation pour estimer la consommation de l’éducation publique par tête et par âge. Les méthodes utilisées pour répartir les dépenses publiques de santé sont plus variées et plus sujettes à l’erreur. Dans certains pays, par exemple, les profils d’âge des patients hospitalisés et des patients extérieurs sont utilisés et combinés avec les estimations de coûts par patient hospitalisé ou non. Dans d’autres, des estimations très détaillées des dépenses publiques de santé par âge sont disponibles auprès des agences de gouvernement ou des instituts de sondages. Le profil par tête et par âge des dépenses publiques de consommation des autres biens et services, comme les forces militaires, les routes ou encore les égouts, est supposé être constant selon l’âge (Lee et Mason, 2011).
La consommation privée
De façon symétrique, la consommation privée est composée de trois postes, avec les dépenses liées à l’éducation, celles liées à la santé, et enfin les autres dépenses privées en dehors de la santé et de l’éducation. L’allocation des dépenses privées d’éducation repose sur l’estimation d’un modèle de régression expliquant les dépenses d’éducation du ménage en fonction des nombres d’enfants scolarisés de chaque âge. Une procédure similaire est utilisée pour les dépenses de santé qui sont estimées par un modèle linéaire en fonction du nombre d’individus de chaque âge dans le ménage. Les autres dépenses de consommation privée suivent une règle d’allocation discrétionnaire qui consiste à fixer des poids exogènes à chaque individu du ménage en fonction de l’âge (United Nations, 2013). L’échelle d’équivalence utilisée attribue une valeur de 0,4 aux enfants jusqu’à l’âge de 4 ans inclus, ensuite cette valeur augmente proportionnellement à l’âge jusqu’à 20 ans où elle devient égale à 1, et enfin elle reste constante au-delà de cet âge.
Le profil d’âge pour chaque type de consommation (éducation, santé, autres) est obtenu en faisant la moyenne des consommations par âge chez tous les membres pour l’ensemble des ménages.
Profils de revenu du travail
Le revenu du travail est la somme du revenu salarial et du revenu de l’auto-emploi.
Le revenu salarial :
Le profil par âge du revenu salarié est calculé directement à partir des données d’enquêtes, en prenant la moyenne par âge des salaires et éléments de salaires.
Le revenu de l’auto-emploi
: Le profil du revenu de l’auto-emploi s’obtient à partir des données d’enquête en calculant la moyenne par âge du revenu des travailleurs indépendants si les données le permettent. Mais au cas seul le revenu mixte est disponible pour l’ensemble du ménage, l’approche préconisée dans le NTA est de traiter les deux tiers (2/3) du revenu mixte déclaré comme imputable au travail et de répartir ce revenu du travail familial aux travailleurs indépendants du ménage (dont les travailleurs familiaux non rémunérés) conformément à la proportion du revenu moyen du travail des employés de même âge.
Ratio de soutien économique et dividende démographique
Au-delà de l’analyse du cycle de vie économique, les NTA permettent de déterminer le ratio de soutien économique (RSE) et de mesurer le dividende démographique. Le RSE est un indicateur conçu pour capter le poids que ressentent les travailleurs de la part des consommateurs à prendre en charge (
United Nations, 2013)
. Il est déterminé en divisant le nombre de travailleurs effectifs (
L
) par le nombre de consommateurs effectifs (
N
) :
RSE=LN=aφa*P(a)aρ(a)*P(a)Le nombre de travailleurs effectifs d’un âge
a
donné est obtenu en pondérant la population d’âge
a
par
φaqui
représentela productivité du travail à l’âge
a.
Cette productivité du travail à l’âge
a
est appréhendée par le revenu du travail à l’âge
a
rapporté au revenu moyen des individus âgés entre 30 et 49 ans. Le numérateur prend en compte donc la participation effective au marché du travail ainsi que le niveau du revenu du travail selon l’âge, et
ne se restreint pas à la population active a priori.
De même, à un âge
a
donné, le nombre de consommateurs effectifs est donné par l’effectif de la population d’âge
a
multiplié
par
ρ(a)qui est égal au rapport entre la consommation par tête
à l’âge
a
rapporté à la consommation moyenne des individus âgés entre 30 et 49 ans. Le dénominateur prend en compte la variation des besoins de consommation en fonction de l’âge.
Le calcul du RSE se fait sur toute la population en mesurant pour chaque année d’âge (en référence aux individus âgés entre 30 et 49 ans) ce que vaut le niveau du travail (à travers le revenu) et le niveau de la consommation des individus à l’âge considéré. Ainsi, le RSE reflète à la fois l’effet de la structure d’âge et les profils par
âge de consommation et de production du revenu. En termes d’interprétation, le RSE représente donc le nombre de travailleurs effectifs par consommateur effectif. Ainsi, rapporté à 100, un ratio de soutien de 45% signifie qu’il y a 45 travailleurs effectifs pour 100 consommateurs effectifs. Lorsque ce ratio croit dans le temps, cela signifie que le travailleur effectif supporte de moins en moins de consommateurs, ceci permet de libérer des ressources économiques et correspond à une capture du dividende démographique. Le dividende démographique est donc appréhendé par un taux de croissance positif du ratio de soutien économique.
1
.3. RESULTATS ET ANALYSE
Dans cette partie, il est question de présenter les résultats et les analyses relatifs à la consommation, au revenu du travail, au déficit de cycle de vie, au ratio de soutien économique et à l’indicateur synthétique de la dimension.
1.3.1.
C
ONSOMMATION
La consommation se caractérise par les dépenses en éducation, santé et autres consommation.
Le profil âge de la consommation se définit par l’usage des biens et services pour la satisfaction des besoins directs des individus à différents âges. L’accumulation de connaissance sur une longue période (capital humain) se caractérise par une consommation des services d’éducation et de santé en général. Ainsi, une catégorisation de la consommation en termes de consommation en éducation, santé et autre serait d’intérêt. Lorsque la consommation est payée par l’Etat ou les collectivités locales, on parle de consommation publique. La consommation privée est celle qui est payée par le ménage (Cf. encadré 2).
Profil de consommation en
education
Deux types de profils de consommation d’éducation sont exposés dans cette sous-section. Il s’agit du profil moyen de consommation d’éducation qui concerne les individus selon leur groupe d’âge et du profil agrégé de consommation d’éducation qui prend en compte l’ensemble de la population.
Profil moyen de la consommation en éducation
Le Graphique xxx
ci-dessous
montre que la consommation du service d’éducation est liée à l’âge, que ce soit la dépense publique ou privée. De manière globale, les dépenses de l’État et des ménages pour l’éducation des jeunes commencent dès l’âge de 2 ans et varient selon les groupes d’âges.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 6
:
Profil moyen de la consommation en éducation au Cameroun en 2019.
Source : xxx
La consommation de l’éducation selon le graphique xx montre qu’au niveau du préscolaire, la consommation privée est plus élevée que la consommation publique. En effet pour les enfants d’âge officiel du préscolaire (enfants de 4 à 5 ans), la consommation financée par les ménages pour un enfant est comprise en moyenne entre 34 123 FCFA et 42 567 FCFA ce qui représente plus du double de la consommation financée par l’Etat pour cette même tranche d’âge (entre 14 511 FCFA et 16 761 FCFA).
Cette situation corrobore une offre et une demande d’éducation qui sont plus importantes dans l’ordre privé du préscolaire que l’ordre public. En effet, pour l’année scolaire 2018/2019, on recense dans le préscolaire un effectif de 5 425 410 enfants avec 64,3% d’enfants inscrits dans des établissements privés. Cette population d’enfants dans le préscolaire privé est encadrée par 17 102 maîtres contre 10 620 maîtres pour les enfants du préscolaire public.
Entre 6 ans et 11 ans, on observe une évolution de la consommation privée d’éducation en
cloche renversée
. Elle passe de 43 248 FCFA pour les enfants de 6 ans, à 13 889 FCFA pour les enfants de 8 ans puis à 27 300 FCFA pour les enfants de 11 ans. La consommation privée d’éducation représente moins de la moitié de la dépense de l'État des enfants de la même tranche d’âge. En effet, pour la tranche d’âge officielle du primaire, la consommation publique d’éducation augmente progressivement de 13 850 FCFA (pour les 6 ans) à 50 740 FCFA (pour les 10 ans) avant de faire un bond à 83 167 FCFA (pour les 11 ans).
Cette situation est corroborée par la demande d’éducation plus forte dans l’ordre public. Pour l’année scolaire 2018/2019, le nombre d’élèves inscrits dans les établissements publics est de 3 342 412 soit 76,0% des élèves du primaire. Concernant l’offre d’éducation, 58,8% des enseignants sont dans des établissements publics avec des salaires généralement plus élevés.
Pour la tranche d’âge du secondaire, même si la consommation privée d’éducation est toujours plus faible que la consommation publique d’éducation, elle croît régulièrement contrairement à la dépense publique. Ainsi, la dépense d’éducation des ménages pour les enfants de 12 à 18 ans augmente de 27 864 FCFA à 53 547 FCFA tandis que la dépense d’éducation de l’Etat décroît de 90 675 FCFA à 62 839 FCFA.
Tout comme pour l’offre et la demande d’éducation primaire, le public a de plus grandes valeurs. On a 2 763 établissements d’enseignement secondaire publics avec 65 264 enseignants contre 1364 établissements d’enseignement secondaire privés avec 20 785 enseignants vacataires. Par ailleurs, 1 298 112 enfants ont été inscrits dans le secondaire public contre 480 273 dans le secondaire privé.
Pour chaque enfant d’âge officiel du secondaire, l’Etat et les ménages dépensent en éducation plus que pour chaque enfant d’âge officiel du primaire.
Pour les personnes de 19 à 24 ans, on constate l’évolution des dépenses d’éducation en
cloche
au niveau des ménages atteignant un maximum de 64 863 FCFA pour les personnes de 21 ans.
Les dépenses de l’État consacrées à l’éducation baissent considérablement passant de 56 485 FCFA pour les personnes âgées de 19 ans à 40 270 FCFA/étudiant pour les personnes âgées de 24 ans. Pass
é
l’âge de 24 ans, les consommations privées et publiques d’éducation décroissent. La consommation d’éducation pour les 25 ans et plus commence à moins de 10 000 FCFA chez les ménages et à moins de 5 000 FCFA pour l’Etat, pour tendre à s’annuler après 36 ans (moins de 1 000 FCFA) chez les ménages et après 64 ans pour l’Etat.
Il ressort que le financement du système scolaire par l’État privilégie le secondaire qui consomme presque la moitié des dépenses publiques d’éducation. Dans le secteur de l’éducation, le Ministè
re desE
nseignement
S
econdaires (MINESEC), a effectué 54,7 % de la dépense totale du secteur contre 31,8 % pour le MINEDUB et 8,8 % pour le MINESUP.Cette prédominance du secondaire s’explique par une masse salariale importante.
Profil
agrégé
de la consommation en éducation
Le profil ci-dessous retrace le niveau agrégé de la consommation en éducation pour l’ensemble des individus sur le cycle de vie. Sur le plan national, les dépenses globales de consommation en éducation atteignent envir
on 1217
milliards FCFA et sont
majoritairement
portées par le secteur public
(59,7%).
L’analyse du graphique ci-dessus montre que les dépenses en éducation débute principalement autour de 4 ans avec l’entrée des enfants dans le préscolaires. Les dépenses augmentent avec l’âge jusq’à atteindre leur apogee à 16 ans où la consummation globale en education est de 76 milliard. La consummation publique est la plus importante et s’élève à 52,5 milliard. Après, cet âge, la dépense en education baisse progressivement pour devenir négligeage dès 26 ans.
Ce constat pourrait être justifié par le fait que cette tranche d’âge, la plupart des individus ont arête avec les etudes. L’enseignement supérieur étant suppose concerner les individus de 19-23 ans.
Profil de consommation en santé
Le profil de consommation de santé est subdivisé en deux profils à savoir : le profil moyen et le profil agrégé.
Profil moyen de consommation en santé
L’analyse du graphique montre que l’essentiel des dépenses en santé est supporté par les ménages. Les dépenses en santé sont élevées chez les nourrissons où l’on dépense en moyenne 14 000 Fcfa annuellement par enfant dont 11 123 Fcfa supportés par les ménages. Les dépenses en santé diminue progressivement pour atteindre son niveau le plus bas à l’âge de 10 ans où ils ne sont que de 2732 Fcfa en moyenne. Les dépenses grimpent après pour devenir très élevées aux ages avancées. A partir de 60 ans, ells sont au dessus de 30 000 Fcfa.
Consommation agrégée en santé
Les dépenses annuelles de
consommation en santé s’élèvent à 322,8 milliards. La majorités de ces dépenses viennent des ménages 263,2 milliards
Graphique xxx Profil agrégé de consommation en santé
L’analyse par âge montre que les dépenses sont élevées chez les nourrissons et déclinent jusqu’à 10 ans avant de remonter jusqu’à 29 ans. A partir de 30 ans, la structure par âge fait en sorte que les dépenses décroissent jusqu’aux âges très avancées
. On Remarque toutefois qu’entre 6 et 10 ans, les enfants sont peu malades. Ce qui fait en sorte que les dépenses publiques sont supérieures aux dépenses des ménages.
Profil de consommation hors dépenses en santé et éducation
Profil moyen de consommation
hors dépenses en santé et éducation
La consommation privée autre que l’éducation et la santé de la tranche d’âge de 1 à 5 ans s’élève à environ 246 000 FCFA par individu et par an. A partir de 6 ans, cette consommation augmente avec l’âge et atteint quasiment 900 000 FCFA à l’âge de 30 ans. A partir de 31 ans, le niveau moyen de la consommation privée autre que l’éducation et la santé décro
î
t progressivement pour arriver autour de 500 000
FCFA
pour les personnes du quatrième âge. Ceci pourrait s’expliquer par le coût élevé de la vie car tous les services sont marchan
ds. Aux âges d’activité, la pression familiale pousse les individus à l’altruisme. Ils dépe
nsent plus pour leurs enfants et parents. Aux âges avancés, avec la perte de revenu liée à l’inactivité et à la déficience du système de retraite, il est difficile de consommer.
La dépense publique autre que l’éducation et la santé est indépendante de l’âge et s’élève à 68 555 Fcfa en 2019.
Les services autres que la santé et l’éducation représentent 93,8% des dépenses de consommation. Ce taux élevé est porté par la consommation privée qui représente
95,6% des dépenses des ménages contre 80,2%
pour la consommation publique.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 4
: Profils
moyen
de consommation des ménages
autres que l’éducation et la santé
Profil
agrégé
de consommation
hors dépenses en santé et
éducation
Les dépenses autre que celles de l’éducation et de la santé s’élevent à 15 000 milliards dont 13 308 milliards supportés par les ménages.
Graphique xxx Profil agrégé de consommation autre que l’éducation et la santé
Les dépenses sont croissants de 3 à 21 ans car sont fortement influences par les dépenses en education. A partir de 22 ans, lesdépenses décroissent progressivement du fait de la sortie progressive de l’école, mais surtout du fait de la structure de la population qui à la forme d’une pyramide régulière.
1.3.2
PROFIL DE REVENU DU TRAVAIL
Pour analyser le revenu du travail dans les NTA, deux principaux groupes sont considérés à savoir : les salariés et les travailleurs indépendants. Cette classification permet de ressortir la dans cette partie, la situation du revenu du travail à partir du :
profil moyen par âge du revenu du travail ;
profil agrégé du revenu du travail total.
2.3.2.1 Profil moyen par âge du revenu du travail salarié et du revenu du travail indépendant (auto-emploi)
Le
REF _Ref480280387 \h \* MERGEFORMAT Graphique 10
représente le profil moyen par âge du revenu pour le travail salarié et le travail indépendant pour l’année 2019. Le graphique obtenu révèle que :
le revenu moyen du travail indépendant est plus important que celui du travail salarié à l’exception du groupe d’âges 42-49 ans où le fait contraire est observé ;
le revenu moyen du travail culmine à 896 565 F CFA pour un âge moyen de 48 ans chez les salariés alors que chez les indépendants il se situe à 944 364 F CFA pour un âge moyen de 53 ans ;
chez les personnes âgées de 71 ans ou plus, le revenu annuel moyen de celles exerçant un travail indépendant continuent oscille entre 400 000 FCFA et 158 000 FCFA tandis que celui de celles exerçant un travail salarié est nul.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 12
:
Profil annuel moyen par âge du revenu du travail
Source :
D’une manière générale, le revenu moyen, aussi bien du travail salarié que du travail indépendant, augmente avec l’âge pour la période de la vie active et baisse avec l’âge pour la période de vie inactive. Toutefois, l’allure de la courbe est perturbée chez les salariés (respectivement indépendants) pour les groupes d’âges : 38-47 ans et 64-69 ans (respectivement 34-40 ans et 75-88 ans). Cette perturbation est certainement le fait d’un choc subi par ces générations.
Le décalage observé entre le pic du revenu moyen du travail salarié et celui du travail indépendant pourrait signifier que l’âge de sortie de l’exercice de l’activité est plus retardé chez les travailleurs indépendants que chez les travailleurs salariés. En effet, en l’absence de changement du statut dans l’emploi (de salarié à indépendant), l’application de la règlementation en vigueur du travail par le biais du respect de l’âge de départ à la retraite contribue à faire baisser le revenu moyen.
Le revenu moyen le plus faible est obtenu dans les âges les moins avancées du fait de l’inactivité de la plupart des enfants de moins de 15 ans qui est notamment due à l’interdiction par les lois et les conventions de ne pas travailler avant cet âge (voire 14 ans sous certaines conditions). Toutefois, il a été observé chez les personnes âgées de 10-14 ans exerçant une activité, phénomène généralement appelé « travail des enfant ».
Pour les âges où le revenu du travail salarié est le plus important, les variations observées sur le graphique peuvent être expliquées par la progression des salaires en fonction de l’ancienneté et des avantages qu’on tire des positions occupées dans l’emploi. En effet, l’expérience professionnelle et le système généralisé des avancements dans le secteur formel qu’il soit public ou privé permet d’améliorer le salaire en fonction de l’ancienneté à travers le changement de catégorie. Il en est de
même de la probabilité d’occuper des positions offrant des avantages particuliers qui croit d’une manière générale avec l’ancienneté, et donc avec l’âge. Ainsi, les données présentées par le graphique témoignent que plus on a mis du temps en activité, plus le revenu moyen est important. A l’opposé, le revenu du travail salarié baisse et devient presque nul du fait essentiellement des départs à la retraite. Cependant, la décroissance observée autour de 34-40 ans semble contredire cette généralité. Les raisons qui l’expliquent peuvent se trouver dans le fait que la génération concernée a connu un évènement spontané qui a structurellement réduit leurs revenus par rapports à leurs cadets et aînés.
La courbe du profil moyen par âge aussi bien du travail salarié que du travail indépendant fait ressortir les enfants (moins de 15 ans), les jeunes (15-35 ans pour les salariés et 15-38 ans pour les indépendants), les adultes (36-48 ans pour les salariés et 39-55 ans pour les indépendants) et les vieux (plus de 48 ans pour les salariés et plus de 55 ans pour les indépendants).
Chez les 10-14 ans, le revenu moyen des indépendants est plus élevé que celui des salariés. Cette situation peut s’expliquer par le fait que les personnes travaillant avant l’âge officiel le sont dans l’informel et exerce parfois comme indépendant.
Chez les jeunes (15-35 ans pour les salariés et 15-38 ans pour les indépendants), le revenu moyen progresse de manière continue avec l’âge, passant de 19 712 F CFA à 15 ans pour se situer à 656 795 F CFA pour les 35 ans chez les salariés. Chez les indépendants, il passe de 67 262 F CFA pour les 15 ans a 809 928 pour les personnes âgées de 38 ans.
Chez les adultes (36-48 ans pour les salariés et 39-55 ans pour les indépendants), le revenu baisse tout d’abord (36-38 ans chez les salariés ; 39-55 ans chez les indépendants) avant de repartir à la hausse.
Chez les vieux (plus de 48 ans pour les salariés et plus de 55 ans pour les indépendants), le revenu moyen baisse progressivement et devient nul pour les salariés.
2.3
.2.2 Profil agrégé par âge du revenu salarial et de l’auto-emploi
Le profil agrégé par âge de revenu du travail total est obtenu de la somme du revenu de l’emploi salarié et de celui de l’auto-emploi. En fonction de chaque âge, il permet de ressortir le niveau total de rémunérations de chaque âge de la population.
Pour ressortir ce profil agrégé, il convient de commencer par mettre ensemble les deux profils afin d’apprécier leurs tendances (
REF _Ref480424433 \h \* MERGEFORMAT Graphique 11
). Ce qui donne des indications à la fois sur le niveau et les évolutions du profil agrégé du travail.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 15
:
Profils par âge du revenu agrégé salarial et de l’auto-emploi.
Source :
Bien que les revenus agrégés de l’emploi salarié et de l’auto-emploi aient des courbes semblables, les revenus agrégés des individus qui s’auto-emploient sont supérieurs au revenu des salariés à l’exception des individus âgés entre 43 et 50 ans.
Indépendamment du type d’emploi, les jeunes commencent à travailler dès l’âge de 10 ans. Le revenu du travail croit rapidement pour atteindre le maximum de 231 milliards de FCFA pour l’auto-emploi contre 190 milliards de FCFA pour l’emploi salarial à 30 ans. Après 30, le revenu du travail commence à baisser à un rythme un peu rapide jusqu’à l’âge de 40 ans pour le travail salarié et 50 ans pour le travail indépendant. Le rythme de la baisse ralenti et un peu après 70 ans, les revenus générés par l’emploi salarial deviennent nuls, alors que les revenus du travail indépendant demeurent supérieurs bien que décroissantes et ne deviennent nuls qu’au-delà de 90 ans.
Les revenus apparaissent plus tôt pour l’auto-emploi que pour l’emploi salarié et semblent demeurer présents toute la vie. Les revenus de l’emploi salarié commencent un peu plus tard et s’arrêtent à un moment de la vie bien qu’inférieurs à ceux de l’auto-emploi. Les règlementations du marché du travail contraint les salariés à sortir un peu plus tôt du marché du travail contrairement au travail indépendant. C’est dire que pour l’emploi salarié, la pension retraite sont très faibles comparés aux revenus obtenus en période d’activité.
2.
3.3
.
DÉFICIT DU CYCLE DE VIE
Le déficit de cycle de vie permet de mesurer l’ampleur des transferts entre les générations. Le transfert, considéré dans le sens large intègre les transferts mis en place par le Gouvernement, les transferts familiaux, et également
les transferts effectués à travers le marché. Au-delà des transferts, les déficits peuvent également être comblés par des épargnes ou alors des revenus de patrimoines. Le déficit de cycle de vie permet également de saisir les impacts macro-économiques des changements démographiques. C’est une combinaison des profils par âge de la consommation et du revenu.
2.3.3.1 Déficit du cycle de vie au niveau moyen
Le profil moyen du déficit de cycle vie analyse l’état de la dépendance économique ou la différence entre la consommation et le revenu du travail d’un individu d’âge moyen donné. On parle alors d’analyse microéconomique du déficit de cycle de vie.
Les données d’enquêtes et des structures sectorielles
utilisées pour la modélisation révèlent qu’en 2019, de manière générale, la consommation et le revenu varient selon l’âge des individus. La consommation est nettement plus élevée que le revenu pour les personnes âgées de 0 à 26 ans et celles de 63 ans et plus; ce qui indique la dépendance de ces catégories. Par conséquent, le déficit du cycle de vie est dégagé par les moins de 27 ans (jeunes) et les plus de 62 ans (vieux). Pour les jeunes, le déficit maximal est enregistré à l’âge de 16 ans, et est égal à environ 582 159 FCFA. Le déficit moyen à la jeunesse est évalué à environ 414 673 FCFA, tandis que le le déficit moyen à la vieillesse est d’environ 247 005 FCFA. Pour les vieux, le déficit maximal est observé à l’âge de 75 ans
.
Ce déficit décroît de manière régulière jusqu’à 81 ans, avant d’évoluer à nouveau.
Graphique xx :
Déficit du cycle de vie moyen – profil moyen de consommation et revenu du travail au Cameroun 2019
Il ressort du graphique A que les personnes âgées de 27 à 62 ans ont un revenu supérieur à la consommation, ce qui constitue un surplus pour le pays. La durée de ce surplus généré par les individus est estimée à 36 ans en 2019.
2.3.3.2
Déficit du cycle de vie au niveau
agrégé
Les profils agrégés de revenu et de consommation décrivent la situation de la dépendance économique au niveau national. Ils permettent d’estimer la demande sociale pour une nation aux âges de dépendance. Le profil agrégé prend en compte la structure par âge globale de la population.
Graphique
xx
:
Consommation et revenu agrégé 2019
36264853048000
Le graphique qui suit combine les profils de consommation et du revenu agrégés, ce qui permet de mettre en évidence l’importance du déficit et du surplus à l’échelle nationale.
Au niveau agrégé, on observe un déficit important pour les jeunes (0-26 ans) comparativement aux vieux (63 ans et plus). En 2019, le déficit du cycle de vie à la jeunesse est évalué à environ 6 812 milliards de FCFA (29% du PIB), contre environ 225 milliards de FCFA à la vieillesse (1% du PIB). Le déficit entre 0 et 5 ans est estimé à 1 620 milliards de FCFA, soit 23% du déficit total. Le déficit des jeunes de 6-26 ans, quant à lui, est évalué à 5 191 milliards de FCFA, soit environ 74% du déficit total.
2.
3.3.3 Déficit de cycle de vie par
sexe
En 2016, la consommation de la population féminine s’élève à 8 514 milliards, soit 52% de la consommation globale. Inversement, leur revenu, estimé globalement à 2 147 milliards, ne représente que 16% de l’ensemble des revenus de travail générés dans l’économie.
Les tendances précédemment observées sont différentes de celles observées en 2014. En effet, il ressort du tableau A, que la consommation globale tant des hommes que des femmes en 2014 était supérieure à leur revenu, avec un déficit plus important chez les femmes (469,7 milliards de FCFA chez les hommes et 3 303,7 milliards de FCFA chez les femmes). En terme de poids, la consommation agrégée des hommes (51,6%) était légèrement supérieure à celle des femmes(48,4%). Quant aux revenu, les femmes ont été à la traine même en 2014 comparativement aux hommes.
Tableau
SEQ Tableau_ \* ARABIC 3
:
Profils de consommation selon le sexe
Homme
Femme
Total
Consommation agrégée
Montant 2014
6 487.4
6 091.8
12 579.1
%
51.6
48.4
100.0
Montant 2019
8 002.7
8 514.2
16 516.9
%
48.5
51.5
100.0
Revenu agrégé de travail
Montant 2014
6 017.7
2 788.1
8 805.8
%
68.3
31.7
100.0
Montant 2019
11 342.7
2 147.0
13 489.1
%
84.1
15.9
100.0
Déficit
2014
469.7
3 303.7
3 773.3
2.3.3.4 Déficit de cycle de vie par Région
Le deficit du cycle de vie varie selon les régions. Pendant que la Région du Sud dégage un surplus économique, toutes les autres regions sont déficitaires, la. La Région de l’Extrême-Nord enrégistre le plus grand deficit (700 milliards) suivie de l’Ouest (576 milliards), Douala, le Littoral et l’Est réalisent des deficit modérés (inférieurs à 200 milliards).
Tableau xx :Déficit du cycle de vie selon les régions (montant en milliards de FCFA)
Consommation
Revenu du travail
LCD
Montant
%
Montant
%
Montant
Douala
3 492,42
21,1%
3 358,50
26,0%
133,93
Yaoundé
3 191,04
19,3%
2 858,16
22,1%
332,87
Adamaoua
769,72
4,7%
568,77
4,4%
200,95
Centre
1 032,10
6,2%
575,61
4,5%
456,49
Est
530,97
3,2%
367,38
2,8%
163,59
Extrême-Nord
1 696,15
10,3%
997,14
7,7%
699,02
Littoral
444,57
2,7%
297,37
2,3%
147,20
Nord
1 147,11
6,9%
859,17
6,7%
287,94
Nord-Ouest
1 045,88
6,3%
778,77
6,0%
267,11
Ouest
1 354,19
8,2%
778,43
6,0%
575,76
Sud
488,83
3,0%
496,86
3,8%
-8,03
Sud-Ouest
1 324,39
8,0%
979,84
7,6%
344,55
CAMEROUN
16 517,38
100%
12 915,99
100%
3 601,39
2.3.4. Ratio de soutien économique et premier dividende démographique
Le ratio de soutien économique indique le nombre de personnes qui prennent en charge 100 consommateurs. Il mesure l’effet de la structure par âge sur la capacité de la population à contribuer à la valeur ajoutée. Ce ratio mesure également la structure par âge de la population qui intègre la variation de la production et de la consommation en fonction de l'âge.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 27
:
Évolution du ratio de soutien économique, Cameroun, 1950-2090.
De 1950 à 2000 : décroissance du ratio de soutien
. Estimé à
54 producteurs effectifs pour 100 consommateurs effectifs en 1950, le ratio de soutien a baissé régulièrement jusqu’en 2000, année à laquelle il a atteint environ 48 producteurs effectifs pour 100 consommateurs effectifs.
La période 1970-2000 est particulièrement difficile pour les travailleurs, car ils doivent prendre en charge de plus en plus de personnes.
A partir de 2000 :
on note une nouvelle amorce de la croissance progressive du RSE correspondant à la date d’ouverture de la fenêtre d’opportunité démographique. Estimé à 49,9% en 2015, le RSE se situe à 51,2% en 2020, soit un gain de près d’un point de pourcentage sur cette période. Selon les projections et toutes choses étant égales par ailleurs, le pays pourrait avoir respectivement des gains de 7 et de 13 points de pourcentage de RSE à l’horizon 2035.
2.3.5. Analyse de l’indicateur synthetique de la dimension 1
L’indicateur synthétique de la dimension 1 est l’Indice de Couverture de la Dépendance Economique (ICDE). Cet indicateur est une extension du Déficit du cycle de vie (LCD) et définit comme le rapport entre le surplus économique des individus non-dépendants et le déficit des individus économiquement dépendants. Il mesure la capacité d’un pays donné à satisfaire la demande sociale ou à combler le gap de consommation des individus économiquement dépendants par les seules ressources issues du travail.
Tableau xx: évaluation de l’ICDE en 2014 et 2019
2014
2019
Déficit à la jeunesse
(en mds FCFA)
5 319
6 812
Déficit à la vieilesse
(en mds FCFA)
211
226
Surplus des adultes
(en mds FCFA)
1 757
3 436
ICDE
0,318
0,488
L’analyse du tableau ci-dessus montre que le deficit est principelment le fait de la jeunesse. En effet, ce dernier est de 6 812 milliards en 2019 contre seulement 226 milliardfs pour la vieillesse. Le surplus généré par les travailleurs est de 3 436 milliard.
Il en résulte un indice de couverture de dépendance économique (ICDE) de 48,9 %.
La comparaison de l’ICDE de 2019 avec celui de 2014 montre une augmention de 17 points. Cette amelioration est surtout dû au surplus des travailleurs qui a quasiment doublé entre les deux periodes.
Graphique xx:
ICDE selon les régions
L’analyse par region montre que seul la region du Sud (ICDE=104,5) a des resources issues du travail qui permettent de combler le
gap de consommation des individus économiquement
dependants. En effet, c’est la seule Région don’t le deficit est supérieur à 100. Douala et Yaoundé s’en rapprochent avec des ICDE respectivement 88,4 et 74,3. La Région du Centre hors Yaaundé est vraiment à la traine avec un ICDE de 8,4.
Tableau xx : ICDE (montant en milliards FCFA) par sexe
Cameroun
Homme
Femme
Déficit
des dépendants
7 037,54
2 537,53
6 367,20
Surplus des non dépendants
3 436,15
5 877,62
0,00
ICDE
48,8%
231,6%
0,0%
L’analyse genre de l’ICDE monque que les homes dégagent un surplus sur leur cycle de vie pourtant les femmes sont déficitaires.
En conséquence, les hommes
produisent en moyenne le double de ce qu’ils consomment tout au long de leur vie. les femmes par contre, meme en ^ge d’activité, ne génèrent pas de surplus.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Au Cameroun, la consommation privée est beaucoup plus importante que celle publique indépendamment de l’âge en matière d’éducation. La consommation publique atteint son pic à 13 ans et s’élève à 166 000 Fcfa. La consommation privée a atteint son pic à 30 ans et est de 922 000 Fcfa.
Le financement du système scolaire par l’État privilégie le secondaire qui consomme presque la moitié des dépenses publiques d’éducation.
En effet,
la consommation est nettement plus élevée que le revenu pour les personnes âgées de 0 à 26 ans et celles de 63 ans et plus; ce qui indique la dépendance de ces catégories. Par conséquent, le déficit du cycle de vie est dégagé par les moins de 27 ans (jeunes) et les plus de 62 ans (vieux). Pour les jeunes, le déficit maximal est enregistré à l’âge de 16 ans, et est égal à environ 582 159 FCFA. Le déficit moyen à la jeunesse est évalué à environ 414 673 FCFA, tandis que le le déficit moyen à la vieillesse est d’environ 247 005 FCFA. Pour les vieux, le déficit maximal est observé à l’âge de 75 ans
.
Ce déficit décroît de manière régulière jusqu’à 81 ans, avant d’évoluer à nouveau.
Toutefois, le Ratio de Soutien Economique, e
stimé à 49,9% en 2015, se situe à 51,2% en 2020. Cette période marque l’ouverture de la fenêtre d’opportunité démographique au Cameroun.
C’est dans ce sens que les recommandations suivantes sont formulées:
Renforcer la professionnalisation dans les enseignements secondaires à travers la poursuite de la création des lycées de métiers dans les filières à fort taux de valeur ajoutée sur la croissance économique ;
Assurer un meilleur accès des filles à l’éducation et les maintenir le plus longtemps à l’école ;
Mettre en place des mécanismes pour faciliter l’auto emploi des jeunes;
accélérer la diversification de l'économie et promouvoir l'industrialisation;
investir massivement dans l'éducation, la santé et la formation professionnell;
mettre l'accent sur la réduction des inégalités socio-économiques, en particulier celles liées au genre, à l'urbanisation et à la répartition géographique des resources.
QUALITE DU
CADRE DE VIE
RESUME
L’objectif de ce rapport est d’analyser l’indice de la qualité du cadre de vie au Cameroun dans le cadre du renforcement des capacités et de calibrage des indices synthétiques de suivi Genre et Dividende Démographique (DDMI/GDDI) au Cameroun. Pour construire et analyser cette dimension, sept (07) sous-dimensions parmi les onze (11) formulations standards sont choisis dans le cadre de suivi du dividende démographique. Il s’agit de : (i) Conditions de logement ; (ii) Liens sociaux ; (iii) Environnement ; (iv) Engagement civique et gouvernance ; (v) Bien-être subjectif ; (vi) Sécurité et (vii) Equilibre vie professionnelle-vie privée. Les résultats montrent que la qualité du cadre de vie au Cameroun est assez acceptable en 2014 avec un score de
61.8
%. Les liens sociaux constituent l’un des facteurs essentiels contribuant à l’amélioration du cadre de vie au Cameroun avec
88.6
%.
Toutes les autres sous-dimensions sont au-dessus de la moyenne de 50%, à l’exception de l’environnement qui se situe à
38.3%.
A la suite de l’analyse de cet indice, quelques recommandations sont formulées à l’endroit des autorités en vue de l’implémentation des politiques visant l’amélioration du cadre de vie au Cameroun pour une meilleure suivie du bonus démographique. Il s’agit de : (i) Améliorer l’accès et la qualité des ressources en eau et renforcer de la gestion des eaux usées ; (ii) Renforcer la sécurité publique et la gestion des risques et catastrophes ; (iii) Améliorer les conditions de logement ; (iv) Promouvoir la gestion durable de l’environnement à travers le développement des énergies renouvelables.
INTRODUCTION
La notion cadre de vie est complexe, multidimensionnel et a trait à la qualité de vie et aux conditions matérielles des individus et des ménages. Il renseigne sur le confort et les commodités disponibles dans le logement, les réseaux de soutien social des individus, l’environnement de vie dans lequel vivent les ménages et grandissent les individus, l’engagement civique et la gouvernance, la perception du bien-être, la sécurité, et l’articulation entre vie professionnelle et vie privée (Rapport GDDI 2014). Pour Colletis et Pecqueur (1995), le cadre de vie est constitué de « biens environnementaux localisés » qui peuvent être des actifs ou des ressources. Il serait ainsi pourvu de facilités sociales de base telles que l’eau, l’électricité qui favoriseraient, au sein du ménage, un climat social apaisé propice à la mise en œuvre des actions de développement. Aussi, l’inégale répartition de ces facilités entre les hommes et les femmes aurait un impact négatif sur
les initiatives en faveur de l’amélioration des conditions de vie des populations et du développement et de l’atteinte optimale du dividende démographique. Conscient de ce fait, le Gouvernement camerounais a fait de la promotion du genre et de l’équité un pilier de sa stratégie nationale de développement 2020-2030. C’est dans cette perspective que le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) s’est engagé à produire, pour le Cameroun, l’Indice Genre de suivi du Dividende Démographique (IGDD) qui prend en compte la contribution de la jeune fille et de la femme dans l’accélération de la croissance économique qui résulterait des changements dans la structure par âge de la population. Sa démarche est encadrée sur les volets technique et opérationnel par le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP) et l’Institut Nationale de la Statistique (INS), et sur le volet scientifique par le Consortium Régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG) – CREFAT (Centre de Recherche en Économie et Finance Appliquée de Thiès).
La mesure de la dimension « Qualité du cadre de vie », pour l’analyse et le suivi du dividende démographique, a été prise en compte en s’inspirant de la méthodologie du Better Life Index développée par l’OCDE. Cette méthodologie se base sur sept (07) variables à savoir : (i) Conditions de logements, (ii) l’engagement civique et gouvernance, (iii) l’environnement, (iv) le bien-être subjectif, (v) l’équilibre vie privée et vie professionnelle, (vi) la sécurité et (vii) les liens sociaux. Ces sous-dimensions permettent de construire un indice appelé l’Indice de qualité du cadre de vie (IQCV), qui permet de renseigner sur le progrès réalisé par un territoire sur l’aspect « amélioration du cadre de vie » pour une meilleure capture et exploitation du dividende démographique.
2.1
CONTEXTE NATIONAL : INEGALITES DE GENRE DANS LE CADRE DE VIE
Logement
Être logé est un Droit fondamental pour la femme et l’homme. L’un comme l’autre a besoin d’être protégé des intempéries, d’être en sécurité et de disposer d’un cadre privé pour ses activités domestiques. Ainsi, un cadre d’habitation favorise, d’une part, l’équilibre familial et social qui repose sur la possibilité de chaque ménage à offrir à ses membres un cadre sécurisé pour ses activités domestiques, et d’autre part, la bonne santé physique et mentale des individus données par les éléments de confort et de commodité des logements.
Avec l’augmentation de la population urbaine et la faiblesse de la production immobilière, la demande en logements au Cameroun, comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, est supérieure à l'offre publique. Pour y remédier, l’Etat a libéralisé les investissements en matière d’habitat aux promoteurs immobiliers privés. Cependant,
malgré les reformes entreprises, l
a procédure d’obtention d’un titre foncier est chronophage et ne facilite pas l’accès aux terres
. La situation est parfois critique chez les femmes. L’ordonnance n°74-1 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier garantit «
à toutes les personnes physiques ou morales possédant des terrains en propriété, le droit d’en jouir et d’en disposer librement
». Cependant, sous le régime en communauté (régime de gestion des biens matrimoniaux par défaut), c’est l’époux qui administre légalement les biens. Par ailleurs, dans la pratique relevant du droit coutumier, la femme est exclue de la propriété foncière : seuls les hommes ont le droit de posséder la terre, les femmes n’héritent pas autant que leurs frères utérins et n’ont qu’un droit d’usage sur les ressources. A titre d’illustration de l’accès à la propriété, en menant une analyse chez les chefs de ménage propriétaire de leur logement à partir des données de l’ECAM4 de 2014, il ressort que ceux-ci représentent 58,7% de l’ensemble des chefs de ménage. Parmi ces chefs de ménage propriétaire de leur logement, 76,9% le sont sans titre foncier. Ce pourcentage est de 73,9% chez les femmes chefs de ménage propriétaire de leur logement contre 78,1% chez les hommes.
Par ailleurs, les résultats des études mentionnent que la population urbaine vivant en habitat précaire est passé de 72,2% (MICS3) en 2006 pour se situer à 84,7% (EDS-MICS) en 2011. Cette proportion baisse quand l’on passe des populations urbaines du quintile le plus pauvre (100% en 2006 et 99,6% en 2011) vers celles du quintile le plus riche (52,3% en 2006 et 55,4% en 2011). Ce résultat signifie d’une part que les couches pauvres sont celles qui sont les plus exposées en ce qui concerne l’habitat précaire. D’autre part, ce résultat peu aussi signifier que l’expansion observée en matière de construction s’accompagnerait parfois des problèmes de qualité de logement pour certains ménages.
Très peu de terrains en milieu urbain sont immatriculés et ceux possédant des titres fonciers ont rarement fait l’objet d’un plan de lotissement favorisant la prolifération des quartiers à habitat précaire, l’occupation anarchique de l’espace et l’insalubrité (BUCREP, 2018). Au Cameroun, 67% de la population urbaine vivent dans des bidonvilles. La construction des logements avec des matériaux modernes ou durables tend à se généraliser. En 2018, la transition de l’habitat traditionnel vers la modernité ne semble pas encore être amorcée : 36% des ménages vivent dans un logement en matériaux précaires avec un sol recouvert seulement de terre ou de sable ; 2 ménages sur 5 (38%) n’ont pas accès à l’éclairage au courant électrique ; 25 % des ménages utilisent des installations partagées par 2 ménages ou plus ou n’ont recours à aucun type de toilettes. Dans un contexte où la taille moyenne des ménages est de 5 personnes, un tiers (33%) des ménages ne disposent que d’une pièce pour dormir.
Environnement
La qualité de l’environnement dans ce cadre prend en compte deux éléments essentiels que sont la pollution et l’assainissement. A l’observation du cadre législatif et institutionnel, il est remarquable que le Cameroun n’a pas encore mis en place une stratégie nationale en matière de gestion des eaux usées. Il existe tout au moins un cadre juridique en matière de protection de l’environnement. Le Cameroun ayant souscrit aux engagements à travers la ratification des instruments juridiques internationaux dans le domaine sur les plans de l’industrialisation/pollution, la gestion des déchets spéciaux et autres déchets, l’eau et les changements climatiques.
On note particulièrement l’implication de plusieurs acteurs institutionnels dans ce domaine. On peut citer les principaux qui sont :
l
e MINEE, le MINDUH, le MINEPDED, le MINSANTE, le MINEBASE, le MINESEC, le MINTAD, le MINTP et les différentes collectivités territoriales décentralisées. Les enjeux dans ce domaine sont liés à la situation du Cameroun qui fait partie à la fois aux Bassins du Lac Tchad, du Niger et du Congo. Ce qui le prédestine à une diversité écologique, des richesses et des potentialités remarquables dans divers domaines. Il compte cinq (05) zones agro écologiques aux enjeux environnementaux différents. Le
Cadre de gestion environnementale et sociale (CGES) du projet d’assainissement liquide au Cameroun (2013)
évoque les principaux problèmes y afférents ci-après : la dégradation du couvert végétal, l’érosion des sols, la surexploitation des terres, les pollutions de toute sorte, la gestion des eaux usées et des systèmes d’assainissement, la dégradation des berges, l’envasement et l’eutrophisation de certains cours d’eaux puis les perturbations du régime hydrauliques etc.
Pour ce qui est du cadre institutionnel, la multiplicité d’acteurs aux missions pertinentes donne à croire que la maitrise de la problématique fait partie des préoccupations du Gouvernement.
La législation et la politique en matière d’assainissement concernant le régime de l'eau au Cameroun a été fixé de façon spécifique par la loi n° 84/013 du 05 octobre
1984. L’article 4, alinéa 1 interdit les déversements, écoulements, jets, infiltrations, enfouissements, épandages, dépôts directs ou indirects dans les eaux de toute matière solide, liquide ou gazeuse et, en particulier, les déchets industriels, agricoles et atomiques susceptibles :
d’altérer la qualité des eaux de surface ou souterraines ou des eaux de la mer, dans les limites territoriales ;
de porter atteinte à la santé publique ainsi qu’à la faune et la flore aquatiques ou sous-marines ;
de mettre en cause le développement économique et touristique des régions.
De nombreux textes régissent également l’assainissement. Le projet susmentionné souligne que
malgré les dispositions réglementaires précitées, de nombreuses lacunes subsistent d’une part au niveau de l’observation des règles d’hygiène à cause de la vétusté des textes qui sont largement dépassés et n’ont aucun effet contraignant et d’autre part, aux difficultés rencontrées par les agents chargés des inspections de l’hygiène publique, en vue d’amener les contrevenants à répondre de leurs actes illicites conformément aux textes en vigueur
.
La problématique de la gestion de l’environnement liée au genre, en termes de pollution et d’assainissement pour l’instant n’est pas abordée de manière spécifique. On relève cependant que le problème se pose sous l’angle du sexe en essayant d’établir des responsabilités sexospécifiques sur la pollution du cadre vie. On note la mise en œuvre de quelques actions impliquant les femmes dans la protection de l’environnement à travers quelques projets de mise en valeur des bas-fonds dans la ville de Yaoundé et ses environs.
Le Programme conjoint Genre, Hygiène et Assainissement, (2014-2017) a été conçu pour aider les gouvernements à mettre en place des mesures qui amélioreront de manière significative l’accès des femmes et des filles aux services relatifs à l’hygiène et à l’assainissement et leur jouissance de ces services, partout dans le monde a été mis en œuvre au Cameroun. Les données récoltées révèlent qu’au
Cameroun, plus d’une travailleuse interrogée sur cinq a affirmé être moins active pendant ses menstruations. L’absence d’installations sanitaires publiques où se changer et se laver est la principale préoccupation de ces femmes
.
Le droit humain à l’assainissement donne à chacun, sans discrimination aucune, le droit d’accéder, concrètement et à un coût abordable, dans toutes les sphères de la
vie, à des installations sanitaires sans risque, hygiéniques, sûres, socialement et culturellement acceptables, préservant l’intimité et la dignité. Cependant, les interventions du secteur WASH ont souvent échoué dans la prise en compte de toutes les voix, et en particulier celles des femmes et des filles. Le Programme conjoint utilise donc la gestion de l’hygiène menstruelle, un besoin spécifique des femmes et des filles, comme point d’entrée pour défendre leurs droits à l’eau et à l’assainissement. Car comme indiqué par Catarina de Albuquerque, l’ancienne Rapporteuse spéciale sur le droit à l’eau potable et à l’assainissement, l’hygiène menstruelle est couramment ignorée des professionnels du secteur de l’eau et des secteurs de la santé et de l’éducation également. Le Cameroun n’a pas atteint la cible des OMD relative à l’assainissement. Le pays a enregistré des progrès limités, 62 % de sa population utilisent des installations sanitaires améliorées dans les zones urbaines, et 27 % dans les zones rurales
.
Engagement civique et gouvernance
Gouvernance
L
e concept de gouvernance est intégré au Cameroun
,
tel que le fait observer la
Stratégie Nationale de Gouvernance (MINEPAT, 2015)
ainsi que les orientations des institutions internationales
, comme le processus par lequel les différents pouvoirs de l’État (exécutif, législatif et judiciaire) se coordonnent pour créer un large consensus et réguler l’ensemble des décisions et actes politiques dans la perspective de construire une République exemplaire. Quatre piliers sont ici retenus :
L’état de droit
qui englobe le cadre institutionnel et juridique, le système judicaire, le système électoral, les droits de l’Homme, le maintien de l’ordre et la sécurité ;
la participation
qui renvoie à la démocratie participative et à la gouvernance locale ;
la transparence avec trois composantes à savoir la transparence des politiques publiques, la performance et qualité du service public et l’environnement économique ;
la redevabilité
qui renvoie à l’obligation de rendre compte et qui se traduit entre autres par la lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics.
Le diagnostic de la situation des affaires publiques au Cameroun fait observer que les choses ne sont pas de nature à assurer l’atteinte de l’objectif à long terme du pays
à savoir
être un pays émergent en 2035
. En effet, la Stratégie Nationale de la Gouvernance affirme que la quasi-totalité des ménages au Cameroun considère la corruption comme un réel problème dans le pays et plus de la moitié d’entre eux situe ce fléau parmi les principales causes de pauvreté. Par ailleurs, la perception de la gouvernance au Cameroun par les institutions internationales n’est pas meilleure. L’ONG Transparency International qui milite en faveur de la lutte contre la corruption à travers le monde classe le Cameroun 136
ème
sur 174 pays en 2014 du point de vue de la perception de la corruption. L’indice Doing business de la Banque Mondiale classe le
Cameroun au 172
ème
rang sur 189 pays en 2015 et 37
ème
place sur 54 pays africains selon la Fondation Mo Ibrahim qui classe chaque année tous les pays africains en fonction de l’état de la gouvernance.
En réaction à cet état de choses, le Cameroun a mis en œuvre un ensemble d’actions dont les plus importantes sont :
La mise en place des institutions et autres structures telles que le Sénat, Elections Cameroon (ELECAM), le Programme National de Gouvernance (PNG), la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), l'Agence Nationale d'Investigation Financière (ANIF), le Programme de Modernisation de l’Administration Camerounaise par la Gestion Axée sur les Résultats (PROMAGAR), le Tribunal Criminel Spécial (TCS), le Cameroon Business Forum (CBF) etc.
Ces actions font face les unes comme les autres à des problèmes
:
Cadre institutionnel et juridique
: régulation indéterminée (l’immobilisme parlementaire), la concentration rétive de la régulation au sommet de l’exécutif. Les conséquences qui en découlent sont : la non effectivité de certaines institutions prévues par la constitution et la production non systématique des textes, législatifs ou règlementaires.
Système judiciaire
: la fragilité de l’appareil judiciaire centrée sur l’indépendance relative du pouvoir judiciaire, l’inadéquation des capacités, l’inadéquation des structures et des moyens.
Système électoral
: la fiabilité insuffisante du système électoral qui se traduit par la régulation judiciaire incertaine, la faible garantie d’équité du jeu électoral, la faible assurance de la qualité du dispositif opérationnel.
Droits de l’Homme
: le faible développement des droits de l’homme manifesté par la faible appropriation des droits humains, la visibilité limitée de l’action des structures étatiques chargées des droits humains, l’insuffisance des ressources humaines et financières et la faible intervention des organisations de la société civile.
Environnement économique
: gouvernance économique peu efficiente causée par l’accompagnement inefficient du secteur privé par le secteur public et l’environnement opérationnel peu favorable aux activités économiques.
Maintien de l’ordre et sécurité
: le dispositif d’ordre et de sécurité inadéquat avec un maintien de l’ordre civil inadapté et la couverture sécuritaire insuffisante.
Gouvernance locale
: la lenteur du processus de décentralisation marquée par la faiblesse des ressources et moyens transférés aux CTD, l’accompagnement inefficient, la configuration et capacités inadaptées des CTD ;
Démocratie participative
: la faible implication des acteurs civils à la gestion des affaires publiques.
Transparence des politiques publiques
: faible arrimage des politiques publiques au système PPBS manifestée par des stratégies sectorielles, thématiques ou ministérielles non achevées, la programmation budgétaire non arrimé aux priorités du développement et la faiblesse du système d’information des politiques publiques ;
Performance et Qualité du service public
: la gestion inefficiente des services publics avec le système de Gestion des Ressources Humaines inefficace, la gestion budgétaire déficiente, le management global faible ;
Lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics
: l’efficacité insuffisante du dispositif de lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics marquée par la faiblesse des dispositifs de contrôle des finances publiques, l’inadéquation entre la perception du phénomène de la corruption et sa répression la répression insuffisante de la corruption et de détournements de deniers publics.
L’État camerounais oppose à cette situation une vision qui se décline en ces termes : «
Une gouvernance saine, inclusive, transparente et efficace pour l’émergence
». Elle traduit la volonté de l’État de promouvoir :
la cohérence, la cohésion, la coordination et la rationalisation de l’action gouvernementale ;
la célérité dans le traitement des dossiers, le respect des échéances et la continuité du service public ;
la durabilité qui se réfère à l’évaluation des politiques publiques et à la prise en compte de l’intérêt des générations futures.
Citoyenneté
Le souhait dans le domaine de la citoyenneté est l’exigence et l’extension de la participation de la majorité de la population à la prise de décision politique. Pour le
cas du Cameroun, la notion de citoyenneté peine à entrer dans les mœurs, du fait d’un manque d’intérêt et d’une incompréhension des enjeux et de l’importance de la question de citoyenneté affirme une publication de
Friedrich Ebert Stiftung
,
Citoyenneté active au Cameroun : enjeux, défis et perspectives, (2017).
Cette situation, qui résulterait de nombreux facteurs, engendrent une rupture graduelle entre le peuple et l’État. On note une faible participation des populations à la vie politique. En effet, seule 59,1 % de la population éligible est inscrite sur le fichier électoral en 2018
.
La participation des femmes dans l’expression de la citoyenneté demeure faible. Elle constitue 47 % du fichier électoral en 2018. Le constat est similaire pour ce qui est des candidatures aux postes électifs où moins de femmes postulent que d’hommes. La conséquence étant qu’au bout du compte, le nombre d’élus hommes est largement supérieur à celui des femmes. A l’Assemblée Nationale, seuls 58 députés sur 180 sont des femmes en 2018 et au Sénat, elles constituent 26 sénateurs sur 100 en 2019. A bien des niveaux de responsabilité, le taux de représentation féminine reste ostensiblement en deçà des normes conventionnelles, notamment les 50% de l’Union Africaine et des Nations Unies, quand ils n’affichent pas un score vierge. Ainsi, en 2015, seuls 8,6 % des maires sont des femmes.
Au-delà de toute analyse pour déterminer les véritables raisons du manque d’engouement des femmes pour la chose politique, il est unanimement admis que la situation des femmes en politique est peu reluisante. Le leadership limité et l’insuffisante représentativité des femmes dans les sphères et les instances de prise de décision stratégique pour le développement constituent les plus grands défis du Cameroun pour la parité homme-femme en faveur de la consolidation de la planète 50-50.
Sécurité
L’indicateur dans ce contexte c’est le sentiment de sécurité des personnes lorsqu’elles marchent seules la nuit. Cet indicateur fait penser au cadre sécuritaire en termes de mesures qui sont de nature à garantir la sécurité des personnes de manière à susciter chez ces dernières une certaine assurance. Il ressort d’une enquête (ECAM, 2014) menée sur la gouvernance, la paix et la sécurité au Cameroun que ces dernières années, la principale menace porte sur le risque terroriste qui
inquiète considérablement la population à hauteur de 67%. Le sentiment d’insécurité en lien avec la menace terroriste ou d’agression extérieure est plus fort et dénoncé par les populations des régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Est. A l’ordinaire, 48% d’adultes ont peur de marcher seuls la nuit dans leur quartier ou village et 40% de rester seuls à leur domicile la nuit. La nuit est toujours plus anxiogène pour les urbains alors que le sentiment d’insécurité est plus fort de jour pour ceux du milieu rural. Au total, 27% d’adultes assurent se sentir globalement en sécurité et parmi eux 9% se sentent parfaitement en sécurité.
S’agissant de la criminalité, 29% d’adultes ont été victimes d'une agression ou d'un vol au cours des douze mois précédant l'enquête. Les vols hors du domicile et les effractions à domicile sont les plus répandues : ils ont affecté, chacun, au moins une fois, 14% de la population adulte. Les crimes et délits sont peu rapportés et quand ils le sont, ce n’est pas nécessairement auprès des autorités de police et de gendarmerie chargées de les enregistrer.
En termes de perception, 7% de la population considèrent que le risque d’être victime de la criminalité est élevé et 21% pensent qu’il est plutôt élevé. La possession d’armes à feu est très peu répandue : 3% d’adultes affirment qu'eux-mêmes ou un autre membre de leur ménage en possèdent. En outre, 15% d’adultes expriment le besoin d’en posséder. Par ailleurs, la proportion de la population adulte qui déclare avoir été menacée par une arme n’est pas négligeable : 8% au total dont 3% par une arme à feu et 5% par un autre type d’armes, comme les armes blanches (couteaux, machettes, etc.).
Dans ce contexte général, les relations interpersonnelles au sein de la population sont marquées d’une certaine méfiance : 51% de la population déclarent faire confiance à la plupart des gens qui les entourent. Des sept groupes considérés, la confiance envers les membres de sa famille est plus élevée (88%) qu’envers d’autres groupes (personne d’un autre groupe ethnique, religieux, d’une autre nationalité, d’une autre langue, opinion politique, les voisins).
Si l’on s’intéresse plus particulièrement aux forces de l’ordre, ces dernières sont jugées plus ou moins efficaces dans la résolution des problèmes de sécurité : 12% de la population les jugent très efficaces et 44% assez efficaces. Par ailleurs, la population estime que les forces de l’ordre se livrent à différentes formes de
discrimination, notamment suivant le statut économique : 73% des adultes pensent que les forces de l'ordre ne traitent pas de la même manière les pauvres et les riches.
Malgré les critiques formulées précédemment, de manière générale, la grande majorité des adultes (69%) fait confiance à l’État pour assurer sa protection, celle de sa famille ou encore de ses biens contre la criminalité.
Les femmes en principe sont les principales victimes de la qualité d’un environnement peu rassurant en termes de sécurité pour deux principales raisons à savoir l’attirance du sexe et la vulnérabilité physique. Elles constituent la cible des violeurs et des agresseurs de jour comme de nuit de toute évidence.
Lien social
Selon la définition, le lien social est exprimé par la proportion d’individus ayant des proches ou amis sur lesquels ils peuvent compter en cas de besoin. Au Cameroun, le niveau assez élevé de vie associative fait penser qu’il est difficile de trouver des individus qui n’aient pas sur qui compter en cas de besoin. On assiste davantage à un phénomène de regroupement par affinité ethnique qui frise le repli identitaire. Dans toutes les villes, il existe respectivement des groupes de femmes, des hommes et mixtes. Lesdits groupes ont des intérêts aussi bien économiques que sociaux. C’est dire qu’au-delà de la traditionnelle solidarité africaine qui ferait que la famille soit le recours pour chaque individu, un réseau social sur la base d’une solidarité agissante efficace existe.
Toutefois, un délitement du lien social est observé et crée un phénomène de défiance vis à vis de l’Etat et des autorités qui l’incarnent. C’est pourquoi le Gouvernement entend raffermir le lien social à travers : le rapprochement des services publics des citoyens, le renforcement de la justice sociale, la promotion de l’égalité des chances, le développement et la codification des principes du dialogue social, la cohésion sociale et le vivre ensemble.
Santé
Au cours de la mise en œuvre de la première phase de la Vision du Cameroun, la politique dans le secteur de la santé avait pour objectif principal de garantir de manière pérenne, l’accès universel aux services et soins de qualité à travers l’amélioration de leur offre et le financement approprié de la demande de santé. Les
actions entreprises ont permis d’améliorer l’offre infrastructurelle, l’accès aux médicaments, la couverture vaccinale des populations cibles, la prévention des maladies transmissibles et la prise en charge des malades, d’augmenter le volume et la qualification des ressources humaines et d’expérimenter des modes de financement innovants de la santé.
Ces mesures ont porté des fruits, notamment la baisse du taux de prévalence du VIH-SIDA à 2,7 % en 2018, le recul de la mortalité infanto-
juvénile
de 122 décès en 2011 à 79 décès en 2018 pour 1000 naissances, et la hausse de la proportion d’enfants complètement vaccinés de 48,2 % en 2004 à 75,3 % en 2014.
Toutefois, le système de santé ne parvient pas encore à assurer, de manière satisfaisante, la promotion de la santé et une prise en charge adéquate des cas de maladie. Ainsi, un certain nombre d’indicateurs de la santé restent délétères à l’instar du taux de mortalité maternelle dont le taux est passé de 782 en 464 décès maternels pour 100000 naissances vivantes entre 2011 et 2018 et du ratio personnel soignant/population de 2,3 pour 1000 habitants en 2009 largement en dessous de la norme de l’OMS.
1.7. Emploi
La capacité pour le Cameroun à utiliser ses ressources en main d’œuvre demeure relativement faible. Selon le dernier rapport sur l’emploi du pays, le taux d’emploi a connu une baisse
progressive :
passant de 68,3 % en 2005 à en 66,4 % 2010
puis à 61,0% en 2014
. Il est plus élevé chez les hommes (71,7 %) que chez les femmes (61,4%). Ainsi, la situation de l’activité est dominée par un faible taux de chômage en léger recul entre 2005 et 201
4
, passé de 4,4 % à 3,8 % (EESI 2)
pour se situer à 3,3% en 2014 (ECAM4)
. Le chômage est essentiellement un phénomène urbain où il s’élève à 8,1 % contre 1,4 % en milieu rural. Par ailleurs, ce niveau de chômage est plus élevé chez les femmes que chez les hommes (4,5% contre 3,1%). Le secteur informel est prépondérant occupant 90,5 % des actifs occupés. Les femmes occupées se retrouvent plus souvent dans le secteur informel (93,8%) que les hommes (87,4%).
2.2. REVUE DE LA LITTERATURE
Depuis la fin des années 1990, il y a un regain d’intérêt des sciences sociales et particulièrement de l’économie pour des mesures alternatives du bien-être (Zeidan,
2012) jusque-là appréhendée à l’aide de variables relatives aux conditions matérielles d’existence relatives au revenu (PIB/tête, RNN, Distribution des revenus). Comme le préconisait déjà Boarini et al. (2006), il s’agissait désormais de tenir compte de l’aspect subjectif dans la notion de bien-être, donnant naissance à une nouvelle branche de l’économie, l’« économie du bonheur ». C’est dans ce cadre qu’il faut situer l’initiative « vivre mieux » de l’OCDE dédiée à l’amélioration des mesures du bien-être subjectif et de la qualité de vie qui a donné naissance au « Better Life Index » (Martine Durand, 2011). Les 34 pays membres de l’OCDE peuvent être ainsi classés suivant leur score de « Better Life Index » basé sur onze domaines jugés essentiels par les experts de l’OCDE. Ce sont le logement, le revenu, l’emploi, la vie sociale, l’environnement, l’éducation, la gouvernance, la santé, la satisfaction par rapport à son existence, la sécurité et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Cette initiative de l’OCDE s’est inspirée du rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi (2009) selon lequel la qualité de vie est conditionnée par des facteurs objectifs et des facteurs subjectifs. Les facteurs objectifs comprennent les conditions matérielles d’existence (la santé, l’éducation, les activités personnelles, les liens sociaux), les disparités socio-économiques, l’accès à des services et à des équipements, l’organisation des activités dans l’agglomération. Parmi les facteurs subjectifs, on retient les valeurs, les perceptions et les aspirations des individus.
Plusieurs travaux notamment dans les sciences sociales telles que la médecine, la géographie et l’économie, etc. ont essayé de formaliser le cadre théorique d’analyse du cadre de vie et son lien avec le bien-être et le développement durable. On peut citer par exemple le CAPRU (2014) qui a construit des indicateurs de qualité de cadre de vie des communes de la Wallonie dans une perspective de développement durable. Il ressort que le cadre de vie est un concept complexe qui n’admet pas de définition univoque, mais de nombreuses formulations à travers les problématiques qu’elle pose. Les dimensions les plus fréquentes dans la littérature ont été la sécurité, les pollutions et les nuisances, les lieux de services et de consommation, la mixité sociale, le patrimoine, l’espace résidentiel, les espaces verts, la mobilité et l’emploi.
Dans la perspective de conceptualisation de la notion de cadre de vie, plusieurs chercheurs ont élaboré des clarifications définitionnelles pour mieux appréhender le phénomène. En effet, Jeanneaux (2006) définit le cadre de vie comme un « bien collectif mixte sous l’influence des pouvoirs publics » et qui est composé de 2 types
d’infrastructures : une infrastructure matérielle et une infrastructure informationnelle. L’infrastructure matérielle est constituée de biens économiques privés, de biens collectifs procurés par les collectivités publiques et d’actifs naturels. L’infrastructure informationnelle, quant à elle, est un ensemble de règles applicables aux biens supports et régissant leurs usages. Pour Colletis et Pecqueur (1995), le cadre de vie est constitué de « biens environnementaux localisés » qui peuvent être des actifs ou des ressources.
Dans une étude réalisée au Canada pour le compte du centre d’études prospectives sur l’habitation et le cadre de vie, Murdie et al. (1992) retiennent aussi trois composantes pour modéliser « l’environnement habité » : la vitalité économique, le mieux-être social et l’intégrité environnementale. Chaque composante est appréhendée en 2 ou 3 dimensions et chaque dimension est évaluée à l’aide d’un indicateur. La vitalité économique est mesurée en termes de richesse (niveau de revenu et taux d’emploi), le mieux-être social en termes d’accessibilité aux services (nombre et distance à parcourir), de sécurité (taux de criminalité) et d’abordabilité (part du revenu affecté au logement) et l’intégrité environnementale en termes de densité de la population, de proportion d’utilisateurs du transport en commun et de conservation d’énergie (dépense d’énergie par habitant).
Le choix et la pertinence des éléments potentiels pouvant entrer dans la composition de l’indicateur a également fait l’objet de débat aussi bien théorique qu’empirique. Ainsi, Selon Manusset et al. (2007), l’Environnement est composé d’éléments naturels (espaces verts, arbres, rivières), et d’éléments bâtis (axes routiers et piétonniers, zones commerciales, zones d’habitat, patrimoine remarquable). Dans les enquêtes permanentes sur les conditions de vie des ménages, l’INSEE a évalué la qualité du cadre de vie à partir des questions sur (i) le confort au sein du logement (nombre de pièces, humidité, salubrité, chauffage) et (ii) les nuisances rencontrées dans le quartier (bruit, pollution, vandalisme et insécurité). Pour cela, le cadre de vie de qualité est le cadre de vie qui n’a pas ces problèmes. Pour Gueymard (2006), les préférences résidentielles des ménages sont basées sur les attributs environnementaux suivants : le bruit, les espaces verts et boisés, l’accessibilité et l’accès aux services, la qualité de l’environnement social, l’esthétisme et la sécurité.
Les travaux empiriques sur la question de la qualité du cadre de vie sont rares et ne concernent que certaines sous-dimensions du concept. Pelletier et al. (1995) ont
montré que le loisir est positivement lié à un bien-être notamment psychologique des individus et plaident pour plus de loisir pour les individus. Dans son étude sur la population canadienne, Tremblay (2003) a mis l’accent sur la difficulté pour les parents de concilier la vie professionnelle et celle privée, un facteur de dégradation de leur bien-être. En ce qui concerne les pays africains tels que le Burkina Faso, Razafindrakoto et Roubaud (2006) ont identifié le rôle important des institutions dans le bien-être individuel des populations. Pour eux, les institutions et en particulier leur mode de gouvernance est un facteur déterminant dans le bien-être individuel des populations.
Pour De Chacus (2016), en fonction des formes d’emplois et des horaires associés, les familles et les individus ont de plus en plus de difficultés à équilibrer les nombreuses sollicitations parfois contradictoires de la vie professionnelle, et de la vie de famille. Un déséquilibre de cet équilibre, qui touche beaucoup plus les femmes, est à la base du stress, la dépression, l’hypertension, etc., et donc conduit à une dégradation du bien-être des individus. Un réseau social bien établit peut-être source de confiance dans les autres, de tolérance à l’égard de la diversité et de normes de réciprocité et faciliter les échanges d’informations et l’action collective. Dans ce sens, pour Godefroy et al. (2010), les contacts sociaux interviennent dans la qualité de vie directement, étant le plus souvent source de satisfaction. Toutefois, l’auteur précise que ceux-ci constituent aussi une ressource pouvant être mobilisée dans la plupart des dimensions de la vie. Sénécal (Université INRS du Québec, 2008) souligne la temporalité et le caractère évolutif de la mesure de la qualité de vie. Durant la période de croissance des années 60 et 70, la proximité et l’accessibilité à des services sociaux et à des infrastructures de santé et d’éducation, la densité résidentielle étaient essentielles. De cette période à nos jours, on a assisté à la montée du développement social et des inquiétudes environnementales et un regain d’intérêt pour les dimensions « équité sociale », « sécurité publique » et « pollutions » dans la mesure de la qualité de vie. Plus récemment, il y a eu l’apparition des dimensions culturelles et identitaires telles que le paysage, les ambiances et l’esthétique du milieu.
2.3.
CONCEPTS ET METHODOLOGIE
Concepts de l’IQCV
L’indice de qualité du cadre de vie (IQCV) est un indice composite composé de sept (07) sous-indicateurs dimensionnels à savoir : (i) Conditions de logement, (ii) les liens sociaux, (iii) Environnement, (iv) Engagement civique et gouvernance, (v) Bien-être subjectif, (vi) Sécurité et (vii) Equilibre vie professionnelle – vie privée. Il vise essentiellement à mesurer la perception des individus sur la qualité du milieu dans lequel ils vivent. Sa mesure normati
ve
dérive de l’indice « Better Life Index » de l’OCDE.
Logement
Le logement est essentiel pour satisfaire les besoins élémentaires, mais, ne se résume pas à la possession des quatre murs et d’un toit. Les conditions de logement sont ici appréhendées par le nombre de pièce par personne, l’accès aux équipements de base (l’électricité, l’eau, le mobilier, le gaz, etc.) et le coût du logement (CREFAT 2018).
Liens sociaux
Le lien social se définit comme l’ensemble des liens culturels, sociaux, économiques et politiques qui relient les individus dans leur vie quotidienne au sein de groupes divers et qui assurent l’intégration
sociale tant du point de vue individuel que celui de la société globale. La qualité du réseau social est l’indicateur permettant de mesurer le lien social. Il est exprimé par la proportion d’individus ayant des proches ou amis sur lesquels ils peuvent compter en cas de besoin. (CREFAT 2018).
Environnement
L’environnement se définit comme l’ensemble des facteurs biologiques, chimiques et physiques interagissant avec l’homme et ses activités (Stockholm 1972). Dans le cadre de la qualité du cadre de vie, l’environnement est caractérisé par deux indicateurs qui sont la qualité de l’eau et la pression atmosphérique. Le premier indicateur se définit comme le pourcentage d’individu satisfait de la qualité de leur eau et le second comme la concentration moyenne annuelle en microgramme par mètre-cube de particules fines dans les quartiers résidentiels (CREFAT, 2018).
Engagement civique et gouvernance
L’engagement civique et la bonne gouvernance sont des éléments clés dans l’atteinte des ODD. La participation des parties prenantes à l’élaboration de règlementations et celle électorale sont des indicateurs permettant d’apprécier l’engagement civique et gouvernance. La participation des parties prenantes mesure le degré de transparence du gouvernement lors des processus d’élaboration des règlements. Quant à l’indicateur de la participation électorale, il est le pourcentage d’inscrit sur les listes électorales ayant voté lors de l’élection la plus récente.
Bien-être subjectif
Dans l’évaluation de la qualité du cadre de vie, la mesure de sentiments bien que subjective est un complément idéal aux données objectives pour avoir une image fidèle à la situation réelle. Les données subjectives peuvent fournir une évaluation personnelle de l’état de santé, du niveau d’instruction, des revenus, du degré de bien-être et de la situation sociale des personnes concernées. La satisfaction à l’égard de la vie est l’indicateur qui permet de mesurer le bien être subjectif. Cet indicateur est le jugement global que les individus portent sur leur vie, plutôt que leurs sentiments du moment.
Sécurité
La sécurité est un état où les dangers et les conditions pouvant provoquer des dommages d'ordre physique, psychologique ou matériel sont contrôlés de manière à préserver la santé et le bien-être des individus et de la communauté. Les indicateurs de mesure de la sécurité sont le sentiment de sécurité des personnes lorsqu’elles marchent seul la nuit et le taux d’homicides. L’indicateur sentiment de sécurité des personnes lorsqu’elles marchent seules la nuit est le pourcentage des personnes qui déclarent se sentir en sécurité lorsqu’elles marchent seules la nuit. Quant aux taux d’homicides il est le nombre annuel d’homicides volontaire pour 100 000 individus.
Équilibre vie professionnelle – vie privée
Le temps consacré aux loisirs et à soi et les horaires de travail lourds sont des indicateurs pour mesurer l’équilibre vie professionnelle- vie privée. Le temps consacré aux loisirs et à soi est le nombre moyen de minutes par jour consacré aux loisirs et aux préoccupations personnelles telles que dormir et manger. Les horaires
de travail lourds sont le pourcentage d’employer travaillant au moins (50) cinquante heures par semaine en moyenne.
Méthode de calcul de l’IQCV
La qualité du cadre de vie sera appréhendée par une enquête légère dans les capitales régionales/ départementales. Cette méthode est dérivée de l’indice «
Better Life Index de l’OCDE
». L’IQCV est obtenu en faisant la moyenne pondérée des indices normalisés des dimensions.
« Better Life Index »
L'indicateur du vivre mieux, en anglais
« Better Life Index », est un indicateur économique
développé par l’OCDE en 2011, afin que les individus puissent comparer les pays selon leurs propres préférences au moyen de 11 thèmes (voir figure 1) considérés comme essentiels au bien-être.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 1
:
Cadre d'évaluation du bien-être et du progrès de l'OCDE
Source
: OCDE (2013)
L’indicateur du vivre mieux s’inscrit dans le cadre du programme de l’OCDE "The Better Life Initiative" (l’Initiative du vivre mieux), lancé en mai 2011. Cette initiative s’appuie sur le rapport de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi en 2009 sur la mesure de la performance économique et du progrès social. Les onze critères du bien-être utilisés dans cet indicateur ont été choisis en tenant compte de la théorie comme de la pratique, et après consultation sur la meilleure façon de mesurer le bien-être à des fins de comparaison.
Mesurer le bien-être et le progrès est un des principaux objectifs que poursuit l’OCDE dans le cadre de l’Initiative du vivre mieux à travers différents axes de recherche et autres études en cours (OCDE). Afin que les mesures du bien-être aient un réel impact sur la vie des gens, elles doivent être intégrées, selon l’organisation, au processus d'élaboration des politiques. Combler le fossé entre les mesures du bien-être et l'intervention politique est ainsi un défi. Sur la base du Cadre d'évaluation du bien-être et du progrès de l'OCDE, l’organisation fait avancer ces problématiques au moyen de différents travaux d'analyse.
L’agenda sur la mesure du bien-être nécessite des mesures statistiques nouvelles et de meilleure qualité pour combler le vide existant entre les statistiques économiques classiques parfois utilisées comme indicateurs indirects à la mesure du bien-être des personnes, et les indicateurs qui se rapportent plus directement à la vie des individus. L'OCDE a élaboré un certain nombre de lignes directrices et de cadres conceptuels pour aider ceux qui souhaitent développer de meilleures mesures du bien-être et fait avancer l’agenda de la mesure du bien-être avec divers travaux.
Les pondérations sont attribuées par les utilisateurs qui construisent et adaptent leur propre indicateur. Pour ce faire, l’utilisateur doit noter chaque critère de 0 (« pas important ») à 5 (« très important ») et définir la pondération comme fraction de ce critère de sorte que la somme de toutes les pondérations soit égale à 100%. Chaque critère du bien-être est mesuré à partir d’un à quatre indicateurs. À l’intérieur de chaque critère, on calcule la moyenne des indicateurs utilisés avec la même pondération.
La normalisation se fait à partir d’une formule classique qui permet de convertir les valeurs d’origine des indicateurs en nombres compris entre 0 (le pire résultat possible) et 1 (le meilleur résultat possible).
Qualité du cadre de vie dans le cas de l’observatoire du DD
La mesure de la qualité du cadre de vie dans notre cas s’appuie sur sept des onze thèmes constituant l’indicateur du vivre mieux de l’OCDE. Les quatre autres non retenus sont pris en compte dans d’autres dimensions, notamment les profils NTA (revenu et patrimoine, emploi et salaires) et l’indice du capital humain (santé, éducation). L’indicateur est ainsi conçu autour des sept champs suivants : Conditions
de logement ; Liens sociaux ; Environnement ; Engagement civique et gouvernance ; Bien-être subjectif ; Sécurité ; Equilibre vie professionnelle – vie privée.
Chaque champ est appréhendé par un ou plusieurs indicateurs permettant la comparaison internationale, régionale ou départementale. Il s’agira de fournir une note correspondant à l’indicateur sous-dimensionnel permettant d’appréhender le niveau de qualité atteint dans chaque sous-dimension. L’indicateur synthétique de qualité du cadre de vie est obtenu par agrégation des indicateurs sous-dimensionnels. Ces résultats sont présentés au niveau national pour appréhender le niveau de qualité du cadre de vie. ; Mais, ils sont également présentés au niveau régional afin de cerner les disparités spatiales en termes de qualité du cadre de vie.
Le tableau ci-après présente une synthèse de chaque sous-dimension ainsi que les méthodes de normalisation et de calcul de l’indice.
Tableau
SEQ Tableau \* ARABIC 1
:
Formule de normalisation et de calcul des sous-dimensions de l'indice
Sous-dimensions
Indicateurs
Normalisation
Score
Conditions de logement
Nombre de pièces par personne
N=min (x ; 1)
(∑N) /3
Accès aux équipements sanitaires de base
N=x
Coût du logement
N=1 – min(x ;0.5) / 0.5
Liens sociaux
Qualité du réseau social
N=x
N=x
Environnement
Pollution atmosphérique
N=1 – min(x ; 50)/50
(∑N)/2
Qualité de l’eau
N=x
Engagement civique et gouvernance
Participation électorale
N=x
(∑N)/2
Participation des parties prenantes à l'élaboration de réglementations
N=x
Bien-être subjectif
Satisfaction à l’égard de la vie
N=x
N=x
Sécurité
Sentiment de sécurité des personnes lorsqu’elles marchent seules la nuit
N=x
(∑N)/2
Taux d’homicides
N= 1–min(x;20)/20
Équilibre Travail-Vie privée
Horaires de travail lourds
N= 1 – x
(∑N)/2
Temps consacré aux loisirs et à soi
N=1–|x–16|/16
Source
: CREG 2018
L’IQCV est calculé comme une moyenne arithmétique pondéré des indices élémentaires des sous-dimensions. Selon les enquêtes effectuées dans le monde, les individus accordent un poids de 4 à l’environnement, à la sécurité et aux conditions de logement ; un poids de 3 aux autres sous-dimensions. Tous les indicateurs composant les sous-dimensions de l’IQCV étant sexospécifiques (à l’exception de la pollution atmosphérique et Participation des parties prenantes à l'élaboration des réglementations), il est donc possible de désagréger les sous-dimensions et l’IQCV selon le sexe des individus.
3.1 SITUATION DU CADRE DE VIE AU CAMEROUN
2.4. RESULTATS ET ANLYSES
Les résultats obtenus sur la qualité du cadre de vie ainsi que les interprétations sont présentés dans cette section. Tout d’abord sont présentées les différentes sous-dimensions et par la suite, l’analyse se focalise sur la dimension qualité du cadre de vie.
3.4.1
Analyse des résultats par sous dimensions
3.4.1.1.
Engagement civique
L’engagement civique et la bonne gouvernance sont des éléments clés dans l’atteinte des ODD. La participation des parties prenantes à l’élaboration de règlementations et celle électorale sont des indicateurs permettant d’apprécier l’engagement civique et la gouvernance. La participation des parties prenantes mesure le degré de transparence du Gouvernement lors des processus d’élaboration des règlements. Quant à l’indicateur de la participation électorale, il est le pourcentage d’inscrits sur les listes électorales ayant voté lors de l’élection la plus récente.
Graphique 3-1 : Score pour la sous-dimension
«
Engagement civique
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
Dans l’ensemble, l’engagement citoyen est appréciable. En effet, plus de 60% de la population au Cameroun est constituée des personnes civiquement engagées. En effet, le taux de participation aux élections législatives et municipales de 2013 était élevé. Cette participation contribue à maintenir la Qualité du Cadre de Vie à un niveau moyen. Lorsqu’on différencie cet engagement selon le sexe, on constate que les hommes (61,8%) sont plus civiquement engagés que les femmes (59,3%). En prenant en compte la région de résidence, on note que les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest et les grandes métropoles (Yaoundé et Douala) sont celles où l’engagement citoyen est le plus faible. Par contre, (Nord, Est et Extrême-Nord) sont les régions du pays où l’engagement citoyen est le mieux marqué (
Graphique 3-1
).
3.4.1.2.
Liens sociaux
Le lien social se définit comme l’ensemble des liens culturels, sociaux, économiques et politiques qui relient les individus dans leur vie quotidienne au sein de groupes divers et qui assurent l’intégration sociale tant du point de vue individuel que celui de la société globale. La qualité du réseau social est l’indicateur permettant de mesurer le lien social. Il est exprimé par la proportion d’individus ayant des proches ou amis sur lesquels ils peuvent compter en cas de besoin (CREFAT, 2018).
Graphique 3-2 : Score pour la sous-dimension
« Liens sociaux
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
Dans l’ensemble, la perception sur la qualité du réseau social au Cameroun est très satisfaisante. En effet, on rencontre autant de personnes qui peuvent recourir aux proches ou à des amis en cas de nécessité. Le sexe de l’individu ne constitue pas un élément important d’appréciation de la qualité du réseau. Cependant, la région de résidence différencie l’appréciation que les populations ont des liens sociaux : les régions du Centre (hormis Yaoundé), du Sud, de l’Adamaoua et du Nord ont une densité sociale protectrice plus élevée que dans les autres régions alors que les grandes métropoles (Yaoundé et Douala) et les régions de l’Ouest et du Nord-Ouest présentent les plus faibles filets de solidarité au plan national (Graphique 3-2).
3.4.1.3.
Environnement
Le graphique 3-3 ci-dessous présente les résultats d’analyse des conditions environnementales dans les différentes régions, ainsi que la situation du Cameroun.
Dans la sous-dimension “qualité du cadre de vie”, l’environnement est caractérisé par deux indicateurs qui mesure la qualité de l’eau et la pression atmosphérique. Le premier indicateur se définit comme le pourcentage d’individu satisfait de la qualité de leur eau et le second comme la concentration moyenne annuelle en microgramme par mètre-cube de particules fines dans les quartiers résidentiels (CREFAT, 2018).
Graphique 3-3 : Score pour la sous-dimension
«
Environnement
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
L’analyse de cette sous-dimension montre que dans l’ensemble, par rapport aux autres sous-dimensions de la qualité du cadre de vie, l’environnement a la plus faible note, soit 0,383 au niveau national. Un niveau similaire est observé aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Cette note est obtenue d’une part, en mesurant le pourcentage de la population utilisant une source améliorée d’eau. D’autre part, l’autre composante de cette sous-dimension qui est mesurée via
la concentration de l'air en particules PM2.5 (microgramme par mètre cube)
est faible et tire la composante vers le bas. Il y a donc des efforts à faire pour réduire la pollution de l’air. La pollution de l’air reste un problème majeur dans la recherche d’un meilleur cadre de vie dans toutes les régions du pays. Même dans les régions mieux classées comme Yaoundé et Douala, leurs notes sont en deca de la moyenne de 50%. Ce classement s’explique surtout par le meilleur accès des populations de ces deux villes à l’eau. Toutefois, d’après une étude de l’OMS
, le Cameroun est parmi les pays africains enregistrant un niveau élevé de pollution de l’air.
3.4.1.4.
Logement
Le logement est essentiel pour satisfaire les besoins élémentaires. Les conditions de logement sont captées ici par le nombre de pièces par personne, l’accès aux équipements de base (l’électricité, l’eau, le mobilier, le gaz, etc.) et le coût du logement (CREFAT, 2018).
Le graphique 3-4 présente les résultats de la sous-dimension « Conditions de logement » avec une comparaison des scores des différentes régions du Cameroun et la situation nationale pour ladite sous-dimension, avec les données d’ECAM4 de 2014.
Cette sous-dimension enregistre un score assez satisfaisant de 61,4% au niveau du Cameroun. Chez les femmes (62,8%) le score est encore plus satisfaisant que chez les femmes (60,9%). Le graphique montre que les conditions de logement des Camerounais sont globalement au-dessus de la moyenne de 50%, dans toutes les régions du pays. Cette performance est le résultat de la bonne note de 0,75 pour l’indicateur « nombre de pièces par personne
»
et 0,69 pour le coût du logement. La note obtenue pour l’accès aux équipements sanitaires de base est de 0,40, indiquant que l’accès aux installations améliorées et non-partagées reste un problème majeur pour les camerounais. L’Etat est appelé à encourager toutes les mesures allant dans le sens d’une utilisation plus accrue des installations sanitaires de base.
Graphique 3-4 : Score pour la sous-dimension
«
Logement
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
3.4.1.5.
Bien-être subjectif
Le graphique 3-5 ci-dessous présente les résultats obtenus aussi bien pour le niveau national que les régions d’enquête pour la sous-dimension
«
Bien-être subjectif
» en 2014.
Graphique 3-5 : Score pour la sous-dimension
«
Bien-être subjectif
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
Cette sous-dimension qui est mesurée au travers de la proportion des personnes satisfaites de leur vie. Toutefois, la proportion des personnes déclarant que le niveau de vie du ménage ne s’est pas détérioré par rapport à l’année avant le passage de l’enquête a été utilisé comme proxy. Sur cette base, un indice d’une valeur moyenne de 58,9% a été obtenue pour le niveau national, témoignant certainement des appréhensions vis-à-vis de la pauvreté sous ses multiformes. Les hommes (60,6%) sont relativement plus satisfaits que les femmes (58,8%). Le profil selon la région est plus contrasté : l’Adamaoua et le Sud-Ouest enregistrent des scores élevés alors que le Nord et l’Ouest ont des scores bas.
3.4.1.6.
Equilibre travail – vie privée
Le temps consacré aux loisirs et à soi ainsi que les horaires de travail lourds sont les deux indicateurs pour mesurer l’équilibre vie professionnelle – vie privée. Le temps consacré aux loisirs et à soi est le nombre moyen de minutes par jour consacrées aux loisirs et aux préoccupations personnelles telles que dormir et manger. Les horaires de travail lourds sont le pourcentage d’employés travaillant au moins (50) cinquante heures par semaine en moyenne.
Dans l’ensemble, c’est 2 personnes sur 3 qui trouvent que le déséquilibre travail-vie privée est important. Le déséquilibre touche plus les hommes (53%) que les femmes (47%). Les résidents des grandes métropoles (Douala et Yaoundé) sont plus concernés par les conflits de conciliation de la vie privée avec les contraintes de travail. Par contre, le score d’au moins 0,70 enregistré pour les travailleurs des régions de l’Extrême-Nord, du Centre (hormis Yaoundé), de l’Ouest et du Sud montre que l’équilibre est plus que satisfaisant pour ceux-ci.
Graphique 3-6 : Score pour la sous-dimension « Equilibre travail-vie privée »
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
3.4.1.7.
Sécurité
Le graphique 3-7 ci-dessous présente les résultats obtenus aussi bien pour le niveau national que les régions d’enquête pour la sous-dimension
«
Sécurité
» en 2014.
Graphique 3-7 : Score pour la sous-dimension
«
Sécurité
»
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
Le score de 0,65 obtenu pour cette sous-dimension, révèle un degré de sécurité moyen. Il est relativement plus élevé chez les femmes (0,69) que chez les hommes (0,61). L’examen des deux composantes révèle que 50,4% des personnes âgées de 18 ans ou plus se sentent en sécurité lorsqu’elles marchent seules dans la nuit dans le quartier. Par ailleurs, le taux d’homicide reste faible avec 4 homicides pour 100 000 habitants. Ce résultat semble témoigner des efforts déployés pour la sécurité malgré l’apparition de nouvelles formes de criminalité (cyber criminalité). Selon la région d’enquête, le Sud, le Centre (hormis Yaoundé) et le Littoral (hormis Douala) enregistrent les meilleurs scores. A l’opposé, Douala et Yaoundé enregistrent les scores les moins élevés. Cette situation peut s’expliquer par le fait que l’urbanisation s’accompagne souvent par la montée de la criminalité.
3.4.2.
Analyse de l’IQCV
Le résultat obtenu pour l’Indice de la qualité du cadre de vie (ICQV) du Cameroun pour l’année 2014 est présenté dans le graphique 3-8. Le niveau de la qualité de vie est moyennement satisfaisant au Cameroun en 2014 au regard du score de 0,62 qui est enregistré par le pays. Il ressort de l’examen des différentes sous-dimensions caractéristiques du cadre de vie que les performances du Cameroun sont relativement très peu satisfaisantes dans le domaine de l’« environnement » où le score de cette sous-dimension se situe à 38%. Cette sous-dimension est appréhendée à travers l’indice de pollution atmosphérique mesuré par la concentration de l'air en particules PM2.5 (microgramme par mètre cube) et l’indice de la qualité de l’eau mesuré par la proportion de la population satisfaite de la qualité de l’eau (proportion de la population utilisant une source améliorée d’eau pour l’eau de boisson a été utilisée comme proxy). La faible performance enregistrée dans cette sous-dimension est surtout de sa première composante. En effet, le Cameroun est parmi les pays en Afrique qui ont un niveau élevé de l’indice de concentration de l'air en particules PM2.5 (microgramme par mètre cube), soit 56,3 microgrammes par mètre cube (OMS). Cet état de chose peut affecter directement la santé de la population par le biais des maladies respiratoires. Par contre, la composante sur la qualité de l’eau affiche un niveau assez satisfaisant.
A l’exception des sous-dimensions « environnement » et « liens sociaux », le Cameroun enregistre des performances moyennes (entre 59,7% et 65,3%) sur toutes les autres sous-dimensions de la qualité du cadre de vie en 2014.
La sous-dimension « Bien-être subjectif » bien qu’enregistrant un score moyen de 0,597 vient juste après la sous-dimension « Environnement » et son niveau peut traduire une certaine appréhension vis-à-vis de la pauvreté. Toutefois, la croissance économique que connait le pays malgré les chocs peut aider à améliorer cet indicateur.
Les sous-dimensions « Logement » et « Engagement civique » connaissent des niveaux moyens pour le cadre de la qualité de vie avec un score tournant autour de 0,6. Toutefois, le taux de participation électorale est élevé au regard de la participation aux législatives et communales de 2013.
Graphique 3-8 : Indice de la qualité du cadre de vie et de ses composantes
Source : CREG – 2023, d’après les données de l’INS du Cameroun
Les sous-dimensions « Sécurité » et « Equilibre travail vie-privée » enregistrent des scores moyens de 0,65. Le niveau relativement satisfaisant pour la première sous-dimension peut s’expliquer d’une part sur les investissements consentis par le Gouvernement en matière de sécurité et les efforts en matière d’éclairage public. Dans la région du Sud, le score de la sous-dimension « Sécurité » atteint 80%.
Il est à son niveau bas de 60% à Douala et à Yaoundé
. Pour ce qui est de l’équilibre entre travail et vie-privée, la faible proportion des personnes travaillant plus de 50 heures en moyenne par semaine (68,5%) contribue relativement que le temps consacré par les personnes pour dormir et manger (62,1%).
Une analyse réalisée sur les régions d’enquête montre que celles-ci ont toutes un niveau moyen dans le domaine de la qualité du cadre de vie avec des scores variant de 0,594 à 0,665. Douala (0,594) et Yaoundé (0,608) sont les métropoles enregistrant
un niveau en dessous du niveau national alors que le Centre (hormis Yaoundé) et la région du Sud sont celles ou ce niveau moyen est le plus élevé (respectivement 0,648 et 0,665). Les autres régions sont dans une position intermédiaire a ces régions en ce qui concerne la qualité du cadre de vie.
Par ailleurs, les résultats obtenus au niveau national se reproduisent globalement dans les régions d’enquête : l’« Environnement » constitue toujours la sous-dimension la plus faible, les « Liens sociaux » enregistrent toujours un niveau très satisfaisant et les autres sous-dimensions sont intermédiaires.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L’objectif de ce rapport est d’analyser l’indice de la qualité du cadre de vie au Cameroun dans le cadre du renforcement des capacités et de calibrage des indices synthétiques de suivi Genre et Dividende Démographique (DDMI/GDDI) au Cameroun. Pour construire et analyser cette dimension, sept (07) sous-dimensions parmi les onze (11) formulations standards sont choisis dans le cadre de suivi du dividende démographique. Il s’agit de : (i) Conditions de logement ; (ii) Liens sociaux ; (iii) Environnement ; (iv) Engagement civique et gouvernance ; (v) Bien-être subjectif ; (vi) Sécurité et (vii) Equilibre vie professionnelle-vie privée. Les résultats montrent que la qualité du cadre de vie au Cameroun est assez acceptable en 2014 avec un score de
61,8
%. Les liens sociaux constituent l’un des facteurs essentiels contribuant à l’amélioration du cadre de vie au Cameroun avec
88,6
%. Toutes les autres sous-dimensions sont au-dessus de la moyenne de 50%, à l’exception de l’environnement qui se situe à
38,3%.
A la suite de l’analyse de cet indice, quelques recommandations sont formulées à l’endroit des autorités en vue de l’implémentation des politiques visant l’amélioration du cadre de vie au Cameroun pour une meilleure suivie du bonus démographique. Il s’agit de : (i) Améliorer l’accès et la qualité des ressources en eau et renforcer de la gestion des eaux usées ; (ii) Renforcer la sécurité publique et la gestion des risques et catastrophes ; (iii) Améliorer les conditions de logement ; (iv) Promouvoir la gestion durable de l’environnement à travers le développement des énergies renouvelables et la réduction de la pollution de l’air.
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3
.
DYNAMIQUES DE
LA
PAUVRETE
RESUME
INTRODUCTION
Au cours de la dernière décennie (2010-2020), le cadre d’orientation du développement au Cameroun a été modifié, passant du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) à la Stratégie Nationale de Développement à l’horizon 2030 (SND30). Le bilan effectué par le Gouvernement dans le cadre de cette transition, fait état de la « résilience de l’économie camerounaise face aux différents chocs économiques et sécuritaires» (SND30).
En effet, malgré la crise anglophone (2017) survenue dans les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest du pays, ainsi que les exactions de Boko Haram dans le grand Nord (2013), le taux de croissance économique est passé de 3% à 4,5% entre 2010 et 2019, le taux d’inflation a été maitrisé à 2% au cours de la période et l’incidence de la pauvreté a enregistré un recul de 2,4 points, passant de 39,9% en 2007 à 37,5% en 2014 (ECAM 3 et 4). Pour ce qui est du revenu National Brut, qui permet d’estimer le pouvoir d’achat des populations, il a augmenté au cours de la période 2013 – 2017 (740$ à 1510$), avec un taux de croissance moyenne annuelle de 5,2%.
Ces progrès réalisées, sont toutefois à relativiser au regard des disparités observées en milieu rural ou urbain, et selon l’évolution des indicateurs par secteur. Le secteur tertiaire devient plus prépondérant (57,1% du PIB) sans être propulsé par les deux autres (primaire et tertiaires). Cette combinaison de facteurs conduit à maintenir le Cameroun dans le classement des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (RNB/tête inférieur à 3 955 $ en 2017).
Pour atteindre l’objectif national d’émergence à l’horizon 2035, et notamment atteindre le stade de Nouveau Pays Industrialisé, la SND30 ambitionne de procéder à la transformation structurelle de l’économie en opérant des changements fondamentaux dans les structures économiques et sociales afin de favoriser un développement endogène, inclusif tout en préservant les chances des générations futures. Dans cette optique, les efforts sont articulés entre autre autour de la stratégie d’industrialisation, le développement du capital humain et du bien-être, la promotion de l’emploi et insertion économique
.
3.1.
CONTEXTE
Cadre sociopolitique
Ramener l’incidence de la pauvreté à moins de 10% en 2035, constitue l’objectif à long terme de la Vision de développement du Cameroun. A cette fin, le Gouvernement a élaboré diverses politiques et stratégies sectorielles, en l’occurence la politique nationale de l’Emploi. Cette dernière vise à promouvoir l’emploi décent, à travers l’élargissement et la valorisation des opportunités de création d’emplois dans l’économie. Les obstacles relevés à l’issue de l’analyse situationnelle pour
l’actualisation de ladite politique, sont les suivants: (i) la faible sensibilité de la croissance économique à la création d’emploi; (ii) le faible impact des instruments de promotion de l’emploi et d’auto emploi; (iii) l’absence d’informations sur la transition école-marché du travail; (iv) l’insuffisance de financement de développement des compétences et une inadéquation entre la formation et les besoins en compétences de l’économie.
Cette situation se traduit par le niveau élevé du sous-emploi global qui s’est aggravé passant de 75,8% en 2005 à 77% en 2014. Le secteur informel, avec une faible productivité, occupe près de 90% des travailleurs en 2010. Pour faire face à cette situation, l’Etat a procédé en 2011 à un recrutement spécial de 25 000 jeunes diplômés, en plus des concours traditionnels de recrutement dans la Fonction Publique et dans les forces de défense et de la police. Cette action fait suite à celles menées en 2008, notamment le recrutement de plus de 5 500 instituteurs et la contractualisation de près de 9 500 personnels temporaires dans les différents départements ministériels.
Par ailleurs, dans le cadre de la mise en oeuvre de sa politique de protection sociale, le Gouvernement a engagé un nombre croissant de programmes de transferts sociaux comprenant : (i) les transferts monétaires directs ; (ii) les transferts indirects ; (iii) les transferts en nature ; et (iv) les interventions d’urgence humanitaire. Toutefois, ces programmes se caractérisent par une coordination insuffisante, une faible cohérence d’ensemble et une absence d’exhaustivité sur toutes les populations nécessiteuses.
L’analyse comparative ménee à travers l’Enquête Camerounaise Auprès des Ménages, souligne le contraste entre la dynamique de pauvreté observée avant et après 2007. La croissance enregistrée entre 2007 et 2014 serait accompagnée d’une réduction de l’incidence de la pauvreté de près de 40% à 33% si les inégalités ne s’étaient accentuée. En effet, l’examen des disparités entre les milieux urbain et rural, permet de constater que la croissance importante aurait entraîné un recul sensible de la pauvreté, mais une aggravation de l’inégalité réduit l’effet de croissance.
Situation de la pauvreté par région
Malgré une légère amélioration observée entre 2001 et 2014, la problématique de la pauvreté au Cameroun demeure un défi majeur. En effet, le taux de pauvreté monétaire a enregistré une diminution, passant de 40,2 % en 2001 à 39,9 % en 2007, pour s’établir à 37,5 % en 2014 (INS ECAM 2, 3 et 4).
Par contre, du fait de la croissance démographique, le nombre de personnes pauvres a connu plutôt une augmentation passant de 7,1 millions en 2007 à 8,1 millions en 2014
. On note une baisse de seulement 2,7 points de pourcentage sur le taux de pauvreté contre un taux de croissance moyen du PIB évalué à 4,2% sur cette période (2001-2014).
S’agissant de la profondeur de la pauvreté qui mesure le gap moyen entre la dépense annuelle de consommation par équivalent adulte des ménages pauvres et le seuil de pauvreté, on note qu’elle s’est accrue et est passé de 12,2% en 2001 à 14,4%
en 2014. En terme monétaire, le montant annuel qu’il faudrait transférer à un pauvre pour le sortir de la pauvreté s’élevait à 74 002 FCFA en 2001, 83 161 FCFA en 2007 et 130 275 FCFA en 2014. La variation de ce montant entre 2007 et 2014 est de 57%. Par ailleurs, les inégalités se sont également accentuées, comme en témoigne l'augmentation de la sévérité de la pauvreté, passant de 5,0 % en 2007 à 7,2 % en 2014.
De plus, les fruits de la croissance bénéficient beaucoup plus aux populations urbaines où le taux de pauvreté est passé de 17,9% à 8,9% entre 2001 et 2014 tandis qu’il a progressé en milieu rural passant de 52,1% à 56,8%.
Tableau xx:
Tendances
des
indicateurs
de
pauvreté
monétaire
de
2001
à
2014
2001
2007
2014
Urbain
Rural
Total
Urbain
Rural
Total
Urbain
Rural
Total
Incidence
(%)
17,9
52,1
40,2
12,2
55,0
39,9
8,9
56,8
37,5
Profondeur
(%)
4,3
17,3
12,8
2,8
17,5
12,3
1,8
22,9
14,4
Sévérité
(%)
1,6
7,7
5,6
1,0
7,2
5,0
0,6
11,7
7,2
%
de
la
population
34,8
65,2
100,0
35,3
64,7
100,0
40,3
59,7
100,0
%
des
pauvres
15,5
84,5
100,0
10,8
89,2
100,0
9,6
90,4
100,0
N
bre
de
pauvres
962
415
5
254
644
6
217
059
768
339
6
362
562
7
130
901
778
748
7
310
128
8
088
876
Sources
:
ECAM
2,
3,
et
4,
INS,
2001,
2007,
2014
Sur le plan géographique, l’évolution de la pauvreté par région d’enquête
présente des disparités remarquables. Aussi bien en 2014 qu’en 2007, les deux métropoles, Douala et Yaoundé affichaient les plus bas niveaux de pauvreté (4,2% et 5,4% respectivement), avec néanmoins une tendance à la baisse à Douala et une stagnation à Yaoundé par rapport à 2007. Les régions du Centre sans Yaoundé, de l’Est, du Littoral sans Douala, de l’Ouest, du Sud-Ouest et de l’Adamaoua ont connu une baisse du taux de pauvreté plus prononcée entre 2007 et 2014. Par contre, les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, du Nord-Ouest et du Sud ont enregistré plutôt une évolution à la hausse du taux de pauvreté.
Caractéristique sociodémographique et pauvreté
L’analyse de l’évolution de la pauvreté peut également se faire suivant les caractéristiques des ménages, notamment leur taille, ainsi que des données sur le chef ménage, telles que le sexe, l'âge et le niveau d'éducation.
Par rapport au sexe du chef de ménage, on note que tout comme en 2001 et 2007, l'incidence de la pauvreté se révèle plus marquée en 2014 au sein des ménages dirigés par des hommes (38,9 %) que par des femmes (32,8 %). Par ailleurs, le taux de pauvreté augmente avec l'âge du chef de ménage, passant de 27 % chez les ménages dont le chef a moins de 30 ans à 44 % chez ceux dont le chef a 50 ans ou plus.
La taille du ménage semble exercer une influence sur le niveau de pauvreté, car la proportion de personnes en situation de précarité augmente à mesure que la taille du ménage augmente. Cette proportion varie de 5,4 % dans les ménages composés d'une seule personne à 55,8 % dans les ménages de huit personnes ou plus.
En ce qui concerne le niveau d'éducation, il ressort que plus le chef de
ménage n’est
instruit, moins son ménage est sujet à la pauvreté. En 2014, le taux de pauvreté dans les ménages dont le chef n'a jamais fréquenté l'école (66,2%) est 4,8 fois plus
élevée
que dans les ménages dont le chef a achevé le niveau secondaire.
Pauvreté et part de consommation alimentaire
L’agrégat de consommation comprend les dépenses alimentaires (y compris les repas pris à l’extérieur du ménage), la consommation alimentaire non monétaire résultant de l’autoconsommation et des dons, la valeur d’acquisition des biens non durables et des services, une estimation de la valeur d’usage des biens durables et
la valeur imputée du logement pour les ménages propriétaires ou logés gratuitement par un tiers. La règle générale est d’utiliser les dépenses et acquisitions quotidiennes relevées pendant 10 jours en milieu rural et 15 jours en milieux urbain et semi-urbain pour estimer la consommation alimentaire, et les dépenses et acquisitions rétrospectives sur 3, 6 ou 12 mois selon le cas pour le calcul de la consommation non alimentaire. Cette règle générale a néanmoins subi quelques aménagements.
La part de consommation des 20% de la population la plus pauvre est en baisse, passant de 6,2% à moins de 5% entre 2001 et 2014. Dans le même temps, ce sont les ménages les plus nantis qui en tirent profit puisque la part dans la consommation des 20% des ménages les plus nantis passe de 48,7% à 50,6% sur la même période
.
Tableau:
Evolution
des
indices
d’inégalité
par
milieu
de
résidence
entre
2001
et
2014
(%)
2001
2007
2014
Urbain
Rural
Total
Urbain
Rural
Total
Urbain
Rural
Total
Gini
40,7
33,1
40,4
35,2
32,2
39
36,5
39,5
44
Theil (0)
27,9
18,2
27,5
20,6
16,7
24,8
22
26,1
33,6
Theil (1)
35,4
19,4
33,8
22,9
18,8
27,9
24,4
28
34,9
Conso 20%
plus pauvres
6,5
7,8
6,2
7,3
8,4
6,5
7
6
4,7
Conso 20% plus riches
48,4
42,3
48,7
43,9
41,8
47
45,1
47,3
50,6
Sources
:
ECAM
2,
3
et
4,
INS,
2001,
2007,
2014
Distribution des ménages selon les dépenses par tête
En 2014, la dépense annuelle moyenne de consommation par équivalent adulte s'élève à 635 345 FCFA, ce qui équivaut à près de deux fois le seuil de pauvreté national établi à 339 715 FCFA. En d'autres termes, en moyenne, chaque équivalent adulte dépensait environ 52 945 FCFA par mois, soit environ 1 765 FCFA par jour.
Par ailleurs, l'analyse des dépenses annuelles moyennes de consommation par équivalent adulte met en évidence d'importantes disparités régionales. En effet, la dépense annuelle moyenne de consommation par personne varie de 307 336 FCFA dans la région de l'Extrême-Nord à 1 154 580 FCFA à Douala. La ville de Yaoundé affiche la deuxième valeur la plus élevée (1 023 633 FCFA) après Douala, tandis que les régions du Nord (349 560 FCFA) et du Nord-Ouest (418 110 FCFA) ont les valeurs les plus faibles. Le classement des régions selon les dépenses annuelles moyennes de consommation par personne en 2014 est sensiblement similaire à celui de 2007.
De plus, la répartition des ménages en fonction des dépenses moyennes de consommation par équivalent adulte varie considérablement en fonction du niveau de vie. Les ménages pauvres dépensent en moyenne 210 011 FCFA par an pour chaque équivalent adulte, soit environ un quart de ce que dépensent les ménages
non pauvres (880 655 FCFA). En outre, la dépense annuelle moyenne de consommation par équivalent adulte dans les 20 % de ménages les plus riches est de 1 569 947 FCFA, soit près de 10 fois plus que celle des 20 % de ménages les plus pauvres, qui se chiffre à 154 072 FCFA. En d'autres termes, les ménages les plus aisés dépensent en moyenne environ 4 310 FCFA par jour par équivalent adulte pour la consommation, tandis que les ménages les plus pauvres se situent à seulement 422 FCFA par équivalent adulte.
Tableau : Dépense moyenne de consommation par équivalent adulte par niveau de vie des ménages, selon la région
Quintile d'unité de consommation
Statut dans la pauvreté
Q1 (20% les plus pauvres)
Q2
Q3
Q4
Q5
(20% les plus riches)
Non pauvre
Pauvre
Total
Douala
201 021
309 397
482 585
702 264
1 650 472
1 191 646
293 951
1 154 580
Yaoundé
188 220
315 366
465 983
716 922
1 683 256
1 065 515
271 171
1 023 633
Adamaoua
153 481
290 021
460 936
718 762
1 408 485
809 440
206 356
534 459
Centre
187 998
298 097
445 743
700 908
1 488 865
761 223
256 091
610 694
Est
178 697
304 765
464 439
681 257
1 409 430
704 277
235 274
567 078
Extrême-Nord
143 082
278 274
446 149
695 165
1 397 787
655 079
186 862
307 336
Littoral
168 188
303 355
465 281
685 729
1 359 110
703 188
258 999
616 957
Nord
159 060
278 755
450 878
692 340
1 363 441
651 843
202 120
349 560
Nord-Ouest
156 907
287 815
458 249
691 645
1 409 351
675 667
200 643
418 110
Ouest
188 366
305 050
463 072
686 560
1 454 694
700 822
269 653
609 302
Sud
179 692
297 129
456 665
686 791
1 435 776
762 317
240 033
586 987
Sud-Ouest
164 308
296 136
464 841
713 782
1 462 768
835 100
246 814
730 235
Total
154 072
290 627
460 353
701 575
1 569 947
880 654
210 011
635 345
Pauvreté selon l’activité
Selon la situation d’activité, les ménages dirigés par des personnes actives occupées sont les plus touchés par la pauvreté. Le taux de pauvreté y est de 38,6%. Les ménages des exploitants agricoles (entreprises informelles agricoles), avec un taux de pauvreté de près de 63%, forment de loin le groupe le plus pauvre, beaucoup plus pauvre que les ménages dirigés par les inactifs (avec un taux de près de 33%). Le fait d’avoir un taux de pauvreté plus faible pour les ménages dirigés par un chômeur ne signifie pas forcément qu’il est préférable d’être chômeur que d’être actif occupé. Ces ménages bénéficieraient des transferts des autres ménages. La population inactive est constituée en majorité des personnes en cours de scolarité (72,3% et 60,2%), les femmes au foyer et les malades de longue durée, respectivement 17,4% et 11,2%. Pour les autres inactifs, il se pourrait que compte tenu de la spécificité du marché du travail, la démarcation entre l’activité, l’inactivité et le chômage est
faible, et ces inactifs ne sont pour certains d’entre eux que des inactifs temporaires. En outre, la contribution des autres membres aux revenus du ménage n’est pas à négliger. Cette même logique justifierait également le faible taux de pauvreté parmi le groupe des ménages de chômeurs (10%). Ainsi, on note une persistance de la pauvreté dans le groupe des ménages des exploitants agricoles qui concentrent plus 67% de la population pauvre en 2014.
A l’opposé des ménages des exploitants agricoles, les ménages de salariés aussi bien des secteurs public que privé formel ont les taux de pauvreté les plus faibles (moins de15%). Le risque relatif d’être pauvre pour les ménages dont le chef travaille dans le secteur agricole est en effet 6 fois plus élevé que chez ceux dont le chef travaille dans le secteur moderne (public ou privé formel). Ce risque est 2,9 fois plus grand que pour ceux vivant dans des ménages dont le chef travaille dans l’informel non agricole. Cette précarité des ménages de personnes travaillant dans le secteur informel agricole est d’autant plus préoccupante que ces personnes disposent en général d’un capital et de ressources très faibles pour assurer une bonne productivité, de bons revenus ou constituer une épargne.
Tableau
: Pauvreté selon la branche d’activité du Chef de Ménage (CM)
Dimension contextuelle de la pauvreté en 2014
Branche d'activité du CM
Incidence de la pauvreté (%)
Répartition des pauvres (%)
Répartition de la population (%)
Agriculture, Elevage, pêche
61,9
69,4
42
Agro alimentaire
4,8
3,9
3,5
Confection
14
0,5
1,4
Autre industrie
23
2,7
4,5
BTP
19,9
1,4
2,7
Commerce de gros
11,1
0,8
2,9
Commerce de détail
18,3
4,4
9
Transport
12,7
1,8
5,4
Restauration
13,4
0,9
2,5
Réparation
16,1
0,8
1,8
Autres services
14
5,1
13,6
Chômeurs, inactifs
28,4
8,3
10,9
3.2. REVUE
DE LA LITTERATURE
Revue succincte de la littérature de la pauvreté
La pauvreté est un phénomène complexe et pluridimensionnel. Elle peut donc se définir de plusieurs manières et se présenter sous diverses formes. Selon l’approche monétaire, PNUD (1999) estime qu’une personne est pauvre si et seulement si elle ne dispose pas d’un revenu suffisant pour satisfaire un certain niveau de bien-être. Du fait de sa simplicité, cette méthode de mesure est couramment utilisée pour définir les individus pauvres et mesurer le taux de pauvreté d’une population. La pauvreté non monétaire ou pauvreté des conditions de vie ou d’existence est « une forme de pauvreté qui comprend toutes les dimensions relatives à la vie sociale (exclusion sociale, solitude résultant d’un affaiblissement des liens sociaux), à la vie culturelle comme absence de reconnaissance d’une identité spécifique, ou de ses modes d’expression, a la vie politique (absence de pouvoir de décision ou de participation aux décisions), a l’éthique (pertes de valeurs communes, situation de violence, délinquance, corruption) » Afristat (2015).
L’utilisation d’indicateur chiffré pour mesurer la pauvreté a commencé avec les travaux de Foster et al., (1984). En effet, ces auteurs distinguent trois sortes d’indicateurs, nommés indicateurs FGT, qui mesurent un aspect précis de la pauvreté à savoir l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté. La mesure des indicateurs FGT est basée sur l’approche monétaire de la pauvreté, principalement un indicateur de revenu ou de consommation. Ces indicateurs permettent de saisir la pauvreté en un point du temps ou les changements intervenus dans le temps au niveau de l’incidence, de la profondeur et de la sévérité de la pauvreté. Ces mesures basées sur l’approche monétaire de la pauvreté mettent l’accent sur un seul élément du bien-être des individus, la consommation ou le revenu en ignorant d’autres dimensions qui sont également importantes à leur bien-être.
Pour prendre en compte l’aspect pluridimensionnel de la pauvreté, les recherches se sont orientées vers l’approche non monétaire de la pauvreté avec les travaux de Sen dans les années 1980 repris par le Programme des nations unies pour le développement. L’analyse de la pauvreté est ainsi passée de l’utilisation de la consommation ou du revenu comme indicateurs de mesure à l’appréhension multidimensionnelle des conditions de vie des ménages. Selon Sen, la pauvreté ne devrait pas être appréhendée par des niveaux de consommation ou de revenu, mais par la capacité des individus à y avoir accès. La Banque mondiale a assez largement accepté et reconnu la diversité des dimensions de la pauvreté. Ainsi, même si l’approche monétaire de la pauvreté est toujours utilisée aujourd’hui, elle connaît une remise en cause reposant sur le fait que le seul critère monétaire ou des revenus (dépenses de consommation) ne permettrait pas de saisir l’essentiel des privations dont sont victimes les individus ou les ménages, les plus touchés par la pauvreté.
Amin et Dubois (2000) analysent la pauvreté et les inégalités au Cameroun entre 1983 et 1996 en combinant l’approche monétaire et l’approche non monétaire (conditions de vie et capacités des ménages). Leurs résultats montrent que la pauvreté s’est aggravée entre 1983 et 1996. Par contre, l’indice de Gini révèle que les inégalités de revenus ont baissé sous la période sous étude. Amin et al. (2001), dans une autre étude, analysent les déterminants de la pauvreté monétaire au Cameroun
en se basant sur l’Enquête camerounaise sur les conditions de vie (ECAM1). L’analyse des données révèle que la pauvreté est essentiellement rurale et est expliquée par la structure démographique des ménages (taille, nombre d’enfants, type, cycle de vie), le capital humain, le groupe socioéconomique et le statut dans l’occupation. En ce qui concerne les inégalités de revenus, elles sont plus élevées en milieu urbain qu’en milieu rural.
Foko et al. (2005) construisent un indicateur synthétique de la pauvreté au Cameroun en se basant sur une approche micro multidimensionnelle des conditions de vie. Leurs résultats mettent en exergue que la pauvreté multidimensionnelle se traduit par l’exclusion des ménages de la consommation de certaines commodités de base. Elle est plus marquée que la pauvreté monétaire et tend à mieux rendre compte de l’état de pauvreté des ménages tel qu’ils le perçoivent. Pamen et al. (2010) étudie la dynamique de la pauvreté non monétaire au Cameroun entre 2001 et 2007 en utilisant l’analyse des correspondances multiples et les tests de dominance stochastique. L’objectif visé était d’analyser la transition dans la pauvreté sans faire usage de la ligne de pauvreté. Leurs résultats montrent que la pauvreté non monétaire a diminué, en milieu urbain et dans tout le pays, entre 2001 et 2007 seulement au sein des classes moyennes. En ce qui concerne les pauvres et les riches, la pauvreté non monétaire s’est accrue en milieu urbain au cours de la période.
Ainsi, les travaux basés sur les données transversales ou instantanées permettent une analyse statique du bien-être des ménages en distinguant les pauvres selon la distance qui sépare leurs revenus ou leurs consommations et la ligne de pauvreté, selon le sexe, le milieu de résidence, le niveau d’éducation, la possession d’actifs et le statut socio-professionnel du chef de ménage. Même si ces divers travaux effectués sur la pauvreté au Cameroun permettent d’appréhender le phénomène à un moment et son évolution dans le temps, ils ne permettent pas d’étudier les variations de bien-être d’un ensemble de ménage ou d’individus dans le temps, c’est-à-dire, la dynamique de la pauvreté. Cette dernière fournit une dimension supplémentaire à la nature de la pauvreté dans un pays (Oduro, sans date).
Les études sur la dynamique de la pauvreté mettent en exergue les différentes situations de pauvreté des ménages ainsi que les facteurs pouvant expliquer leur maintien, leur sortie ou leur entrée dans la pauvreté au cours du temps. Dans la littérature, ces études se font souvent soit à travers des données de panel sur les ménages ou les individus, soit par des études de cohorte ou de pseudo panel. Les investigations empiriques permettent de faire ressortir la pauvreté chronique et la pauvreté transitoire. La pauvreté chronique peut être définie comme le fait d’être pauvre pendant une période prolongée. Les pauvres transitoires sont ceux qui alternent les situations de pauvreté et de non pauvreté pendant la période d’étude.
Dans les investigations empiriques de la dynamique de pauvreté, deux approches sont fréquemment utilisées, l’approche par périodes et l’approche par composantes. L’approche par période nécessite des données de panel où l’identification du statut de pauvreté des ménages dans les deux périodes est indispensable. La
détermination des composantes chroniques et transitoires de la pauvreté se fait par l’usage d’une matrice de transition qui fournit le nombre ou le pourcentage de ménages qui sont restés dans la pauvreté, ceux qui en sont sortis, ceux qui y sont tombés et ceux qui n’ont pas du tout connu la pauvreté entre les deux périodes. Ainsi, pour différencier la pauvreté transitoire de la chronique, Jalan et Ravallion (2000) utilisent une combinaison du temps écoulé avec des niveaux de revenu ou de consommation inférieurs aux lignes de pauvreté et la relation entre la consommation moyenne et les lignes de pauvreté. Une étude menée dans le milieu rural en Inde avec un panel de ménages sur 9 années révèle que 22% des ménages étaient toujours pauvres pendant cette période, que 12,4% n’étaient jamais pauvres et que 65% étaient parfois pauvres (Gaiha et Deolalikar, 1993).
L’approche par les composantes pour identifier les pauvretés chronique et transitoire est largement basée sur le concept de la consommation ou du revenu permanents. Toutefois, dans les investigations empiriques, différentes méthodes ont été adoptées. Gaiha et Deolalikar (1993) identifient deux sortes de pauvreté, c’est-à-dire la pauvreté anticipée et la pauvreté naturelle. La pauvreté anticipée est définie comme le revenu ou la consommation anticipés qui tombent sous le seuil de pauvreté. Le revenu anticipé est prédit à partir d’une équation de forme réduite du revenu ou de la consommation. Un ménage avec un revenu prévu ou anticipé en dessous du seuil de pauvreté peut être décrit comme pauvre chronique car le revenu ou la consommation prédits ne contient plus des chocs aléatoires. En conséquence, ils identifient les ménages qui sont susceptibles de rester pauvres en moyenne. En plus de la pauvreté anticipée, Gaiha et Deolalikar (1993) définissent la pauvreté naturelle. Selon leur définition, les ménages qui sont touchés par cette pauvreté sont pauvres en raison de caractéristiques innées qui ne peuvent pas être modifiées à court ou à moyen terme.
Dans un article, Jalan et Ravallion (2000) décomposent la pauvreté des ménages en composantes chroniques et transitoires en utilisant des données de panel. Ils définissent un ménage chronique comme un ménage dont la consommation moyenne intertemporelle est inférieure au seuil de pauvreté. Jalan et Ravallion présentent également une méthode pour décomposer la pauvreté individuelle en ses composantes chroniques et transitoires. La pauvreté transitoire, quant à elle, est la différence entre la pauvreté totale et la pauvreté chronique. Elle mesure la contribution de la variabilité de la consommation dans le temps. Haddad et Ahmed (2002) appliquent cette méthodologie à des données égyptiennes et aboutissent aux résultats que la pauvreté chronique forme une large composante de la pauvreté totale, entre 50 et 73%.
Dramani (2018) utilise les approches de Dang et Lanjouw (2013) et de Dang et al. (2011) pour analyser les transitions dans la pauvreté au Sénégal. Les résultats montrent que la vulnérabilité de ménages a diminué de 13 points de pourcentage entre 1995 et 2011. En effet, la proportion de ménages vulnérables passe de 61% pour la période 1995-2001 à 51% entre 2001-2005 et s’établit à 48% entre 2005 et 2011. De plus l’étude révèle que la trappe à pauvreté a baissé à la fois en milieu rural qu’en milieu urbain..
3.3. METHODOLOGIE
La mesure et l'analyse de la pauvreté revêtent une importance particulière dans le processus de suivi et d'évaluation de l'efficacité des politiques publiques, mais également dans le suivi de l'évolution du processus de la capture du DD et l’atteinte des ODD.
Cependant, étant donné les grandes inégalités dans la répartition des richesses et la grande vulnérabilité des ménages dans les pays en développement, il semble encore plus important de mieux comprendre le phénomène de la pauvreté afin de mieux cibler les populations à risque. Dans cette perspective, les études sur la dynamique de la pauvreté visent à identifier les personnes qui entrent ou sortent de la pauvreté au fil du temps et à analyser les principaux facteurs qui jouent un rôle important dans cette mobilité dans la pauvreté. C'est en ce sens que l'indicateur synthétique de sortie de la pauvreté (ISSP) a été conçu pour mesurer le risque relatif que le bien-être des populations s'améliore ou se détériore en fonction de la diminution ou de la persistance de la pauvreté.
L’ISSP s'appuie sur une nouvelle approche développée par Dang et Lanjouw (2013) pour mesurer les transitions de la pauvreté. Ces derniers ont mis au point une méthode de construction des pseudo-panels et d'estimation de la matrice de transition pour deux ou plusieurs enquêtes sur la pauvreté. L'idée est de suivre des cohortes d'individus (ou de ménages) dans le temps. En considérant deux périodes T1 et T2, la méthode permet d'estimer
:
P-P : la proportion d'individus qui sont restés pauvres pendant les périodes T1 et T2 (pauvreté chronique ou permanente ou encore trappe à pauvreté) ;
P-NP : la proportion d'individus qui sont passés d'un état de pauvreté à un état de non-pauvreté entre T1 et T2 (Sortie de pauvreté) ;
NP-P : la proportion de personnes qui sont passées d'un état de non-pauvreté à un état de pauvreté entre T1 et T2 (Basculement dans la pauvreté) ;
NP-NP : la proportion d'individus qui sont restés non pauvres dans les deux périodes T1 et T2 (Non pauvreté pure).
L’ISSP, dont la formule est donnée ci-dessous, permet de déterminer le taux de sortie de la pauvreté parmi les populations vulnérables, c'est-à-dire les personnes qui passent d'un état de pauvreté à un état de non pauvreté et vice-versa.
L’ISSP, dont la formule est donnée ci-dessous, permet de déterminer le taux de sortie de la pauvreté parmi la population vulnérable, c’est-à-dire les personnes qui passent d’un état de pauvreté à un état de non-pauvreté et inversement.
La méthodologie de Dang et Lanjouw (2013) est également applicable aux sous-groupes d’une population donnée. Ainsi, nous pouvons déterminer la proportion de femmes ou d’hommes vivant dans la pauvreté chronique (, où g = femme ou homme) ou dans la non-pauvreté () ainsi que la proportion de femmes ou d’hommes qui sont passés de la pauvreté à la non-pauvreté () et qui sont passés de la non-pauvreté à la pauvreté ().
Ainsi, pour analyser les inégalités de genre en termes de dynamique de pauvreté, l’ISSP est calculé pour les sous-groupes de femmes et d’hommes de la formule ci-dessous :
L’indice s indique le sexe, il peut également désigner un sous-groupe de genre. Les données sur la pauvreté peuvent être trouvées dans différentes enquêtes auprès des ménages.
3.4.
RESULTATS ET ANALYSE DES DYNAMIQUES DE LA PAUVRETE
L’objectif des analyses des dynamiques de la pauvreté est de mesurer l’ampleur des entrées et sorties de la pauvreté pour les différentes transitions, mais aussi d’analyser les facteurs qui influencent cette dynamique. Les analyses ont été réalisées pour les 10 régions en plus des villes de Douala et Yaoundé. Elles se basent sur les résultats de la transition entre les enquêtes ECAM 3 (2007), ECAM 4 (2014).
Dynamique de la pauvreté au niveau national
Les deux enquêtes sur les ménages réalisées entre 2007 et 2014 (ECAM 3, 4) ont permis de déterminer les différentes étapes de la transition dans la pauvreté des ménages Camerounais. Les ménages ont été classés en quatre catégories selon leur état entre 2007 et 2014 :
-La
non pauvreté pure
(
NP-NP
) désignent ceux qui étaient non pauvres en 2007 et le sont toujours en 2014;
-La
pauvreté pure ou chronique
(
P-P
), il s’agit des ménage Pauvres du début à la fin de la période;
-Le
basculement dans la pauvreté
(
NP-P
), ceux qui étaient Non Pauvres en 2007 et ont basculé dans la pauvreté en 2014;
-La
sortie de pauvreté
(
P-NP
), les ménages enregistrés comme pauvres en 2007 et Non Pauvres en 2014.
Entre 2007 et 2014, la proportion des pauvres restés pauvres est de 25% tandis que celles des non pauvres qui sont restés dans cet état est de 47,7%. En outre, 12.4% de la population a basculé dans la pauvreté et 14.8% d’entre elle en est sortie. Cet écart de 2.4 pourrait traduire le fait que sur cette période, l’économie camerounaise a pu générer des richesses permettant d’améliorer les conditions de vie d’une frange de la population. Cependant, le défi pour les années futures est de mettre en œuvre des stratégies visant à ameliorer les besoins des populations en situation de pauvreté pure.
Graphique : Dynamique de pauvreté au niveau national
Source
: Institut National de la Statistique, Données (ECAM 3 & 4).
L’analyse des résultats désagrégés montre que les moins de 30 ans et plus de 60 ans sont plus susceptibles de basculer dans la pauvreté que les autres tranches d’âge (voir tableau ci-dessous). La proportion la plus élevée de personnes qui émergent de la pauvreté est celle des individus âgés de 40 à 49 ans (26,8%).
TRANSITION 2007-2014
PP
NPP
PNP
NPNP
CAMEROUN
Milieu de résidence
Urbain
3,8
5,1
8,4
82,7
Rural
36,4
20,4
18,6
24,6
Sexe du chef de ménage
Homme
26,5
15,1
14,4
51,0
Femme
17,2
17,2
15,6
46,0
Age du chef de ménage
-30 ans
O, 4
26,7
27,7
42,2
30-39 ans
19,2
12,9
15,6
52,3
40-49 ans
15,7
22,3
26,8
35,2
50-59 ans
19,5
19,4
25,9
35,2
60 et +
24,3
25,1
24,3
26,3
Dynamique de la pauvreté selon le milieu de résidence,
L’étude de la dynamique spatiale de la pauvreté montre quelques disparités. Tout d’abord, la dynamique de la pauvreté est plus forte en milieu rural qu’en milieu urbain. En effet, on note un écart de 15 points pour les entrées dans la pauvreté et 10 points pour des sorties de la pauvreté en faveur du milieu rural. En ce qui concerne la pauvreté chronique, elle est plus élevée en milieu rural (36.4%) qu’en milieu urbain (3.8%). A l’inverse, le milieu urbain concentre le plus des personnes en situation de non pauvreté pure par rapport au milieu rural (82,7% dans le milieu urbain contre 24,6% dans le rural). Ce résultat montre que la pauvreté demeure un phénomène très caractéristique du milieu rural et ce, malgré les efforts déployés à travers les politiques de développement.
Graphique: Dynamique de pauvreté selon le milieu de residence
Source
: Institut National de la Statistique, Données (ECAM 3 & 4).
Dynamique de la pauvreté selon le sexe du chef de famille
L’analyse de la dynamique de la pauvreté selon le sexe du chef de ménage permet de faire une analyse de la transition de la pauvreté des ménages. 15,6% des ménages diriges par des femmes sont sortis de la pauvreté contre 14,4% des ménages dirigés par des hommes, tandis que 16,2% ont basculé dans la pauvreté chez les femmes, contre 15,1% chez les ménages diriges par les hommes. Le basculement dans la pauvreté a été moins important chez les femmes chef de ménages (16,2%) que chez les hommes (15,1%). Quant aux ménages non pauvres dirigés par les hommes, on note qu’ils sont supérieurs à ceux dirigés par les femmes (51,1 % et 46,1 % respectivement). Durant toute la transition, la pauvreté chronique a concerné plus les ménages dirigés par les hommes par rapport aux ménages dirigés par les femmes (26,5% et 17,2% respectivement). Ces résultats pourraient s’expliquer par les impacts des différentes stratégies menées par le gouvernement du Cameroun sur la période, afin d’améliorer la situation économique et sociale des femmes ; l’Etat a mis en place des structures d’autonomisation des femmes, des fonds de promotion économique et de soutien aux activités des femmes, ainsi qu’une stratégie d’appui aux groupes vulnérables à l’instar du projet Filets sociaux.
Graphique : Dynamique de la pauvreté selon le sexe du chef de famille
Dynamique de la pauvreté selon l’âge du chef de ménage
La prise en compte de l’âge dans l’analyse de la dynamique de la pauvreté au Cameroun est un élément clé au regard de la jeunesse de cette population qui constitue une force de travail potentielle. Ainsi l’âge du chef de ménage pourrait avoir un effet certain sur le niveau du bien-être ou condition de vie.
L’analyse du graphique … montre que pour les tranche d’âge de :
Moins de 30 ans :
Les ménages dirigés par les jeunes sont très peu touchés par la pauvreté chronique et présente un fort taux de non pauvreté pure. Celui-ci est estimé à 42,2% entre 2007 et 2014 contre seulement 0,4% pour la pauvreté chronique. Toutefois 26,7% des ménages dirigés par des jeunes ont basculé dans la pauvreté, ce qui illustre un peu l’état de vulnérabilité dans lequel se trouvaient ces ménages sur la période. Il est aussi à noter que 27,7% sont sortis de la pauvreté à cette meme période.
30 et 39 ans :
En ce qui concerne les ménages dirigés par les adultes (30- 39 ans), le taux de non pauvreté pure (52,3%) largement au dessus du taux de pauvreté chronique (19,2%). Par contre c’est une catégorie de ménages qui parait très vulnérable, ne parvenant pas à se stabiliser au-dessus de la ligne de pauvreté. Pourtant, c’est cette tranche d’âge qui devrait le plus bénéficier d’emplois stables, donc d’un niveau de bien- être acceptable à long terme, car ayant, en toute normalité, accumulé assez d’expérience et de savoir-faire, et ayant dépassé le stade de primo demandeurs. Cette situation est le reflet d’un marché du travail en difficulté au Cameroun.
40 à 49 ans :
35,2% des ménages dirigés par des individus âgés entre 40 et 49 ans étaient non pauvres en 2007 et le sont restés en 2014. Un taux certes en dessous de celui national (37,5%), mais caractéristique d’un certain niveau de stabilité dans le bien être de cette catégorie de ménages. La trappe à pauvreté est, quant à elle, relativement réduite (15,7%). Toutefois ces types de ménages sont touchés par une forte vulnérabilité. En effet, 22,3% de ceux qui étaient non pauvres ont basculé dans l’état de pauvreté et 26,8% en sont sortis, ce qui rend compte d’une mutation progressive de l’economie camerounaise.
50 à 59 ans :
35,2% des ménages dirigés par des individus âgés entre 50 et 59 ans étaient non pauvres en 2007 et le sont restés en 2014. Cette frange de la population active est un peu plus vulnerable par rapport à celle âgé de 40-49 ans car 19,5% sont restés pauvres sur cette période. 25,9% d’entre-eux ont vu leur situation s’améliorer et 19,4% sont devenus pauvres.
60 ans et plus :
Dans ces ménages des séniors , 26,3% demeurent non pauvres tandis que 24,3% sortent de la pauvreté. Cette sitution de bien-être serait dûe à l’accumulation des actifs au cours de leurs années d’activités. La meme proportion est engluée dans la pauvreté chronique, tandis qu’on y enregistre un taux de basculement dans la pauvreté de 25,1%. En effet, nombreux sont ceux d’entre-eux à avoir une vie précaire pour le reste de leur vie du fait qu’ au Cameroun, le système de sécurité sociale est encore embryonnaire.
Graphique : Dynamique de la pauvreté selon l’âge du chef de ménage
Dynamique de la pauvreté selon les régions
Il ressort de l’analyse comparative entre les différentes régions que les villes de Douala et Yaoundé sont celles qui enregistrent la plus grande proportion de personnes restées stables dans la non pauvreté au cours de la période 2007-2014.
L’Extrême-Nord et le Nord sont les régions où le plus grand nombre de pauvres sont restés pauvres et les populations vulnérables sont davantage enregistrées dans les régions de l’Est et l’Adamaoua.
Graphique: Dynamique de la pauvreté selon les régions
Indice synthétique de sortie de la pauvreté par région
L’analyse de l’Indice Synthétique de Sortie de la Pauvreté (ISSP) au
Cameroun
montre que 59,7% des
ménages
sont sortis de la pauvreté ou se sont maintenus dans la non pauvreté pure. On observe une disparité suivant certains caractéristiques du chef de ménage notamment le sexe et l’âge, et suivant le lieu de résidence.
En effet, dans l’ensemble des ménages, 59,0% dirigés par des hommes et 61,7% dirigés par des femmes sont sortis de la pauvreté ou se sont maintenus dans la non pauvreté pure. Ceci pourrait s’expliquer par
l’effet positif
des transferts effectués aux profits des ménages dirigés par les femmes.
Par ailleurs, lorsque l'on observe l'ISSP en fonction de l'âge du chef de ménage, on constate que le pourcentage de ménages sortant de la pauvreté ou se maintenant dans la non pauvreté diminue à mesure que l'âge du chef de ménage augmente. Cela signifie que les ménages dont le chef est plus jeune ont une probabilité plus élevée de sortir de la pauvreté ou de se maintenir dans la non pauvreté que les ménages dirigés par des chefs plus âgés.
Plus précisément, parmi les ménages dont le chef a moins de 30 ans, environ 71,1 % ont une probabilité de sortir de la pauvreté ou de se maintenir dans la non pauvreté. En revanche, parmi les ménages dont le chef a 60 ans ou plus, cette probabilité est réduite à 50,8 %.
Il est important de noter que cette observation peut être liée à plusieurs facteurs. Les ménages dirigés par des chefs plus jeunes peuvent être plus dynamiques sur le plan économique, avoir de meilleures opportunités d'emploi ou d'investissement, ou bénéficier d'une plus grande capacité d'adaptation aux changements économiques. En revanche, les ménages dirigés par des chefs plus âgés peuvent être plus vulnérables aux fluctuations économiques ou avoir moins d'opportunités d'amélioration de leurs conditions de vie.
Cela souligne l'importance de prendre en compte l'âge du chef de ménage dans la conception de politiques et de programmes de réduction de la pauvreté, car les besoins et les opportunités peuvent varier en fonction de l'âge des chefs de ménage.
Concernant le milieu de résidence, il ressort du graphique xx ci-dessous qu’entre 2007 et 2014, c’est un peu plus de trois quarts de ménages (77,1%) qui sont sortis de la pauvreté ou se sont maintenus dans la non pauvreté, contre 43,9% en milieu rural. Ce résultat peut être interprété comme suit :
Amélioration en milieu urbain
:
En milieu urbain, une proportion significative des ménages (77,1 %) est parvenue à améliorer ses conditions de vie ou à maintenir son statut de non-pauvreté entre 2007 et 2014. Cela suggère une certaine dynamique économique en milieu urbain, avec des opportunités d'emploi, d'éducation et de développement économique qui ont permis à une grande partie de la population de rester au-dessus du seuil de pauvreté ou de l'en sortir.
Défis en milieu rural :
En revanche, en milieu rural, le taux est sensiblement plus bas, avec seulement 43,9 % des ménages parvenant à sortir de la pauvreté ou à rester non-pauvres sur la même période. Cela peut indiquer des défis spécifiques en milieu rural, tels que l'accès limité aux services de base, le chômage ou le sous-emploi, ainsi que des difficultés pour augmenter les revenus et les niveaux de vie.
Graphique 00 : Indicateur synthétique de sortie de la pauvreté selon le sexe, l’âge du chef de ménage ou le milieu de résidence
Source :
Institut National de la Statistique, Données (ECAM 3 & 4).
L'analyse de l'Indice Synthétique de Sortie de la Pauvreté (ISSP) en fonction de la région d'enquête révèle des disparités très marquées. L'ISSP varie de manière significative, passant de 26,8 % dans la région de l'Extrême-Nord à 76,4 % dans la région du Littoral. Les régions affichant les valeurs les plus élevées de cet indice sont le Littoral (76,4 %), le Sud-Ouest (76,3 %) et la ville de Douala (76,0 %). Les valeurs moyennes sont observées dans les régions de l'Ouest (72,8 %), la ville de Yaoundé (72,2 %), l'Est (70,0 %), le Centre (68,5 %) et le Sud (60,3 %). En revanche, les régions de l'Extrême-Nord (26,8 %), du Nord (33,4 %), du Nord-Ouest (44,4 %) et de l'Adamaoua (53,0 %) présentent des valeurs plus faibles que la moyenne nationale (59,7 %). Cette analyse met en lumière des écarts significatifs dans l'ISSP entre les différentes régions du Cameroun. L'ISSP est un indicateur clé de la probabilité de sortie de la pauvreté ou de maintien dans la non pauvreté, et les variations observées suggèrent que les conditions économiques, sociales et structurelles diffèrent considérablement d'une région à l'autre. Les régions côtières, telles que le Littoral, affichent des valeurs élevées, indiquant une plus grande probabilité de sortir de la pauvreté, tandis que les régions du Nord, de l'Extrême-Nord et du Nord-Ouest présentent des valeurs nettement plus faibles, témoignant de la précarité économique qui y prévaut.
.
Graphique 00 : Indicateur synthétique de sortie de la pauvreté selon la région d’enquête
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
RE
FERENCES
Oduro, A. D. (sans date). La dynamique de la pauvreté. 30 pages.
Foko, B., Ndem, F., Tchakoté, R. (2006). Pauvreté monétaire et inégalités des conditions de vie au Cameroun : Une approche Micro-multidimensionnelle, Rapport de recherche soumis à Poverty and Economic Policy (PEP).
Gaiha, R. and A.B. Deolalikar (1993) “Persistent, Expected and Innate Poverty: Estimates for Semi-Arid Rural South India 1975-1984”
Cambridge Journal of Economics,
pp. 409-421
Haddad, L. and A.U. Ahmed (2002) Avoiding Chronic and Transitory Poverty: Evidence from Egypt, 1997-99 Food Consumption and Nutrition Division Discussion Paper No. 133, IFPRI, Washington D.C.
Ravallion, M. (1988) “Expected Poverty under Risk-Induced Welfare Variability”, Economic Journal, Vol. 98, No. 393, pp1171-1182.
Pamen, F. et al. (2010). Dynamique de la pauvreté non monétaire au Cameroun entre 2001 et 2007: analyse en correspondances multiples et tests de dominance stochastique, MPRA Working paper.
DEVELOPPEMENT HUMAIN ETENDU
RESUME
INTRODUCTION
Le capital humain, défini comme le « stock de capacités humaines économiquement productives », englobe le savoir, la santé, les compétences
, l’esprit d’entreprise, la détermination et d’autres caractéristiques qui permettent de réussir. Cette grandeur, qui s’obtient via l’enseignement général ou l’apprentissage et est transférable d’une entreprise/activité à une autre, est de nos jours au cœur des agendas internationaux (UA
XE "UA:Union Africaine" , 2063 et ODD
XE "ODD:Objectif de Développement Durable" , horizon 2030) car, essentiel pour une croissance soutenue et inclusive. En effet, la richesse des nations modernes ne dépend pas seulement de leurs ressources naturelles mais aussi de leurs ressources humaines. Cependant, la CEMAC
XE "CEMAC:Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale" en général et le Cameroun en particulier fait face à des défis importants en termes d’éducation, de santé, et d’inclusion économique. Afin de mettre en œuvre des politiques adéquates dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accessibilité aux facilités sociales de base et de la protection sociale, il est important d’avoir une photographie du tissu économique du Cameroun sur cette dimension qui met au centre de son analyse l’Homme. Le présent rapport s’inscrit dans cette optique en proposant une analyse descriptive de l’indice du développement humain étendu du Cameroun à travers ces principales déclinaisons que sont : la santé, l’éducation et le niveau de vie.
Depuis l’indépendance, la planification du développement au Cameroun s’est faite à travers la mise en place de plusieurs programmes et plans (Plans quinquennaux (1960-1986), Initiatives Pays Pauvres et très Endettés (PPTE
XE "PPTE:Initiatives Pays Pauvres et très Endettés" ), Document Stratégique de Relance de la Pauvreté, DSRP
XE "DSRP:Document Stratégique de Relance de la Pauvreté" (2003-2007), Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi, DSCE
XE "DSCE:Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi" (2010-2019) et Stratégie National de Développement horizon 2030, SND30
XE "SND30:Stratégie National de Développement horizon 2030" (2020-2030)). Cependant, comme le montre le rapport de la banque mondiale(BM
XE "BM:Banque Mondiale" ), le capital humain du Cameroun reste : (1) nettement sous exploité, (2) exhibe un développement limité et (3) son utilisation est inadéquate. Dans le présent rapport, la particularité de l’analyse présentée dans ce travail comparativement l’IDH
XE "IDH:Indice de développement Humain" classique du PNUD
XE "PNUD:Programme des Nations Unies pour le Développement" est qu’elle intègre dans ses composantes le facteur démographique à travers l’ISF. L’inclusion de cette composante dans le calcul de l’IDH, s’explique par un souci de contextualisation du tissu économique Africain. En effet, l’intégration de l’ISF dans le calcul de l’IDH (IDH étendu)
XE "ISF:Indice Synthétique de Fécondité" permet une meilleure appréhension de la capture du dividende démographique.
Sur le plan théorique, le capital humain a longtemps été considéré comme un facteur important de la croissance économique et du développement. L'importance de l'investissement en capital humain dans les modèles de croissance économique standard a été réalisée dans les années 1960 et 1970 à partir des travaux pionniers de Schultz (1961) et Becker (1964).Ensuite, il a été largement cité comme l'un des principaux moteurs de la croissance (Romer). Lucas a soutenu que le capital humain devrait être traité comme un intrant dans le processus de production comme tout autre facteur de production. Il dit que l'accumulation du capital humain implique un approfondissement du capital, ce qui conduit à une période de croissance accélérée. D'autres chercheurs comme Cohen et Soto (2001) affirment que le capital humain est le facteur de production le plus important. Romer a également fait valoir
que les investissements dans le savoir (par exemple la recherche et le développement, l'éducation et la formation) peuvent générer des externalités qui empêchent la diminution des rendements d'échelle du travail et du capital physique. Il constate également que la croissance économique durable dans une économie n'est pas avec un grand nombre de personnes mais plutôt en une seule avec un grand capital humain. Barro et Sala-i-Martin ont constaté que des niveaux plus élevés de capital humain permettront à un pays de croître plus rapidement. Le résultat dépend de la capacité d'une nation à absorber et à imiter la technologie. Le niveau d'éducation doit être adéquat. Bien qu’ayant été largement étudié sur le plan théorique et empirique, on note une absence de contenu théorique propre aux économies africaines.
Afin de proposer une cartographie de la situation du développement du capital humain au Cameroun, la suite du présent rapport s’articule autour des points suivants : (1) la présentation du contexte retraçant l’historique du concept de capital humain notamment à travers ses trois dimensions fondamentales que sont l’éducation, la santé et le niveau de vie ; (2) la revue de la littérature sur les fondements théoriques et empiriques du concept de capital humain ; (3) l’analyse des résultats portant sur les indices liés aux trois variables stratégiques que sont la santé, l’éducation et le niveau de vie et (4) la conclusion et présentation de quelques recommandations.
4.1.
CONTEXTE
Le Cameroun ambitionne de devenir « un pays émergent, démocratique et uni dans sa diversité » à l’horizon 2035. La mise en œuvre de cette Vision a été programmée pour se réaliser en trois phases. A la suite de la première phase sur la période de 2010 à 2020, l’on est rentré dans la seconde, matérialisée par la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Cette stratégie vise la transformation structurelle de l’économie en opérant des changements fondamentaux dans les structures économiques et sociales afin de favoriser un développement endogène, inclusif tout en préservant les chances des générations futures.
A cet effet, le Gouvernement s’est engagé à mettre en œuvre des politiques adéquates dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accessibilité aux facilités sociales de base et de la protection sociale. Un des leviers sur lequel il compte s’appuyer est la capture du dividende démographique, replaçant ainsi le développement du capital humain au cœur des politiques publiques.
Dans le secteur de la santé particulièrement, le Gouvernement est engagé à faire de ce secteur, une priorité pour la réalisation du Dividende Démographique. Il constitue un pilier fondamental pour satisfaire l’aspiration de la population à un meilleur état de santé et de bien-être, sans discrimination. Par ailleurs, la stratégie sectorielle de santé 2016-2027 (SSS) est adoptée comme contribution du secteur de la santé aux efforts de lutte contre la pauvreté. La première phase d’opérationnalisation de cette stratégie est faite à travers le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2016-2020 dont l’objectif est de rendre accessibles les services et soins de santé essentiels et spécialisés prioritaires de qualité à au moins 50% de la population d'ici 2020.
Pour relever les défis liés au développement humain, des politiques et programmes sont mis en œuvre à travers les variables stratégiques que sont la santé, l’éducation et la formation et le niveau de vie.
1.1. Système et état sanitaires
1.1.1
Système sanitaire
1.1.1.1 Politique en matière de santé
La politique dans le secteur de la santé demeure dans la dynamique de l’atteinte des Objectifs de Développement durable (ODD) et de la réalisation des objectifs prioritaires du Plan National de Développement Sanitaire (PNDS, 2016-2020).
Le budget du secteur de la santé est en hausse régulière ces dernières années, malgré la quasi-stabilité de la part dans le budget national. La priorité accordée au secteur de la santé s’est traduite par une augmentation constante du budget du Ministère de la Santé qui est passé de 162,44 milliards en 2013 à 208,19 milliards CFA, en 2017. Ce budget représente en 2019à 213,6 et représente 4,4% du budget de l’Etat.
Le PNDS accorde une place importante à la surveillance épidémiologique, à la santé de la reproduction, aux IST/SIDA et au contrôle des maladies endémiques, notamment le paludisme. Cette dernière endémie qui est une des premières causes de morbidité, est entrain de perdre du terrain, résultat à mettre notamment à l’actif du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP).
1.1.1.
2Situation sanitaire
Le système de santé du Cameroun est structuré en trois niveaux (central, intermédiaire et périphérique) et comprend trois sous-secteurs : (i) un sous-secteur public ; (ii) un sous-secteur privé (à buts non lucratif et lucratif); et (iii) un sous-secteur traditionnel. Chaque niveau de la pyramide dispose des structures administratives, sanitaires et de dialogue. L’architecture pyramidale du système sanitaire camerounais se reflète dans l’offre de soins. En effet, au sommet de la pyramide on a les hôpitaux de référence (Hôpitaux Généraux, Centre Hospitalier et Universitaire, Hôpitaux Centraux et assimilés), au niveau intermédiaire on a les hôpitaux régionaux et assimilés, les fonds régionaux pour la promotion de la santé), et au niveau périphérique, on retrouve les hôpitaux de district, les cliniques, les Centres médicaux d’Arrondissement (CMA), les Centre de Santé Intégrés (CSI) et Cabinets de soin. L’offre du secteur privé, la médecine traditionnelle ainsi que les cases de santé (niveau communautaire) complètent ce dispositif.
Globalement, en termes d’infrastructures fonctionnelles, on dénombrait 4034 (72%) formations sanitaires publiques en 2011 et 1 569 (28%) structures privées.
Ces deux dernières décennies sont marquées par une amélioration de la situation sanitaire comme en atteste la tendance de la plupart des indicateurs suivis par les programmes de santé.
1.1.2 Etat sanitaire
1.1.
2
.1
Etat nutritionnel des enfants de moins de 5 ans
L’état nutritionnel des enfants se perçoit à travers les indicateurs que sont : le retard de croissance (taille-pour-âge) ou malnutrition chronique, l’émaciation (poids-pour-taille) ou malnutrition aiguë et l’insuffisance pondérale (poids-pour âge). Il ressort des résultats de l’EDS-MICS de 2011que un tiers des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, 6% de la malnutrition aiguë (sévère et modérée) et 15% souffrent de l’insuffisance pondérale
.
1.1.2.2Santé maternelle et infantile
La santé de la mère, de l’enfant et de l’adolescent demeure préoccupante au Cameroun. Les maladies infectieuses et parasitaires causent de nombreux décès parmi les enfants de moins de cinq ans. Ce sont pourtant des maladies dont les moyens de prévention et de guérison sont connus. La morbidité due à ces maladies constitue un réel handicap pour la scolarité des enfants. Les enfants des familles pauvres sont plus exposés, parce que souvent affaiblis par une nutrition insuffisante et inadéquate. Par ailleurs, le niveau d’instruction de la mère est un facteur important de la santé de l’enfant, puisque le taux de mortalité baisse très sensiblement lorsque ce niveau augmente.
Plusieurs programmes ont été développés pour améliorer la santé des enfants, notamment le programme élargi de vaccination (PEV), la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME), et la protection contre la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME). Les résultats de la mise en œuvre de ces programmes n’ont pas été entièrement satisfaisants. On observe par ailleurs que la couverture vaccinale des enfants d’une famille est influencée par le niveau d’instruction de la mère, les conditions socio-économiques du ménage, et le nombre d’enfants de la famille.
Il apparaît clairement que le niveau de couverture vaccinale des enfants est influencé par le niveau d’instruction de leur mère et le niveau de bien-être du ménage. En effet, les proportions d’enfants complètement vaccinés augmentent avec le niveau d’instruction de la mère, passant de 32% parmi ceux dont la mère est sans niveau d’instruction à 54% parmi ceux dont la mère a un niveau primaire et à 67% quand la mère a un niveau, au moins, secondaire. En outre, la proportion d’enfants complètement vaccinés passe de 32% dans les ménages du quintile le plus pauvre à 70% dans le plus riche.
◆
Vaccination des enfants
En ce qui concerne la couverture vaccinale, la proportion d’enfants complètement vaccinés est
située
à 45,1% en 2014. Ce pourcentage est un peu plus élevé (48,2%) lorsqu’on se restreint aux vaccins de base du Programme élargi de Vaccination (PEV).
1.1.2.3
Mortalité maternelle et infantile
Mortalité maternelle : La mortalité maternelle est un indicateur particulièrement révélateur de la condition féminine, de l’accès des femmes aux soins de santé et de la façon dont le système de santé répond à leurs besoins. Il est donc important de pouvoir disposer d’informations sur les niveaux de la mortalité maternelle. L’analyse du phénomène portera sur la population en âge de procréer, à savoir les femmes de 15-49 ans.
Le taux de mortalité des adultes et de mortalité maternelle sont des indicateurs clés de l'état de santé d'une population et des indicateurs de développement. Les niveaux de mortalité des adultes n’ont pratiquement pas changé depuis 2004 et sont identiques pour les hommes et les femmes. Entre 15 et 50 ans, les hommes et les femmes courent un risque de décéder compris entre un sur quatre et un sur cinq. Les décès maternels représentent 22% de tous les décès de femmes de 15-49 ans.
La mortalité maternelle reste élevée et ceci est lié à un ensemble de facteurs tels que le faible taux d’accouchements assistés par un personnel de santé qualifié, la faible accessibilité financière et géographique aux services de soins, à la faible disponibilité des médicaments essentiels et produits sanguins, la faible prévalence contraceptive moderne estimée à 16,1%, en 2011 ainsi qu’à la forte prévalence du VIH/Sida chez la femme (5,6% contre 2,9% chez les hommes).
La mortalité, bien qu’en nette régression, demeure encore élevée. Le taux brut de mortalité est passé de 20,0‰ en 1976 à 13,8‰ en 1987 puis à 13,6‰ en 2005 (3ème RGPH). La mortalité maternelle a enregistré une hausse durant ces dernières années. Le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes est passé de 430 pour la période 1989-1998 à 669 entre 1998-2004 à 782 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes pour la période 2004-2011. L’évolution future de la population dépendra d’une part de l’évolution de la fécondité qui connaît actuellement une baisse relative, et d’autre part, des actions en faveur de la réduction de la mortalité et de la maîtrise des migrations internationales.
Bien que le niveau de mortalité des enfants de moins de cinq ans demeure élevé, il a baissé de façon significative passant ainsi de 144‰ à 122‰ de 2004 à 2011. Sur 1 000 enfants nés vivants au cours de la période allant de 2006 à 2011, 62 sont décédés avant d’atteindre leur 1er anniversaire et 63 sont décédés avant d’atteindre l’âge de cinq ans. Environ un enfant sur huit n’atteint pas son 5ème anniversaire. La mortalité des enfants de moins de cinq ans est nettement plus faible en milieu urbain (93‰) qu’en milieu rural (153‰).
1.1.2.4
Santé de la reproduction
La santé de la reproduction est un indicateur essentiel du bien-être global d'une population et de son développement. Au Cameroun, la santé de la reproduction est un domaine qui a fait l'objet d'une attention croissante au cours des dernières décennies. Le gouvernement camerounais a mis en place diverses initiatives pour améliorer la santé de la reproduction, notamment le Plan Stratégique National de Santé de la Reproduction, Maternelle, Néonatale et Infantile (PSN/SRMNI) dont la dernière édition porte sur la période 2014-2020. L’objectif de ce plan est de mettre en place une stratégie qui se focalise sur les interventions à haut impact sur la réduction de mortalité. Les résultats obtenus à ce jour présentent quelques améliorations. En effet, le taux de mortalité infantile (0 à 1 an) est passé de 62 pour 1 000 en 2011 à 48 pour 1 000 en 2018. Le taux de mortalité infanto-juvénile (de 0 à 5 ans) s’est amélioré en passant de 122 pour 1 000 en 2011 à 79 pour 1 000 en 2018. Par contre, concernant la santé maternelle, le taux de mortalité maternelle a augmenté, passant de 669 décès pour 100 000 naissances vivantes sur la période 1997-2004, à 782 décès sur la période 2004-2011 avant de baisser encore à 406 décès pour 100 000 naissances sur la période de 2012-2018. La proportion d’accouchements assistés est passée de 63,6% en 2011 à 69% en 2018.
À la suite de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) du Caire en 1994, le Cameroun a organisé en décembre 1999, un symposium national sur la santé de la reproduction. Les résolutions de ce symposium ont conduit à l’adoption, en février 2001, de la Déclaration de Politique Nationale de la Santé de la Reproduction.
Les activités en matière de planification familiale ont commencé à se systématiser à travers des actions suivantes :
l’aménagement de la législation sur la vente et la publicité des contraceptifs ;
le développement du Programme SMI/PF à travers l’ouverture des centres de planification familiale ;
les campagnes de sensibilisation et d’éducation des populations à la parenté responsable.
1.1.
2
.
5
Connaissance
et utilisation
des méthodes contraceptives
La connaissance des méthodes contraceptives est généralisée (97% des femmes et 97% des hommes de 15-49 ans connaissent au moins une méthode moderne).
D’après les résultats de l’EDS 5, de 2018, l’utilisation des méthodes contraceptives par les femmes en union est cependant assez faible. En effet, seules19,3% des femmes de 15-49 ans en union utilisent une méthode contraceptive quelconque (méthode moderne ou méthode traditionnelle). Par rapport à 2011, ce taux d’utilisation chez les femmes en union a diminué, passant de 23% à 19,3%. Parmi les méthodes modernes les plus couramment utilisées, dans l’ordre décroissant sont le condom masculin (7,6%), les injectables (3,0%, contre 1,6% en 2004) et la pilule (1,9%). Les autres méthodes modernes ne sont utilisées que dans moins de 1% des cas.
La faible prévalence contraceptive contribue à la dégradation du standard de vie des familles dans le pays, compte de l’ampleur de la mortalité maternelle et de la faible prévalence contraceptive.
La prévalence des méthodes traditionnelles est faible et enregistre une baisse, passant de 13% en 2004 à 9% en 2011. Cette baisse est due essentiellement au recul de la pratique de la méthode du rythme
(10% en 2004 contre 7% en 2011). Le Gouvernement avec l’appui de ses partenaires a identifié la planification familiale comme intervention prioritaire pour la réduction de la mortalité maternelle dans différents documents cadres.
1.1.2.6
Besoins non satisfaits
Les besoins non satisfaits en matière de planification familiale concernent les femmes qui remplissent l’un des critères suivants :
ne sont pas enceintes et ni en aménorrhée post-partum et qui sont
considérées comme étant fécondes et qui veulent retarder la venue du
prochain enfant de 2 années ou plus ou qui ne veulent plus d’enfant mais
qui n’utilisent pas de méthode contraceptive
dont la grossesse actuelle a été mal planifiée ou est non souhaitée ;
qui sont en aménorrhée post-partum et dont la dernière naissance des 2dernières années était mal planifiée ou non souhaitée.
Bien que l’utilisation actuelle de la contraception soit relativement faible, les besoins en matière de planification familiale sont assez importants chez les femmes en union. Les résultats de l’EDS5 indiquent que Près d’un quart (23 %) de femmes actuellement en union ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale dont 15 % pour espacer les naissances et 8 % pour les limiter.
Un élargissement de l’accès à la planification familiale et une réponse mieux ciblée pour satisfaire les besoins non satisfaits en matière de contraception constituent des interventions-clés pour améliorer la santé de la reproduction, prévenir les grossesses non désirées et donc réduire les risques de morbidité et de mortalité maternelle et néonatale. C’est ainsi que la volonté politique du gouvernement s’est matérialisée par de multiples initiatives avec pour intervention prioritaire la planification familiale. Ces initiatives sont formulées dans les principaux documents cadre, à savoir :
La Feuille de Route pour la Réduction de la Mortalité Maternelle et Néonatale (2006-2015),
le Plan Stratégique Campagne pour l’Accélération de la Réduction de la Mortalité Maternelle (2011-2013),
le Plan Stratégique de la Santé de Reproduction, maternelle, Néonatale et Infantile (2014-2020) et
le Plan Opérationnel de Planification Familiale (2015-2020) dont l’un des objectifs est d’atteindre une prévalence contraceptive moderne de 30 % à l’horizon 2020 chez les femmes de 15-49 ans.
La création et la mise en place d’un Programme National Multisectoriel de Lutte contre la Mortalité Maternelle, Néonatale et Infanto-Juvénile avec la planification familiale comme axe prioritaire pour réduire la mortalité maternelle et améliorer la santé de la mère et de l’enfant.
Entre 2018 et 2019, la proportion du budget consacré à la santé de la reproduction par rapport au budget total de la santé a baissé de 2% passant de 94 147 950 737 (soit 12%) à 82 281 688 193 (10%).
(
MINSANTE – Base de données CS 2018-2019).
Toutefois, les dépenses des ménages pour la santé de la reproduction au cours de la même période ont relativement augmenté.
De manière générale,
Les dépenses courantes de santé liées à la Santé de Reproduction ont baissé de 13%, passant de 94 147 950 737 CFA en 2018 à 82 281 688 193 FCFA en 2019.
On note que les ressources ayant financé la Santé de reproduction proviennent principalement des ménages (36% en 2018 et 37% en 2019), du Reste du monde (34% en 2018 et 31% en 2019) et de l’Administration publique (25% en 2018 et 26% en 2019).
1.2. Éducation et formation
L’éducation et la formation constituent l’une des composantes majeures du développement humain.
La gestion du secteur éducatif est assurée par cinq (5) ministères : le Ministère de l’Éducation de Base pour l’Enseignement préscolaire, primaire, l’alphabétisation et l’éducation non formelle, le Ministère des Enseignements Secondaires pour le niveau secondaire et l’enseignement normal, le Ministère de l’Enseignement Supérieur pour le niveau supérieur. A ceux-ci s’ajoutent le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle chargé, entre autres de la formation et de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes et le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique pour l’encadrement de la jeunesse non scolarisée.
La coordination du secteur de l’éducation est faite par la sous-commission « Éducation et formation » du Comité de suivi de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), appuyé par le Secrétariat Technique du secteur de l’éducation et de la formation.
1.2.1 Cadre juridique et règlementaire du secteur de l’éducation et de la formation
Le cadre juridique est réglementaire du système éducatif du Cameroun est régi par un ensemble de lois et de textes
. On distingue :
La
loi d’orientation de l’éducation N° 98/004 du 14 avril 1998
qui fixe le cadre juridique général de l’éducation au Cameroun et s’applique aux enseignements maternel, primaire, secondaire général et technique, ainsi qu'à l'enseignement normal.
La loi N°2018/010 du 11 juillet 2018
régissant la formation professionnelle au Cameroun. Cette loi fixe le cadre juridique général ainsi que les orientations fondamentales de la formation professionnelle au Cameroun.
La loi N°2023/007 du 25 juillet 2023
portant orientation de l’Enseignement Supérieur au Cameroun qui détermine les orientations fondamentales de l’enseignement supérieur et fixe les règles générales d’organisation, de fonctionnement, de gestion, de financement et de contrôle des institutions supérieures d’enseignement et de formation post-secondaires, tant publiques que privées.
1.2.2 Organisation du système d’éducation et de formation
Le système éducatif camerounais est constitué de deux sous-systèmes, le sous-système Anglophone et le sous-système Francophone, chacun avec des spécificités et des particularités qui lui sont propres. Ces sous-systèmes
présentent des spécificités qui font la richesse et la particularité du système éducatif.
Le graphique 2
présente l’organisation et la structure du système éducatif camerounais.
Graphique 2 :
Organisation du système éducatif camerounais.
Les orientations du système éducatif camerounais sont déterminées au niveau central de l’État, bien qu’avec la mise en place de la décentralisation, certaines compétences sont progressivement transférées aux collectivités territoriales décentralisées.
L’Etat
encourage également l’offre d’enseignement privé puisqu’elle
1.2.3 Structure du système éducatif
Le système éducatif camerounais comprend deux sous-systèmes (anglophone et francophone) et s’applique au secteur public et au secteur privé. L’enseignement supérieur est dispensé dans 10 universités d’État, ainsi que dans 411 institutions privées. En plus de l’enseignement supérieur qui est commun, chaque sous-système, le système éducatif camerounais se compose de 5 niveaux d’enseignement : le préscolaire, le primaire, le secondaire y compris l`enseignement normal, le supérieur et la formation professionnelle. L’enseignement préscolaire est le premier niveau d’éducation. Il a une durée officielle de 2 ans, même si dans certains cas, cette durée peut atteindre 3 ans. L’enseignement primaire, quant à lui, dure 6 ans dans les deux sous-systèmes. La fin des études primaire est sanctionnée par le Certificat d’Etudes Primaires (CEP) pour le sous-système francophone et par le First School Living Certificate (FSLC) pour le sous-système anglophone. En plus de l’enseignement primaire assuré par le Ministère de l’Éducation de Base, l`alphabétisation et l’éducation de base non formelle constituent des offres alternatives d’éducation et de formation dans le non formel. L’alphabétisation recouvre les activités portées vers l’acquisition de l’aptitude à lire, écrire et compter, d’une part, et le développement des compétences de vie courante ainsi que des activités génératrices de revenus, d’autre part. L’éducation de base non formelle est développée pour les enfants qui ne sont jamais allés à l’école ou qui en sont sortis prématurément à l’effet de leur permettre de poursuivre leur scolarité, pour ceux qui en ont des aptitudes, ou de solliciter une formation professionnelle dans un domaine d’activité donné. Les activités d’alphabétisation des adultes se déroulent dans les centres d’alphabétisation non formelle, tandis que celles liées à l’éducation de base non formelle des enfants non scolarisés le sont dans les centres d’éducation de base non formelle.
Si la durée totale de l’enseignement secondaire général est la même dans les deux sous-systèmes (7 ans), celui-ci se décompose différemment en sous-cycles (5 années d’études pour le premier cycle puis 2 années pour le second dans le sous-système anglophone, 4 années pour le premier cycle puis 3 années pour le second dans le sous-système francophone). L’enseignement secondaire technique se décompose en deux cycles de 4 et 3 années d’études respectivement. Le premier cycle du secondaire général est sanctionné dans le sous-système francophone par le BEPC et par le General Certificate of Education Ordinary Level (GCE O/L) dans le sous-système anglophone. Le second cycle est sanctionné par le Baccalauréat dans le sous-système francophone et par le General Certificate of Education Advanced Level (GCE A/L) dans le sous-système anglophone. L’accès à l’enseignement supérieur est libre pour les titulaires du baccalauréat ou du GCE A/L, néanmoins l’accès aux écoles de formation de la fonction publique (ainsi qu’à certains établissements privés) est subordonné à la réussite à un concours.
L’enseignement supérieur est subdivisé en trois niveaux conformément au système LMD (Licence, Master, Doctorat) adopté en 2007. Le cycle de Licence dure trois ans, le Master deu
x ans et le Doctorat trois ans.
La formation professionnelle a pour vocation d`assurer la formation et l’insertion professionnelle des sortants du système éducatif concourant ainsi à la régulation des flux. Elle comprend les sections artisanales et rurales et les centres de formation professionnelle rapide. La durée de la formation varie entre 6 et 24 mois en fonction du niveau de base des postulants.
1.2.4 Engagements éducatifs du Gouvernement camerounais
Pour assurer le développement harmonieux de son système éducatif, le Gouvernement du Cameroun a pris un certain nombre d’engagements tant au niveau national qu’à l’international.
1.2.4.1 Engagements internationaux
(ODD4, UA2063, TES)
Dans le cadre des engagements internationaux, il est question des Objectifs du Développement Durable (ODD-4), de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et de la Transformation de l’Éducation.
Objectifs de Développement Durable (ODD-4)
Le 25 septembre 2015, en parallèle de l’Assemblée Générale des Nations Unies, 193 dirigeants de la planète se sont engagés sur 17 objectifs mondiaux afin d’atteindre trois (03) supers
objectifs d’ici 2030 à savoir :
Mettre fin à l’extrême pauvreté.
Lutter contre les inégalités et l’injustice.
Régler le problème du dérèglement climatique.
Ils portent sur de nombreux sujets : protection de la planète, construction d’un monde plus pacifique, possibilité pour chacun de vivre en sécurité
́
et dans la dignité… Ces objectifs font pa
rtie d’un programme de développement visant
à
aider en priorité les plus fragiles, et en particulier, les enfants et les femmes. C
es objectifs mondiaux appelés «
Obj
ectifs de Développement Durable
» (ODD) font partie du nouveau programme de développement
post-2015, intitulé
« Transformer notre monde : le Programme de développement durable a
̀
l’horizon 2030
».
Dans le secteur de l’éducation, l’objectif visé (ODD-4) est celui
d’Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
Il est question :
Indicateurs thématiques :
4.1
: D’ici à 2030, faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, qui débouche sur un apprentissage véritablement utile ;
4.2
: D’ici à 2030, faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons aient accès à des activités de développement et de soins de la petite enfance et à une éducation préscolaire de qualité qui les préparent à suivre un enseignement primaire ;
4.3
: D’ici à 2030, faire en sorte que les femmes et les hommes aient tous accès dans des conditions d’égalité à un enseignement technique, professionnel ou tertiaire, y compris universitaire, de qualité et d’un coût abordable ;
4.4
: D’ici à 2030, augmenter considérablement le nombre de jeunes et d’adultes disposant des compétences, notamment techniques et professionnelles, nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entrepreneuriat ;
4.5
: D’ici à 2030, éliminer les inégalités entre les sexes dans le domaine de l’éducation et assurer l’égalité d’accès des personnes vulnérables, y compris les personnes handicapées, les autochtones et les enfants en situation vulnérable, à tous les niveaux d’enseignement et de formation professionnelle ;
4.6
: D’ici à 2030, veiller à ce que tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter ;
4.7
: D’ici à 2030, faire en sorte que tous les élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable, notamment par l’éducation en faveur du développement et de modes de vie durables, des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, de la promotion d’une culture de paix et de non-violence, de la citoyenneté mondiale et de l’appréciation de la diversité culturelle et de la contribution de la culture au développement durable ;
Moyens de mise en œuvre :
4.a
: Faire construire des établissements scolaires qui soient adaptés aux enfants, aux personnes handicapées et aux deux sexes ou adapter les établissements existants à cette fin et fournir un cadre d’apprentissage effectif qui soit sûr, exempt de violence et accessible à tous ;
4.b
: D’ici à 2020, augmenter considérablement à l’échelle mondiale le nombre de bourses d’études offertes aux pays en développement, en particulier aux pays les moins avancés, aux petits États insulaires en développement et aux pays d’Afrique, pour financer le suivi d’études supérieures, y compris la formation professionnelle, les cursus informatiques, techniques et scientifiques et les études d’ingénieur, dans des pays développés et d’autres pays en développement ;
4.c
: D’ici à 2030, accroître considérablement le nombre d’enseignants qualifiés, notamment au moyen de la coopération internationale pour la formation d’enseignants dans les pays en développement, surtout dans les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement.
Objectifs de l’UA-2063
Pour ce qui est de l’Agenda de l’Union Africaine 2063, il préconise :
Une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable.
Un continent intégré, uni sur le plan politique et ancre
́
dans les idé
aux du Panafricanisme et la vision de la Renaissance africaine.
Une Afrique où bonne gouvernance, démocratie, respect des droits de l’homme, justice et état de droit sont a
̀
l’ordre du jour.
Une Afrique vivant dans la paix et dans la sécurité.
Une Afrique dotée d’une forte identité, d’un patrimoine commun, et de valeurs et d’éthique partagées.
Une Afrique dont le développement est axe
́
sur les populations, qui s’appuie sur le potentiel de ses populations, notamment celles des femmes et des jeunes, qui
se soucie du bien-être des enfants
Une Afrique qui agit en tant qu’acteur et partenaire forts, unie et influente sur la scène mondiale
Déclaration d’Engagement du Cameroun sur la Transformation de l’éducation
Prendre les mesures nécessaires pour accroitre l’offre publique d’éducation en vue d’assurer une éducation, inclusive et de qualité
́
a
̀
tous les citoyens, filles comme garçons, autochtones, enfants vulnérables, déplacés internes et refugiés, dans des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques de
s personnes vivant avec handicap et dans un environnement scolaire sain sur et protecteur ;
Assurer à tous les enfants vulnérables ou vivant dans les zones défavorisées une nutrition et une alimentation scolaire équilibrée permettant d’améliorer l’accès et l’équité
́
a
̀
une éducation de qualité
́
pour tous les enfants tout en renforçant leur sante
́, leur bonne croissance et leur développement psychosocial ;
Transformer les curricula pour former un nouveau type d’enseignants qualifies, apte a
̀
employer des approches alternatives d’enseignement, prenant en compte les besoins de l’économie nationale
et du marché de l’emploi, le développement des compétences numériques, d’employabilité
́
et d’entrepreneuriat des jeunes ;
Assurer la formation initiale et continue de tous les enseignants sur la pédagogie de l’apprentissage numérique, la maitrise de l’utilisation des TIC et la gestion de l’enseignement a
̀
distance ;
Recruter et doter tous les établissements scolaires et universitaires publics d’enseignants formés et qualifiés en nombre suffisant disposant des compétences techniques et pédagogiques en apprentissage numérique en vue de réduire les dépenses d’éducation a
̀
la charge des familles démunies en lien avec la prise en charge des enseignants volontaires ou bénévoles ;
Créer de nouveaux types de centres de formation adaptés aux besoins du système productif, avec la construction et l’équipement des centres de formation aux métiers et des centres de formation professionnels ;
Porter la part des dépenses courantes du secteur éducatif a
̀
26,6 % d’ici a
̀
2030 tout en augmentant la part du budget domestiqu
e allouée a
̀
l’enseignement primaire a
̀
42% a
̀
la même période ;
Moderniser notre système de collecte des données pour produire régulièrement les annuaires statistiques sectoriels, mettre en place une carte scolaire numérique et renforcer les capacités nationales pour une bonne gestion efficace et efficiente de la gouvernance du système éducatif ;
Renforcer la compétence et l’implication des Collectivités Territoriales Décentralisées dans la gestion et le financement de l’éducation ;
Rendre opérationnelle l’universalisation du primaire a
̀
travers un enseignement fondamental de 8 ans.
Opérationnaliser la reforme pour une politique Nationale de l’école sure et saine a
̀
travers la Safe
School
Declaration, et la distribution gratuite du manuel scolaire sur l
’ensemble du territoire national ;
Valoriser les success-stories dans l’enseignement pour rendre la profession attractive et susciter l’adhésion et l’engouement des jeunes pour ce métier ;
Valoriser les enseignants et les formateurs à tous les niveaux secteur de l’éducation et de la formation.
1.2.4.2 Engagements nationaux
(SND30)
Dans le cadre de la seconde partie de sa vision matérialisée par la Stratégie Nationale de Développement (SND30), la formation du capital humain et du bien-être est au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Il est attendu du secteur de l’éducation et de la formation de
Promouvoir un système éducatif a
̀
l’issue duquel tout jeune diplômé
́
est sociologiquement intégré, bilingue, compétent dans un domaine capital pour le développement du pays et conscient de ce qu’il doit faire pour y continuer
. C’est ainsi qu’il est attendu dudit secteur :
(i) un enseignement fondamental couvrant le cycle primaire et le premier cycle du secondaire ouvert au plus grand nombre d’enfants de 6 à 15 ans ;
(ii) un enseignement secondaire de deuxième cycle reposant sur un équilibre dynamique entre l’enseignement général et l’enseignement technique ;
(iii) une formation professionnelle orientée par la demande du secteur de production reposant sur un dispositif modernisé et considérablement renforcé ;
(iv) un enseignement universitaire professionnalisé ;
(v) une formation continue étendue et doublée d’un système de valorisation des acquis de l’expérience (SND-30, 2020).
Évolution des effectifs scolarises de 2019 a 2022 et profils de scolarisation
Entre les années 2019 et 2022, on a noté une évolution des effectifs des élèves à tous les niveaux d’études. Les effectifs sont passés de 541652 en 2019 à 596197 soit une évolution relative de 10% entre les deux périodes et se situe annuellement à une moyenne de 3,28% ; au niveau du primaire cette évolution est de 12,48% et se situe à une moyenne de 4% par an ; à l’enseignement secondaire, l’évolution sur la période 2019-2022 est de 11,80% avec une évolution moyenne de 3,79% par an. Au niveau des enseignements secondaires, l’évolution est plus remarquable dans le sous-système anglophone ou la moyenne est de 17% sur les quatre ans. Elle est de 1% dans le sous-système francophone.
Dans le primaire, le taux moyen d’accès est passé de 123% en 2011 à 128% correspondant à une augmentation de 5 points sur une période 10 ans. Cette progression est due à la multiplication des efforts liés à la gratuité de l’école au primaire et aux différents projets du gouvernement qui visent à accueillir le plus grand nombre d’enfants à l’école
Taux de scolarisation
Le taux brut de préscolarisation passe de 36,80% en 2017 à 39,70% en 2022 ; par rapport à la valeur de 2010 (28,8%) l’augmentation est d’environ 11 points, ce qui s’explique par l’offre accrue à ce niveau d’enseignement aussi bien au niveau urbain que rural et du secteur public que privé. Pour ce qui est du primaire, le taux brut de scolarisation est resté supérieur à 100% sur les six dernières années, ce qui s’explique par le fait que qu’une partie des élèves de ce niveau d’enseignement accède à un âge inferieur à l’âge officiel d’entrée qui est de 6 ans.
Au niveau de l’enseignement secondaire, le taux brut de scolarisation se divise en deux : celui du premier cycle dont l’âge est de 12-15 ans ; sa valeur se situe aux alentours de 50% sur les quatre dernières années alors que celui de la population de 16-18 ans se situe aux de 40%. L’évolution observée dans les deux cycles résulte du fait que l’offre d’éducation aussi bien dans le publique et que dans le privé ne cesse de croitre sur toute l’étendue du territoire. On est passé ainsi de 3930 établissements en 2019 à 4197 en 2022 soit une évolution de près de 8% sur ladite période.
Disparités d’accès à l’éducation
Les analyses présentes ont mis en exergue de fortes disparités selon les dimensions genre, milieu de résidence et niveau de vie.
Suivant le milieu de résidence
Le milieu de résidence se présente comme une variable de disparité majeure en matière de scolarisation dans la mesure où il existe dans la plupart des pays un écart souvent important dans les niveaux de dotation en équipements et infrastructures de développement et de d’accès aux services sociaux de base entre le milieu rural et le milieu urbain.
Selon les résultats de l’enquête MICS de 2013-14, bien que les ruraux comptent pour près de 52% de la population totale des 5-24 ans, ils représentent 81% des jeunes de 5 à 25 ans jamais scolarisés, et parmi les scolarisés, à l’exception de l’enseignement primaire, ils accèdent moins que les urbains aux services éducatifs. Ils représentent ainsi 42%, 39%, 22% des individus scolarisés respectivement au préscolaire, au secondaire premier cycle et au
secondaire deuxième cycle ; ce qui témoigne bien des conditions beaucoup trop défavorables aux enfants issus des milieux ruraux. En termes de chances relatives, les enfants issus des milieux ruraux ont plus de 17% de chance en moins d’avoir accès au préscolaire, 22% moins de chances d’être scolarisés au 1 premier cycle du secondaire et 57% de chance en moins d’être scolarisé au 2
nd
cycle du secondaire.
Relativement à l’accès, alors que les urbains présentent une probabilité d’accès en 1
ère
année du primaire s’élevant à 97% contre 87% chez les ruraux, soit un écart de près de 10 points de pourcentage dès l’entrée à l’école primaire, en fin du cycle primaire (6
ème
année) l’écart est de 18 points de pourcentage entre le milieu rural (60%) et le milieu urbain (88%). A l’entrée du collège l’écart se creuse encore plus dans la mesure où les urbains ont 80% de chances d’accès au collège contre 50% pour les ruraux. A la fin du second cycle secondaire, les écarts urbains versus ruraux sont tels qu’on arrive à une probabilité d’achèvement du lycée estimée à 5% seulement pour les ruraux contre 27% pour les urbains. Au total, on remarque une situation scolaire défavorable aux ruraux qui commence relativement dès leur entrée au primaire et se poursuit tout au long du parcours scolaire.
Suivant le niveau de vie
D’après les résultats du MICS 2013-14, 77% des non-scolarisés sont issus des deux premiers quintiles des ménages les plus pauvres. Concernant la scolarisation aux différents niveaux d’enseignement, on remarque que les 20% les plus pauvres sont relativement peu représentés dans les différents segments du système éducatif comparativement aux 20% les plus riches, et ce notamment dans les niveaux post-primaires. Ainsi, alors que les enfants issus des deux quintiles les plus pauvres représentent 40% dans la population de 5-24 ans, ils sont seulement 23,3% dans le premier cycle du secondaire, (53,5% pour les deux quintiles les plus riches), 8,3% au second cycle de l’enseignement secondaire (contre 75,5% pour les quintiles les plus riches)
Concernant les chances de scolarisation, des disparités existent déjà dès l’entrée au primaire puisque, alors que quasiment 100% des enfants issus des familles riches peuvent espérer avoir accès à l’école, la probabilité d’accès n’est estimée qu’à 76% pour les enfants issus des familles pauvres. A la fin du cycle primaire, les écarts sont tels que 96% des enfants issus de ménages plus riches peuvent espérer terminer le cycle primaire contre 38% des enfants issus des familles pauvres. Ceci montre que le système éducatif camerounais regorge de nombreuses contraintes quant à la scolarisation et la rétention des enfants et des jeunes issus des milieux pauvres. Au final, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur semblent être réservés au groupe des 20% des ménages les plus riches, alors que pour le groupe des défavorisés les chances de scolarisations se réduisent déjà avec la fin du collège
Suivant le genre
La population scolarisée au préscolaire est majoritairement composée de filles soit 50,2 % du total. Mais, on note une baisse du rapport de féminité en 2021/2022 par rapport à l’année précédente, soit 100,9 % en 2021/2022 contre 101,4 % en 2020/2021. Le nombre d’élèves garçons dans le primaire reste supérieur d’un peu plus de 5 points à celui des filles (47,3%) en 2021/2022. Les enseignements secondaires ont accueilli au cours de l’année 2021-2022, une population de 1 983 379 élèves dans le Secondaire avec une scolarisation majoritairement féminin (parité en moyenne au-dessus de 0,80). Pour les apprenants du secondaire général, relevons que la proportion d’apprenants dans les filières scientifiques est encore inférieure à 50%, bien qu’il y ait un regain d’intérêt des filles pour ces filières. L’indice de parité s’améliore partant de 0,81 en 2019 à 0,85 en 2022. Notons également que la part des filles qui achève tend à s’équilibrer au fil du temps avec celle des garçons comme le montre l’évolution de l’indice de parité de ce taux. Au niveau du supérieur, les inégalités de sexe sont également observées dans l’accès dans les Universités. En effet, de 2020 à 2022, les filles ont représenté en moyenne 45% des effectifs inscrits à l’enseignement supérieur. Ceci serait juste la conséquence de la répartition des garçons et des filles en fin du secondaire déjà défavorable aux filles. Si elles sont davantage présentes dans les universités privées comparativement aux garçons (52% des effectifs), les filles sont en revanche moins représentées dans les universités publiques (46% en 2022). Aussi, sur 44% que représente des étudiants des domaines STEM dans la population estudiantine au Cameroun, les filles représentent 17% ; soit près de deux garçons pour une fille au supérieur dans les domaines STEM. Parallèlement, les filles diplômées occupent une part relativement importante dans les domaines STEM : 11% de filles diplômés dans les domaines STEM contre 19% des garçons. Au niveau
de la formation professionnelle, les résultats des enquêtes montrent que parmi les apprenants inscrits dans les Centres de Formation professionnelle, la proportion des filles est restée quasi constante de 2017 à 2022 en oscillant autour d’une moyenne de 48,7%.
1.2.5 Couts et financement de l’éducation et de la formation
Les dépenses du secteur éducatif, malgré une tendance évolutive du PIB demeurent en deçà de la moyenne des pays en développement (4%). D’après la loi des règlements 2020-2022, la part du budget de l’éducation au Cameroun se situe aux alentours de 3%.
Au cours de la période 2019-2022, la part globale du secteur dans le budget national (hors dette) a connu une progression jusqu’en en 2021 (soit 18,74 %, 18,99%, 19,43% par an), mais une baisse de 1,16% en 2022 (18,27%) légèrement moins des 20% recommandés par les partenaires techniques internationaux du secteur de l’éducation.
La tendance est la même en tenant compte du service de la dette, à la seule différence que la part du secteur connait une baisse sensible avec les taux suivants : (soit 14,65 % en 2019, 15,11% en 2020, 15,34% en 2et 13,45% en 2022).
Pour ce qui est de la répartition intra-sectorielle, on note une relative stabilité du budget de l’Etat par sous-secteur au cours de la période 2019-2022. Les Enseignements secondaires et l’Education de base avec près de 90% de la part total du budget de l’Etat mobilise la quasi-totalité du budget de l’éducation. Bien que les Enseignements secondaires aient un budget plus élevé, il faut relever que cela est dû à l’importante masse salariale que celle-ci comporte. En tenant compte des salaires, la différence entre les budgets de l’Education de base et celui des Enseignements secondaires se situe aux alentours de 20% sur les quatre dernières années. Hormis les salaires, cette différence passe à environ 5%.
1.3. Niveau de vie
Dans la mesure du développement humain, le niveau de vie est apprécié de manière simple soit parle PIB/tête, soit par la consommation par tête avec l’hypothèse que cette consommation est essentiellement basée sur le revenu du travail. Ainsi, nos éléments de contexte seront basés sur les variablessusmentionnées.
1.3.1. Produit intérieur brut (PIB)
Le PIB est un indicateur permettant de mesurer l’envergure de l’activité économique d’un pays sur labase de la richesse créée au sein d’un pays au cours d’une période (1 an en général).
◆
Évolution de la croissance du PIB réel
L’économie camerounaise a connu une évolution en dent de scie sur la période 2010-2019. En effet, après une croissance continue entre 2010 et 5015, passant de 2.9% en 2010 à 5.7 en 2014 puis une stagnation entre 2014 et 2015. La croissance continue observée Après cette phase on assiste à une décélération du rythme de croissance jusqu’à 2017, la croissance en volume du PIB réel étant passée de 5,7% en 2015 à 3,5% en 2017. Elle va ensuite remonter à 4,0% en 2018 avant de fléchir à nouveau pour s’établir à 3,5% en 2019.
Les baisses enregistrées pourraient êtremis en rapport avec l’environnement international morose, caractérisé par le ralentissement de la croissance mondiale, des incertitudes sur les échanges et la baisse des prix des produits exportés notamment le pétrole brut. Sur le plan national, on a noté un recul du secteur secondaire et plus particulièrement des industries extractives. Par ailleurs, la persistance de l’insécurité dans certaines localités de l’Extrême-Nord à cause de la secte terroriste Boko-Haram, de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest et l’incendie de la SONARA intervenu en fin mai 2019 ont également impacté négativement les activités économiques.
Graphique : Évolution du PIB (évolution des volumes en %)
Source
: INS, Compte nationaux
1.3.2. Consommation finale de biens et services
La consommation finale de biens et services est la composante de la demande globale qui contribue le
plus à la formation du PIB c’est-à-dire à la création de richesses. L’évolution des dépenses de consommation finale
privée est de4,5% en 2019 alors qu’elle était de4,7% un an plus tôt. Cette décélération engendre
un repli de la contribution (3,0 points en 2019contre 3,1 points en 2018) à la croissance
nationale de 0,1 point. Le ralentissement du
volume de la consommation privée pourrait être
mis en rapport avec l’inflation (2,5%) qui a atteint
un niveau relativement élevé par rapport à la
moyenne annuelle sur les 05 dernières années,
sous l’effet de la flambée des prix des produits
alimentaires et boissons non alcoolisées, des
services d’hébergement et restaurants et d’articles
d’habillement et chaussures.
Pour la période 2014-2018, la contribution de la consommation finale à la croissance s’est située à hauteur de 4,2% contre 1,7% pour l’investissement privé. En outre, la part de la consommation finale dans
le PIB nominal s’est élevée à hauteur de 86,9% en 2015. La contribution de la consommation finale à la
formation du PIB ainsi que sa part dans le PIB, restent considérables.
Graphique 2 : Contribution des emplois du PIB à la croissance réelle (en points de croissance)
Source
: Comptes nationaux, 2020, INS
Emplois
L’économie du Cameroun est fortement caractérisée par la prédominance des activités du secteur informel. La part des emplois observés dans le secteur informel par rapport à l’ensemble des emplois, se situe à 90,5 en 2010 contre 90,4% en 2005.
Le chômage est considéré comme une situation qui traduit l’absence d’emplois pour des personnes en âge de travailler, disposant des aptitudes pour travailler et disponibles pour le faire. Le chômage présenté ici sera celui au sens strict (au sens du BIT) et celui élargi, c’est à dire celui qui comprend les personnes à la recherche et celles en attente d’un emploi. Bien que le niveau du taux de chômage soit globalement relativement faible, il est plus élevé chez les jeunes, les femmes et en milieu urbain. En 2010, le taux de chômage chez les 15-34 ans était de 6% au sens du BIT et 8,9% au sens élargi. Ces pourcentages sont encore plus élevés pour les jeunes du milieu urbain (11,2% et 15,5% respectivement). Chez les femmes, les pourcentages des taux de chômage au sens du BIT et élargi sont de 4,5% et 7,6% respectivement. En milieu urbain, elles sont encore plus touchées (10,8% et 16,8% respectivement).
Le faible niveau de chômage masque le sous-emploi auquel fait face la main-d’œuvre. En effet, le taux de sous-emploi global au sens du BIT, calculé sur la base de 40 heures comme référence de durée hebdomadaire de travail, varie suivant le
sexe et le milieu de résidence. En effet, le sous -emploi global touche environ sept actifs sur dix (71,9%). Le phénomène est plus présent en milieu rural (79,5%) qu’en milieu urbain (58%). Par ailleurs, les femmes sont plus touché taux de sous-emploi global de 79,2% et 65,1%.
Le taux de chômage étant
relativement faible, il convient de mettre davantage l’accent, lors des analyses du marché du travail, sur le sous-emploi ou la sous-utilisation de la main-d’œuvre que sous celui du chômage.
4.2.
REVUE DE LA LITTERATURE
La relation entre le développement du capital humain, la croissance économique et le bien-être fait partie des thèmes les plus prolifiques dans la littérature économique
.
La réflexion autour du concept de capital humain est apparue relativement vers le XVIII
ème
siècle. Adam Smith (1776) est considéré comme le pionnier ayant jeté les bases théoriques de cette réflexion en reconnaissant les qualifications de la main d’œuvre comme facteurs essentiels de productivité et de compétitivité. Dans son célèbre ouvrage
Recherches sur la Nature et la Richesse des Nations
publié en 1776, Adam Smith disait : «
un homme qui a dépensé beaucoup de temps et de travail pour se rendre propre à une profession qui demande une habileté et une expérience extraordinaire, peut être comparé à une de ces machines dispendieuses. On doit espérer que la fonction à laquelle il se prépare, lui rendra, outre les salaires du simple travail, de quoi l’indemniser de tous les frais de son éducation ».
En ces mots Adam Smith faisait allusion au capital humain, un terme qui a entrainé un véritable foisonnement des débats et contributions.
S’il est vrai que les travaux d’Adam Smith ont suscité beaucoup d’intérêt à
travers une
abondante littérature sur le capital humain, le mérite revient aux deux économistes (Becker, 1957 ; Schultz, 1961) d’avoir conceptualisé et proposer une définition et mesure du capital humain vers le milieu du XXIème siècle. Dès la fin des années 1950, Schultz écrit un article majeur qui va influencer toutes les recherches postérieures sur le capital humain. Il ouvre la route à d’autres économistes comme Becker et Mincer. Selon Adam Smith la richesse d’une nation repose sur le travail productif. Celui-ci ne pourrait être envisagé que par le biais de la qualité du facteur travail. L’éducation est le pivot de la formation du capital humain voire le canal par lequel l’objectif relatif à la qualité du facteur travail pourra être atteint. Ainsi, par éducation, il faut comprendre la formation initiale (scolaire et universitaire), la formation continue et les apprentissages informels. Le lien entre croissance économique et système d’éducation demeure bien établi et accepté. Dans «
Investment in Human Capital »
, Schultz (1961), dans la continuité de son premier article, s’efforce d’affiner la mesure du capital humain en se concentrant sur la dimension qualitative du facteur travail, à savoir l’habilité, le savoir et toutes les capacités permettant d’améliorer la productivité du travail humain. Il met l’accent sur le fait que l’éducation développe l’aptitude à prendre de meilleures décisions, par un meilleur usage de l’information disponible, et, partant, à s’adapter au changement.
Le capital humain est appréhendé selon l’optique de Becker (1957) comme le stock de ressources productives incorporées aux individus eux-mêmes, constitués d’éléments aussi divers que le niveau d’éducation, de formation et d’expérience professionnelle, l’état de santé ou la connaissance du système économique. D’autres auteurs comme Schultz (1961) et Becker (1964) ont cherché à élucider le concept en proposant une autre définition en considérant le capital humain comme un ensemble de connaissances et de compétences individuelles acquises au travers de l’éducation ou de la formation au travail. Dans la même logique Becker (1964) considère que l’éducation, au sens large du terme (tout ce qui développe les aptitudes et connaissances) aurait ainsi des caractéristiques communes avec le capital physique. Elle serait une dépense présente, effectuée en vue d’un rendement futur. Ainsi, la rentabilité du capital humain correspond au surcroît de rémunération que l’apprenant peut obtenir sur le marché du travail tout au long de sa vie active, et qui compense en principe le coût de la formation et le coût d’opportunité (la rémunération dont il se prive en différant son entrée sur le marché du travail). De même, en investissant dans les études et la formation, mais plus largement dans les soins médicaux, la recherche d’informations, l’émigration, etc. les individus augmentent leur « capital humain », ce qui leur permet d’occuper des emplois plus rémunérateurs. Le point de vue adopté est ici celui de l’individu et non de l’entreprise.
À une époque plus récente, d’autres courants de recherches ont ravivé l’intérêt envers le capital humain. La théorie de la croissance endogène développée par Paul Romer (1986) et Robert Lucas (1988) est basée sur l’idée d’une croissance endogène. Le caractère « auto-entretenu » de la croissance est possible grâce au capital humain. Le progrès technique et l’innovation sont le fait des chercheurs ou ingénieurs, qui sont eux-mêmes le fruit d’un investissement en capital humain. Ils affirment aussi que l’épargne investie dans la formation des citoyens est un puissant accélérateur de croissance.
En 2000, les travaux sur le développement humain connaissent un écho favorable dans le monde de la recherche en consacrant Armatya Sen (2000) prix Nobel d’Économie pour ses recherche portant sur la théorie des capacités qui élargie le concept du capital humain en intégrant d’autres éléments comme la liberté de choix. Selon lui, l’éducation peut être appréhendée à partir du pouvoir qu’à l’individu sur sa propre vie. Cette théorie semble plus adaptée à l’économie du développement que les théories de l’éducation existantes centrées sur l’investissement en capital humain, le fonctionnement du marché du travail, ou la gestion des systèmes éducatifs. Il explore une voie nouvelle par laquelle il valorise le bien-être et les avantages qu’une personne peut retirer par ses capacités à effectuer un certain nombre d’actes auxquels elle accorde de la valeur et à être la personne qu’elle souhaite être.
Il s’agit là de la combinaison de ce qu’une personne est apte à faire (capacité d’agir) et à être (les différents types de fonctionnements qu’elle est en mesure de réaliser). L’approche des capacités se pose avant tout en termes d’avantages individuels. Ceux-ci sont évalués par la capacité à accomplir une variété de fonctionnements jugés importants au cours d’une vie.
L’étude empirique pionnières sur le lien entre le capital humain et la croissance économique est celle de Denison (1962) qui sur la période 1910 – 1960 montre que seul moins d’un cinquième de la croissance économique des États-Unis est expliqué par les facteurs traditionnels de la croissance (travail/capital). Des facteurs autres que ces derniers, englobés par le progrès technique, expliquent une plus grande partie de la croissance économique. C’est ainsi qu’il parvient à la conclusion selon laquelle 23% de la croissance des États-Unis entre 1930-1960 était imputable à l’accroissement de l’éducation.
Schultz (1962) dans son article « Investiment in Human
Beings », est arrivé lui aussi à la même conclusion que l’éducation contribue pour une bonne part à la croissance américaine. Il affirme que « les effets indirects de l’éducation sur la croissance économique s’articulent autour de deux points essentiels : d’une part ils se manifestent par des externalités positives que l’éducation engendre et d’autre part la liaison entre l’éducation et les autres types de ressources humaine à savoir : la santé, la nutrition, la pauvreté, la fécondité etc. »
Dans une perspective de comparaison et pour expliquer les différences de niveau de développement entre les pays, les études sur le capital humain sont étendues au pays en développement
Dans le cas spécifique du Cameroun, Mandiefe et Chupezi
(2015) analyse la contribution des investissements en santé publique à la croissance économique du Cameroun. Les résultats de cette étude indiquent qu’à long terme les investissements en santé publique contribuent à la croissance économique au Cameroun. Cela implique que les investissements en santé publique stimulent la croissance économique à long terme grâce à une allocation efficace des ressources. Ainsi, l’auteur recommande premièrement, que le gouvernement augmente ses investissements dans la santé à 10 ou 15 pour cent de son PIB, comme le recommandent respectivement l'UA et l'OMS ; deuxièmement, de renforcer la fourniture de services de soins de santé par le secteur privé ; et troisièmement, d'améliorer la qualité des services de soins de santé rendus en accordant des prix compétitifs aux unités de santé qui fournissent des services de soins de santé de qualité.
De plus, Koné (2016) a évalué l’impact des politiques de développement du capital humain sur la croissance économique et le bien-être des ménages en Côte d’Ivoire. Les résultats des simulations de cette recherche ont montré que les dépenses publiques d’éducation et de santé ont des impacts positifs sur la demande d’éducation et de santé, sur l’amélioration de la qualité du facteur travail et les capacités productives des ménages pauvres et vulnérables ivoiriens. Ces résultats révèlent également qu’il existe une corrélation positive entre les dépenses sociales de base d’éducation et de santé, la croissance économ
ique et le bien-être en Côte d’I
voire.
Des données empiriques montrent aussi clairement que les économies ayant des taux de croissance économique plus élevés sont celles où la pauvreté recule le plus vite (Banque Mondiale, 2014). Par contre, la croissance économique perd une partie de sa capacité à atténuer la pauvreté lorsque les inégalités sont initialement élevées, et plus encore si ces inégalités s’accentuent au cours du processus de croissance. Cet état de fait est conforme aux résultats de Fosu (2014), selon lesquels, les différences initiales en matière d’inégalités peuvent entraîner des différences considérables de l’élasticité de la pauvreté par rapport à la croissance économique. En effet, l’auteur démontre que la croissance économique explique la plupart des évolutions de la pauvreté dans les pays d’Afrique subsaharienne.
D’autres études ont montré également qu’il existe une relation positive entre les dépenses d’éducation et de santé et le bien être des femmes. En effet, en analysant les politiques éducatives et de développement en Afrique, Hugon (2018) affirme que les effets de l’éducation sont inter
–
temporels, intergénérationnels et incertains. Pour lui, l’éducation, notamment celle des femmes au niveau secondaire est un facteur de maîtrise de la fécondité, et donc susceptible de contribuer à la création de la richesse, de par la participation de celles-ci au marché de travail.
4.3. METHODOLOGIE
L’Indice de Développement Humain Étendu (IDHE) mesure le niveau de développement humain d’une localité, tout en tenant compte de la durabilité ainsi que de l’optimalité des ressources humaines. Sa méthodologie dérive de celle de l’Indice du Développement Humain (IDH), développe par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Il prend en compte trois dimensions essentielles : la santé, l’éducation et le niveau de vie. L’innovation majeure est l’introduction de l’Indice Synthétique de Fécondité (indice conjoncturel de fécondité) pour prendre en compte l’optimalité de la population nécessaire à l
’
enclenchement d
’
une croissance économique soutenue d
’
une part, et d
’
autre part, la consommation par tête, en lieu et place du PIB/tête, qui permet de mieux capter, en plus du niveau de vie des populations, leur bien-être.
Définition des variables
La dimension santé
La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. La santé est captée par l’espérance de vie à la naissance ou à l’âge 0 (e
0
) et l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF).
L’e
0
, élément fondamental dans l’appréciation de l’état de santé général d’une population, représente la durée de vie moyenne – autrement dit l’âge moyen au décès – d’une
génération
fictive qui serait soumise à chaque âge aux conditions de mortalité de l’année considérée. Elle caractérise la mortalité indépendamment de la structure par âge. L’espérance de vie à la naissance est un cas particulier de l’espérance de vie à l’âge x, qui représente le nombre moyen d’années restant à vivre au delà de cet âge x (ou durée de survie moyenne à l’âge x), dans les conditions de mortalité par âge de l’année considérée.
L’ISF donne le nombre moyen d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie, dans les conditions de fécondité du moment, c’est-a-dire si les taux de fécondité observés dans l’année considérée à chaque âge demeuraient inchangés. Il permet d’apprécier la vitalité démographique d’un pays.
La dimension éducation
L'éducation est un droit fondamental, un puissant vecteur de développement et l'un des meilleurs moyens de réduire la pauvreté, d'élever les niveaux de santé, de promouvoir l'égalité entre les sexes et de faire progresser la paix et la stabilité. Elle donne une idée sur les efforts fournis ou à fournir en termes d’éducation. L’éducation comprend deux sous-dimensions à savoir :
la durée moyenne de scolarisation (DMS) qui donne pour un adulte le nombre d’années que celui-ci passe en moyenne en éducation. Cet indicateur reflète entre autres la qualité de la main d’œuvre d’un pays ;
la durée attendue de scolarisation (DAS) ou espérance de vie scolaire, montre le niveau global de développement d’un système d’éducation en termes de la durée moyenne. Elle est définie comme le temps moyen (nombre d’années de scolarité) qu’un enfant en âge de scolarisation espère recevoir dans le futur du système éducatif ;
La dimension niveau de vie
Le niveau de vie renvoie au nombre de biens et services dont peut disposer un individu, un ménage ou un groupe social, en fonction de ses ressources. En général, le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation. Il est donc le même pour tous les individus d'un même ménage.
Dans le cadre de la mesure de l’IDHE, le niveau de vie est approximé par la consommation par tête en lieu et place du revenu national brut (RNB) par tête. Le fondement de cette approche est base sur le fait que le revenu explique la consommation (Théorie de Keynes, 1929).
Sources de données et méthodes
Les données utilisées pour les calculs des indicateurs de développement humain avec l’approche IDHE proviennent de plusieurs sources et présentées dans le tableau ci-dessous. Les méthodes utilisées pour les calculer ainsi que les valeurs minimales et maximales qui les encadrent y sont également indiquées.
Tableau 1 : Sous-dimensions, indicateurs, sources de données et méthodes de calcul de l’IDHE
Signification des sous-dimensions et de la dimension
Tableau 2 : Signification des sous-dimensions
Indicateurs
Signification des sous-dimensions et de la dimension
IDHE
Permet de mesurer le niveau du développement humain durable
IS
Capacité à bénéficier d’une vie longue et saine
Assurer de façon durable une production optimale en anticipant le vieillissement
de la population (choix de l’ISF)
IE
Capacité à accéder à l’éducation et aux connaissances
INV
Capacité d’accéder aux ressources matérielles indispensables pour atteindre
un niveau de vie décent
Grille d’interprétation des résultats
Tableau 3 : Grille d’interprétation
Bornes
Grille
Inferieur à 50%
Rouge (Indice Faible)
≥50%, inferieur 80%
Jaune (Indice Moyen)
≥80%
Vert (Indice Élevé)
4.4.
RÉSULTATS
Analyse de l’IDHE au niveau national
Les analyses effectuées dans le cadre de ce rapport portant essentiellement sur la dimension «
développement humain », ont abouti à d
ifférents
résultats
importants
à
exploiter en termes de politiques
publiques.
Dans l’ensemble, les résultats montrent que le niveau de l’IDHE est moyen (58%) au Cameroun (Graphique 1). Cette situation relativement peu reluisante découle notamment des problèmes enregistrés au niveau du secteur de l
’
éducation et de la formation. Bien que les sous-dimensions « santé » et « niveau de vie » soient satisfaisantes, la sous-dimension « éducation », quant à elle, demeure faible dans le pays. En revanche. Comparé à l’indice de santé et celui du niveau de vie estimés respectivement à environ 61% et 67%, l’indice de l’éducation est en deçà de 50%.
Plusieurs facteurs concourent à expliquer les contreperformances observées dans le secteur éducatif au Cameroun notamment l
’
insuffisance de l
’
offre éducative, l
’
inadéquation de l
’
offre éducative et de formation par rapport aux besoins du marché de l
’
emploi et aux besoins spécifiques d
’
éducation, exprimés par une certaine frange de la population.
Afin de booster l’IDHE au Cameroun, le gouvernement devrait apporter des solutions idoines et urgentes aux préoccupations en matière d
’
éducation et de formation et mettre en œuvre dans les meilleurs délais. Néanmoins, des politiques de renforcement des acquis et de promotion de la consommation de biens et services et de la santé des ménages devraient être mises en œuvre pour améliorer substantiellement le niveau de développement humain des populations.
Graphique 1 : Indice du Développement Humain Étendu et ses composantes au Cameroun (2019)
Analyse de genre dans l’IDHE
L’analyse de genre met en évidence des disparités en matière de développement humain au Cameroun. Les résultats montrent que l’IDHE est d’environ 60% chez les hommes contre 56% chez les femmes (Graphique 2). Cette situation est davantage marquée par d’importantes disparités dans les différentes sous-dimensions de l’IDHE, notamment dans le secteur de l’éducation où les femmes ont un indice de l’éducation plus défavorable (43% contre 55% chez les hommes). Les femmes ont un indice de santé estimé à 59% contre environ 61% chez les hommes. En revanche, l’indice de santé est relativement satisfaisant quel que soit le sexe et oscille autour de 65%.
Graphique 2 :
IDHE
selon le genre au Cameroun (2019)
Analyse de l’IDHE au niveau régional
Mis à part le Nord et l’Extrême-Nord, les autres régions du Cameroun affichent un IDHE relativement satisfaisant (Graphique 3). Les résultats indiquent d’importantes disparités entre les régions du pays en termes d’IDHE. La région de Douala (environ 81%) présente un IDHE élevé comparativement aux autres régions du pays. Elle est suivie de Yaoundé (77,5%), Littoral (67,4%), Sud-ouest (66,6%), Sud (65,1%), Ouest (63,2%), Centre (62,0%), Est (56,9%), Adamaoua (56,9%) et Nord-ouest (56,4%). Avec respectivement 46,8% et 45,8%, les régions du Nord et de l’Extrême-Nord présentent un IDHE faible, en deçà de la moyenne nationale estimée à 58,4%.
Cette situation pourrait s’expliquer par un appauvrissement dans certaines régions du pays, notamment celles de l’Extrême-Nord et du Nord. Ces dernières se démarquent par des taux de pauvreté assez élevés. Le taux de pauvreté y est plus élevé que la moyenne nationale. Dans l’Extrême-Nord par exemple, le taux de pauvreté passe de 56% en 2001, à près de 66% en 2007 et 74% en 2014. A l’opposé, les villes de Douala et Yaoundé ne connaissent pratiquement pas le phénomène de pauvreté, elle frappe moins de 6 personnes sur 100.
Il existe également d’importantes disparités dans la répartition des ressources consacrées à l’éducation entre les régions : celles de l’Extrême-Nord et du Nord sont les plus défavorisées pourtant les plus pauvres. Ce contexte est aussi exacerbé par le climat d’insécurité dans le Nord et l’Extrême –Nord, ce qui réduit la rentabilité économique de ces ressources dans ces régions. Les régions du Nord, de l’Extrême Nord, et de l’Adamaoua sont touchées par la crise de Boko Haram depuis 2013.
Graphique 3 :
IDHE
selon la région
Analyse de l’Indice de santé au niveau régional
Bien que le Cameroun présente un indice synthétique de santé satisfaisant. Néanmoins, cela masque d’importantes disparités entre les régions du pays. L’indice de santé varie d’une région à l’autre. L’indice de santé le plus élevé est enregistré par la région de Douala (72,8%) suivie de Sud-ouest (72,8%), Yaoundé (70,5%), Littoral (67,1%), Adamaoua (62,4%), Nord-ouest (60,4%), Ouest (56,4%), Extrême-Nord (55,6%), Sud (54,9%), Centre (52,9%) et Est (52,5%). Avec un indice de santé de 49,6%, le Nord est la seule région du pays présentent un indice de santé faible. Dans le Nord, faute de disponibilité d’un personnel de santé en effectif suffisant, les populations plus particulièrement les femmes n’ont pas toujours recours aux formations sanitaires du fait de considérations culturelles.
Graphique 4 : Indice de santé selon la région (2019)
Analyse de l
’
indice de l
’
éducation au niveau régional
La situation de l
’
école camerounaise montre un visage défavorable et contraste selon les régions. En effet, malgré les efforts considérables déployés dans l
’
élargissement de l
’
accès et la réduction de certaines disparités notamment de genre, force est de reconnaitre que le Cameroun accuse encore des retards.
L
’
éducation présente un indice synthétique insuffisant et inférieur à 50% dans 6 régions du pays (Sud-ouest, Est, Nord-Ouest, Adamaoua, Nord et Extrême-Nord avec respectivement un indice de l’éducation de 46,8%, 41,3%, 37,4%, 35,1%, 25,6% et 25,1%). Les régions de Douala et Yaoundé, deux grandes métropoles du pays, se démarquent par une situation favorable à l’éducation (avec un indice de l’éducation de 72 et 71% respectivement). En revanche, 6 autres régions présentent un indice de l’éducation défavorable. Il s’agit notamment de l’Extrême-Nord (25,1%), du Nord (25,6%), de l’Adamaoua (35,1%), du Nord-ouest (37,4%), de l’Est (41,3%) et du Sud-ouest (46,8%).
Notamment la situation défavorable liée à l’éducation dans le Nord du pays pourrait s’expliquer par le fait beaucoup d’enfants en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisés, soit parce qu’ils ne sont jamais scolarisés soit parce qu’ils abandonnent l’école. La pauvreté est souvent à l’origine de l’abandon
scolaire des enfants dont les parents pauvres n’ont pas les moyens de payer leurs études jusqu’à la fin d’un cycle. De plus, le déficit d’enseignants dans les écoles (primaires et secondaires) et l’absentéisme, souvent pour des raisons administratives, des enseignants non pris en charge (enseignants en cours
d’intégration ou vacataires) sont de nature à défavoriser certaines régions du pays.
Graphique 5 : Indice de l’éducation selon la région (2019)
Analyse de l
’
indice d
u
niveau de vie au niveau régional
La consommation des ménages occupe une place prépondérante parmi les grands agrégats économiques. Désignée comme étant la finalité de toute production, la consommation des ménages occupe une place particulière dans le fonctionnement de l
’
économie. Dans le cadre de ce rapport, la consommation de biens et services par tête a été utilisée pour estimer le niveau de vie et la ville de Douala a été choisie comme étant le référentiel, le repère (benchmark). C
’
est la raison pour laquelle la valeur 100% lui a été affectée.
Les résultats indiquent que des disparités considérables entre les régions avec Douala et Yaoundé qui affichent un niveau de consommation/tête élève (indice niveau de vie > 80%) tandis que les populations des autres régions ont un niveau moyen de consommation par tête (indice niveau de vie > 50% et < 80%).
Graphique 6 : Indice d
u
niveau de vie selon la région
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L’objectif de ce rapport était de contribuer à rendre disponibles des informations stratégiques dans la quête de l'émergence à travers l’analyse de l’IDHE d'une part et de vérifier si le pays suivra le même processus que ceux des pays qui l'ont précédé en matière de suivi du dividende démographique. Pour rehausser le niveau de développement humain a un niveau satisfaisant, les autorités gouvernementales devraient assainir davantage le secteur de l’éducation et de la formation et s’atteler a la mise en place d’une politique sociale d’accroissement du pouvoir d’achat en vue d’améliorer le niveau de consommation des populations et leur bien-être. A cet effet, les recommandations suivantes devraient être prises en considération :
Dans le secteur de la santé, il s’agit de :
Prioriser toutes les interventions de l’Etat en matière de santé dans les différentes régions en tenant en compte des classements par niveau de l’indicateur de santé ;
Renforcer, à travers une offre accrue des soins de santé primaires et de la vaccination, afin de sauver des vies des enfants de moins de 5 ans et des femmes en âge de procréer ;
Procéder à des investissements massifs et mesures urgentes dans les régions qui sont dans la zone rouge, tels que (i) des mesures incitatrices fortes pour recruter et maintenir des ressources humaines de qualité, (ii) la construction ou la réhabilitation des structures de sante avec un plateau technique relevé, (iii) la mise en place ou le renforcement de programmes spécifiques de santé publique portant sur la planification familiale, la santé maternelle, néonatale et infanto-juvénile, etc. ;
Faire des investissements de maintien dans les régions où l’indice de santé est compris entre 50% et 60%, pour consolider les acquis et permettre une amélioration conséquente ;
Mettre en place des programmes en faveur de la réduction des coûts des soins de santé pour les jeunes, et poursuivre davantage des actions de lutte contre le VIH/Sida ;
Améliorer la santé de la reproduction et la planification familiale grâce à la disponibilité des méthodes variées de planification familiale pour répondre efficacement à la demande non satisfaite et anticiper sur les besoins futurs découlant de la prise de conscience de la survie d'un plus grand nombre d'enfants (ce qui permettrait d’améliorer non seulement la santé maternelle, infantile et juvénile, mais aussi de réduire les grossesses non désirées notamment chez les jeunes).
Dans le
secteur de l’éducation et de la formation,
les autorités gouvernementales devraient :
Rééquilibrer et mettre en cohérence les dotations budgétaires allouées aux différents sous-secteurs de l’éducation et de la formation ;
Mettre en place un système de suivi- évaluation efficient et dynamique des réformes en cours.
Promouvoir l’accès des filles à l’enseignement supérieur et leur maintien dans les filières scientifiques et techniques ;
Renforcer les actions de lutte contre les mariages précoces et/ou forcés et le harcèlement sexuel en milieux scolaire, extrascolaire et du travail ;
Faire en sorte que l’orientation scolaire et professionnelle occupe la bonne place qui lui revient en assumant pleinement son rôle d’appui-conseil aux élèves en vue de l’accomplissement optimal des potentialités et de la personnalité de chacun d’eux ;
Améliorer l’éducation quantitativement et qualitativement au Cameroun, en aplanissant les disparités en matière d’éducation entre les filles et les garçons ;
Renforcer les interventions menées afin de maintenir les jeunes filles dans l’enseignement secondaire et universitaire ;
Accroître les budgets accordés à l’éducation et à la formation professionnelle en vue d’encourager l’innovation technologique et les initiatives entrepreneuriales dans le domaine des TIC en milieu jeune.
Par rapport au niveau de vie, les autorités gouvernementales devraient :
Améliorer le pouvoir d’achat des populations en permettant au maximum de personnes actives surtout les jeunes, de trouver un emploi décent et durable à travers la mise en œuvre de grands programmes d’investissements structurants ;
Mettre en place des fonds de financement visant à faciliter l’insertion des demandeurs d’emploi par le biais de l’emploi dit non salarié ;
Mettre en œuvre une bonne stratégie de redistribution des fruits de la croissance en faveur des populations en général et des ménages pauvres en particulier en vue d’accroitre la demande de biens et services surtout celle des produits locaux.
RÉFÉRENCES
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RESEAUX ET TERRITOIRES
RESUME
INTRODUCTION
Le Cameroun dispose de
nombreuses
potentialités naturelles qui lui
confèrent
son statut d’Afrique en miniature.
La valorisation de ces potentialités
dans une logique cohérente d’aménagement du territoire et de développement durable, pourraient porter le pays à son plein potentiel de croissance et faire reculer la pauvreté jusqu’au niveau résiduel.
Au cours de ces dernières années, la mise en œuvre de la politique d’aménagement du territoire a été largement dominée par l’approche projet malgré les insuffisances qu'elle comporte en matière de cohérence, de synergie et des risques de déséquilibres spatiaux. Il s’en est donc naturellement suivi un manque de cohérence, d’harmonie et de coordination entre les différentes interventions dans les domaines de la gestion du territoire national, ce qui a finalement abouti, à de faibles résultats, en termes d’équilibres spatiaux et d’organisation de l’espace régional et local tels que : (i) une urbanisation rapide et mal maîtrisée due à une occupation anarchique de l’espace posant des problèmes de fourniture en équipements et services sociaux de base ; (ii) un accès difficile aux zones de production et d’activités pour assurer un réel développement ; (iii) une dégradation grandissante et constante des ressources naturelles du fait de leur exploitation irrationnelle ; et (iv) une insuffisance d’installations d’assainissement et des réseaux de drainage des eaux dégradant le cadre de vie des populations.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la SND30, le Gouvernement, de concert, avec les CTD
compte prendre
toutes les mesures qui garantissent l’équité spatiale et les équilibres régionaux et locaux, tout en tenant compte de
la création
des conditions propices au développement des activités économiques.
Le défi posé par le développement urbain et l’aménagement du territoire, exprimé par la Vision à long terme, est celui de créer un espace économique national intégré. Il s’agit non seulement de maîtriser le développement des villes et d’en faire des centres de production et de consommation nécessaires à l’essor du secteur industriel, mais également de promouvoir l’émergence des agglomérations périphériques, le développement des villes moyennes ou secondaires capables de structurer les activités économiques dans l’espace urbain et de concourir au développement des zones rurales environnantes.
La
présente
étude
sur
la « Dimension 5 : Réseaux et territoires » constitue un des volets du suivi de la capture du dividende démographique
. Elle
poursuit l’objectif global qui est de
contribuer au développement de
territoires inclusif pour garantir un
meilleur accès des
population
s
aux services sociaux de base.
Plus spécifiquement,
la contribution faite à travers le présent rapport porte sur :
(i) l’analyse du contexte
;
(ii) la revue de la littérature sur les réseaux et territoires ; (iii) la
méthodologie de calcul des indicateurs ; (iv) la présentation des résultats et (v) la conclusion et
les préconisation
s.
5.1.
CONTEXTE DES RESEAUX ET TERRITOIRES AU CAMEROUN
Les pouvoirs publics ont toujours voulu donner à la planification du développement, une place importante en vue de corriger les déséquilibres territoriaux par l’adoption de pertinents outils au service de la croissance et du développement durable.
En effet
, le Gouvernement s'est doté de trois (03) outils essentiels à savoir : (i) la loi N°201/008 du 06 mai 2011 d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire ; (ii) le Schéma National d'Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SNADDT) et (iii) le Plan de Zonage du territoire national. Ces outils permettent d'implémenter les stratégies sectorielles dans un cadre spatial cohérent
.
5.1.1.
Dynamique de la
population
La population du Cameroun est passée de 7 663 246 à 10 493 655 habitants entre 1976 et 1987, puis à 17 463 836 habitants en 2005, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 2,9 % entre 1976 et 1987 et de 2,8 % entre 1987 et 2005. Les projections prévoient une population de
24 910 305
habitants en 2020 (BUCREP, RNEP 2011).
Concernant le milieu de résidence, le taux d’urbanisation est estimé à 47,9 % en 2014 (MICS 5). Les villes de Douala et Yaoundé constituent à elles seules 51,6 % de la population urbaine (projection du BUCREP de 2014 et taux d’urbanisation MICS5).
Le
taux de sous-emploi global chez les personnes âgées de 10 ans ou plus est passé de 75,8% en 2005 à
71,1% en 2007 pour remonter à 77
,0% en 2014
(ECAM4 2004)
.
Toutefois, la situation varie suivant le milieu de résidence. En milieu urbain, ce taux est de 65 % contre 85,8 %
en milieu rural
.
Une population inégalement répartie à travers le pays
Concernant la répartition de la population, la région de l’Extrême-Nord est la plus peuplée avec 18 % de la population nationale. Elle est suivie par les capitales économique et politique du pays avec respectivement 12,4 % et 12,3 %
d
e la population. Concernant la densité de la population, les capitales sont les régions d’enquête les plus denses. En effet, en 2014, Yaoundé est la région d’enquête la plus dense avec 8 972 habitants au km², elle est suivie par la Douala avec 2 900 habitants au km². En dehors de ces grandes villes, trois autre régions ont plus de 100 habitants au km², il s’agit notamment de l’Ouest (136 hab/km²), de l’Extrême-Nord (113 hab/km²) et le Nord-Ouest (111 hab/km²). Toutes les autres régions d’enquête ont moins de 60 habitants au km² et la région de l’Est, qui est la plus grande région du Cameroun, est la moins dense avec à peine 8 habitants pour chaque km².
Ce déséquilibre s’explique par
l’
attra
ctivité
économique relativement élevé
e de
ces
deux
villes
qui
sont devenues des centres majeurs de migration, attirant des personnes de différents horizons à la recherche d'emplois et d'une meilleure qualité de vie.
Un grand contraste dans la répartition territoriale des services sociaux de base
Le réseau d’infrastructures
fait l’objet
d’extension
s régulières
pour permettre aux populations d’avoir un accès indispensable à l’amélioration de leurs conditions de vie. Cependant, d’important
es disparités sont notées entre les
régions.
Concernant l’accès à l’eau, plus de trois ménages sur quatre ont accès à une source améliorée d’eau de boisson. Dans toutes les régions, plus de 60 % des ménages ont accès à une source améliorée d’eau de boisson. Toutefois, seulement 16,1 % de ces ménages sont satisfaits du service de fourniture d’eau. Les régions où ce service est le mieux apprécié sont le Littoral et Douala avec respectivement 21,6 % et 21,0 % de ménages satisfaits. Dans la région du Centre, ils sont seulement 4,0 % à être satisfait.
La réalité n’est pas la même pour l’accès à l’électricité. En effet, si dans l’ensemble des ménages en 2014, plus de la moitié des ménages a accès aux réseaux de distribution d’électricité, moins d’un ménage sur trois a accès à l’électricité dans les régions de l’Extrême-Nord (22,1 %), du Nord (23,0 %) et de l’Est (33,0 %). Les ménages des villes de Yaoundé et de Douala ont presque tous accès à l’électricité avec des taux d’accès respectifs de 99,1 % et 98,4 %. Tout comme pour la qualité de l’approvisionnement en eau de boisson, la satisfaction des ménages est très faible pour la qualité des services d’électricité. En effet, seulement 17,1 % des ménages sont satisfaits des services d’électricité.
A l’exception des régions de l’Extrême-Nord et Nord, le taux d'accès aux services de santé est relativement élevé allant de 53,7 % dans la région du Centre à 85,3 % dans la ville de Douala. Dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, il est de 37,4 % et 48,5 %. Cependant, le niveau de satisfaction des populations relativement à la qualité des services offerts, est très faible dans l’ensemble des régions. Au niveau national, seulement 13,0 % des ménages déclarent être satisfaits de la qualité du service. Au Centre, ce taux est particulièrement faible avec une valeur de 4,2 %.
L'accès à l'éducation primaire, qu'elle soit publique ou privée, est généralement élevé, dépassant les 85 % dans toutes les régions. Toutefois, l’appréciation de ces services est mauvaise. Seulement 15,7 % des ménages sont satisfaits. Les populations des régions du Centre et du Nord sont les moins satisfaites.
L’accès des populations aux services de transport est très varié entre les régions. En effet, il varie de 29,1 % dans la région du Nord à 72,1 % dans la région du Nord-Ouest. Toutefois, l’appréciation est commune dans toutes les régions. Le pourcentage de ménages satisfaits de ces services le plus élevé est de 12,3 % dans la région du Sud.
En résumé, les populations camerounaises semblent bénéficier d'un bon accès aux services de base tels que les sources améliorées d‘eau de boisson, l'électricité, les soins de santé et l'éducation primaire. Cependant, il existe des disparités régionales tant en termes d’accès que d’appréciation de la qualité des services.
Migration et urbanisation
Dans l’ensemble, Yaoundé et Douala sont les villes du Cameroun où l’on observe les flux migratoires les plus importants. D’après les données de l’ECAM4, ces deux villes concentrent 34,3% des individus ayant connu un phénomène migratoire entre 2007 et 2013. En revanche, les Régions les moins touchées sont l’Est (3,5%), l’Extrême-nord (4,1%) et le Littoral (4,9%).
Le profil migratoire du pays montre que les mouvements de population sont encore majoritairement effectués des campagnes vers les villes. En effet, sur les 3 779 657 individus ayant immigré, soit 3 545 363 migrants internes et 234 294 migrants internationaux, les villes de Douala et Yaoundé en ont accueilli un peu plus du tiers, soit 18,7% pour Douala et 15,5% pour Yaoundé. Elles sont suivies par la Région du Sud-ouest (9,8%), le Nord (9,6%) et l’Ouest (9,3%). S’agissant des mouvements transfrontaliers en particulier, ils ont pour principaux lieux de départ des pays limitrophes tels que la République centrafricaine, le Tchad, la Guinée équatoriale et le Nigéria.
L’émigration pour sa part a pour principaux lieux de départ ces mêmes lieux : Douala (31,5%) ; Yaoundé (25,7%) ; Nord-ouest (8,3%) ; Sud-ouest (8,1%) ; Ouest (7,3%). Notons que dans l’absolu, l’on estime à 1 518 657, le nombre d’individus ayant, au cours des douze derniers mois précédant l’enquête, quitté leur localité de résidence habituelle pour une autre ou pour l’étranger.
Mouvements financiers
Les villes de Yaoundé et Douala sont les lieux où l’on a enregistré au cours des douze derniers mois précédent l’enquête
,
les flux financiers les plus importants en termes de volume. Elles concentrent la moitié des transferts monétaires aussi bien versés que reçus. En effet, sur un flux global de 563 727 431 845 FCFA (soit 250 695 896 100 FCFA versés et 313 031 535 744 FCFA reçus), 28,1% ont été échangé da
ns
la ville de Douala et 23% à Yaoundé. Elles sont suivies par la Région de l’Ouest et l’Adamaoua avec respectivement 8,6% et 8,1%. Les ménages situés dans les Régions de l’Est (2,5%), le Littoral (2,8%) et le Sud (3,4%) sont ceux qui reçoivent les moins de transferts, et sont ceux également qui en versent le moins : Est (2,1%) ; Littoral (3%) et le Sud (2%).
En ce qui concerne les envois de fonds internationaux en particulier, l’on estime à 26 684 189 222 FCFA, l’argent ou la valeur des bien envoyés par les migrants à leur ménage d’origine. Soulignons que les principaux lieux de départ de cette émigration internationale sont également ceux qui bénéficient le plus de ses retombées. Ces envois de fonds bénéficient en effet davantage aux ménages des villes de Yaoundé et Douala car elles concentrent plus de la moitié des fonds transférés : 31,5% pour Douala et 25,7% pour Yaoundé. Elles sont suivies par les Régions du Nord-ouest (8,3%), le Sud-ouest (8,1%) et l’Ouest (7,3%). A l’exception du Centre, toutes les autres Régions du pays bénéficient chacune
,
moins de 5% de ces ressources.
5.2.
REVUE DE LA LITTERATURE
Définitions des concepts
Réseau
Etymologiquement, le terme vient du latin « retiolus » pour désigner un ensemble de fils, de ficelles régulièrement entrelacés pour capturer certains animaux. Par analogie, le réseau désigne un ensemble permanent ou accidentel d’éléments entrelacés ou entrecroisés plus ou moins régulier pour atteindre un même objectif. Ainsi, différents types de réseau sont distingués : réseau hydraulique, réseau de forteresse, réseau routier, réseau ferroviaire, réseau radiophonique, réseau de télécommunications, réseau social, etc.
Antonelli (2003) écrit qu’« un réseau est un ensemble organisé d’unités de production partiellement séparables, caractérisées par des niveaux élevés de diversité, de complémentarité et d’interdépendance, aussi bien en ce qui concerne les technologies existantes que les technologies potentielles ».
Dans le cadre de ce travail, le réseau sera considéré comme le système d’inter connectivité existant entre les territoires et appréhendé à travers le développement du secteur routier et de transport, le développement du secteur des services de transferts monétaires ainsi que du développement des activités productives et ou commerciales.
Territoire
Du latin « territorium » avec pour racine « terra », un territoire signifie une étendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain. Le mot va évoluer en sens pour préciser la surface sur laquelle s’exerce une autorité. Pour Bailly (1994), le territoire est « un espace spécifique et non séparable de son contenu. Il se caractérise par une localisation et un groupe, un processus d’appropriation, un processus de gestion, un héritage et un projet ». Il intègre donc l’espace, le caractère juridique et institutionnel, les aspects politiques, sociologiques et culturels.
De ce point de vue, le territoire renvoie à l’unité administrative juridiquement délimitée. Possédant les attributs d’un espace territorialement découpé et circonscrit, il renferme le plus souvent un siège, un chef-lieu ou une capitale qui en constitue le principal centre des décisions et de la gouvernance des affaires générales de développement. Il a donc une fonction administrative en vue de cerner les contours de l’étendue et de faciliter la coordination.
Dans le cadre de cette étude, on entendra par territoire, l’unité administrative juridiquement délimitée selon le découpage administratif du Sénégal.
Fondements théoriques de la prise en compte de l’espace dans l’analyse économique
L’importance de l’espace dans l’analyse économique est prise en compte dans deux approches principales. Nous distinguons d’une part l’approche considérant le territoire comme une entité homogène, uniforme. D’autre part, il y’a l’approche qui
tente de mettre en exergue les potentialités diverses des territoires, éléments fondamentaux et essentiels pour le développement territorial équilibré.
Approche ponctiforme du territoire
L’analyse théorique de la prise en compte de l’espace dans l’analyse économique part de la reconnaissance du rôle de l’intégration régionale pour la croissance économique des pays. Bien que présente dans les théories économiques de l’échange et de la spécialisation commerciale, la notion d’espace n’a pas beaucoup été prise en compte dans la littérature économique pour l’étude du phénomène de développement. Ainsi, dans la pensée économique classique, l’économie est confrontée à une théorie ponctiforme. L’exemple de la formation du prix sur un marché selon les classiques, indique que l’espace est neutre car n’influence guerre le processus. Le Maitre Vauban, Hay de Chastelet, Boisguilbert, Petty, Steuart entre autres, appréhendent de façon plus ou moins importantes les dimensions de l’économie dans les modèles spatiaux.
Cependant, les stratégies mises en place par les firmes en termes de délocalisation des structures, les politiques relatives à la mise en place des pôles économiques, le développement des zones urbaines au détriment des zones rurales constituent autant d’éléments qui remettent en cause la vision homogène de l’espace dans la théorie économique.
Approche de l’économie spatiale et régionale
Le relâchement des hypothèses portant sur l’homogénéité de l’espace est essentiel pour comprendre les disparités territoriales et l’action d’acteurs fondamentalement actifs sur l’organisation régionale et urbaine. On distingue deux écoles de pensées que sont l’école d’économie spatiale et l’école d’économie régionale (Heraud et Kahn, 2012).
En absence de politique publique d’aménagement du territoire pour le développement
La première école
se fonde sur une structuration spontanée de l’espace due à des facteurs tels que la distance par rapport au centre (Von Thünen, 1820), la nature des activités des populations, des firmes entraînant des phénomènes de concentration (Krugman 1991a), de hiérarchie ou d’attraction.
Le comportement des agents économiques détermine les caractéristiques de l’espace en termes de concentration ou d’éloignement.
Ainsi, selon Krugman (1991b), la répartition des activités socio-économiques, suscitant les mouvements migratoires (mobilité des travailleurs), organise l’espace en deux structures distinctes que sont la zone « centre » et la zone « périphérique ». L’intégration des activités économiques favorise l’agglomération de ces dernières qui développe la zone dite « centre » au détriment de celle dite « périphérique » en termes de disponibilité et d’accessibilité d’infrastructures et d’opportunités (Krugman et Venables, 1995). Le déplacement relativement faible de travailleurs
d’une région par rapport à une autre pourrait assurer un équilibre entre les différentes zones dans le long terme, d’où la néces- sité d’une gestion des déplacements des travailleurs, basée sur la mobilité des capitaux (Puga, 1999). En outre, cette approche introduit l’impact des mouvements des capitaux et des biens et services et montre qu’il existe une relation positive entre l’intégration régionale et l’intensité des flux de trans- ferts de capitaux entre les régions. En effet, si l’on suppose que les travailleurs vont migrer par rapport à un différentiel de revenu et les disparités entre les régions (Todaro, 1969 ; Harris et Todaro 1970 ; Greewood 1973 ; Stark, 1984 ; Stark et Yitzhaki 1988 ; Borjas, Bronars et Trejo 1992 ; Levy et Wun- bergen 1994 ; Jayet, 1995 ; Carpin et Logossah, 1997), il est possible de contrôler l’équilibre entre les régions en s’appuyant sur un transfert des retombées économiques des zones centres vers les zones périphériques.
En présence de politique publique d’aménagement du territoire pour le développement
La première approche théorique décrite précédemment est enrichie avec les apports de la deuxième école dont Marshall (1890) est désigné le pionnier. Elle se base, en plus des comportements des agents, sur l’implication des institutions et politiques publiques sur la configuration de l’espace. On parle alors de la géographie volontaire et des stratégies territoriales publiques et privées à des finalités économiques. Cette approche vient de la distinction entre avantages naturels des différents sites géographiques et ceux qui leur sont apportés par des aménagements. C’est le cas des pôles économiques mis en place par les pouvoirs publics dans le but de promouvoir certaines activités au niveau national. Ainsi, les disparités entre les différentes zones ainsi que leur niveau d’attraction sont liées aux niveaux des infrastructures de base mises en place par les autorités compétentes. Le rôle joué par les infrastructures régionales passe essentiellement par deux canaux : i) les coûts de transport intra et/ou interrégionaux ; ii) l’influence directe des infrastructures sur la productivité des entreprises.
Infrastructure et Coût des échanges commerciaux
Selon Martin et Rogers (1995), lorsque le stock d’infrastructures influence les coûts d’échange interrégionaux, une amélioration des infrastructures dans une région par l’augmentation de la taxation conduira à une concentration des firmes dans cette région si et seulement si l’augmentation de la demande pour les biens domestiques liée à l’amélioration des infrastructures est supérieure à la diminution de la demande due à l’accroissement de la taxe. Lorsque le stock d’infrastructures influence les coûts d’échange interrégionaux, le désavantage initial d’une région (en donation de capital et/ou en taille) va être amplifié par une chute des coûts d’échanges interrégionaux. Dans ce cas, les importations de la région périphérique provenant de la région centrale deviennent relativement moins coûteuses, ce qui renforce les exportations et le processus d’agglomération des activités en région centrale.
Une implication importante de cette analyse est de montrer qu’il est nécessaire de différencier les politiques d’infrastructures en matière de localisation industrielle. Si dans la région périphérique le but est d’augmenter la convergence industrielle avec
la région centrale, alors la politique doit être basée sur le développement d’infrastructures qui facilitent le commerce intra-régional plutôt que le commerce interrégional. Cependant, la polarisation dépend aussi des conditions initiales (dotations naturelles) des localités et par conséquent de l’histoire. Tous ces déterminants sont inhérents à une ou plusieurs localités alors que le problème qui se pose est de savoir à quelle échelle géographique ils s’appliquent.
Infrastructure et productivité des entreprises
En termes d’influence directe des infrastructures sur la productivité des entreprises, Charlot (1999) soutient que les coûts de transport sont fonction des investissements publics qui génèrent dans le même temps des externalités qui transforment les combinaisons productives des firmes. En supposant que le stock d’infrastructures affecte la productivité des entreprises régionales de manière homogène sur tout le territoire régional et que les externalités liées au stock d’infrastructures sont purement régionales, les simulations montrent que l’intervention publique semble ne pas pouvoir contrecarrer les processus cumulatifs conduisant à la concentration spatiale des activités industrielles ; autrement dit ce sont les mécanismes purement économiques qui l’emportent.
Des auteurs ont aussi montré la nécessité de mener des politiques de redistribution et de convergence des régions. Pour ce qui est de l’évolution du bien-être avec le processus de concentration, Calmette et Le Pottier (1998) montrent que lorsqu’il y a émigration de la main-d’œuvre, le bien-être de la région périphérique diminue, ce qui incite davantage de travailleurs à migrer vers la région centrale. Si un gouvernement décentralisé existe en région périphérique, il peut vouloir stopper le processus de migration par une taxation de la population mobile et une redistribution en faveur de la population immobile (agriculteurs). Cette politique va dépendre du groupe d’agents ayant la majorité politique dans la région périphérique.
6.2.2.5. Prise en compte empirique de l’espace dans le développement territorial
Agglomérations de développement territorial
L’existence de pôles économiques dans les économies contemporaines renvoie à la notion de polarisation. Boudeville (1966) définit la polarisation comme « un phénomène complexe, décomposable en une suite de blocs d’événements, qui se déroulent au cours du temps. Elle décrit comment naissent les pôles de développement et comment les impulsions qui en émanent se propagent dans le temps et dans l’espace. En d’autres termes, c’est un processus dynamique d’expansion et d’évolution séquentielle, à la fois technique et social ».
Dans la littérature, il existe deux approches du concept de polarisation spatiale selon qu’il s’agit du contexte francophone ou anglo-saxon. Chez les francophones, la polarisation spatiale recouvre fondamentalement deux aspects notamment l’attraction et la diffusion alors que les anglo-saxons mettent plutôt l’accent sur la concentration. Le premier aspect est le plus classique et désigne l’attraction qu’exerce un lieu, appelé centre ou pôle, sur un espace plus ou moins étendu et
hétérogène et qui se trouve dans une situation de dépendance vis-à-vis de ce centre (Elissalde, 2011). L’espace peut être assimilé à un champ de forces économiques dans lequel existe une ou plusieurs localité(s) (commune, département, région…) qui exerce(nt) une attraction proportionnelle à son niveau de développement sur les autres localités environnantes. Le second aspect couvert par la polarisation concerne l’effet de diffusion ou d’entrainement qu’exerce le pôle sur le développement des localités environnantes. Cette approche est surtout imputable aux travaux de deux économistes Perroux (1950) et Boudeville (1966). Perroux aborde une approche du développement qui considère l’existence d’un centre, constitué des pays développés, et d’une périphérie, constitué des pays pauvres de sorte que le développement de la périphérie dépend principalement de l’influence du centre. Compte tenu de ces caractéristiques inhérentes à la polarisation spatiale, elle est souvent assimilée au résultat des effets de débordements géographiques.
Selon l’approche anglo-saxonne, on dit qu’un phénomène est spatialement polarisé, lorsqu’il tend à se concentrer davantage dans des localités particulières. D’après Lajugie et al. (1985), les auteurs anglo-saxons désignent par « polarisation » l’attraction exercée par des pôles sur l’espace environnant, avec pour résultat non pas la diffusion du développement mais sa concentration sur un espace restreint et, par conséquent, non pas l’atténuation mais l’aggravation des inégalités de développement.
Aujourd’hui, le terme est utilisé par d’autres sciences humaines comme la sociologie qui l’emploie pour rendre compte d’une aggravation des contrastes sociaux au sein d’une entité. Sassen (1996) parle ainsi de « polarisation sociale » pour qualifier les dynamiques sociales dans la « ville globale ». Ainsi, le concept de polarisation spatiale renvoie aux relations d’attraction et de diffusion qu’exercent un ou plusieurs pôles sur les localités environnantes.
Le développement économique des territoires tel que conçu initialement, basé sur le système de production favorise les territoires métropolitains au détriment des territoires périphériques. En effet, le développement économique territorial dépendrait quasi exclusivement de son système productif, qu’il repose sur des ressources génériques ou spécifiques (ressources territoriales, savoir-faire, systèmes de production localisés). Le seul enjeu du développement économique serait donc l’attractivité du territoire auprès des entreprises et la compétitivité de celles-ci dans un contexte de globalisation des échanges. Ce phénomène s’est observé dans les années 80 avec une concentration des activités dans les agglomérations et leurs périphéries proches. Talandier (2008) s’intéressant au développement économique des territoires non métropolitains conclut que le développement d’un territoire dépend non seulement de son attractivité mais aussi de sa capacité à capter des flux de revenus, tout autant qu’à créer de la richesse. L’auteur conclut que le développement devient un enjeu de production mais aussi un enjeu de population qui capte ces revenus extérieurs.
En analysant le lien entre le développement local des territoires et les forces de polarisation urbaine, Aubert, Lepicier et Perrier-Cornet (2006) mettent en exergue la
relation que les périphéries instaurent avec les centres urbains, là où est localisé l’essentiel des marchés et où les forces d’agglomération donnent naissance aux dynamiques de croissance économique. Pour eux, la croissance régionale est principalement animée par la croissance urbaine, grâce aux effets de l’agglomération, favorables aux économies d’échelle et aux externalités. Les métropoles accroissent de cette manière leur pouvoir d’attraction sur les consommateurs grâce à une grande variété de produits disponibles. Les activités et les populations trouvent ainsi avantage à se regrouper, cumulativement, dans les centres.
Cavailhes et Schmitt (2002)
, dans leur étude arrivent à la conclusion selon laquelle les migrations résidentielles constituent l’un des vecteurs essentiels de la mise en rapport des villes et des campagnes. Le développement et la concentration très poussée des villes conduisent à une déconcentration de ces dernières (Aubert et al. 2006). Les zones rurales, selon leur position spatiale bénéficient de ce desserrement urbain à tel point que leur population est globalement stabilisée et que l’emploi non agricole est en croissance (Bessy-Pietryet al. 2001). En termes de développement économique des territoires, il existe alors une certaine complémentarité dans la mesure où la ville concentre les facteurs stratégiques et la campagne les facteurs fixes (Aubert et al. 2006).
Pour Béchir (2011), les espaces économiques constituent sans doute un déterminant important des disparités régionales. Il préconise, dans les milieux ruraux, une transformation des structures et la réduction des écarts entre secteurs moderne et traditionnel à travers un accompagnement de la formation et de la mobilisation de la population. De plus, dans le monde urbain, l’état de concentration du réseau doit évoluer vers des formes d’organisation décentralisées, intégrées au plan régional et utilisatrices de la main-d’œuvre.
L’influence de la spécialisation du secteur des biens intermédiaires sur la concentration spatiale a été particulièrement abordée en économie urbaine dans les théories de la formation endogène des villes. Catin et Ghio (1999) montrent par exemple comment une spécialisation accrue dans le secteur des services à la production peut conduire à un processus de métropolisation en région centrale où les industries technologiques et les services se concentrent.
Répartition des infrastructures et services et développement des territoires
Les travaux portant sur l’impact socioéconomique de la répartition des infrastructures essentielles sur les collectivités territoriales sont en nombre limité (Gagnol et Héraud, 2001). Ces auteurs se sont plus intéressés à l’impact qu’à l’implantation d’une université d’enseignement supérieur sur le développement économique du territoire qui l’abrite. Dans ce domaine, Sauvage (1994) soulignait déjà que les retombées économiques des investissements publics méritent d’être précisément définies pour les collectivités territoriales, qui consacrent désormais des sommes importantes à l’enseignement et à la recherche. En relation avec le
territoire, Merrien (1994) conclut que l’impact de l’université sur le développement économique local reste très difficile à cerner avec précision et demeure en tout cas forte- ment dépendant de la structure et de la taille des entreprises locales.
Dans leur travail sur les infrastructures de transport et la répartition spatiale des activités dans les pays en développement, Ghio et Van Huffel (2000) concluent que la réduction du coût de transport des
biens au niveau interurbain favorise la localisation des firmes en ville périphérique au détriment relatif de la ville centrale tout en donnant lieu à une augmentation du niveau global de bien-être.
Les travaux de Krugman (1991a, b) complétés par ceux de Martin et Rogers (1995), Charlot (1999), Martin (1999) et Ghio et Van Huffel (2000) montrent que la chute des coûts de transaction peut avoir des effets différenciés selon que les infrastructures agissent au niveau intra ou inter-régional. Dans l’ensemble des travaux, les infrastructures inter-régionales influencent le transport des biens. Chez Martin et Rogers (1995), les infrastructures intra-régionales facilitent le transport des biens alors que chez Ghio et Van Huffel (2000), les infrastructures intra-urbaines favorisent le déplacement de la main d’œuvre. Lorsque les infrastructures de transport permettent de diminuer les coûts de transaction à l’intérieur des régions périphériques, que l’on se place sous l’hypothèse d’immobilité d’une partie de la main d’œuvre (Martin et Rogers, 1995) ou sous l’hypothèse de congestion (Ghio et Van Huffel, 2000), il s’ensuit un effet de revenu réel pour les agents domestiques qui va entraîner une augmentation de la demande finale locale ce qui peut inciter des firmes à se localiser dans ces régions.
Les effets paraissent donc bénéfiques : les infrastructures intra permettent d’obtenir à la fois une plus grande convergence des structures industrielles (puisqu’une plus grande partie des firmes se localise en périphérie) et une plus grande convergence des niveaux de bien-être puisque les habitants des régions périphériques bénéficient d’un effet de revenu réel. Lorsque les infrastructures de transport permettent de réduire les coûts de transaction entre les régions, sous l’hypothèse d’immobilité d’une partie de la main d’œuvre (Krugman, 1991a, b ; Martin et Rogers, 1995; Charlot, 1999 ; Martin, 1999), les régions centrales, parce qu’elles offrent déjà de vastes marchés, vont attirer de nouvelles firmes qui pourront notamment exploiter les économies d’échelle tout en ayant un accès facilité aux marchés des régions périphériques (et donc d’une partie de la main d’œuvre immobile).
Dans ces conditions, le financement des infrastructures de transport tend à conduire à une polarisation plus forte des activités. Ce type de politique, s’il permet de désenclaver les régions pauvres, risque de les appauvrir relativement un peu plus. Sous d’autres hypothèses, Ghio et Van Huffel (2000) montrent que la chute des coûts de transport interrégionaux peut conduire à une réduction de l’agglomération des agents et des firmes dans les régions centrales, lorsque la congestion y est élevée. Dans ce cas, la baisse des coûts interrégionaux permet à la main d’œuvre mobile de se localiser dans les régions périphériques où elle peut consommer les biens produits en région centrale à moindre coût sans supporter les contraintes liées à la congestion au centre.
Migrations, marché du travail et concentration des villes
Plusieurs déterminants expliquent le profil des migrants : déterminants individuels et des facteurs économiques et sociaux attachés aux mobilités géographiques. Les liens entre migrations et fonctionnement des marchés locaux de l’emploi apparaissent essentiels. La mobilité est en effet appréhendée comme le résultat d’une décision individuelle visant à l’amélioration de la situation de l’individu à long terme (Greenwood, 1975). Cette amélioration peut notamment transiter par des salaires plus élevés en particulier pour les plus diplômés, ou par des perspectives d’embauche plus importantes en particulier pour les moins diplômés (Drapier et Jayet, 2002). Si d’autres facteurs liés aux aménités (environnement, qualités de la vie, biens et services publics locaux, etc.), sont avancés comme des éléments intervenant dans les décisions individuelles de mobilité géographique, des travaux rendent plus particulièrement compte du fait que celle-ci est induite par des déséquilibres entre économies locales comme par exemple les différents niveaux de chômage, ou pour les mobilités liées aux formations des écarts de réputation des établissements ou ceux liés aux débouchés professionnels offerts. Cette théorie de l’attraction et de la répulsion (« push pull theory ») reste étroitement apparentée à l’approche des migrations en termes de capital humain.
TIC et développement territorial
Dramani (2013) s’intéressant aux impacts des infrastructures sur la concentration régionale des activités économiques et des disparités régionales, fait ressortir le rôle important joué par les TIC. Pour lui, le développement des TIC basé principalement dans les villes favorise l’accroissement des transferts de fonds des émigrés à leurs familles ; ceci contribue à rendre les villes plus attractives et donc renforce la concentration des activités dans les zones urbaines. De l’auteur côté, la quasi-inexistence des TIC dans les zones rurales associées aux frais de déplacement substantiels et du temps limitent les transferts de fonds d’un migrant et par conséquent, limite l’attrait et le développement des activités économiques en milieux ruraux.
Faini (2007) s’est intéressé à l’impact de la migration sur les pays d’origine. L’auteur, souligne que la migration présente des impacts négatifs sur les régions en ce sens qu’elle peut conduire au dépeuplement de régions entières avec une perte manifeste de bien-être pour les facteurs fixes. Les effets territoriaux de la migration tel l’exode de la main d’œuvre car elle pourrait également priver les régions d’émigration de leurs membres les plus qualifiés et les plus dynamiques. Pour l’auteur, les facteurs tels que les transferts de fonds, le retour de l’émigration et les incitations accrues en faveur de l’éducation permettent de compenser les effets négatifs des migrations.
Type de territoires et disparités régionales
S’il est largement admis le rôle crucial de l’innovation dans le processus de croissance et de développement, il est également admis que les espaces ruraux constituent un terreau a priori peu propice à l’affirmation de logiques innovantes. La
faible densité qui les caractérise s’associe à un « agencement
socio-spatial singulier » (Barthe, Milian, 2011).
Pour Barthe et Milian (2011) cités par Lacquement et Quéva (2016), les espaces ruraux sont marqués par les caractères suivants : « occupation humaine distendue et faible empreinte des infrastructures, activités principales basées sur la valorisation agricole et forestière, importance des espaces ouverts et rapports privilégiés à la nature ». Partant de là, les flux d’innovation sont plus orientés vers les villes au détriment des milieux ruraux. Ceci constitue un facteur qui renforce ainsi les disparités régionales où les villes demeurent davantage attractives et concentrées en activités économiques.
En définitive, il n’existe pas de consensus en termes de mesure globale de l’implication de la dimension spatiale dans la mesure du développement endogène. Cependant, au sortir des analyses théoriques, quatre champs se dégagent si l’on veut mettre en place un indicateur dans ce sens. Cet indicateur sera construit autour du champ de la migration des populations actives ainsi qu’autour du champ des flux des transferts financiers et de biens et services, qui se trouvent dans la perspective théorique des modèles spatiaux. Par ailleurs, la construction de cet indicateur se fera autour des champs densité de population des communes, villes et départements (urbanisation) mais également autour de la répartition des infrastructures et services (infrastructure de base) tirés des perspectives des modèles de l’école d’économie régionale.
5.3.
METHODOLOGIE DE CONSTRUCTION DE L’INDICE DES RESEAUX ET TERRITOIRES
Pour appréhender l’état de la structure et du niveau d’interaction (migration et flux) des réseaux, l’Indice Synthétique Réseaux et Territoires (ISRT) est utilisé dans le cadre de ce travail. Il renseigne sur l’attractivité d’un territoire par rapport à d’autres mais aussi sur la mobilité, l’interaction et l’interrelation.
Pour le calcul de cet Indice quatre (4) sous dimensions sont retenues :
Migration
Urbanisation
Infrastructures et services sociaux de base
Flux et Capacités financiers
Ce calcul est fait à partir des étapes ci-dessus :
Préalable : choix de l’unité d’analyse
La disponibilité, la légalité, la légitimité et la représentativité des données guident le choix de l’unité d’analyse. Dans le cadre du Cameroun, l’unité d’analyse choisie par la partie nationale est la Région. Il est important de signaler que dans chaque région, on a la partie urbaine et la partie rurale.
Au Cameroun, les différents recensements ont considéré comme milieu urbain, toute localité remplissant les fonctions de chef-lieu d’une unité administrative ou toute localité de plus de 5000 habitants et comportant un certain nombre d’infrastructures courantes.
Construction de l’indicateur
Etape 1 : Recueil des données
Chaque sous dimension des Réseaux et Territoires est appréhendée par un certain nombre d’indicateurs.
Tableau 6-1 : Liste des indicateurs par sous-dimension et leur définition
Indicateurs
Définitions
Sous-dimension : Urbanisation
Densité de la population de la zone
Nombre d’habitants au Km²
Taille moyenne des ménages
Nombre moyen de personnes par logement
Taux d’urbanisation
Part de la population urbaine sur la population
totale de la zone
Ratio locataires / propriétaires
Rapport entre le nombre de locataires et le
nombre de propriétaires
Sous-dimension : Infrastructures de base
Taux d’accès aux services sociaux de base (eau, électricité, santé, …)
Proportion de
population ayant accès aux ser
vices
Indicateur de qualité des services
so
ciaux de base
(éducation, électricité, eau,…)
Proportion de population satisfaite de la qualité des
services
Taux d’accouchements assistés par du
personnel soignant qualifié
Proportion d’accouchements assistés par du personnel qualifié
Taux de demande satisfaite de contraception moderne
Proportion de la demande satisfaite de
contraception par des moyens modernes
Sous-dimension : Migration
Indice d'entrée dans une zone
Rapport des entrants dans une zone sur la population totale de la zone
Indice de sortie d'une zone
Rapport des sortants d’une zone sur la population totale de la zone
Sous-dimension : Flux et capacité financières
Indice des transferts de fonds dans la zone
Poids des transferts totaux reçus et versés dans le PIB de la zone
Taux d’accès aux services de transferts formels
Proportion des individus ayant accès aux services de transferts formels
Consommation par tête dans la zone
Niveau moyen de consommation par tête dans la zone
Coût du panier de la ménagère
Coût des produits les plus consommés de la zone (opérationnalisé par la dépense alimentaire
Source : CREG-CREFAT 2023
.
Etape 2 : Normalisation
La normalisation se fait à partir d’une formule classique qui permet de convertir les valeurs d’origine des indicateurs en nombres compris entre 0 et 1.
Etape 3 : Calcul des indicateurs sous-dimensionnels
Pour chaque sous-dimension, l’indicateur sous-dimensionnel est obtenu en faisant une moyenne géométrique des indicateurs qui la composent. La méthode de la moyenne géométrique est préférée à la moyenne arithmétique en ce sens que ce dernier ne prend pas en compte du poids des valeurs de chaque variable dans l’indicateur global (les effets de compensation entre les valeurs n’existent pas avec la méthode de la moyenne géométrique).
k=1,…,4 et d =1,…,n où n est le nombre d’indicateurs suivis dans la sous-dimension concernée.
Etape 4 : Calcul de l’Indice Synthétique Réseaux et Territoires
Récupérer tous les indices sous-dimensionnels (4 au total).
Appliquer une moyenne géométrique à ces indicateurs pour obtenir l’Indice Synthétique Réseaux et Territoires (ISRT) :
Avec le nombre de sous-dimensions de la dimension globale réseaux et territoires (ici m=4), lk est l’indicateur calculé pour chaque dimension k, k=1,…,4.
Sources des données
La définition des indicateurs nécessite de spécifier la source des données nécessaires pour les calculer. Ces sources sont hiérarchisées selon le degré d’officialité au niveau national, leur exhaustivité par rapport à l’information recherchée et leur facilité d’accès (temps de collecte, coût de l’accès, etc.).
Les recensements
Ils c
ouvrent de la situation au niveau national avec des informations désagrégées au niveau infra. Ils fournissent des informations sur la structure de la population (âge, sexe, etc.), la situation sur la répartition de la population, des individus.
Les données d’enquêtes
Plus légères avec des informations plus riches et à une fréquence plus régulières, elles permettent de faire des analyses spécifiques sur une dimension donnée comme le suivi de l’urbanisation, le coût du foncier, les flux financiers, la facilité des services de transfert de fonds, la consommation des ménages.
La gestion des sources de données peut différer d’un pays à un autre selon l’organisation et la répartition des tâches au niveau institutionnel.
5.4.
RESULTATS ET ANALYSES
L’Indicateur Synthétique Réseaux et Territoires (ISRT) rend compte de l’état de la structure et du niveau d’interaction (migration et flux) des réseaux dans un territoire donné. Un niveau élevé ou faible de cet indicateur serait la résultante des effets de l’état de la structure et / ou du niveau d’interaction. Les développements qui suivent donnent les résultats de l’indicateur avec un exposé détaillé sur les indices sous-dimensionnels.
L’état de la structure ainsi que le niveau d’interaction des réseaux est très faible au Cameroun
. En effet, l’ISRT de 22
% est de loin inférieur à la
valeur moyenne (50%). Cette situation est la résultante d’une faible mobilité financière (14%). Aucune des composantes de cet indice n’est satisfaisant au Cameroun.
Graphique 6-1 : ISRT et ses composantes
Source :
CREG-CREFAT 2023
.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu de l’ISRT au Cameroun ainsi que dans les différentes régions.
Tableau 6-2: Classement des régions suivant les valeurs de l’ISRT
Urbanisation
Migration
Infrastructures
Flux et capacités financiers
ISRT
Rang
Douala
65.2
32.2
39.8
73.1
49.7
1
Yaoundé
89.8
27.3
33.4
67.5
48.5
2
Sud-Ouest
18.2
38.3
35.8
51.1
33.6
3
Littoral
15.6
41.3
34.0
49.9
32.3
4
Ouest
17.7
24.9
36.4
45.1
29.1
5
Sud
11.0
38.5
33.7
49.7
29.0
6
Nord-Ouest
17.3
24.9
36.2
35.7
27.3
7
Adamaoua
12.7
25.8
28.9
40.7
24.9
8
Est
9.2
28.4
32.7
41.3
24.3
9
Centre
10.3
19.3
16.6
46.0
19.7
10
Nord
9.6
22.7
19.8
26.2
18.3
11
Extrême-Nord
11.8
8.8
24.3
23.1
15.5
12
Cameroun
21.9
24.6
31.3
14.5
22.2
Source : CREG-CREFAT
2023
.
5.4.1.
Infrastructures
Au niveau national, le Cameroun présente un niveau faible en termes d’infrastructures de base avec un indice global de 0,313. Ce résultat est principalement la résultante d’un niveau très faible de l’indice de qualité des services sociaux de base avec un score de 0,161. L’indice d’accès aux services sociaux de base moyen (0.607) ne suffit pas à remonter le score d’ensemble.
Ainsi au Cameroun, bien qu’il y ait une disponibilité des infrastructures sociaux de base, la qualité des services fournis par ces dernières, est peu appréciée.
Graphique 6-2 : Score de la sous-dimension « Infrastructures »
Source :
CREG-CREFAT 2023
.
L’analyse au niveau des régions montre une légère disparité en termes de distribution territoriale des infrastructures. La région d’enquête de Douala, bien qu’ayant un score faible de 0,400, affiche le meilleur indice en termes d’infrastructures et services sociaux de base. Pour toutes les régions, le maillon faible est la qualité des services sociaux de base qui varie entre 0,097 (au Nord) et 0,213 (à l’Ouest).
Ce diagnostic de la situation des infrastructures appelle à une amélioration des services sociaux de base.
Urbanisation
L’urbanisation au Cameroun est encore insuffisante pour une exploitation optimale du dividende démographique. En effet, le niveau de l’indice d’urbanisation, de 0,219, est induit par une faiblesse de l’occupation du territoire national par la population avec un faible indice de densité (0,074), par un indice de taille des ménages faible (0,183) et par un faible r
atio locataires / propriétaires
(0,352). Ce résultat milite pour la mise en place de politiques de l’immobilier (logements sociaux, subventions de matériaux de construction).
Graphique 6-3 : Score de la sous-dimension « Urbanisation »
Source :
CREG-CREFAT 2023
.
L’Analyse des différentes composantes de l’Urbanisation au niveau des régions montre une disparité entre les régions, en faveur des capitales politiques et régionales. En effet, la répartition de la population sur le territoire montre une forte concentration dans les villes de Yaoundé et Douala qui regroupent près du quart de la population camerounaise. Ce qui se manifeste par une densité largement supérieure aux autres régions avec plus de 2900 habitants/km². Cette situation est liée, d’une part, à la position stratégique de ces villes en tant que capitales administrative et économique du pays, et d’autre, à la faible superficie de ces villes qui font 0,3% de la surface du pays. Pour sa densité plus forte, Yaoundé enregistre un indice de densité de 1 et Douala enregistre un indice de densité de 0,322. Toutes les autres régions ont un indice de densité inférieur à 0,015.
Au niveau des ménages, la taille est plus élevée dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord ce qui leur confère respectivement un score de 1 et 0,899. Les scores pour la taille des ménages les plus faibles sont enregistrés dans les régions au plus faible nombre moyen de personnes par ménage. Il s’agit notamment des régions du Sud-Ouest avec un score de 0,472 et du Littoral avec un score de 0,561.
En matière de ratio ménages locataires sur m
énages propriétaires
, les capitales économiques et administratives ont le score maximal de 1. Ceci est dû au fait que le nombre de ménages locataires est le double du nombre des ménages propriétaires. Autrement-it, dans les capitales, chaque ménage propriétaire a au moins deux locataires. Ce qui traduit une forte présence demande de logement à Douala et à Yaoundé. Dans un degré beaucoup plus moindre, les régions du Nord et de l’Extrême-Nord ayant dix ménages propriétaires pour un ménage locataire ont les plus faibles scores respectivement de 0,073 et 0,074, soit une faible demande en logement dans ces zones
Migration
La migration, due essentiellement ici par les mouvements des populations pour motif économique et/ ou motif social, est traduite par un indice de 0,246. Ceci est dû à un faible flux d’immigration et un très faible flux d’émigration au niveau du pays. Ainsi, l’indice relatif aux sorties est de 0,070 contre 0,175 pour l’indice relatif aux entrées.
Toutefois, le solde des flux migratoires montre que le Cameroun reste une terre d’émigration.
Graphique 6-4 : Score de la sous-dimension « Migration »
Source :
CREG-CREFAT 2023
.
Considérant les régions, le score de migration est très variable tout en restant faible partout. En effet, il varie de 0,088 pour la région de l’Extrême-Nord à 0,413 pour la Région du Littoral sans Douala. Ce résultat semble contraster avec le fait que les villes de Douala et Yaoundé sont les zones recevant les plus grands effectifs absolus de migrants internes. Toutefois, le ratio avec la population des régions montre d’importants mouvements en proportion de la population du Littoral contrairement à Yaoundé et à Douala.
Les régions du Littoral, du Sud et du Sud-Ouest enregistrent les plus forts indices d’entrée avec des indices respectifs de 0,316, 0,285 et 0,264. L’attractivité des régions du Littoral sans Douala et du Sud-Ouest peut s’expliquer par le fait qu’elles font partie d’un bassin de production de certaines spéculations telles que le
bananier plantain
et doux,
le
palmier à huile,
le
caoutchouc,
le
café arabica
et le
poivre blanc
. La région du Sud quant à elle bénéficie d’une position stratégique. Elle partage une frontière avec trois pays (
la Guinée Equatoriale, le Congo et le Gabon) et a bénéficié de nombreux grands projets à haute intensité de main d’œuvre (barrages hydroélectriques de Mekin et de Memvele, port autonome de Kribi, centrale à gaz de Kribi…)
.
En ce qui concerne les indices de sortie, ils sont faibles pour toutes les régions. Ceci dénote de faibles mobilités pour aller chercher de nouvelles opportunités. Les régions de l’Est, du Sud-Ouest et du Sud enregistrent les plus forts indices, avec respectivement 0,126, 0,121 et 0,100.
Flux et capacités financiers
La mobilité financière ainsi que l’autonomisation économique des ménages, appréhendée à travers les transferts, le revenu et le panier de la ménagère est à un niveau très faible. Son score est de 0,145. Ce niveau insatisfaisant est dû aux faibles performances notées pour toutes ses composantes. Sa composante la plus faible qui est l’indice de transfert a une valeur de 0,054. Ceci est dû au faible poids des transferts par rapport au PIB.
Graphique 6-5 : Score de la sous-dimension « Flux et capacités financiers »
Source :
CREG-CREFAT 2023
.
Au niveau des régions, l’indice des flux et capacité financiers est très variable. Il est moyen dans les villes de Douala, Yaoundé et la région du Sud-Ouest avec des valeurs respectives de 0,731, 0,675 et 0,511. Cette situation s’explique par des niveaux de revenu et des consommations alimentaires particulièrement élevés.
L’indice des transferts est plus élevé dans la région de l’Adamaoua avec un score de 1 du fait du poids relativement élevé des transferts par rapport au PIB de la région. Le second score est enregistré dans la région de l’Ouest avec 0,553.
Le t
aux d’accès aux services de transferts formels
est très variable avec trois régions (Yaoundé, Douala et le Sud) ayant des indices satisfaisants et trois régions ayant moins de 0,2 comme score (il s’agit notamment des régions septentrionales du Cameroun). Le très faible résultat des régions septentrionales peut s’expliquer par une faible culture des services bancaires et de transfert formel.
Les indices de revenu et de c
oût du panier de la ménagère
les plus faibles sont enregistrés dans les régions septentrionales et le Nord-Ouest. Ce qui contribuent fortement à les ranger toutes les quatre comme les régions aux moins bonnes mobilités et capacités financières.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le niveau d’interactions ainsi que les réseaux sont faiblement développés au Cameroun. Parmi ses différentes composantes à savoir la mobilité humaine, celle financière ainsi que l’état de la structure (Disponibilité et qualité des infrastructures et services sociaux de base), aucun indice n’atteint un niveau satisfaisant pour une exploitation optimale du dividende démographique. De surcroît, il existe d’énormes disparités régionales, lesquelles, malgré les efforts des gouvernements dans la quête de l’équité territoriale, persistent.
Ainsi pour atténuer ce phénomène et réaliser un développement équilibré et durable au Cameroun, beaucoup d’efforts restent encore à faire, notamment dans :
;
l’extension des infrastructures et des services de base et l’amélioration de la qualité de ces services offerts aux populations. En effet, l’accès aux infrastructures et services de base est tout juste moyen et les populations n’en ont pas une bonne appréciation ;
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