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Policy note BSDD BURKINA FASO

MINISTERE DE L’ECONOMIE,
DES FINANCES ET DE LA PROSPECTIVE
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SECRETARIAT GENERAL
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DIRECTION GENERALE DE
L’ECONOMIE ET DE LA PLANIFICATION
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OBSERVATOIRE NATIONAL DU DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE

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BURKINA FASO
Unité-Progrès-Justice

BUDGETISATION SENSIBLE AU DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE

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INTRODUCTION
L’activité économique au Burkina Faso, sur la période 2016-2023, se déroule dans un contexte marqué particulièrement par une mobilisation nationale autour de la lutte contre le terrorisme et la reconquête du territoire. Malgré ce contexte difficile, l’économie burkinabè est restée résiliente avec un taux de croissance annuel moyen de 5,2% sur la période.
La structure par âge de la population relativement jeune (78% a moins de 35 ans) engendre un rapport de dépendance élevé (94,7%) et induit une forte demande sociale.
Le taux de chômage combiné et de la main d’œuvre potentielle est de 34,1% en 2019 au Burkina Faso. Chez les jeunes âgés de 15 à 34 ans, il atteint 40,6% avec des disparités suivant le sexe. Ainsi, les femmes sont les plus touchées avec un taux de 46% contre 34,9% chez les hommes. Par ailleurs, le niveau d’instruction a une influence sur le chômage des jeunes. En effet, plus de 21,3% ayant un niveau supérieur sont touchés par le chômage contre 13% au niveau secondaire. Quant aux jeunes sans aucun niveau d’instruction, 7,8% sont touchés par le chômage (INSD, 2022).
Pour faire face à cette situation, relever les défis posés par la jeunesse de la population et respecter les engagements pris au niveau international, une meilleure allocation du budget s’impose pour la capture du dividende démographique.
1. IMPERATIF D’INVESTIR DANS LA CAPTURE DU DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE
Le Burkina Faso à l’instar des autres pays africains au Sud du Sahara connait une croissance démographique élevée (2,94%) caractérisée par la jeunesse de la population (78% a moins de 35 ans). La moyenne d’âge est de 21,7 ans pour l’ensemble du pays. En 2018, le déficit du cycle de vie à la jeunesse (0-26 ans) était estimé à 3 082,38 milliards de F CFA, soit 34,6% du PIB. Aussi, en 2018, les ménages burkinabè ont dépensé plus de 130 milliards de F CFA dans l’éducation de leurs enfants (DGEP, 2021).
En vue de tirer profit du dividende démographique, le Burkina Faso a fait de la transformation des structures économiques, démographiques et sociales ainsi que de la réduction des inégalités, l’une des priorités dans son plan national de développement. En outre, il s’est doté d’un observatoire national du dividende démographique (ONDD) dont la mission principale est de suivre les efforts du pays en matière de capture du dividende démographique.
Cependant, compte tenu des contraintes de financement et dans un contexte de rareté des ressources, l’allocation optimale du budget constitue un défi et un impératif pour les pays africains dans la capture du dividende démographique. C’est dans cette optique que la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) en partenariat avec le Consortium régional pour la recherche en économie générationnelle (CREG) accompagnent six (06) pays dont le Burkina Faso dans la mise en œuvre d’une budgétisation sensible au dividende démographique (BSDD).
Le budget national étant le principal outil d’allocation des ressources, sa mise en cohérence avec les huit (08) fonctions de l’Indicateur du suivi de Dividende Démographique (DDMI), peut accélérer la réalisation des conditions d’une croissance durable, inclusive et favorable à la capture du dividende démographique et au développement durable.
Encadré 1 : Définition de quelques concepts
Le Dividende démographique (DD) représente le gain économique dont un pays peut bénéficier à la suite de la hausse de la productivité économique liée à l’augmentation de la population active par rapport à la population à charge.
L’ Indice synthétique de suivi du dividende démographique (DDMI) est un indice composite formé par la moyenne géométrique des indices des cinq dimensions que sont : (i) Indice de couverture de la dépendance économique (ICDE), (ii) Indice de qualité de cadre de vie (IQCV), (iii) Indice synthétique de sortie de la pauvreté (ISSP), (iv) Indice de capital humain élargi (IDHE) et (v) Indice synthétique des réseaux et territoires (IRST). Des rapports de suivi périodique sont élaborés pour suivre les efforts de capture du DD et orienter la prise de décision de l’autorité.
La Budgétisation sensible au dividende démographique (BSDD) est un processus d'évaluation de la prise en compte du Dividende Démographique dans les allocations budgétaires. Il s’agit d’une approche visant à intégrer les préoccupations de la capture du DD et du genre dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques et des programmes. Le terme ‘‘sensible’’ renvoie au fait que l’exécution du budget doit pouvoir produire des changements positifs sur les secteurs intervenant dans la capture du dividende démographique.
2. PRINCIPAUX RESULTATS
2.1. Evolution de l’Indice synthétique du dividende démographique
Globalement, le DDMI a évolué positivement au cours des vingt dernières années. Toutefois, il reste en dessous de la valeur de 0,50, seuil auquel le pays exploite pleinement son potentiel démographique et économique pour un développement accéléré et harmonieux. En effet, la valeur du DDMI est passée de 0,323 en 2003 à 0,428 en 2018, soit un gain de 0,10 point en quinze ans. La baisse du DDMI entre 2003 et 2009 s’explique en partie par la crise économique de 2008 qui a conduit à des poussées inflationnistes des produits de grande consommation sur les marchés mondiaux et donc une réduction du pouvoir d’achat des ménages, ce qui a eu pour conséquence une baisse du niveau de vie de la population.
Graphique 1 : Evolution de l’Indice synthétique du dividende démographique

Source : CREG,ONDD, 2023
En termes de contribution des différentes dimensions au DDMI, il ressort que les dimensions qualité du cadre de vie (IQCV) et dynamique de la pauvreté (ISSP) sont les deux dimensions qui contribuent le plus à la formation du DDMI. A contrario, la dimension réseaux et territoires (ISRT) est celle qui contribue le moins à la formation du DDMI. Le faible niveau de l’ISRT pourrait s’expliquer par un faible taux d’urbanisation et un faible niveau d’interactions entre la migration, l’urbanisation et les flux financiers réseaux sur le territoire national. Ainsi, les politiques visant à améliorer les indicateurs de la dimension réseaux et territoires auront un impact sur l’amélioration de la valeur du DDMI.
Graphique 2: Contribution des dimensions au DDMI 2001-2020

Source : CREG, ONDD, 2023

2.2. Analyse des séries du budget fonctionnel
De l’analyse des structures moyennes quinquennales des fonctions budgétaires, il ressort que la part la plus importante du budget (32,25%) a été allouée à la fonction « Energie et BTP » durant la période 2006-2010. Par contre, sur les périodes 2011-2015 et 2016-2020, c’est la fonction budgétaire « affaires économiques » qui a été la plus dotée (26,35% et 23,94%).
Les dépenses en « BTP-Energie » ont une tendance baissière alors que celles en « éducation », « santé », « réseau professionnel » enregistrent des tendances haussières. Aussi, sur toute la période, le « réseau professionnel » est la moins dotée des fonctions du DDMI avec moins de 3% à chaque tranche. Il est suivi par le « réseau social », la « santé » et la « sécurité ». Les dépenses en sécurité connaissent une légère augmentation et représentent près de 9% du budget sur la période 2016-2020. Les structures moyennes quinquennales des fonctions budgétaires du DDMI sont présentées dans le graphique 3.
Graphique 3 : Structures moyennes quinquennales des fonctions budgétaires du DDMI

Source : CREG, ONDD, 2023

Message clé : les priorités du budget sont de plus en plus portées vers les questions sécuritaires au Burkina Faso.
2.3. Analyse de la sensibilité budgétaire des fonctions du DDMI
L’analyse de la sensibilité budgétaire permet de mettre en exergue les variations des fonctions du DDMI suite à une augmentation du budget alloué aux huit (08) fonctions budgétaires (leviers) du dividende démographique à savoir : « Education », « Santé », « Institutions », « Sécurité », « Economie », « Energie-BTP », « Réseau professionnel » et « Réseau social ». L’analyse de la sensibilité budgétaire est présentée comme suit :
2.3.1. Effets des dépenses totales sur les fonctions du DDMI
Toutes les fonctions sont impactées de façon positive mais dans des proportions différentes par une variation de 1% des dépenses totales, à l’exception de la fonction « institutions ». Il ressort de façon globale, que les résultats sont significatifs à 1% et 5%. En effet, une augmentation des dépenses totales entraine des augmentations des indices des fonctions « éducation », « affaires économiques » et « réseau social ». En revanche, elle induit une diminution des indices de « santé », « BTP-Energie », « sécurité » et « réseau professionnel ». L’élasticité la plus élevée est celle du réseau social.
Graphique 4 : Variation moyenne des fonctions DDMI suite à une augmentation des dépenses totales

Source: CREG, ONDD, 2023
2.3.2. Effets des dépenses de fonctionnement sur les fonctions du DDMI
En termes d’effets des dépenses de fonctionnement, il ressort que toutes les fonctions sont impactées de façon positive mais dans des proportions différentes. Les fonctions « santé », « sécurité » et « institutions » varient respectivement de 0,966%; 0,826% et 0,858% suite à une variation de 1% des dépenses de fonctionnement. Toutefois, « l’éducation » et le « réseau professionnel » sont les moins impactés avec 0,066% et 0,029%.

Graphique 5 : Variation moyenne des fonctions DDMI suite à une augmentation des dépenses de fonctionnement

Source: CREG, ONDD, 2023
Message clé : Les huit (08) fonctions du DDMI sont toutes impactées positivement par une augmentation des dépenses de fonctionnement.
2.3.3 Effets des dépenses d’investissement sur les fonctions du DDMI
Au niveau des effets des dépenses d’investissements, on remarque que ce sont les fonctions « BTP-Energie » et « affaires économiques » qui enregistrent les variations positives les plus importantes avec respectivement 0,810% et 0,614%. Par contre, les fonctions « éducation » et « réseau social » enregistrent des variations dans le sens contraire avec -0,028% et -0,108%. Ces dépenses ont des effets négatifs et non significatifs sur les fonctions« éducation » et « réseau social ».
Graphique 6 : Variation moyenne des fonctions DDMI suite à une augmentation des dépenses d’investissement

Source: CREG, ONDD, 2023
2.3.4. Effets des dépenses de transfert sur les fonctions du DDMI
Sur les huit (08) fonctions, seules trois (03) sont impactées positivement suite à une variation des transferts. Il s’agit de la fonction « réseau social », « réseau professionnel » et « institutions ». Ces variations sont de l’ordre de 1,011% pour le réseau professionnel, 0,543% pour le « réseau social » et 0,069% pour la fonction « institutions ». Cependant, les fonctions « éducation », « santé », « BTP-Energie », « Sécurité » et « Economie » enregistrent des variations négatives suite à une variation des dépenses de transfert. En effet, une augmentation des dépenses de transferts de 1% induit une diminution des indices de ces fonctions respectivement de 0,033%, 0,245%, 0,092%, 0,186% et 0,075%. Les effets de ces dépenses sur les fonctions « Economie » et « institutions » sont non significatifs.
Graphique 7 : Variation moyenne des fonctions DDMI suite à une augmentation des dépenses de transfert

Source: CREG, ONDD, 2023

Encadré 2 : Equilibre sectoriel
Les résultats analysés dans le cadre de ce policy brief sont issus d’un modèle sectoriel. Comparé à un modèle en équilibre global qui considère l’économie comme un ensemble imbriqué tenant compte des interdépendances et des effets induits des paramètres, l’équilibre partiel dans le cas précis de ce modèle suppose que chaque fonction du DDMI se comporte de manière indépendante et n’a d’effet que sur le secteur concerné. Par exemple, une hausse des dépenses de la fonction « éducation » n’aura d’effet que sur l’offre de service public d’éducation, les autres secteurs ou fonctions supposés être constants : C’est l’hypothèse « ceteris paribus » ou « toutes choses étant égales par ailleurs ».

Références clefs
Ministère de l’économie, des finances et de la prospective, Direction générale de l’économie et de la planification 2023, rapport de rétropolation.
Ministère de l’économie, des finances et de la prospective, Direction générale de l’économie et de la planification 2023, rapport sur les élasticités.

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