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Policy note BSDD BENIN

POLICY NOTE SUR LA BSDD AU BENIN
Décembre 2024
Contexte et justification
Selon le Fonds Monétaire International (FMI, 2023), le PIB du Bénin est estimé à 19,4 Milliards de dollars en 2023 pour une population de 13,4 Millions d’habitants. En effet, le Bénin se classe depuis 2019 parmi les pays à revenu intermédiaire tranche inférieure, avec un PIB/habitant évalué à 1 411 USD. L’économie béninoise est peu diversifiée et peu industrialisée. Elle repose essentiellement sur l’agriculture et les industries de transformation agricole (coton, anacarde, soja) ainsi que le commerce et logistique à travers les activités du port autonome de Cotonou. Le secteur primaire représente 29% du PIB, le secteur secondaire 19% (dont 6% pour les industries agroalimentaires et 5,9% pour le BTP) et le secteur tertiaire 52% du PIB (dont 11,2% pour le commerce et 9,7% pour le transport). Le Bénin exporte essentiellement des produits agricoles non-transformés, à savoir le coton (49% des exportations totales), le soja (12,5%), et les noix de cajou (11%) (source : douanes béninoises).

En termes d’indice de développement humain, en 2022, le Bénin est classé au 173
ème
 rang mondial sur 193
. Ce qui fait que le Bénin est un pays à faible développement humain.
Par ailleurs, l
a croissance économique du Bénin poursuit sa trajectoire haussière avec une croissance de 3,8 % en 2020, suivie d’un rebond à 7,2 % en 2021, puis 6,3 % en 2022 et 6,4% en 2023 grâce à une activité économique qui est restée dynamique, soutenue par la construction, l’agro-industrie, le textile et le commerce. Les perspectives de croissance pour 2024 ont été réévaluées légèrement à la hausse à 6,5%, soutenue par l’activité de la zone industrielle de
Glo

Djigbé
(GDIZ), les projets d’infrastructures et l’investissement
La transition démographique offre une fenêtre d'opportunité pour une croissance économique accélérée. En effet, une fois que le ratio de dépendance des jeunes diminue et libère des ressources pour le gouvernement et pour les familles, un dividende démographique peut être réalisé si les ressources dégagées sont effectivement investies pour renforcer l’accumulation de capital physique et humain. La taille du dividende dépend largement de la capacité des économies concernées à créer suffisamment d’emplois pour les larges masses de jeunes (les filles au même titre que les garçons) qui entrent sur le marché du travail. Le dividende démographique est le gain économique qui découle de la modification de la structure par âge d’une population. Cependant, ses retombées vont au-delà de l’économie pour affecter bien d’autres secteurs. Il s’agit notamment du cadre de vie, de l’éradication de la pauvreté, de la mobilité territoriale, pour ne citer que ces secteurs.
C’est dans ce cadre que lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine (UA) en Janvier 2016, sur le thème
« Tirer profit du Dividende Démographique en investissant massivement dans la jeunesse » a initié une feuille de route qui incite les pays à investir massivement et de manière accélérée dans les quatre piliers identifiés par l'UA pour exploiter le dividende démographique en Afrique : (i) Emploi et entrepreneuriat ; (ii) Éducation et développement des compétences ; (iii) Santé et bien-être ; et (iv) Gouvernance et autonomisation des jeunes. La Conférence des Chefs d’État de l'UA a appelé la CEA et les autres partenaires au développement à intensifier leur soutien aux États membres dans la mise en œuvre de cette feuille de route de l'Union africaine pour la capture du dividende démographique.
Ainsi, en synergie avec le Bureau UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre des Dynamiques Démographiques du Bureau Sous-Régional pour l’Afrique de l’Ouest de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations des Chefs d’Etat de l’Union Africaine, le Consortium Régional d’Excellence pour la Recherche en Economie Générationnelle (CREG) a mis en place deux indicateurs de suivi du dividende démographique. Le «
Demographic

Dividend
Monitoring Index (DDMI) », indice composite fondé sur les théories de l’économie générationnelle qui permet d’évaluer et de suivre la progression des pays (ou régions) dans la capture et l’exploitation du dividende démographique. Le DDMI couvre cinq (05)
dimensions : la dépendance économique, la qualité du cadre de vie, les dynamiques de pauvreté, le développement humain et enfin, les réseaux et territoires. Le DDMI permet d’appréhender les évolutions positives ou négatives de ces dimensions et identifie les secteurs nécessitant des investissements plus importants afin de créer les conditions favorables à l’optimisation du dividende démographique et à la réalisation des objectifs du développement durable.
Le budget national est le principal outil d’allocation des ressources aux différents secteurs économiques et sociaux d’un pays. Son évolution et sa composition entraînent des conséquences significatives sur les résultats des politiques publiques mises en œuvre dans le pays. Cet instrument, s’il est mis en cohérence avec les composantes du DDMI, peut accélérer la réalisation des conditions d’une croissance durable, inclusive et favorable à la capture du dividende démographique et au développement durable. Ainsi, après une participation active à plusieurs sessions de renforcement des capacités et de plaidoyer, les acteurs nationaux impliqués dans les mécanismes de planification stratégique, de budgétisation et de mise en cohérence des politiques publiques, envisagent, à travers les Directions Générales en charge du budget et de la Planification et autres Directions impliquées, de se faire former sur la budgétisation sensible au DD.
Dans la suite de ce travail, une analyse des résultats des séries du DDMI
retropolés
est faite, ensuite l’analyse des structures budgétaires et enfin l’analyse des élasticités sectorielles.
2- Analyse des séries budgétaires
La budgétisation sensible au genre BSDD est un procédé qui consiste à prendre en compte le DDMI. Ainsi, les sous dimensions ou indicateurs sont associés au genre afin de voir la sensibilité avec laquelle, ils influencent le budget. On en détermine le budget fonctionnel en fonction du budget transformé afin de voir les élasticités.
Quant à l
a transformation budgétaire consiste à revoir le budget en considérant
certaines rubriques
sous dimensionnelles ou des indicateurs capables d’affecter le budget fonctionnel établi au départ. Il a pour objectif de prendre en compte les in
di
cateurs du DDMI pour voir son impact sur le budget de l’Etat. Ainsi, tous les diff
é
rents
E
tats devraient adopter ce processus afin de mieux capturer le dividende démographique
de
voir son influence sur les
éléments
du
dividiende
démographique.

La
retropolation
consiste à estimer ou à construire des données anciennes. Ainsi la procédure de
retropolation
du DDMI concerne plusieurs étapes à savoir : (1) Calculer le DDMI (indicateurs et sous-dimensions) des années pour lesquelles il existe des bases d’enquête
 ;
(2)

Identifier

des

variables

potentiellement

corrélées

aux

sous-dimensions

ou

aux

indicateurs

de

DDMI,

et

qui

sont

disponibles

en

séries

temporelles

(pour

toutes

les

années).

Ce

sont

des

variables

d’étalonnage
 ; (
3)

Utiliser

l’évolution

des

variables

d’étalonnage

pour

estimer

les

valeurs

des

sous-dimensions

ou

indicateurs

des

années

où

il

n’existe

pas

d’enquête
Par ailleurs, l
’analyse
des séries
du
DDMI

retropolés

montre une évolution en dent de scie sur la période 2000 à 2020
dans le graphique 1 ci-dessous.
Toute amélioration des indicateurs de la couverture de la dépendance économique, du cadre de vie
semble
plus
influencer l’évolution du DDMI
sur toute la période
. Par ailleurs, en 2014 il a connu
son plus fort pic consécutif
à plusieurs actions
du gouvernement à savoir la mise
du PAG. D
e même, les efforts du PAG se sont ressentis sur le DDMI de 2019 avant que la crise de Covid-19 ne détériore ces efforts. Tout ceci a contribué à la baisse du DDMI en 2020.
Graphique1
: Evolution
du DDMI sur la période 2000-2020
Source : CREG, 20
23
3
– Analyse
des
structures budgétaires
L’analyse du budget fonctionnel montre l’évolution de
l’allocation moyenne des crédits selon les huit fonctions du DDMI sur la période de 2007 à 2020.
Ainsi, on constate que
les affaires économiques occupent la plus grande part du budget
soit
25%,

ensuite
viennent
les institutions avec 22% et l’éducation avec 21%.
Par contre
les réseaux professionnels et la sécurité
représentent respectivement
4% et 7%
du budget. Ces parts sont très faibles pour assurer une meilleure sécurité et maintenir les relations professionnelles. Dans un contexte de crise d’insécurité généralisée des pays du monde et d’Afrique en particulier, avec une part de 7% du budget allouée à la sécurité, le pays ne pourrait pas s’en sortir en cas d’une éventuelle attaque terroriste.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 2
: Moyenne d'allocation des crédits par fonction DDMI sur la période 2007 à 2020
Source
:
CREG, 2023
L’
évolution des allocations de crédits par fonction du DDMI sur la période de 2007 à 2020
est faite au graphique 3 ci-dessous
. On remarque qu’il y a une nette d
istinction
des fonctions économie, institutions et éducation
ce qui constitue un premier groupe avec des valeurs allouées plus élevées en termes de crédits. Et un deuxième groupe constitué
des
cinq autres fonctions
à savoir :
Santé, Énergie/BTP, réseau social, sécurité
et
réseau professionnel
. Ce dernier présente des valeurs les plus faibles sur toute la période 2007-2020
.
Par ailleurs, l’allocation des institutions a baissé entre 2010 et 2014 au profit de
celle en économie qui a connu une hausse sur cette période. En outre, l’allocation en éducation connait une hausse jusqu’en 2014 avant de baisser légèrement afin de se stabiliser en 2020
.
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 3
: Évolution des allocations des crédits par fonction DDMI sur la période 2007 à 2020
Source
:
CREG, 2023
Dans le but de faire ressortir les spécificités liées aux différents régimes qui se sont
succédés
à la tête du pays, des regroupements relatifs aux périodes des mandats ont été faits.
En faisant une analyse comparée sur
la période de 2011 à 2015 puis de 2016 à 2020
 ; on remarque que l’allocation des crédits aux différentes fonctions n’ont pas connu une variation significative sur les deux différentes périodes.
Par contre
les fonctions Economie, Education, Santé et Réseau professionnel ont connu une légère diminution entre les périodes 2011-2015 et 2016-2020. A l’opposé des fonctions Energie/BTP, Sécurité, Réseau social et Institutions qui ont connu des augmentations sur les mêmes périodes. Ce qui est important c’est l’amélioration de la sécurité, des Energies/BTP et du Réseau social. Dans un contexte d’instabilité permanente, il urge d’améliorer non seulement la sécurité du pays mais les liens sociaux qui ne doivent pas s’
effriter
.
4027170423545Période

: 201
6
-20
20
0Période

: 201
6
-20
20
Graphique
SEQ Graphique \* ARABIC 4
: Moyenne d'allocation des crédits par fonction DDMI sur les périodes 2011 à 2015 et 2016 à 2020
-444503225800032829023172270096742319050Période

: 2011-2015
0Période

: 2011-2015
Source
: CREG, 2023
4- Analyse des élasticités sectorielles
L’analyse des élasticités sectorielles est faite dans cette partie. En effet, le tableau 1 ci-dessous montre les élasticités par fonction budgétaire
en considérant les 8 fonctions.
Éducation
La
fonction DDMI Éducation
est significative et positive au seuil de 10%.

Ce qui signifie que son impact n’est pas important sur le DDMI. Lorsqu’on considère la nature budgétaire,
on note que
les dépenses de fonctionnement ont un effet positif et significatif sur le DDMI Education
.
En effet toute augmentation
ceteris

paribus
des dépenses de fonctionnement en Education induit une augmentation de 91,85% du DDMI Education. Au contraire, les dépenses en investissement et transferts n’exercent aucun effet sur le DDMI Education. Ainsi, pour améliorer le DDMI Education, il faudrait augmenter l’allocation du budget relatif aux dépenses de fonctionnement en éducation. Puisque son effet est très
élévé
sur le DDMI Education.
Santé
Les dépenses en santé sont positives et significatives au seuil de 1%. Lorsque les dépenses en santé augmentent de 100%, le DDMI Santé connait une augmentation de 8,4%. En considérant la nature budgétaire, les dépenses de fonctionnement et de transferts sont positives et signifi
ca
tives au seuil de 1%
alors que les dépenses en investissement n’ont pas un effet sur le DDMI santé.
En effet
,
lorsque les dépenses de fonctionnement augmentent de 100%, le DDMI santé augmente de 103,71%. Toute augmentation des dépenses de transfert de 100% induit une
augmentation
du DDMI santé de
11,46% toutes choses étant égales par ailleurs.

L’amélioration du DDMI santé passe par une réallocation des dépenses de fonctionnement qui exercent un fort effet sur ce DDMI par rapport aux autres dépenses.
BTP/Energie
Il en ressort que la variabilité globale du DDMI BTP-Energie est statistiquement significative au seuil de 5%. Ce niveau de sensibilité budgétaire de ce DDMI est tiré par les élasticités concernant les dépenses d’investissement et de transfert qui s’avèrent significative respectivement au seuil de 1% et de 10%. En d’autres termes une
augmentation
de 1
00
% des dépenses globales dans le secteur se traduira par une
augmentation
d’environ 11% du niveau du DDMI. De même, une augmentation de 1
00
% des allocations
budgétaires en matière d’investissement va s’accompagner d’une augmentation de 71
,34
% du niveau du DDMI
BTP/Energie
contre un
e

hausse
de 6% d
u
DDMI
BTP/Energie
lorsqu’il est consenti une augmentation de 1
00
% dans les dépenses de transfert.
Sécurité
La situation au niveau de cette fonction de sécurité dégage une élasticité significative au seuil de 1% soutenue par l’élasticité liée aux dépenses de fonctionnement significative au seuil de 1% et les élasticités relatives aux investissements et aux transferts, toutes deux significatives au seuil de 5%. En effet, l’augmentation des dépenses globales de 100% dans la fonction procure un niveau de DDMI de 8%. Pris isolément l’augmentation de 100% dans chaque nature de dépense fait augmenter le DDMI de 73,47% quand il s’agit des dépenses de fonctionnement, de 43,13% en ce qui concerne les dépenses d’investissement et de 22% quant aux dépenses de transfert. De cette configuration, il se déduit que l’effet de toutes les dépenses combinées injectées dans le secteur est faible. Cependant, l’effet produit par chaque nature de dépenses en termes de DDMI est relativement plus élevé avec un accent plus prononcé au regard des dépenses de fonctionnement. En conséquence, l’amélioration du DDMI sé
curité passe ainsi par l’augmentation des dépenses de fonctionnement en sécurité qui l’impactent.
Economie
L’analyse de l’élasticité budgétaire montre que la variabilité de la fonction économie est expliquée de manière significative par l’augmentation du budget au seuil de 1%. Quelle que soit la dépense (fonctionnement, investissement et transfert) dans le budget de l’économie, elle améliore significativement la fonction économie du DDMI. Toute chose égale par ailleurs, l’augmentation de 1
00
% respectivement des dépenses de fonctionnement, d’investissement et de transfert
entraîne une augmentation

du DDMI

E
conomie de 36
,72
%, 28
,27
% et 39
,6
%
respectivement.
Réseau social
L
’analyse de l’élasticité montre que la variabilité est expliquée de manière significative par l’augmentation du budget au seuil de 1%. De façon spécifique, c’est la dépense d’investissement dans le budget du réseau social qui améliore significativement la fonction réseau social du DDMI.
Ainsi, toute hausse des dépenses d’investissement de 100% entraîne une augmentation du DDMI Réseau social de 143%. Cet effet est très important pour améliorer significativement la fonction réseau social du DDMI. Il faudrait augmenter ce type de dépenses en vue d’une augmentation du DDMI. En revanche, on
note
que
toute augmentation de budget en fonctionnement
de 100%

réduit
le développement du réseau social dans le pays
de 156,46%. Cette baisse est très significative et importante. Il faudrait alors réduire les dépenses en fonctionnement de réseau social car elles entraînent une forte réduction du DDMI Réseau social.
Réseau Professionnel
En ce qui concerne la fonction DDMI Réseau professionnel, on note que l’élasticité globale est significative au seuil de 1%. Cet effet découle d’une conjugaison de la significativité des élasticités relatives aux dépenses d’investissement et de transfert pendant que l’élasticité liée aux dépenses de fonctionnement n’est pas statistiquement significative. Il s’en suit qu’une augmentation de 1
00%
des dépenses d’investissement et de transfert génère respectivement
une augmentation de
4
0,16%
et 5
5,4
5
%
de DDMI Réseau professionnel.
Institutions
Quant à la fonction DDMI Institution, on constate que l’élasticité globale n’est pas significative en dépit de la significativité des élasticités des dépenses de fonctionnement et d’investissement aux seuils respectifs de 1% et 10%. On note par ailleurs que l’élasticité des dépenses de transfert n’est pas statistiquement significative. De ce qui précède, il apparaît inopportun de consentir des efforts supplémentaires de ressources dans les trois natures de budgets de la fonction.
Tableau 1 : Résultats des e
stimation
s
des élasticités
 
TOTAL
FONCTIONNEMENT
INVESTISSEMENT
TRANSFERT
 
Β
α
1
α
2
α
3
Education
0,061 *
0,9185 ***0
,0634
-0,1586Sante
0,084 ***
1,0371 ***-0,063 0,1146 ***BTP-Energie
0,1052**-0,0344
0,7134***
0,0602*Sécurité

0,0083***
0,7347***0,4313**
0,2152**Economie
0,0764***0,3572***
0,2827***0,3859***Réseau social
0,5463***-1,5646***
1,4295***
0,0491Réseau professionnel
0,3001***0,2571
0,5545***
0,4016***Institution
0,03661,0641***0,1036*
-0,1384Source : CREG, 2023
***Significatif à 1% ;
**Significatif à 5% ;
*Significatif à 10%.

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