CIV_Rapport analyse__Arrimage __ VDec 2024 (3)
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Remerciements
La transition démographique représente une opportunité exceptionnelle pour accélérer la croissance économique de notre pays. Il est fondamental que cette opportunité soit saisie avec rigueur, à travers des investissements judicieux dans le capital humain, la gouvernance, l’économique et le social. Le dividende démographique qui en résulte, si bien exploité, peut être un véritable catalyseur de développement durable, permettant de réduire la pauvreté, d’améliorer les conditions de vie de nos populations, et de garantir un avenir prospère pour nos jeunes.
Dès lors, dans l’optique d’accélérer la transition démographique et profiter du potentiel de la population d’ici à 2063, les Chefs d’Etat de l’Union africaine (UA) ont adopté en 2017, une Feuille de route sur la capture du Dividende Démographique à travers des investissements dans la jeunesse qui vise à transformer la structure démographique actuelle de l’Afrique en un moteur de croissance inclusive et durable.
Dans la mise en œuvre de cette feuille de route, des outils de veille informationnelle ont été développés pour évaluer et suivre les efforts des pays en matière de dividende démographique, au nombre desquels figure la Budgétisation Sensible au Dividende Démographique (BSDD). Cet outil, s’il est mis en cohérence avec les composantes du budget national, peut accélérer la réalisation des conditions d’une croissance favorable à l’amélioration des conditions de vie de nos populations.
Dans le cadre de l’élaboration de ce rapport sur l’arrimage de l’Indice Synthétique de Suivi du Dividende Démographique (DDMI) au budget fonctionnel de la Côte d’Ivoire et l’analyse de la sensibilité budgétaire, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à tous les contributeurs, dont l’appui, la rigueur et le dévouement ont permis de produire cet important rapport, notamment les Experts du CREG.
J’adresse particulièrement mes remerciements à Madame Nialé KABA, Ministre de l’Economie, du Plan et du Développement Gouvernement ivoirien, pour son engagement constant en faveur du bien-être des populations ivoiriennes et de l’intégration des enjeux démographiques dans la planification du développement de la Côte d’Ivoire.
Sigles et abréviations
ANP
Autorité Nationale de la Presse
BAD
Banque Africaine de Développement
BSDD
Budgétisation Sensible au Dividende Démographique
BTP
Bâtiment et Travaux Publics
CAIDP
Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public
CEDEAO
Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest
CIPD
Conférence Internationale sur la Population et le Développement
COVID
Coronavirus Disease
CREDD
Cadre Stratégique pour la Relance Économique et le Développement Durable
CREG
Consortium Régional pour la recherche en Économie Générationnelle
DDMI
Demographic Dividend Monitoring Index
DPED
Direction de la Planification, des Etudes et de la Documentation
EDS
Enquête Démographique et de Santé
FMI
Fonds Monétaire International
FBCF
Formation Brute du Capital Fixe
FCFA
Franc de la Communauté Financière Africaine
HACA
Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle
HABG
Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance
HP
Hodrick-Prescott
IDH
Indice de Développement Humain
IGE
Inspection Générale d'État
IGF
Inspection Générale des Finances
IPC
Indice de Perception de la Corruption
MAG
Malnutrition Aiguë Globale
PIB
Produit Intérieur Brut
PJGouv
Programme Jeunesse du Gouvernement
PNCS
Programme National de Cohésion Sociale
PND
Plan National de Développement
PNDS
Plan National de Développement Sanitaire
PNUD
Programme des Nations Unies pour le Développement
PPU
Programme Présidentiel d'Urgence
PSGouv
Programme Social du Gouvernement
RGPH
Recensement Général de la Population et de l’Habitat
RSS
Réforme du Système de Sécurité
SWEDD
Sahel Women's Empowerment and Demographic Dividend
TIC
Technologies de l'Information et de la Communication
UA
Union Africaine
UEMOA
Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine
Liste des tableaux
Tableau 1 : Typologie des biens 12
Liste des graphiques
Graphique 1 : Évolution du bien-être et des dépenses liées à l'éducation 15
Graphique 2 : Évolution des différents types de dépenses liées à l’éducation 15
Graphique 3 : Évolution du bien-être et des dépenses liées à la santé 15
Graphique 4 : Évolution des différents types de dépenses liées à la santé 15
Graphique 5 : Évolution du bien-être et des dépenses liées aux institutions 19
Graphique 6 : Évolution des différents types de dépenses liées aux institutions 19
Graphique 7 : Évolution du bien-être et des dépenses liées à la sécurité 19
Graphique 8 : Évolution des différents types de dépenses liées à la sécurité 19
Graphique 9 : Évolution des différents types de dépenses liées aux affaires économiques 22
Graphique 10 : Évolution du bien-être et des dépenses liées aux affaires économiques 22
Graphique 11 : Évolution du bien-être et des dépenses liées aux Energie/BTP 22
Graphique 12 : Évolution des différents types de dépenses liées aux Energie/BTP 22
Graphique 13 : Évolution des différents types de dépenses liées au réseau social 25
Graphique 14 : Évolution du bien-être et des dépenses liées au réseau social 25
Graphique 15 : Évolution des différents types de dépenses liées au réseau professionnel 25
Graphique 16 : Évolution du bien-être et des dépenses liées au réseau professionnel 25
Graphique 17 : Distribution des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique 27
Graphique 18 : Distribution des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique selon la nature du budget « Fonctionnement » 29
Graphique 19 : Distribution des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique selon la nature du budget « Investissement » 29
Graphique 20 : Distribution des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique selon la nature du budget « Transfert/Subvention » 30
Sommaire
Sigles et abréviations i
Liste des tableaux i
Liste des graphiques i
Sommaire ii
I. INTRODUCTION 1
II. REVUE DE LITTÉRATURE 8
III. CADRE CONCEPTUEL ET MÉTHODOLOGIE 10
1. Clarification de concepts 10
2. Fonctionnement budgétaire de convergence 12
3. Méthodologie 14
IV. ANALYSE DES RÉSULTATS 16
1. Analyse descriptive des composantes du budget 16
2. Analyse des élasticités budgétaires en lien avec la capture du Dividende Démographique 26
V. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS 31
BIBLIOGRAPHIE 33
ANNEXE iv
1. INTRODUCTION
* État et structure de la population ivoirienne
La Côte d'Ivoire a mené en 2021 son cinquième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH), après ceux de 1975, 1988, 1998 et 2014. Ce recensement a dénombré 29 389 150 habitants, avec un taux de croissance démographique moyen de 2,9 % entre 1998 et 2021, bien que ce taux ait diminué depuis les années 1970, passant de 3,8 % entre 1975 et 1988 à 2,9 % aujourd'hui. La population ivoirienne se distingue par une forte proportion de jeunes : environ trois personnes sur quatre ont moins de 35 ans, une caractéristique qui peut à la fois favoriser l’économie et poser des défis pour l’insertion professionnelle et la prise en charge sociale.
En termes de répartition spatiale, un déséquilibre important est observé entre les zones de forêt au sud et de savane au nord. Les zones forestières, bien que couvrant 48 % du territoire, concentrent environ 74 % de la population, tandis que la savane, qui représente 52 % du pays, abrite seulement 26 % de la population. Ce déséquilibre est renforcé par une urbanisation rapide : plus de la moitié de la population ivoirienne vit désormais en zone urbaine, avec une forte concentration à Abidjan, qui accueille près de 20 % des habitants du pays. Cette urbanisation accrue pose des défis de gestion des infrastructures et des services publics, en particulier dans les domaines de l’assainissement, du logement et de l’éducation.
La Côte d’Ivoire est également un pôle d’attraction pour les ressortissants d’autres pays ouest-africains, en particulier du Burkina Faso, du Mali et de la Guinée. En 1988, environ 28 % de la population ivoirienne était d’origine étrangère, proportion qui a légèrement diminué dans les recensements ultérieurs. Cette population présente également une grande diversité ethnique : environ 60 groupes ethniques, regroupés en quatre principaux ensembles culturels (Akan, Mandé, Krou, et Gur), confèrent au pays une richesse culturelle significative. Cependant, cette diversité implique aussi des enjeux pour la cohésion sociale, surtout dans un contexte de croissance rapide et d'urbanisation.
En somme, le profil démographique de la Côte d'Ivoire présente des opportunités économiques potentielles en raison de sa population jeune et en croissance. Cependant, les autorités doivent faire face à des défis structurels, tels que la gestion des migrations internes et internationales, l'équilibre de la répartition territoriale, et l'insertion socio-professionnelle des jeunes. Ces éléments sont cruciaux pour une croissance inclusive et durable du pays.
* Situation économique de la Côte d’Ivoire
Au lendemain de son ascension à l'indépendance en 1960, la Côte d'Ivoire a connu une période de prospérité économique fondée principalement sur une agriculture dynamique (cacao, café) qui a fait d'elle une puissance régionale dans les années 1970. Cependant, la dépendance aux matières premières a également révélé sa vulnérabilité aux fluctuations des prix mondiaux. Les crises politiques et conflits internes, dont le coup d’État de 1999 et la crise militaro-politique entre 2002 et 2011, ont freiné le développement et affaibli l’économie du pays. Toutefois, ces épreuves ont encouragé la Côte d'Ivoire à mettre en œuvre des réformes économiques et institutionnelles visant à diversifier ses activités et renforcer sa résilience.
Depuis 2011, l’économie ivoirienne affiche une croissance soutenue, appuyée par des investissements publics et privés, ainsi que par des réformes structurelles visant à réduire la dépendance aux produits agricoles et à élargir la base productive. L'agriculture demeure un secteur clé, mais le développement du secteur des hydrocarbures est en pleine expansion. La production de pétrole brut a notamment connu une hausse significative en 2024 avec l'exploitation du gisement "Baleine", qui devrait atteindre 150 000 barils par jour d’ici 2027, renforçant ainsi l’indépendance énergétique du pays et augmentant ses exportations.
Le pays profite également d’importants investissements dans les infrastructures, avec des projets de grande envergure dans les secteurs routier, énergétique, et des communications. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), la Côte d'Ivoire devrait enregistrer une croissance de 6,5 % en 2024, une performance alimentée par la consommation intérieure, ainsi que par les investissements publics et privés. Cependant, pour que cette croissance soit inclusive et profite à l'ensemble de la population, il est essentiel de renforcer l'insertion socio-professionnelle, en particulier pour les jeunes, et de promouvoir une meilleure distribution des ressources entre les régions. En effet, sur le plan socio-économique, la population active est majoritairement concentrée dans les secteurs informel et agricole. Cependant, on observe une lente transition vers une économie davantage orientée vers les services et l'industrie. Cette évolution est en partie due à la jeunesse de la population, avec un potentiel important de main-d'œuvre, mais qui nécessite des investissements dans l'éducation et la formation professionnelle pour répondre aux exigences d'une économie en mutation.
En conclusion, la Côte d'Ivoire se positionne aujourd'hui comme une puissance régionale en pleine transformation économique et démographique. Cependant, la gestion de sa population jeune et en pleine expansion, l'équilibre des répartitions territoriales, ainsi que la diversification de son économie, seront des défis importants pour garantir une croissance inclusive et durable.
* Situation du capital humain
La Côte d’Ivoire enregistre des progrès notables en matière de développement humain grâce à diverses initiatives. Dans le secteur de l’éducation, le Plan Sectoriel Éducation/Formation 2016-2025 s’inscrit dans le cadre stratégique du Plan National de Développement (PND), avec pour objectif de renforcer le capital humain et de promouvoir le bien-être social. Ce plan vise une meilleure mise en œuvre des politiques éducatives pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation.
Malgré ces efforts, les indicateurs montrent des résultats contrastés. Dans le domaine de l'éducation préscolaire, le taux de fréquentation est relativement bas, atteignant seulement 11,19 % en 2023, bien qu'il représente une légère augmentation par rapport aux 10,3 % observés en 2022. En enseignement primaire, le taux brut de scolarisation a régressé de 101,09 % en 2022 à 96,63 % en 2023. De même, au niveau secondaire, les taux de scolarisation dans les premier et second cycles ont respectivement baissé, passant de 76,2 % à 66,49 % pour le premier cycle et de 40,6 % à 30,7 % pour le second. En revanche, les taux de réussite aux examens scolaires ont légèrement progressé en 2023 par rapport à l'année précédente, selon les statistiques scolaires 2022-2023 du ministère de l'Éducation nationale. Par ailleurs, le taux de fréquentation dans l'enseignement professionnel, bien qu’encore faible à 6,2 %, a augmenté de 0,2 % entre 2022 et 2023. Cependant, plusieurs défis persistent dans le système éducatif, notamment un niveau d’acquisition des connaissances souvent insuffisant, des infrastructures inadéquates, un manque d'enseignants qualifiés, en particulier dans les matières scientifiques, et des taux de réussite aux examens relativement bas (30,78 % pour le baccalauréat en 2022 et 32,09 % en 2023).
Dans le secteur de la santé, le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2021-2025 vise à améliorer la gouvernance, l'accessibilité des soins et la lutte contre les maladies. Ces efforts ont permis une légère progression de l’Indice de Développement Humain (IDH), qui est passé de 0,538 en 2019 à 0,550 en 2021 (Rapport PNUD 2021-2022). L’espérance de vie à la naissance a également augmenté, atteignant 60,1 ans en 2023 contre 58,9 ans en 2022 (Rapport BAD 2024). Malgré ces avancées, des indicateurs critiques comme la mortalité maternelle, qui reste élevée à 385 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2021, ainsi que la mortalité néonatale (30 pour 1 000 naissances) et la mortalité infanto-juvénile (52 pour 1 000) montrent encore des disparités préoccupantes (EDS 2021).
Les indicateurs de suivi en matière de soins prénatals et d'accouchements assistés sont en amélioration, avec un taux de consultation prénatale (4e visite) ayant progressé de 57 % en 2021 à 60,6 % en 2023, et un taux d'accouchements assistés en hausse de 84,6 % en 2022 à 85,2 % en 2023 (DPED, 2022). La prévalence contraceptive a aussi augmenté de 1 point entre 2021 et 2023, atteignant 85 % en 2023 (Rapport CREDD 2022). Le taux de fécondité a légèrement baissé, passant de 4,4 enfants par femme en 2021 à 4,3 en 2022, traduisant un changement progressif dans les comportements reproductifs.
La situation nutritionnelle, cependant, reste préoccupante. La prévalence de la malnutrition aiguë globale (MAG) est estimée à 6,8 %, tandis que la malnutrition chronique touche 22,4 % de la population, classant la situation nutritionnelle comme « précaire » (Rapport Technique National sur l’évaluation de l’état nutritionnel 2020). Ces carences nutritionnelles représentent des obstacles majeurs pour le développement socio-économique, impactant négativement l’économie, l’éducation et la santé.
Par ailleurs, des défis budgétaires persistent, notamment avec un budget alloué à la santé de 5,95 % en 2022, encore loin de l’engagement de 15 % pris par la Côte d’Ivoire lors de la Déclaration d'Abuja en 2001. Ces limitations budgétaires, combinées à une forte croissance démographique, posent un défi de taille pour l’amélioration durable du capital humain dans le pays.
* Situation de la gouvernance
La gouvernance, qui englobe les décisions, règles et pratiques visant à assurer le bon fonctionnement d'une organisation ou d'un État, met l'accent sur la sécurité institutionnelle et la stabilité des structures. Elle repose sur des organes responsables de l’élaboration, de l’application et du contrôle de ces mécanismes, dans un cadre transparent et conforme aux principes de bonne gouvernance. Ce concept s'articule autour de deux dimensions essentielles : l'institutionnel et le sécuritaire.
La gouvernance institutionnelle s'appuie sur un équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, essentiel pour garantir la paix, la sécurité et la stabilité en Côte d'Ivoire. Cet équilibre permet une gestion transparente et efficace des affaires publiques. Le pouvoir exécutif, par exemple, s’est engagé dans des réformes pour promouvoir la bonne gouvernance, notamment avec l’adoption en 2011 d’un code d’éthique et de bonne conduite, qui vise à renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques. Ce code s'accompagne d'un dialogue constant avec la société civile et d'une vigilance pour garantir la liberté de la presse. Du côté du législatif, l'adoption de la Troisième République en 2016, avec la création d'une Assemblée nationale et d'un Sénat, a renforcé le rôle de contre-pouvoir du parlement, lui permettant de contrôler et de réguler les actions gouvernementales. Quant au pouvoir judiciaire, il bénéficie de réformes visant à assurer son indépendance et son impartialité, avec pour objectif de le rendre plus accessible et efficace pour les citoyens et les entreprises. Ces efforts s’inscrivent dans une vision de développement d'institutions fortes et équitables à court et moyen terme. La lutte contre la corruption et la promotion de la transparence demeurent également des priorités du gouvernement.
À cet effet, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), créée en 2014, joue un rôle clé dans la prévention et la sanction des pratiques de corruption. Les progrès dans ce domaine sont encourageants : selon l'Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2023, la Côte d'Ivoire a gagné 3 points et 12 places en un an, atteignant un score de 40/100 et un rang de 87e sur 180 pays en 2023, contre un score de 37/100 et un rang de 99e en 2022. D’autres institutions, comme l'Inspection Générale d'État (IGE), l'Inspection Générale des Finances (IGF), la Cour des Comptes et la Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public (CAIDP), contribuent également à renforcer la transparence et l'accès à l'information publique.
Par ailleurs, la modernisation des infrastructures judiciaires et la révision du cadre juridique ont amélioré l'accessibilité de la justice, contribuant à restaurer la confiance des citoyens. La Côte d'Ivoire mène également une politique ambitieuse de décentralisation dans le cadre du Plan National de Développement (PND), transférant davantage de compétences et de ressources aux collectivités locales. Cette approche encourage la gouvernance participative en permettant aux régions et aux communes de jouer un rôle actif dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures locales, répondant ainsi plus directement aux besoins des citoyens.
Sur le plan sécuritaire, l'établissement d’un État de droit et la restauration d'un environnement sécurisé ont été des priorités pour le pays après la crise post-électorale de 2010-2011. La sécurité des personnes et des biens est devenue une priorité nationale. La Réforme du Système de Sécurité (RSS) a été lancée dans ce contexte post-crise pour redéfinir les missions et responsabilités des forces de sécurité et des institutions concernées, afin de garantir qu'elles opèrent dans le respect des principes démocratiques et de bonne gouvernance. La stratégie nationale de sécurité de la Côte d'Ivoire repose sur six axes : la sécurité nationale, la reconstruction post-crise, l’État de droit, le contrôle démocratique des forces de sécurité, la gouvernance économique, et les aspects humains et sociaux.
Grâce à ces réformes, la situation sécuritaire s’est considérablement améliorée, avec une baisse du taux de criminalité à l'échelle nationale. L'indice de sécurité, estimé à 1,6 en janvier 2015, est passé à 1,2 en 2019. La lutte contre l’insécurité s’est accompagnée d'une modernisation des forces de sécurité, rendue possible par une augmentation de 4,82 % du budget de la défense et de la sécurité entre 2021 et 2023. Cette hausse budgétaire a permis d’acquérir des équipements modernes et de former les forces armées et de police, renforçant ainsi leur capacité de réponse face aux menaces internes et externes. Des mécanismes de contrôle démocratique des forces de sécurité ont également été mis en place pour assurer la transparence de leurs actions, notamment avec la création en 2014 du Conseil National de Sécurité, chargé de suivre et d'évaluer les progrès en matière de sécurité.
Ces initiatives permettent à la Côte d'Ivoire de consolider ses structures administratives et judiciaires, d'améliorer ses relations diplomatiques et de renforcer un cadre normatif propice à une gouvernance plus transparente et efficace.
* Situation sociale et professionnelle
La diversité culturelle ivoirienne constitue un socle important pour la cohésion sociale, bien que le pays ait été confronté à des défis de paix et de stabilité au cours des dernières décennies. Cependant, sa culture, profondément ancrée dans les traditions ancestrales, est également influencée par la modernité et la globalisation. La transformation des liens sociaux, le passage à des structures familiales plus nucléaires, et l’évolution des solidarités communautaires sont des dynamiques actuelles, portées par l'urbanisation, la modernisation des modes de vie et les migrations. En milieu rural, les relations restent fortement communautaires, fondées sur l’entraide et les responsabilités collectives, où les rites et cérémonies rythment la vie sociale. En milieu urbain, les liens sociaux évoluent vers un modèle plus individualiste, avec des familles nucléaires prenant le pas sur les structures familiales élargies, influencées par des valeurs occidentales et l'impact des médias sur les jeunes générations.
Malgré cette modernisation, la solidarité demeure au cœur de la cohésion sociale. Les crises politiques passées ont parfois fragilisé cette cohésion, mais les liens communautaires ont souvent permis de surmonter les tensions. Dans cette optique, le gouvernement œuvre à construire une nation solidaire et équitable, où un système de protection sociale inclusif est mis en place pour les populations vulnérables. Des programmes tels que PJGouv, PSGouv 1 et 2, et le Programme National de Cohésion Sociale (PNCS) visent à renforcer l'inclusion sociale et la réduction des inégalités. Par exemple, le programme des Filets sociaux Productifs a permis à 175 000 ménages vulnérables de bénéficier de transferts monétaires, totalisant 15,58 milliards de FCFA en 2022.
En parallèle, les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) et le secteur des médias ont connu une croissance significative, soutenue par des réformes gouvernementales et la modernisation des infrastructures. Le gouvernement vise à faire des TIC un pilier pour renforcer la cohésion sociale et contribuer au développement socio-économique. Cela se traduit par des lois, telles que les modifications de la loi sur la presse et sur la communication audiovisuelle, ainsi que par l’action de structures de régulation comme la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) et l'Autorité Nationale de la Presse (ANP).
Le secteur des TIC est devenu un moteur de l'économie, avec une forte expansion d'internet et de la téléphonie mobile. Le taux de pénétration d'internet est passé de 21 % en 2013 à 97 % en 2023, avec une large couverture pour la 2G (97,81 %), la 3G (96,23 %) et la 4G (91,12 %). L’e-commerce est en pleine croissance, et les services financiers mobiles, notamment le mobile money, ont atteint un taux de pénétration de 82,2 % en 2023, soit plus de 25 millions d’abonnés. Des initiatives comme "Côte d'Ivoire numérique 2030" visent à faire du pays un hub numérique en Afrique de l’Ouest, en soutenant l'entrepreneuriat technologique et les start-ups.
Le paysage médiatique ivoirien est également en pleine transformation, avec une offre de médias diversifiée, entre presse écrite, radio, télévision et plateformes en ligne. La libéralisation du secteur audiovisuel a permis l'émergence de nouvelles chaînes de télévision, passant de 2 chaînes en 2010 à 10 en 2024. Bien que la presse écrite souffre d’une baisse de lectorat au profit des médias numériques, ces derniers, avec les réseaux sociaux, jouent un rôle croissant dans la diffusion de l'information et l'expression citoyenne.
En somme, les secteurs des TIC, des médias et de la communication sont des moteurs essentiels du développement en Côte d'Ivoire, offrant des perspectives prometteuses pour renforcer la cohésion sociale, l’inclusion économique et le développement de nouvelles opportunités professionnelles.
* Problématique
Le dividende démographique représente une opportunité unique de développement rapide pour les pays en transition démographique, caractérisée par une baisse de la fécondité et une augmentation de la population en âge de travailler. Cette phase, si elle est bien exploitée, permettrait de stimuler la croissance socio-économique à travers des investissements ciblés dans l’éducation, la santé, l’emploi, et les infrastructures, à l’image des succès enregistrés en Asie de l’Est. Cependant, les spécialistes soulignent que les avantages du dividende démographique ne se concrétisent pas automatiquement. Pour en tirer profit, les États doivent adopter des politiques proactives et stratégiques dans plusieurs domaines, notamment l'amélioration du capital humain, la promotion de l'emploi des jeunes et des femmes, le renforcement de l’épargne intérieure, et l’attraction des investissements directs étrangers (Bloom, Canning et Sevilla, 2003 ; Canning, Raja et Yazbeck, 2015).
En Côte d'Ivoire, pays membre de l’initiative pour le dividende démographique du Sahel (SWEDD), les prérequis démographiques sont présents, mais le défi consiste à aligner les politiques publiques et le processus de budgétisation pour intégrer pleinement la dimension du dividende démographique. La feuille de route adoptée en 2017 par les chefs d’État africains, intitulée "Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse", souligne l’urgence pour les pays du continent de repenser leur développement à travers le prisme des transformations démographiques. Pourtant, en Côte d'Ivoire, les défis posés par une population en forte croissance – notamment l'augmentation de la demande en santé, éducation, emploi, et infrastructures – ont longtemps été aggravés par la dépendance de l’économie aux cours volatils des matières premières comme le cacao et le café. La capacité de l'État à répondre aux besoins sociaux reste limitée, d’autant plus que les jeunes constituent une part importante de la population.
Dans ce contexte, la question fondamentale qui se pose est la suivante : comment la Côte d'Ivoire peut-elle améliorer son processus de budgétisation et ses politiques sectorielles afin d’intégrer efficacement les enjeux du dividende démographique dans sa planification de développement socio-économique ?
Cette problématique appelle une réflexion sur la manière dont les choix budgétaires peuvent être optimisés pour favoriser les investissements dans des secteurs stratégiques, comme l'éducation, la formation professionnelle, et l'emploi des jeunes, tout en assurant la durabilité des programmes de santé et d'inclusion sociale. Elle pose également la question des réformes institutionnelles nécessaires pour rendre le processus de planification plus sensible aux dynamiques démographiques, en alignant les priorités nationales de développement sur les objectifs de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) et les orientations du Plan National de Développement (PND). En d’autres termes, il s’agit d’explorer comment le pays peut anticiper et répondre aux défis d’une population jeune et dynamique, en garantissant que les allocations budgétaires favorisent une croissance inclusive et durable, capable de soutenir l’essor socio-économique escompté.
2. REVUE DE LITTÉRATURE
La théorie du capital humain, initiée par Schultz (1971), Denison (1962) et Becker (1964), conceptualise l’éducation comme un investissement permettant aux individus de développer des compétences et des qualifications, améliorant ainsi leur productivité et, par conséquent, leur rémunération sur le marché du travail. En outre, selon Gleizes (2000), cet investissement implique des rendements d’échelle décroissants ainsi qu’un caractère irréversible des dépenses engagées.
Des recherches portant sur la relation entre les investissements en capital humain et la croissance économique en Côte d'Ivoire corroborent cette perspective. Par exemple, Koné S. (2016) démontre que les dépenses publiques dans l’éducation et la santé ont un effet positif non seulement sur la demande de ces services mais aussi sur la qualité de la main-d’œuvre et les capacités productives des ménages vulnérables. Il met en évidence une corrélation favorable entre ces dépenses, la croissance économique et le bien-être en Côte d'Ivoire. Dans la même lignée, Coulibaly (2016) souligne que chaque augmentation de 1 % du taux de croissance de la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) et des dépenses en éducation entraîne une hausse respective de 0,1659 % et 5,795 % du taux de croissance économique, plaçant ainsi les dépenses en éducation parmi les principaux moteurs de la croissance.
D’autres travaux, tels que ceux de Djessou et N’Kongon (2023), montrent que l’amélioration de l’accessibilité aux infrastructures de santé accroît la demande de soins et de services d'assurance, avec pour effet une hausse des dépenses en santé.
La littérature théorique et empirique souligne également l’importance de la gouvernance, des institutions et de la stabilité sécuritaire dans la promotion de la croissance et du développement économique. North (1990), par exemple, met en avant la qualité institutionnelle – mesurée par des aspects tels que la régulation, la qualité des services, la compétence bureaucratique et l’indépendance judiciaire – comme étant favorable à la croissance économique. North (1981) et Rosenberg et Birdzell (1986) avaient précédemment établi un lien entre la qualité institutionnelle et l’activité économique, affirmant que le développement économique s'accompagne d'une amélioration des institutions.
Dans une perspective plus contemporaine, Acemoglu et Robinson (2012) postulent que la qualité des institutions politiques et économiques est essentielle pour expliquer les différences de développement entre les nations. De même, Amable et Guellec (1992) confirment que les performances économiques dépendent des configurations institutionnelles propres à chaque pays, tandis que Adzima et Baita (2019) montrent, par une modélisation en données de panel, que la gouvernance a un impact positif et significatif sur la croissance économique en Afrique subsaharienne.
Sambou (2023) examine l'influence de la bonne gouvernance sur le développement économique des pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) en utilisant une approche économétrique spatiale. Son analyse, couvrant la période 2002-2018, révèle que l'amélioration des différents types de gouvernance pourrait favoriser la croissance économique, alors que des défaillances en matière de gouvernance peuvent avoir l'effet inverse. De manière similaire, Konate et Diagne (2024) constatent que dans l’espace CEDEAO, l'efficacité gouvernementale et la formation brute de capital fixe (en pourcentage du PIB) ont un impact positif sur les performances économiques, tandis que les dépenses gouvernementales, bien que significatives, affichent un effet négatif.
Enfin, la littérature met en lumière l’importance de la gouvernance sécuritaire pour le développement économique. Powell (2005), dans son article intitulé "No Country Left Behind", soutient que la sécurité nationale, régionale et mondiale nécessite un développement économique plus rapide et mieux réparti, soulignant ainsi l’interconnexion entre la sécurité et le développement durable.
3. CADRE CONCEPTUEL ET MÉTHODOLOGIE
L’arrimage de l’Indice Synthétique de Suivi du Dividende Démographique (DDMI) au budget consiste, dans un premier temps, à transformer le budget en réorganisant les données budgétaires afin de les faire correspondre à une structure définie par la Budgétisation Sensible au Dividende Démographique (BSDD) à travers huit fonctions liées au DDMI : éducation, santé, sécurité, institutions, réseau professionnel, réseau social, Bâtiment et Travaux Publics (BTP) / énergie, et affaires économiques. Dans un second temps, le DDMI, qui représente le bien-être des populations, est ensuite associé au budget fonctionnel obtenu pour en faire une analyse.
Cette section vise à clarifier les concepts relatifs au processus et à présenter la méthodologie pour l’arrimage.
1. Clarification de concepts
* Dividende démographique
« Augmentation du produit intérieur brut par tête susceptible de découler de la proportion croissante des personnes qui touchent un revenu par rapport au nombre de consommateur d’une population, en raison de changements de la structure par âge de la population et de l’amélioration de la productivité résultante d’investissements dans la santé, l’autonomisation, l’éducation et l’emploi » (Programmation du Dividende Démographique : De la théorie a l’expérience, p.10)
* Budget de l’État
C’est un « Acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses annuelles de l’État ». Aussi, le budget de l’État est l’« Ensemble des comptes qui décrivent pour une année civile toutes les ressources et toutes les charges de l’État ».
* Budget Général
Il s’agit d’un document qui retrace toutes les recettes budgétaires et toutes les dépenses de l’État (excepté recettes affectées aux budgets annexes et aux comptes spéciaux).
* Budget Programme
C’est la nomenclature du budget de l’État qui permet de mettre en relation l’utilisation de crédits budgétaires et les politiques publiques mises en œuvre. Les crédits sont regroupés au sein des programmes.
* Type de classification budgétaire
Classification administrative
Il s’agit de (i) présenter les dépenses budgétaires selon les services ou groupes de services chargés de leur gestion et (ii) d’identifier la hiérarchie du service chargé de l'exécution de la dépense.
Classification économique
Il s’agit d’observer une cohérence avec le plan comptable de l'État avec une codification permettant d'identifier les dépenses par nature.
Classification par programmes
Les crédits budgétaires sont décomposés en programmes (ou en dotations) au niveau des Institutions et des ministères du pays. Le programme regroupe les crédits d'une direction (ou ensemble de directions) ou d'un service (ou ensemble de services).
Classification fonctionnelle
Elle consiste à classer les dépenses budgétaires selon leurs objectifs socio-économiques. La classification des transactions des dépenses en fonction des fins auxquelles ces transactions sont réalisées. Une classification fonctionnelle ne dépend pas des unités qui réalisent les activités concernées. Cela invite à pratiquer une nomenclature du fait de l’existence de différentes rubriques du budget.
La nomenclature budgétaire équivaut à un système de classification budgétaire. A cet effet, la nomenclature budgétaire suit le système de classification budgétaire. Il s’agit de la classification des opérations budgétaires en fonction de différents critères.
Les opérations budgétaires sont classées en :
* Recettes : les recettes du budget classées selon leur nature correspondant à l'assiette de l'impôt, et éventuellement selon leur source.
* Dépenses : les dépenses du budget sont présentées selon les classifications administratives, par programme, fonctionnelle et économique.
La nomenclature budgétaire constitue un cadre de référence obligatoire.
Autres types de classifications
Il y a la classification par sources de financement où il s’agit d’identifier et de suivre les moyens de financement des dépenses budgétaires. Enfin, la classification par bénéficiaires où il s’agit d’établir le lien entre la dépense budgétaire et bénéficiaire final.
Encadré 1 : Notion de biens et de services publics
La théorie de l’équilibre général étudie la production et l’échange de biens privés. Les biens privés sont à la fois rivaux et excluables. Le principe de rivalité induit que la quantité consommée par un consommateur réduit d’autant la quantité disponible pour les autres consommateurs. Quant au critère d’excluabilité, c’est la possibilité d’exclure ou d’empêcher n’importe quel individu d’utiliser un bien. Ainsi, par opposition aux biens privés, les biens publics ne sont ni excluables ni rivaux (Mankiw and Taylor, 2013). Les deux critères susmentionnés sont valables pour caractériser tous les biens et services produits dans une économie et permet de les classer en quatre grandes familles à savoir : les biens privés, les biens communaux, les biens publics et les biens de club. Le tableau ci-dessous résume la typologie des biens classés selon les critères de rivalité et d’excluabilité.
Tableau 1 : Typologie des biens
Avec exclusion d’usage
Sans exclusion d’usage
Rival
Biens privés
Ex : pomme
Biens communaux
Ex : pâturage
Non rival
Biens de club
Ex : TV cryptée
Biens publics
Ex : défense nationale
Selon Mankiw et Taylor (2013), les trois biens publics les plus important sont la défense nationale, la recherche fondamentale et la lutte contre la pauvreté. Pour Bozio et al., 2010, l’action publique ne se limite pas aux fonctions régaliennes de l’État mais s’élargi aujourd’hui à la fourniture de biens et services d’éducation, de santé, de protection sociale et de réduction des inégalités.
2. Fonctionnement budgétaire de convergence
Pour satisfaire aux fonctions d’allocation de ressources, de redistribution de revenus et de stabilisation de l’économie, les différentes méthodes de budgétisation semblent converger.
De cela, il se distingue quatre (04) composantes budgétaires et huit (08) fonctions budgétaires. Le budget fonctionnel retient donc l’attention dans le processus de Budgétisation Sensible au Dividende Démographique. Il se distingue à cet effet, les fonctions relatives au capital humain (Éducation et santé), à la gouvernance (Sécurité et institutions), la structure de l’économie (BTP-Energie et affaires économiques) et les réseaux professionnels et sociaux (communication et loisir).
* Transformation du budget classique en budget fonctionnel
Cette étape consiste à faire un parcours exhaustif du budget classique pour classer chacune des lignes budgétaires à la fonction budgétaire qui lui correspond. Ce processus de transformation se fait selon trois étapes :
* La classification selon les Fonctions Principales ;
* La classification selon les Fonctions Secondaires et ;
* La classification selon la Nature Budgétaire.
La classification selon les Fonctions Principales
Le Budget Classique, avec toutes ses composantes structurelles, est parcouru pour être remodelé en tenant compte des huit (08) fonctions principales. Pour se faire, il a fallu regrouper les différents départements ministériels et Institutions Républicaines en tenant compte de leurs missions respectives en ces huit fonctions budgétaires du Budget fonctionnel à savoir :
* Éducation
* Santé
* Sécurité
* Institutions
* Affaires économiques
* BTP-Energie
* Réseau Social
* Réseau Professionnel
Ces fonctions budgétaires sont regroupées en quatre (04) composantes qui s’alignent sur la feuille de route de l’UA sur le dividende démographique :
* Composante « Capital humain » : Éducation et Santé ;
* Composante « Gouvernance » : Sécurité et Institutions ;
* Composante « Structure de l’économie » : Affaires économiques et BTP-Energie ;
* Composante « Réseaux » : Réseau social et réseau professionnel.
La classification selon les Fonctions Secondaires
Cet exercice consiste à faire correspondre à nouveau les dépenses effectuées au sein des départements et Institutions aux huit fonctions cette fois-ci en tenant compte des services dépensiers, de l’objet de la dépense et surtout de l’impact effectif de celle-ci.
La classification selon la Nature Budgétaire
Ce dernier consiste à reclasser les dépenses lors des deux premiers traitements en fonction des natures budgétaires à savoir :
* Fonctionnement ;
* Investissement ;
* Transfert/Subvention.
Le résultat de ces différents exercices est ensuite présenté dans deux tableaux croisés dynamiques :
* Tableau Croisé Dynamique 1 en prenant :
* En Ligne : la fonction principale et la fonction budgétaire
* En colonne : l’année et la nature de la dépense
* Tableau Croisé Dynamique 2 en prenant :
* En ligne : la fonction budgétaire
* En colonne : l’année et la nature de la dépense
Les types d’analyses sont :
* Analyse économique du budget ;
* Détermination des optimums budgétaires sectoriels ;
* Analyse de l’efficacité et de l’efficience de l’allocation budgétaire ;
* Détermination des seuils budgétaires sectoriels.
3. Méthodologie
Soit Y, l’Indice Synthétique de Suivi du Dividende Démographique ou Demographic Dividend Monitoring Index (DDMI). Nous supposons que la production des biens et services publics prends la forme d’une fonction de type Cobb-Douglas. Ainsi :
(1)
Où A , K, et L représentent respectivement l’efficacité de la production, la quantité de capital et de travail utilisée. Quant aux exposants de la fonction Y, ils représentent la proportion de la production attribuée au capital et au travail.
Nous considérons les fonctions économiques et budgétaires retenues dans le rapport de la transformation du budgétaire classique en budget fonctionnel[1]. En remplaçant la variable de production (Y) par le DDMI et les variables explicatives par les budgets fonctionnels des secteurs d’activités, et en supposant qu’il n’y a pas de report de dépense d’une année à une autre, nous obtenons :
(2)
(3)
La fonction I(.) revoie la part des natures budgétaires (fonctionnement, investissement et transfert/subvention) dans le budget (DEP) :
(4)
(5)
(6)
et
(7)
avec j = fonctions budgétaires au nombre de 08[2],
et : Budget Fonctionnement j ; : Budget Investissement j
: Budget de Transfert/subvention j ; , constituent les 03 natures du budget pour chaque fonction j.
Comme pour chaque composante, nous avons 02 fonctions, et que chaque fonction nécessite 06 équations, nous aurons au total 12 équations (6 équations x 2 fonctions). Par ailleurs, pour chaque année, on doit avoir les identités de convergence suivantes :
(8)
L’estimation de cette équations (8) est faite via le modèle à équations simultanées ou via le module modèle de Eviews.
4. ANALYSE DES RÉSULTATS
1. Analyse descriptive des composantes du budget
* Composante « Capital humain »
Éducation
L’analyse de l’évolution du bien-être dans le secteur de l’éducation met en évidence une tendance globale à la hausse entre 2010 et 2023, parallèlement à une augmentation des dépenses totales, malgré quelques fluctuations (graphique 1). Cette corrélation positive suggère une amélioration continue du bien-être éducatif au fil des ans, et laisse entendre que les financements alloués au secteur de l’éducation contribuent favorablement au bien-être de la population.
Toutefois, les variations annuelles observées indiquent que certains chocs ou ajustements budgétaires peuvent influencer cette relation. Par exemple, en 2011, les dépenses totales en éducation ont reculé, mais cette baisse a rapidement été compensée dès 2012. Cette résilience témoigne de l’impact limité de la crise post-électorale sur les dépenses éducatives en Côte d’Ivoire et laisse supposer que le soutien rapide, notamment via le Programme Présidentiel d'Urgence (PPU), a joué un rôle déterminant dans cette reprise. La tendance du bien-être reste ainsi stable, avec une légère hausse, tandis que la courbe des dépenses en éducation suit également une trajectoire ascendante, bien que moins régulière.
Le graphique 2 illustre l’évolution de la répartition des types de dépenses dans le budget consacré à l’éducation. Les dépenses de fonctionnement occupent la majeure partie de ce budget, probablement pour couvrir les coûts récurrents comme les salaires des enseignants. En revanche, les dépenses d’investissement et les subventions y tiennent une part relativement modeste. Bien que les investissements dans le secteur éducatif soient globalement stables, ils représentent une proportion réduite du budget. Entre 2012 et 2016, ces investissements, souvent consacrés aux matériels didactiques et pédagogiques, ont cependant augmenté. Les subventions et transferts, qui constituent la part la plus faible, semblent destinés à des aides spécifiques, telles que les soutiens aux étudiants ou à certaines institutions éducatives.
En définitive, la stabilité de la répartition des dépenses par type suggère une allocation budgétaire essentiellement orientée vers le fonctionnement courant, avec une part réduite pour les investissements et subventions. Ce choix de répartition pourrait limiter les possibilités de développement d’infrastructures ou de soutien à des initiatives éducatives à long terme, malgré l’augmentation globale du budget. Une réévaluation des priorités budgétaires pourrait être opportune pour encourager davantage les investissements et les subventions dans le secteur éducatif, en complément des dépenses de fonctionnement.
Santé
Le graphique 3 présente les dynamiques du bien-être lié à la santé ainsi que les dépenses en santé. L’indicateur de bien-être dans le secteur de la santé (DDMI) affiche une progression stable et continue entre 2010 et 2023, avec une légère baisse entre 2017 et 2018. Les périodes 2016-2017 et 2018-2023 se caractérisent par une augmentation significative des indicateurs, ce qui suggère une amélioration notable du bien-être des populations. La corrélation positive observée entre les dépenses de santé et le bien-être indique qu’à mesure que les financements alloués à ce secteur augmentent, le bien-être ressenti par les populations suit une tendance ascendante, laissant présumer l’efficacité des investissements en santé.
La légère baisse enregistrée entre 2017 et 2018 pourrait être liée à des difficultés dans la mise en œuvre des politiques de gratuité ciblée, destinées à soutenir la santé infantile, néonatale, maternelle et juvénile, malgré des investissements importants réalisés via les politiques de santé (Sources : PNDS 2010-2014, 2015-2019, 2020-2024). Par ailleurs, les fluctuations dans les dépenses de santé, en particulier entre 2019 et 2020, pourraient refléter des événements spécifiques tels que la pandémie de COVID-19, qui a entraîné des variations significatives en raison des dépenses exceptionnelles de crise sanitaire et des programmes de soutien.
L’examen de la répartition des types de dépenses dans le secteur de la santé (graphique 4) révèle que les dépenses de fonctionnement représentent le principal moteur de cette augmentation, dominant largement le budget consacré à la santé tout au long de la période et dépassant souvent 75 % des dépenses totales. Cette prédominance pourrait indiquer une priorité accordée aux coûts récurrents, comme les salaires du personnel médical. Bien que les investissements aient une présence constante, ils présentent des variations marquées, notamment des baisses en 2011 (sortie de crise) et en 2018, reflétant peut-être des contraintes budgétaires ou une réallocation vers des dépenses plus urgentes.
Les transferts et subventions, qui représentent une faible proportion des dépenses, montrent une légère augmentation sur la période, bien qu’ils demeurent sous-représentés. Ce faible niveau pourrait limiter le soutien direct aux populations ou à des programmes de santé publique spécifiques. La prépondérance des dépenses de fonctionnement suggère que les marges de manœuvre pour de nouveaux investissements et des transferts ciblés restent limitées. Un accroissement des efforts dans ces deux catégories de dépenses pourrait renforcer davantage l'impact des financements en santé sur le bien-être des populations à long terme.
* Composante « Gouvernance »
Institution
L'analyse de l'évolution du bien-être institutionnel, mesuré par l'indicateur DDMI Institution, révèle une légère tendance baissière en début de période, suivie d'une stabilisation progressive (graphique 5). Cette diminution initiale semble indiquer une fluctuation passagère, donnant lieu à une stabilisation graduelle par la suite. Bien que la courbe brute expose des fluctuations annuelles, cette stabilité relative suggère que, malgré certaines variations, le bien-être institutionnel des populations tend à se maintenir sur le long terme.
Les dépenses totales des institutions affichent, quant à elles, une croissance régulière tout au long de la période, avec une accélération notable après 2015. La courbe HP (Hodrick-Prescott) confirme cette tendance haussière, soulignant un accroissement constant des financements dédiés aux institutions. Toutefois, cette augmentation des dépenses n’a pas entraîné une amélioration proportionnelle du bien-être institutionnel, ce qui pourrait révéler des faiblesses en matière d'efficacité ou une allocation sous-optimale des ressources. Cette situation pourrait également suggérer un phénomène de saturation ou des limites quant à l'impact des dépenses institutionnelles sur le bien-être.
L'analyse de la répartition des dépenses institutionnelles (graphique 6) offre des insights supplémentaires. Les dépenses de fonctionnement, bien que relativement stables en proportion au fil des années, constituent une part significative, sans toutefois dominer l’ensemble des catégories. Les dépenses d’investissement, quant à elles, représentent la composante la plus importante de ce budget, témoignant d’efforts soutenus pour renforcer ou créer de nouvelles infrastructures institutionnelles. Les transferts et subventions, bien qu’en proportion plus modeste, tendent à augmenter légèrement, en particulier après 2020, ce qui pourrait traduire une volonté de soutenir davantage les programmes sociaux ou les populations vulnérables.
La prédominance des dépenses d’investissement par rapport aux dépenses de fonctionnement et aux transferts/subventions pourrait expliquer la stagnation relative du bien-être institutionnel. Il pourrait être opportun de réévaluer la répartition des ressources, en allouant une attention accrue aux transferts et subventions pour un impact plus direct sur le bien-être des populations.
Sécurité
Le graphique 7 illustre l'évolution des dépenses totales de sécurité et de l'indicateur de bien-être en matière de sécurité (DDMI Sécurité).
Sur la période 2010-2023, les dépenses de sécurité connaissent une hausse générale, tandis que le bien-être lié à la sécurité s'améliore progressivement. Cette amélioration de l’indicateur de bien-être suggère que l'augmentation des dépenses de sécurité contribue positivement à la perception de la sécurité par les populations, bien qu'une corrélation directe ne soit pas explicitement établie. Il est probable que les investissements en matière de sécurité ont eu un impact favorable sur le bien-être des citoyens.
L’évolution des types de dépenses en sécurité (graphique 8) met en évidence une croissance modérée des budgets alloués au fonctionnement et aux transferts, tandis que les investissements affichent une plus grande volatilité. Ces pics d'investissement pourraient correspondre à des projets ou programmes de sécurité spécifiques, mais leurs effets sur le bien-être, tel que mesuré par le DDMI Sécurité, ne semblent pas immédiats ni proportionnels (voir graphique 7).
De manière générale, l’augmentation des différents types de dépenses sur la période étudiée laisse entrevoir une tendance à la hausse, bien que les fluctuations marquées des investissements n’aient pas toujours d’effet direct sur le bien-être. En revanche, les dépenses de fonctionnement et de transfert, plus stables, montrent une corrélation plus forte avec l'amélioration progressive de l’indicateur de bien-être en sécurité (DDMI Sécurité) du graphique 7.
Le renforcement des effectifs de la police et de la gendarmerie a contribué, d’une part, à accroître les crédits de fonctionnement pour la sécurité et, d’autre part, à intensifier les investissements pour assurer la protection des personnes et des biens. La tendance haussière du DDMI Sécurité peut également être attribuée aux réformes entreprises au cours des dix dernières années, visant à améliorer le bien-être dans le domaine de la sécurité.
* Composante « Structure de l’économie »
Affaires économiques
Le graphique 9 présente l'évolution du bien-être des populations en relation avec les affaires économiques, ainsi que l’évolution du budget total alloué à ce secteur. On observe une légère augmentation continue du bien-être à partir de 2015, autour de 0,4, avec une courbe de progression modeste et relativement stable. Parallèlement, les dépenses totales dans les affaires économiques affichent une nette augmentation depuis 2016, atteignant un pic au-delà de 5 000 en 2023. Cette hausse soutenue des allocations témoigne d'un accroissement significatif des ressources déployées dans ce secteur. La tendance lissée, en cohérence avec cette série brute, met en évidence une croissance structurelle et continue des dépenses, marquée par l'absence de fluctuations majeures, ce qui traduit un engagement budgétaire stable et renforcé.
La courbe de bien-être (DDMI) affiche également une progression continue, en accord avec les dépenses publiques croissantes, ce qui laisse présumer une incidence positive des ressources publiques sur l’amélioration du bien-être des populations.
Le graphique 10 analyse la composition des dépenses en Affaires Économiques, réparties en Fonctionnement, Investissement et Transferts/Subventions entre 2010 et 2023. Les dépenses de fonctionnement constituent une part modeste du budget la plupart des années, bien que l’on observe une augmentation marquée à partir de 2020, atteignant environ 20 % en 2023. Ce changement peut refléter une hausse des coûts opérationnels dans les affaires économiques. En ce qui concerne les investissements, ils dominent les dépenses globales jusqu'à 2020, représentant souvent plus de 60 % du budget total. Après 2020, cette proportion diminue pour s’établir à environ 40 % en 2023, ce qui pourrait suggérer une réorientation budgétaire ou une réduction des besoins d’investissement. Les transferts et subventions, quant à eux, se maintiennent à un niveau stable, représentant environ 20-25 % des dépenses jusqu’en 2020, avant de connaître une forte augmentation, atteignant presque 40 % en 2023. Cette hausse indique une probable intensification des mesures de soutien économique aux acteurs externes ou une augmentation des initiatives de subventions pour stimuler le développement économique.
Energie & BTP
Les graphiques 11 et 12 exposent, respectivement, l’évolution du bien-être de la population liée au secteur Énergie/BTP et la progression des différents types de dépenses dans ce secteur. Le bien-être associé au secteur Énergie/BTP affiche une tendance haussière, en adéquation avec une courbe lissée et stable, qui traduit une amélioration constante. Les dépenses totales dans ce secteur augmentent régulièrement, avec une accélération notable après 2018, et un pic marqué entre 2020 et 2022. Cette tendance met en évidence l’ampleur des investissements réalisés dans le secteur Énergie/BTP, appuyant l’idée d’une corrélation positive entre ces dépenses et l’amélioration du bien-être des populations, suggérant ainsi que les investissements dans ce domaine produisent des effets bénéfiques tangibles.
Ce secteur est caractérisé par une forte orientation vers les investissements, représentant plus de 75 % des dépenses totales. Cette répartition majoritairement orientée vers l’investissement souligne la volonté de moderniser et de renforcer les infrastructures et les ressources énergétiques du pays, répondant ainsi aux besoins grandissants de la population en matière d’énergie. Les dépenses de fonctionnement et de transfert/subvention, en revanche, restent faibles dans ce budget, avec les dépenses de fonctionnement n’apparaissant que marginalement dans certaines années. En conclusion, la répartition des dépenses dans le secteur Énergie/BTP, où l’investissement est prépondérant, reflète une stratégie d’envergure axée sur le développement et l'amélioration des infrastructures, en phase avec les impératifs de croissance et de développement durable du secteur.
* Composante « Réseau »
Réseau social
Le graphique 13 présente l'évolution du budget total alloué au réseau social ainsi que l'indice de bien-être démographique (DDMI) associé à ce secteur entre 2010 et 2023. De 2010 à 2016, le budget destiné au réseau social demeure relativement bas, autour de 100 unités, et présente peu de variations significatives. Cette phase semble marquée par une allocation limitée, laissant peu de marges pour des améliorations structurelles. Durant cette même période, le DDMI du secteur suit une tendance à la baisse, passant de 0,5 à environ 0,3. Cette diminution pourrait indiquer une exploitation insuffisante des opportunités démographiques dans le secteur social, malgré une stabilité relative des ressources budgétaires.
À partir de 2016, une progression notable dans les allocations budgétaires en faveur du réseau social se manifeste, avec un budget atteignant près de 400 unités en 2020. Cette augmentation semble refléter un engagement plus prononcé dans ce secteur. Toutefois, malgré cette hausse, le DDMI reste stable autour de 0,3, suggérant que l’accroissement des ressources n'a pas produit de progrès significatif en termes de bien-être démographique.
Entre 2020 et 2023, le réseau social bénéficie d’une augmentation budgétaire considérable, atteignant presque 700 unités en 2023. Cette expansion pourrait traduire un renforcement des efforts en faveur de la protection et du développement social. Néanmoins, le DDMI du secteur reste inchangé autour de 0,3, ce qui suggère que ces investissements récents n’ont pas encore entraîné d'amélioration perceptible en termes de bien-être démographique.
Le graphique 14 montre la répartition des dépenses sociales par nature entre 2010 et 2023, réparties en trois catégories : fonctionnement, investissements, et transferts/subventions. La part des dépenses de fonctionnement suit une tendance croissante de 2010 à 2020, avant une légère baisse entre 2020 et 2022, suivie d'une reprise en 2023. Elle reste néanmoins la composante dominante, atteignant en moyenne 46 % du total des dépenses. Les transferts représentent environ 32 %, tandis que les investissements se situent à 22 % en moyenne. Cette structure budgétaire est cohérente avec les récentes initiatives sociales, telles que le Programme Social du Gouvernement (PSGouv) et le Programme Jeunesse, qui visent à améliorer les conditions de vie des populations. Toutefois, il est important de noter que les réformes entreprises devraient se poursuivre pour garantir un bien-être durable de la population.
Réseau professionnel
Le graphique 15 illustre l'évolution du budget total dédié au réseau professionnel ainsi que le DDMI spécifique à ce secteur de 2010 à 2023. Le bien-être des populations dans le cadre professionnel connaît une progression générale durant cette période, malgré une phase de stagnation entre 2018 et 2020. La série filtrée avec le filtre de Hodrick-Prescott met en lumière une tendance plus lisse et moins volatile.
Les allocations budgétaires pour le réseau professionnel suivent une dynamique croissante, avec une augmentation particulièrement marquée à partir de 2019. Une transition semble s'opérer à partir de 2017, où les investissements commencent à croître de manière plus soutenue, avec une hausse notable des ressources, le budget atteignant près de 50 unités en 2020. Bien que le DDMI demeure stable autour de 0,6 % pendant cette phase, cela suggère que les dépenses, bien qu’en augmentation, n'ont pas immédiatement influé sur le bien-être démographique.
À partir de 2020, les investissements dans le réseau professionnel connaissent une forte accélération, atteignant près de 100 unités en 2023. Cette tendance marque une volonté affirmée de renforcer ce secteur. Le DDMI du réseau professionnel suit également une légère progression durant cette période, restant toutefois autour de 0,6 %. Cette synchronisation entre hausse des dépenses et légère amélioration du bien-être suggère un effet positif des investissements publics, bien que les résultats puissent dépendre de divers facteurs contextuels.
Le graphique 16 révèle l’évolution des allocations budgétaires par type de dépense pour le réseau professionnel de 2010 à 2023. Entre 2010 et 2017, les transferts et subventions restent relativement constants, mais chutent drastiquement en 2018. Cette baisse est suivie d’une forte remontée atteignant 60 % en 2020. Les dépenses de fonctionnement se maintiennent autour de 25-30 % en moyenne, bien qu’une tendance baissière se dessine, passant de 35 % en 2010 à 20 % en 2023, probablement en faveur de dépenses plus ciblées et efficientes. Cette diminution pourrait refléter les réformes structurelles visant à renforcer les cadres juridiques et réglementaires, notamment dans les secteurs des TIC et de l'économie numérique, initiées pour stimuler la compétitivité du secteur.
Concernant les investissements, ils présentent des fluctuations significatives entre 2010 et 2023. De 2010 à 2017, les allocations passent de 24 % à 17 %, mais augmentent brusquement à 45 % en 2018, avant de redescendre à 10 % en 2020, probablement en raison des contraintes imposées par la crise sanitaire de la COVID-19. Le DDMI enregistre une amélioration entre 2010 et 2015, passant de 0,5 à 0,65, suivie d’une légère dégradation des conditions de vie jusqu’en 2019, puis d’une stabilité depuis lors.
En somme, la répartition des dépenses dans le réseau professionnel, avec une prédominance des transferts et subventions, suivie par les dépenses de fonctionnement, traduit une stratégie budgétaire qui privilégie les soutiens directs. Une analyse plus fine serait utile pour évaluer l'impact de chaque type de dépense sur le bien-être, notamment dans un contexte de fluctuations d’investissement.
2. Analyse des élasticités budgétaires en lien avec la capture du Dividende Démographique
Les élasticités budgétaires mesurent les variations du bien-être, ici évaluées par l’indice synthétique de suivi du Dividende Démographique (DDMI), en réponse à une augmentation de 1 % du budget selon les fonctions socioéconomiques considérées. Cette analyse met en lumière les liens entre les allocations budgétaires de l’État et l’amélioration de la qualité de vie des ménages, en commençant par l’effet des variations du budget total, puis en explorant l’impact différencié des structures budgétaires (fonctionnement, investissement et transfert).
* Analyse des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique suite à une hausse du budget total
L’analyse des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique, telle que représentée dans le graphique 17, examine comment la variation du budget total impacte le bien-être dans divers secteurs. Les composantes « Capital Humain », « Gouvernance », « Économie », « Énergie/BTP » et « Réseaux » sont étudiées pour évaluer leur contribution respective au DDMI.
Capital Humain
Dans ce domaine, les secteurs de l’éducation et de la santé ont un impact substantiel et positif sur le bien-être. Une hausse de 1 % des dépenses d’éducation entraîne une augmentation de 0,29 % du DDMI, soulignant l’efficacité de l’investissement éducatif pour les ménages. De même, les dépenses de santé, mesurées par l’espérance de vie, contribuent de façon significative, avec une élasticité de 0,14 %, ce qui témoigne de l’importance de la santé publique pour le bien-être.
Gouvernance
Les dépenses institutionnelles et de sécurité influent également sur le DDMI. Une hausse de 1 % dans les budgets institutionnels conduit à une amélioration de 0,05 % du bien-être. En matière de sécurité, l’élasticité est encore plus élevée, à 0,1 %, traduisant l’impact positif des dépenses de sécurité sur la stabilité sociale.
Structure de l’économie
Les dépenses dans ces secteurs montrent également un impact favorable sur le DDMI, bien que modéré. Une hausse de 1 % du budget pour le secteur affaires économiques augmente le DDMI de 0,06 %, tandis que dans le secteur Énergie/BTP, cette hausse génère une amélioration de 0,7 %.
Réseaux
Le réseau social montre une forte sensibilité au budget, avec une élasticité de 0,15 % pour une augmentation de 1 % du budget, surpassant celle du réseau professionnel, dont l’élasticité se limite à 0,04 %.
* Analyse des élasticités budgétaires par fonction socioéconomique selon la structure du budget
Les graphiques ci-dessous illustrent les élasticités budgétaires des différentes fonctions socioéconomiques par rapport au bien-être, mesuré par le DDMI en réponse à une hausse de 1 % du budget. Chaque barre montre la sensibilité budgétaire des secteurs socioéconomiques en fonction de la nature budgétaire : Fonctionnement (graphique 18), Investissement (graphique 19), Transfert/Subvention (graphique 20).
Pour la composante Capital Humain (Éducation et Santé), comme indiqué précédemment, elle présente les plus fortes sensibilités par rapport aux autres. En prenant en compte la structure du budget, on remarque que les dépenses de fonctionnement consacrées respectivement à l’Éducation et la Santé affichent les plus fortes élasticités (0,72 et 0,56 respectivement) par rapport aux dépenses d’investissement et de transfert/subvention. Autrement dit, une augmentation de 1 % du budget de fonctionnement alloué à l’Éducation et à la Santé entraîne une hausse de 0,72 % et de 0,56 % du bien-être (DDMI) (graphique 18). En revanche, l’amélioration du bien-être des ménages est moins réactive lorsque les budgets consacrés aux investissements et aux transferts/subventions augmentent dans les mêmes proportions. En effet, l’élasticité est de 0,04 pour l’Éducation et de 0,17 pour la Santé pour une hausse des investissements (graphique 19). Pour une variation équivalente de la part des transferts/subventions, les élasticités sont de 0,09 pour l’Éducation et de 0,32 pour la Santé (graphique 20).
Ces résultats indiquent que les politiques en cours dans la composante Capital Humain sont à maintenir, mais des efforts doivent être déployés au niveau des dépenses de Transferts/Subventions et des dépenses d’Investissement, qui devraient contribuer davantage à renforcer la qualité au capital humain.
La composante Gouvernance, quant à elle, présente une configuration différente. Une amélioration de la part du budget allouée au fonctionnement contribue positivement au bien-être des populations. Les dépenses de fonctionnement pour la sécurité affichent la plus forte élasticité (0,85) parmi tous les secteurs, ce qui suggère que ces dépenses sont les plus réactives à une amélioration du bien-être des ménages. En effet, une augmentation de 1 % de cette part budgétaire entraîne une hausse de 0,85 % du bien-être (DDMI) (graphique 18). En revanche, les dépenses de fonctionnement pour les institutions présentent une élasticité de 0,23, indiquant une sensibilité plus faible par rapport aux autres secteurs. Ces valeurs soulignent l'importance accordée aux services liés à la sécurité. Pour ce qui est des investissements et des transferts/subventions, la sensibilité est plus élevée pour le secteur Institution que dans la Sécurité : une hausse du budget de 1 % entraîne une augmentation de 0,34 % (Institutions) et de 0,1 % (Sécurité) pour les investissements, ainsi que de 0,52 % (Institutions) et de 0,05 % (Sécurité) pour les transferts/subventions (graphiques 19 et 20).
La composante « Structure de l’économie », composée des secteurs Économie et du secteur Energie/BTP, présente également des variations significatives. Dans le secteur Economie, seules les dépenses de fonctionnement et d’investissement influencent positivement le DDMI avec une significativité au seuil de 5%. Une relation très forte est établie entre la part allouée aux investissements et le bien-être, indiquant qu’une hausse de 1% de ces investissements se traduit par une augmentation de 0,4 % de l’indicateur de bien-être. Pour le secteur Energie/BTP, les investissements et les transferts/subventions contribuent également positivement au bien-être, bien que plus faiblement. Une augmentation de 1 % des investissements entraîne une amélioration de 0,14 % du bien-être, tandis qu’une hausse de 1 % des transferts/subventions entraîne une augmentation de 0,01 %.
Dans la composante « Réseaux », l’analyse des dépenses du secteur social (culture, jeunesse et sport, emploi et secteurs sociaux) montre qu’une hausse de 1 % des dépenses de fonctionnement dans le cadre du budget social accroît la satisfaction liée aux services publics sociaux de 0,62 %. Cela souligne l’importance du bon fonctionnement des institutions à caractère social pour le bien-être des populations. De plus, les investissements sociaux contribuent de manière significative à l’amélioration du bien-être, avec une augmentation de 0,45 % de la satisfaction des populations pour une hausse de 1 % des investissements.
Bien que les transferts sociaux aient une élasticité plus faible, une augmentation de 1 % de ces transferts améliore le bien-être social de 0,25 %, démontrant l’efficacité de ces mécanismes pour répondre aux besoins des populations vulnérables.
L’analyse des différentes catégories de dépenses pour le secteur Réseau Professionnel révèle des impacts distincts selon la nature des dépenses. Une augmentation de 1 % des dépenses de fonctionnement et d’investissement améliore respectivement la satisfaction des populations vis-à-vis des services publics professionnels de 0,28 % et de 0,27 %. Cependant, l’impact est plus marqué pour les transferts : une hausse de 1 % du budget des transferts entraîne une amélioration de 0,6 % de la satisfaction. Ces résultats mettent en évidence l’importance de la répartition stratégique des ressources entre fonctionnement, investissement et transferts pour optimiser les bénéfices en termes de bien-être au sein du réseau professionnel.
5. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Ce rapport met en évidence l’importance stratégique d’une allocation budgétaire optimisée pour capter pleinement les bénéfices du dividende démographique en Côte d’Ivoire. Les résultats de l'analyse des élasticités budgétaires montrent que certains secteurs, notamment ceux liés au capital humain (éducation et santé) et à la gouvernance (sécurité et institutions), contribuent de manière significative à l’amélioration du bien-être démographique. La répartition des dépenses entre fonctionnement, investissement et transferts joue un rôle crucial dans l’impact des politiques publiques sur la qualité de vie des populations.
Les investissements massifs dans l’éducation, la santé et la sécurité, ainsi que dans les infrastructures économiques, confirment l'importance de renforcer les capacités institutionnelles pour atteindre une croissance socio-économique durable. Toutefois, certaines limites persistent, notamment dans la structuration des dépenses en transferts et subventions, qui, bien que cruciales pour les secteurs sociaux, nécessitent une meilleure priorisation pour en maximiser l'impact.
À l’avenir, il serait bénéfique de mettre en œuvre des réformes budgétaires pour accroître la flexibilité et l’adaptabilité des allocations, en ciblant davantage les besoins spécifiques de chaque secteur et en renforçant le suivi de l’efficacité des dépenses. Ces mesures permettront d’optimiser les ressources publiques, de soutenir la croissance inclusive et de préparer la Côte d'Ivoire à tirer pleinement profit de son potentiel démographique dans un contexte de développement durable.
De ce qui précède, les recommandations suivantes sont établies :
Capital Humain
* Mettre en place des réformes visant à renforcer les investissements dans le secteur de l’éducation, pour mieux aligner ces dépenses sur les ambitions de développement de l’État, en raison de leur niveau actuel insuffisant par rapport aux besoins du secteur.
* Prévoir des réformes pour augmenter le niveau des transferts et subventions, qui est resté constant depuis 2010, et envisager une hausse significative de ces dépenses pour répondre aux exigences du secteur éducatif et de santé.
* Augmenter le budget de la santé pour atteindre 15 % des dépenses publiques, conformément à l’engagement pris lors de la Déclaration de Maputo.
* Élaborer des réformes pour porter les investissements dans la santé à un niveau supérieur d’au moins 30 %, afin d’avoir un impact significatif sur le bien-être des populations.
Gouvernance
* Pérenniser les acquis sur le plan sécuritaire et accroître éventuellement les investissements.
* Intensifier les politiques et réformes initiés dans le cadre de la bonne gouvernance.
Structure de l’économie
* Maintenir et intensifier les transferts vers les populations en matière d'accès à l’énergie et de soutien aux affaires économiques, notamment à travers les actions suivantes :
* Réduire le coût d’accès au réseau de distribution d’eau et poursuivre la construction d’infrastructures hydrauliques.
* Réduire le coût de l’énergie (électricité via la CIE et panneaux solaires) et poursuivre l’électrification rurale.
* Améliorer le niveau de vie des ménages en étendant l’opération de filets sociaux productifs à un plus grand nombre de ménages bénéficiaires.
Réseau
* Renforcer les politiques de transferts sociaux, notamment les filets sociaux productifs, pour contrer la baisse du bien-être subjectif observée depuis 2015, par la mise en place d’un PSGouv 3.
* Accroître la couverture et le nombre de bénéficiaires des programmes de transferts monétaires, en ciblant notamment les régions les plus défavorisées où les besoins sont plus criants.
* Allouer des ressources supplémentaires aux transferts monétaires et garantir une distribution plus équitable pour renforcer la résilience des ménages vulnérables et soutenir l’inclusion sociale à travers les districts du pays.
* Augmenter les investissements dans le secteur professionnel, en particulier dans le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC), pour améliorer la compétitivité et l'innovation dans les services professionnels.
* Soutenir le projet "Côte d'Ivoire numérique 2030" en intensifiant les investissements dans la formation des jeunes aux compétences numériques et en facilitant leur accès aux outils technologiques.
BIBLIOGRAPHIE
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Schultz, T. W. (1971). Investment in human capital: The role of education and of research.
ANNEXE
* Liste des contributeurs
N°
NOM ET PRÉNOMS
FONCTION
STRUCTURE/MINISTÈRE
Coordination Générale
1
Dr HININ Moustapha
Directeur Général
ONP/MEPD
Équipe nationale
1
Dr KUNIBOUO Koko Angelo
Chef de département
ONP/MEPD
2
Dr KOUAKOU Issouf
Chef de département
ONP/MEPD
3
BIRBA Bali Jean Jacques
Chef de service
ONP/MEPD
4
Dr NIAMIEN Edano Cédric
Économiste
ONP/MEPD
5
Dr SADIA Jean Yves
Spécialiste Population et développement
UNFPA
6
ANOH Serge
Responsable suivi-évaluation
UCP-SWEDD
7
FOFANA Yaya
Chargé d’études
DGBF/MFB
8
KOUAO Diby Amos
Chef de service
DGBF/MFB
9
BENGALI Abdoulaye
Chargé d’études
DGF/MFB
10
M’BAHI Atté Arsène
Chargé d’études
DGP/MEPD
11
KOUAKOU Sévérin
Démographe
ANStat/MEPD
12
KOUACOU Kouadio Estelle
Chargée d’études
DAF/MENA
13
N’DA Foto Mathias
Chef de service
DGTCP/MFB
14
Dr BESSIE Baudelaire
Assistant étude et recherche
ONEG
15
SORO Ouanna
Chargé d’études
DAF/MSHPCMU
16
ALLOU Gérard
Chef de service
DGE/MEPD
Équipe internationale
1
Pr. DRAMANI Latif
Président-Coordonnateur
CREG
2
Dr GUIDIME Camille
Enseignant-chercheur
CREG
3
Dr OGA jean-Baptiste
Enseignant-chercheur
CREG
4
YOROU Rachidou
Économiste
CREG
5
BIO Issa
Économiste
CREG
6
BALOGOUN Franck
Économiste
CREG
7
Dr DIALLO Boubacar
Assistant de recherche
CREG
8
Dr DIOP Mame Sangoné
Assistant de recherche
CREG
________________
[1] ONP (2024), Rapport de la transformation du budget classique de la Côte d’Ivoire en budget fonctionnel.
[2] Education – Santé – Institution – Sécurité – Affaires économiques – Energie & BTP – Réseau social – Réseau professionnel.

