Policy note BSDD GUINEE
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POLICY NOTE SUR LA BSDD EN GUINEE
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Décembre 2024
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1. Contexte et justification
La transition démographique offre une fenêtre d'opportunité pour une croissance économique accélérée. En effet, une fois que le ratio de dépendance des jeunes diminue et libère des ressources pour le gouvernement et pour les familles, un dividende démographique peut être réalisé si les ressources dégagées sont effectivement investies pour renforcer l’accumulation de capital physique et humain. La taille du dividende dépend largement de la capacité des économies concernées à créer suffisamment d’emplois pour les larges masses de jeunes (filles et garçons) qui entrent dans le marché du travail. Le dividende démographique est le gain économique qui découle de la modification de la structure par âge d’une population. Cependant, ses retombées vont au-delà de l’économie pour affecter bien d’autres secteurs. Il s’agit notamment du cadre de vie, de l’éradication de la pauvreté, de la mobilité territoriale, pour ne citer que ces secteurs.
En synergie avec le Bureau UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations des Chefs d’Etat de l’Union Africaine (Feuille de route de l’Union Africaine pour la capture du dividende démographique/Assembly/AU/Dec.601 (XXVI)), le Centre Régional d’Excellence pour la Recherche en Economie Générationnelle (CREG) a mis en place un indicateur de suivi du dividende démographique. Le Demographic Dividend Monitoring Index (DDMI), indice composite fondé sur les théories de l’économie générationnelle qui permet d’évaluer et de suivre la progression des pays (ou régions) dans la capture et l’exploitation du dividende démographique. Il couvre cinq (05) dimensions : la dépendance économique, la qualité du cadre de vie, les dynamiques de pauvreté, le développement humain et enfin, les réseaux et territoires. Le DDMI permet d’appréhender les évolutions positives ou négatives de ces dimensions et identifie les secteurs nécessitant des investissements plus grands afin de créer les conditions favorables à l’optimisation du dividende démographique et à la réalisation des objectifs du développement durable.
Le budget national est le principal outil d’allocation des ressources aux différents secteurs économiques et sociaux d’un pays. Son évolution et sa composition ont des conséquences significatives sur les résultats des politiques publiques mises en œuvre dans le pays. Cet instrument, s’il est mis en cohérence avec les composantes du DDMI, peut accélérer la réalisation des conditions d’une croissance durable, inclusive et favorable à la capture du dividende démographique et au développement durable.
Ainsi, après plusieurs sessions de renforcement des capacités et de plaidoyer, le Ministère du Plan et de la Coopération Internationale envisage d’organiser un atelier régional sur la transformation du budget classique en budget fonctionnel pour une budgétisation sensible au dividende démographique (BSDD) impliquant les acteurs nationaux dans les mécanismes de planification stratégique, de budgétisation et de mise en cohérence des politiques publiques. Cette formation sur la BSDD est appuyée financièrement par la Banque Mondiale à travers le projet SWEDD et techniquement par l’UNFPA en collaboration avec le Consortium régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG).
Le présent policy note est structuré ainsi qu’il suit : après avoir analysé les séries du DDMI retropolées, une analyse des structures budgétaires va suivre et enfin on analyse les élasticités sectorielles.
2. Analyse des structures budgétaires
L’analyse des structures budgétaires est présentée dans cette section. En effet, le graphique 1 ci-dessous montre l’évolution des fonctions budgétaires sur la période allant de 2010 à 2021. Les fonctions Economie et institution occupent la plus importante part du budget avec respectivement 23,7% et 24,2% du budget. Ensuite, elles sont suivies des fonctions BTP/Energie (14,5%), Education (14,3%), et Sécurité (12,7%). Les parts les plus faibles sont allouées aux fonctions Réseau social (6,5%), Santé (3,5%) et Réseau professionnel (0,7%).
Au total, le gouvernement de la Guinée a alloué 38,2% de son budget à la transformation structurelle de l’économie (CEA), 36,9% à la gouvernance, 17,8% au capital humain et 7,2% aux réseaux.
Graphique 1 : Evolution des fonctions budgétaires de 2010 à 2021
Source : Equipe nationale et CREG, 2023
L’analyse des résultats en moyenne quinquennale, montre des disparités dans l’allocation du budget suivant les fonctions budgétaires. Entre la sous période 2010-2014 et 2015-2019, les fonctions BTP/Energie et Economie ont connu une baisse respectivement de 8,5 et 4,1 points de pourcentages. Par contre, la dimension capitale humaine, gouvernance et réseaux ont connu de nettes améliorations. Par ailleurs, la fonction Education a connu une hausse en passant de 13% à 16,4%. De même que la fonction Santé de 2,2% à 4%. L’analyse de ces résultats montre que des efforts sont faits par le gouvernement pour améliorer le capital humain. Il en de même pour la gouvernance qui s’est amélioré car la fonction institution est passée de 21,9% à 25,8%, et la sécurité de 12,5% à 12,9%. En outre des efforts doivent être faits pour mieux améliorer la sécurité dans le contexte d’instabilité de la sous-région.
Par ailleurs, la part du budget allouée au réseau social a connu une hausse importante par rapport au réseau professionnel. Respectivement de 4,8% et 2,2% sur la sous période 2010 -2014, le budget de ces fonctions a augmenté de 3 points de pourcentage pour la fonction Réseau sociale et 1,8 points de pourcentage pour la fonction Réseau professionnel. Ces résultats traduisent l’intérêt que le gouvernement de la Guinée accorde à la dynamique de renforcement des liens sociaux.
La période allant de 2020 à 2021 coïncide avec la pandémie de Covid-19. Sur ces deux années, la politique publique a mis l’accent sur le renforcement des institutions et le soutien à l’économie, qui ont occupé les parts les plus importantes du budget, soit plus de la moitié du budget de la période. Les parts du budget alloué à la santé et au réseau social ont également connu une hausse par rapport aux deux sous-périodes initiales. Ils sont respectivement de 5,1% et 8,3%. Cette hausse comparativement aux deux sous périodes (2010-2014 et 2015 -2019) peut s’expliquer par la réorientation des politiques sociale et sanitaire due à la pandémie de la Covid-19. Les fonctions budgétaires Sécurité et Réseau professionnel ont une certaine stabilité comparativement aux deux autres sous-périodes. Toutefois, la structure budgétaire de l’Energie BTP a connu une baisse drastique sur la période.
Graphique 2 : Evolution selon la nature de la structure budgétaire
Source : Equipe nationale et CREG, 2023
3. Analyse des structures par nature budgétaire
Le graphique 3 ci-dessous présente l’évolution des structures moyennes budgétaires selon la nature budgétaire. L’analyse est faite en considérant ces moyennes budgétaires sur trois périodes que sont les deux périodes quinquennales 2010-2014 et 2015-2019 et la période d’après COVID-19 2020-2021. En considérant l’évolution sur les deux périodes quinquennales, on observe que le fonctionnement occupe une importante part avec la moitié du budget. De plus, la part du budget moyen alloué à cette nature a positivement évolué entre les deux périodes, passant 49,7% en 2010-2014 à 55,5% en 2015-2019. Quant aux investissements, ils ont connu une baisse entre les périodes 2010-2014 et 2015-2019 avec des parts respectivement de 34,6% et 20,8%. En revanche, les transferts ont connu une hausse importante entre les périodes quinquennales. Ainsi, 15,7% du budget sont allouées en 2010-2014, et 23,8 en 2015-2019 pour les transferts. Pour ce qui est de la période d’après COVID-19 (2020-2021), l’allocation du fonctionnement est prédominant avec une part de 58,4%. Ce qui n’est pas le cas du budget alloué aux investissements qui ont chuté brutalement pour se retrouver à 4,5% après la pandémie. En revanche, les transferts ont connu une hausse considérable pour juguler à la crise avec une valeur de 37,1% du budget après la pandémie.
Graphique 3 : Structure par nature budgétaire
Source : Equipe nationale et CREG, 2023
4. Analyse des élasticités sectorielles
Cette section analyse les élasticités sectorielles des 8 fonctions budgétaires. Le tableau 1 ci-dessous indique les différentes élasticités des fonctions budgétaires.
* EDUCATION
La fonction Education indique que le budget global est sensible à au DDMI Education. En effet, lorsque le budget alloué à la santé augmente de 100%, le DDMI Education connaît une hausse de 6,58%. En prenant en compte la nature budgétaire, les dépenses de fonctionnement influencent positivement et significativement le DDMI Education. Ainsi toute augmentation du fonctionnement de 100% induit une augmentation d’environ 60% du DDMI Education. Ce qui signifie que l’amélioration du DDMI Education passe par une augmentation du budget fonctionnement. Cette part est très importante et favorise la capture du DD. De même, les transferts sont sensibles au DDMI Education. Lorsqu’on augmente les transferts de 100%, le DDMI Education s’accroît de 24,4%. Par contre les investissements n’ont pas d’effet sur le DDMI Education en Guinée.
* SANTE
L’analyse de la fonction Santé indique que le budget total est sensible au dividende démographique. En considérant la nature budgétaire, on constate que les dépenses de fonctionnement sont très sensibles au DDMI Santé. En effet, toute hausse ceteris paribus des dépenses de fonctionnement de 100% entraîne une hausse du DDMI Santé d’environ 88%. Cette élasticité est très forte et implique que la capture du DD ne peut se faire sans les dépenses de fonctionnement en Santé. Il en est de même, pour les allocations en investissement. Lorsque qu’on augmente les investissements en Santé le DDMI Santé s’accroit de 5,83% suite à une hausse de 100% des investissements. Cet effet induit est faible par rapport à celui du fonctionnement. Aussi, les transferts exercent un effet positif et significative au seuil de 5% sur le DDMI Santé. Cependant cet effet induit est faible car toute hausse de ces dépenses de 100% induit une hausse d’environ 2% du dividende démographique.
* ECONOMIE
La fonction Economie indique le budget global est sensible au DDMI Economie. Ceci implique que toute augmentation du budget de 10% entraîne une augmentation du DDMI Economie de 4,7%. Par exemple, l’accroissement du budget de l’économie en 2019 (3078,8 Mds GNF) de 10% devrait faire passer le DDMI de 0,382 à 0,558, soit une augmentation de 0,176. La prise en compte de la nature budgétaire montre le budget de fonctionnement n’a pas d’effet significatif sur le DDMI, et quel que soit le niveau d’augmentation du budget de cette fonction, il n’impacte pas le DDMI. S’agissant du budget d’investissement, il a été positivement significatif au seuil de 1%. Une augmentation de ce budget de 10% devrait accroitre le DDMI de 5,2%. Par exemple, la hausse de la part du budget d’investissement dans le budget total du secteur économie en 2019 (0,02648) de 10% devrait faire passer le DDMI de 0,382 à 0,401, soit une augmentation de 0,02.
* BTP/ENERGIE
L’élasticité budgétaire du secteur BTP-Energie a été positivement significatif au seuil de 1%. L’augmentation du budget total du secteur BTP-Energie de 10% induit une augmentation du DDMI BTP/Energie de 5,1%. A titre illustratif, l’accroissement du budget de ce secteur en 2019 (981,5 Mds GNF) de 10% devrait faire passer le DDMI de 0,376 à 0,395, soit un accroissement de 0,019. A cet effet, les fonctions du budget du secteur BTP-Energie ont été positivement significatifs au seuil de 5%. Ainsi, lorsque les dépenses de fonctionnement augmentent de 10%, le DDMI connaît une augmentation de 0,8%. De même, une hausse du budget d’investissement de 10% devrait porter le DDMI à 7,4%. Pour le budget des transferts, son accroissement de 10% entrainerait une progression du DDMI de 0,6%. Les effets induits des transferts et du fonctionnement sont faibles par rapport à celui du budget investissement. Ainsi, l’amélioration du DDMI BTP/Energie est lié fortement à celle des investissements. Plus d’investissements en BTP/Energie induirait plus de dividende démographique (DD).
* SECURITE
L’analyse de la fonction Sécurité montre que le budget global exerce un effet négatif sur le DDMI Sécurité. Ainsi, la production des services Sécurité ne nécessiterait pas une augmentation du budget de cette fonction. Par contre en tenant compte la nature budgétaire, on constate que seules les allocations des investissements exercent un effet positif et significatif sur le DDMI Sécurité au seuil de 10%. En effet toute augmentation des investissements de 10% induit une augmentation du DDMI de 0,05%, toutes choses égales par ailleurs. Toute fois cet effet induit est très faible quand bien même il est positif, il est presque nul. En revanche, les allocations en fonctionnement et en transferts exercent des effets négatifs et non significatifs statistiquement à la production des services de sécurité. Il se déduit qu’au cas échéant du non maintien du budget total alloué à la sécurité, l’autorité devra augmenter les budgets d’investissement dans ce secteur Sécurité.
* INSTITUTIONS
L’analyse de la fonction Institution montre que le budget global a un effet significativement non nul sur le DDMI. Ainsi, une augmentation du budget total des institutions impacte positivement le DDMI Institutions. Lorsque le budget total augmente de 10%, le DDMI correspondant augmente de 5,34%.
L’analyse selon la nature budgétaire indique que les dépenses de fonctionnement sont sensibles au DDMI. En effet, toute hausse de 10% du budget alloué au fonctionnement induit une hausse du DDMI Institutions de 8,17%. Alors que les effets induits suite à une hausse de 10% des investissements et des transferts sont respectivement de 0,63% et 1,33% du DDMI Institutions. L’effet des dépenses de fonctionnement est très prononcé par rapport à celui des transferts et des investissements. Ces résultats suggèrent le maintien des allocations budgétaires dans le secteur Institutions tout en veillant à améliorer l’effet des investissements dans le secteur. De plus, pour capturer le DD en Guinée, il va falloir améliorer les allocations en fonctionnement qui impactent fortement le DDMI Institutions.
* RESEAU PROFESSIONNEL
On constate que le budget total du Réseau professionnel est sensible au DDMI Réseau professionnel. En effet, lorsque le budget total du réseau professionnel augmente de 10%, le bien être du secteur (DDMI) augmente de 2,3 %. L’analyse par nature budgétaire montre que le fonctionnement et les investissements exercent des effets significatifs et positifs sur le DDMI Réseau professionnel au seuil de 1% tandis que les transferts exercent des effets négatifs et significatifs au seuil de 1%. Ces résultats impliquent que lorsqu’on hausse les dépenses de fonctionnement de 10%, le DDMI Réseau professionnel s’accroît de 7,8%. De même, toute augmentation Ceteris Paribus des investissements de 10% induit une augmentation du DDMI de 0,4%. Par contre, lorsque les transferts dans le Réseau professionnel augmentent de 10%, le DDMI baisse de 1,4%. Les transferts défavorisent la capture du DD relatif au Réseau professionnel. La capture du DD passe par l’amélioration des allocations de fonctionnement en Réseau professionnel.
* RESEAU SOCIAL
L’analyse de la fonction Réseau social montre que le budget total est sensible au DDMI. En effet, lorsque les dépenses du Réseau social augmentent de 10%, le bien être du secteur (DDMI) augmente de 1,88%. La prise en compte de la nature budgétaire indique que les dépenses de fonctionnement et transferts influencent significativement et positivement, au seuil de 1% le DDMI Réseau social. Par contre la variable investissement, est significativement nulle. Ainsi, toute augmentation de 10% du fonctionnement et des transferts entraîne respectivement une augmentation de 4,5% et de 5,9% le DDMI Réseau social, toutes choses égales par ailleurs. Par ailleurs, ces résultats montrent que même si on augmente le budget d’investissement du réseau social, cela n’aura aucun effet sur le bien-être des acteurs de ce secteur. Cette préoccupation de non significativité du budget d’investissement s’explique par ce qu’on appelle un « effet de seuil » qui signifie que les montants orientés aux investissements sont très faibles.
Tableau 1 : Résultats des élasticités sectorielles
DDMI
FONCTIONNEMENT
INVESTISSEMENT
TRANSFERTS
TOTAL
COEFFICIENTS
EDUCATION
0,5982***
0,0180*
0,2440***
0,0658***
SANTE
0,8763***
0,0582***
0,0192
0,0546***
ECONOMIE
0,297
0,524***
0,289*
0,469***
BTP-ENERGIE
0,088***
0,742***
0,065**
0,514***
SECURITE
-0,001*
0,005*
-0,002*
-0,0009*
INSTITUTIONS
0,817*
0,063*
0,133*
0,534*
RESEAU PROFESSIONNEL
0,779***
0,040
-0,139***
0,23***
RESEAU SOCIAL
0,452***
0,023
0,592***
0,188***
Source : Equipe nationale et CREG, 2024
Significatif à 1% ;
Significatif à 5% ;
Significatif à 10%.

