Policy note BSDD MAURITANIE
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POLICY NOTE SUR LA BSDD EN MAURITANIE
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Décembre 2024
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1. Contexte et justification
A l’instar d’autres pays Africains au Sud du Sahara, la démographie de la Mauritanie est caractérisée par la jeunesse de la population. Plus de 30% de la population totale a moins de 10 ans, tandis que les moins de 15 ans représentent 44,2%, la tranche 15-59 ans représentant 50,2% et la population de 60 ans et plus seulement 5,6%. La moyenne d’âge est de 22 ans pour l’ensemble du pays. Il est de 23 ans en milieu urbain, de 21 ans en milieu rural et 23 ans chez les nomades. La population des personnes âgées (60 ans et plus) est passée de 6,3% à 5,6% (RGPH 1988, 2000, 2013). En effet, cette population jeune peut être une source d’opportunité si des investissements adéquats sont effectués dans les secteurs cibles (Santé, Education etc.)
Cependant, compte tenu des contraintes de financement et dans un contexte de rareté de ressource, l’allocation optimale du budget devient un défi et un impérative pour les pays africains dans la capture du dividende démographique (DD). Il y a donc urgence de réorienter le budget de l’Etat vers les investissements sensibles au Dividende Démographique. Ainsi, conformément aux recommandations de l’Union Africaine et dans l’optique d’opérationnaliser le processus de la Budgétisation Sensible au DD et d’assurer le suivi et l’évaluation des performances des pays en matière d’exploitation du Dividende, l’outil « Budgétisation Sensible au Dividende Démographique » a été mis en place par le Consortium Régional pour la Recherche en Economie Générationnelle (CREG) avec l’appui des partenaires au Développement (UNFPA). La BSDD s’appuie sur l’indice de suivi du Dividende Démographique (DDMI). En effet, elle est un processus d’évaluation de la prise en compte du Dividende Démographique (DD) dans les allocations budgétaires. Elle est une approche qui vise à intégrer les préoccupations de la capture du DD et du genre dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques et des programmes. Le terme ‘‘sensible’’ renvoie au fait que l’exécution du budget doit pouvoir produire des changements positifs sur les secteurs intervenant dans la capture du dividende démographique.
Le présent policy note analyse d’abord les séries du DDMI retroplolées, ensuite analyse des sections budgétaires et enfin analyse des élasticités sectorielles.
2. Analyse des séries du DDMI retropolées
Le graphique 1 présente l’évolution des structures moyennes des fonctions du DDMI sur les sous- périodes quinquennales suivantes : 2004-2009 ; 2010-2014 et 2015-2019. De manière générale, il convient de noter une constance dans l’évolution des huit (8) fonctions du DDMI sur les trois sous-périodes.
Il ressort de l'analyse du graphique que sur la période 2004-2009, la fonction santé a enregistré le score le plus élevé avec un indice moyen de 0,607, suivie de la fonction sécurité (0,595) et réseau social (0,580). Les fonctions BTP/énergie et éducation se démarquent comme celles présentant les plus faibles scores estimés respectivement à 0,294 et 0,319 sur cette période. Comparé à la sous période 2004-2009, les fonctions du DDMI sur la période 2010-2015 ont connu une évolution contrastée. Sur les 8 fonctions, 3 ont connu une hausse légère de leur valeur. Il s’agit de l'éducation (0,368), de la santé (0,642) et de l’économie (0,33). Les fonctions sécurité et institution connaissent une baisse avec des valeurs chiffrées respectivement à 0,485 et 0,411. Par ailleurs, la sous période 2015-2019 est marqué par une hausse des indices moyens de toutes les fonctions du DDMI excepté la fonction institution dont la valeur est restée constante sur la sous période. Les fonctions Santé et sécurité ont enregistrés les plus importantes hausses. Les fonctions BTP/Energie et Economie demeurent les fonctions qui ont les plus faibles scores du DDMI.
Graphique 1: Indice des moyennes quinquennales des fonctions du DDMI
Source : Équipe Nationale et CREG, 2023
Le graphique 2 montre l’analyse des contributions des moyennes quinquennales des fonctions budgétaires. En effet, il ressort que les tendances sont significatives. Entre 2004 et 2009, plusieurs fonctions ont montré de fortes contributions notamment : la fonction santé, le réseau social, la sécurité et le réseau professionnel, tous à hauteur de 16%. Ensuite, les fonctions institution, santé et économie ont contribué respectivement à 12% et 9% chacune.
Pendant cette même période, la fonction BTP énergie a affiché la plus faible contribution, s'élevant à 8%. De plus, cette contribution est restée stable au fil des années, tant pour la période 2010-2014 que pour 2015-2019. Cette tendance de stabilité s'observe également pour la fonction économie, dont la contribution est restée à 9% pour toutes les périodes. Par ailleurs, dans la période 2010-2014, la fonction institution a gagné un point de pourcentage dans la contribution totale du DDMI, atteignant 17%. En revanche, la fonction réseau social et BTP énergie ont diminué d'un point, tandis que la fonction sécurité a reculé de deux points. La contribution de la fonction éducation a évolué d’un point durant cette période. De même, pour la période 2015-2019, la fonction sécurité continue de contribuer significativement au DDMI, à l'instar de la période 2005-2009, avec une contribution de 16%. Cependant, la fonction institution a pris la première place avec la plus grande contribution de 17%. Les fonctions réseau professionnel et réseau social ont toutes deux légèrement régressé d'un point par rapport à la période 2010-2014, enregistrant des contributions respectives de 15% et 14%.
Graphique 2:Contribution des moyennes quinquennales des fonctions du DDMI
Source : Équipe Nationale et CREG, 2023
3. Analyse des structures budgétaires
Cette section analyse les structures budgétaires du DDMI. Dans le premier quinquennal 2009-2012, le graphique montre que les institutions et la sécurité occupent une part importante des fonctions budgétaires du DDMI avec respectivement 79.2% et 13.2%. Par contre la santé, les BTP énergie et réseau professionnel sont au plus bas de l'échelle avec moins de 1%. L’éducation et les affaires économiques occupent respectivement 2.6% et 2%. On constate que dans le second quinquennal 2013-2017, institutions et sécurité prédominent aussi avec respectivement 73.2% et 12.3%, suivi de l’éducation (2.2%), de la santé (1%) et du réseau social 1.2%. BTP énergie, réseau professionnel et affaires économiques viennent en dernier avec moins de 1%. Pour le dernier quinquennal 2018-2022, institutions (70.3%) et sécurité (11%) sont toujours en tête. Éducation, santé, réseau social et affaires économiques s’en suivent avec respectivement 4.2% ; 1.1% ; 8% et 4.6%. Par contre, BTP énergie et réseau professionnel restent encore faibles avec moins de 1%.
Dans l’ensemble, on constate que la part des institutions, sécurité et réseau professionnel ont diminué au cours de trois quinquennaux alors que celle de la santé a évolué lentement. Par contre, la part de l’éducation a presque doublé dans les deux derniers quinquennaux. De même, comparé au deuxième quinquennal, il ressort une nette augmentation au niveau de la santé, affaires économiques et BTP énergie au cours du troisième quinquennal.
Graphique 4: Structures moyennes quinquennales des fonctions budgétaires du DDMI
Source : Équipe Nationale et CREG, 2023
4. Analyse des élasticités sectorielles
Cette section analyse les élasticités sectorielles.
* Education
Concernant la fonction « Education », on constate que les dépenses de fonctionnement dans l’éducation ont un effet positif et significatif sur le DDMI education. En effet, une augmentation de 10% du budget du fonctionnement alloué à l’éducation, engendrerait une augmentation de 6,35% de l’indice correspondant du dividende démographique. Cependant, cette augmentation serait de moins de 1% dans l’indice correspondant du dividende démographique. Si on mettait l’accent sur une augmentation de 10% dans le budget de l’investissement, toute chose étant égale par ailleurs, cette situation peut, toutefois, s’expliquer par le faible niveau d’investissement dans ce secteur. En outre lorsque les dépenses en transferts augmentent de 10%, le DDMI Education augmente de 2,7%.
* Santé
L’analyse des élasticités liées à la fonction santé. On peut en déduire, en effet, qu’une augmentation de 10% du budget d’investissement alloué à la santé, engendrerait une augmentation de 7,52% de l’indice correspondant du dividende démographique. En revanche, cette augmentation serait de moins de 3% dans l’indice correspondant du dividende démographique si on mettait l’accent sur une augmentation de 10% dans le budget du fonctionnement. Cet indice étant par ailleurs marginal (1,27%) dans l’indice correspondant du dividende démographique si on mettait l’accent sur une augmentation de 10% dans le budget du transfert.
* BTP/Energie
Les résultats de ces analyses montrent que la composante « BTP-Energie » est plus sensible aux crédits de fonctionnements et d’investissement que ceux du budget pris ensemble dans sa globalité Une augmentation de dix pourcent (10%) de crédit d’investissement et de fonctionnement, toutes choses étant égales par ailleurs, améliore les indices de DDMI du BTP-energie respectivement de 6,05 points et de 2,9 points. Cependant, l’augmentation du budget de 10% n’entraine qu’une hausse peu significative de 0,17 % inférieur à 1%. Par ailleurs, le niveau elevé de l’élasticité gamma (augmentation de 10% créé 9 points de plus) montre que l’évolution du DDMI BTP-Energie a un profil tendenciel indépendament du budget. Pour améliorer le DDMI BTP/Energie il faut accroître les dépenses d’investissement et de fonctionnement et réduire celles des transferts.
* Sécurité
L’analyse de la fonction sécurité montre que lorsque les dépenses de fonctionnement augmentent de 10%, le DDMI sécurité connait une augmentation de 7,15%. De même, toute augmentation de 10% respectivement des dépenses de transferts et de d’investissement entraîne une augmentation du DDMI sécurité de 3,55% et de 0,48% respectivement. Les effets induits par une augmentation des investissements sont faibles. En conséquence, pour améliorer le DDMI sécurité, il faut augmenter toutes choses étant égales par ailleurs les dépenses de fonctionnement qui ont un fort effet sur ce dernier. De plus l’allocation des transferts au corps de sécurité améliore significativement le DDMI sécurité.
* Economie
Quant à la fonction économie, les budgets alloués aux investissements et aux transferts sont plus sensibles au DDMI de la fonction qu’au budget alloué au fonctionnement ou de manière globale. En effet, une augmentation de 10% des investissements alloués à l’économie entraîne, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de 4,5% du DDMI correspondant ; ce qui serait de 6% si l’on augmente les transferts de 10%. En revanche, une augmentation de 10% du budget alloué à la fonction globale ou à son fonctionnement impacterait très faiblement les indices DDMI correspondant. Les dépense de fonctionnement n’améliore pas le DDMI Economie. Le gouvernement semble avoir une faible préférence pour le fonctionnement et du budget de manière globale dans cette fonction au moment d’allouer son budget. Car ces deux dépenses n’améliorent pas le DDMI Economie.
* Réseau social
L’analyse de la fonction Réseau social montre que le budget global a un effet positif et significatif sur le DDMI. Lorsque le budget global augmente de 10%, le DDMI Réseau social augmente d’environ 2%. Cette hausse est tirée par la forte sensibilité des transferts et des investissements. En effet, lorsque les transferts et les investissements augmentent respectivement de 10%, le DDMI Réseau social augmente de 7,65% et de 4% respectivement. En revanche les fonctionnements réduisent le DDMI réseau social même si cet effet est non significatif. Puisque toute augmentation des dépenses de fonctionnement de 10% entraîne une baisse du DDMI de 0,27%.
* Réseau Professionnel
L’analyse de la composante réseau professionnel dans le budget du DDMI correspondant montre que tous les budgets réalisés dans l’investissement et les institutions renforcent la capture du dividende démographique. En effet, l’augmentation de 10% des dépenses de fonctionnement, d’investissement et de transfert induit une augmentation respective de 0,62%, 0,35% et 0,16% du DDMI Réseau professionnel. Par ailleurs, le budget global n’a pas d’effet significatif sur le DDMI Réseau professionnel. Pour une meilleure capture du dividende démographique, il faudrait améliorer l’allocation de dépenses de fonctionnement et d’investissement qui ont un fort impact sur le DDMI correspondant.
* Institutions
Quant aux élasticités liées à la fonction des institutions, la part du budget consacrée à la fonction présenterait des effets proches entre l’investissement et le fonctionnement. D’un côté, l’augmentation de la part du budget consacrée aux fonctionnements dans les institutions joue positivement sur la capture du dividende démographique. En effet, une augmentation de 10% du budget de fonctionnement alloué à l’institution entraîne, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de 5,04% du DDMI de la fonction. De l’autre côté, une augmentation de 10% des investissements réalisés pour les institutions entrainerait une augmentation de 4% de l’indice du DDMI correspondant. L’effet de la part du budget allouée aux transferts sur les DDMI institutions reste non significatif. Indépendamment des fonctions budgétaires, le budget global n’est pas sensible au DDMI institutions.
Tableau 1 : Résultats des élasticités budgétaires des 8 fonctions
TOTAL
FONCTIONNEMENT
INVESTISSEMENT
TRANSFERT
α1
α2
α3
Education
0
Sante
0,0008
BTP-Energie
Sécurité
Economie
Réseau social
Réseau professionnel
Institution
Source : CREG, 2023
Significatif à 1% ;
Significatif à 5% ;
Significatif à 10%.
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