Note conceptuelle _fevrier 2024_final
Étude régionale sur les transformations économiques et sociales dans la vie des adolescentes, des filles et des femmes participant aux interventions du projet SWEDD (2015-2020) au Burkina Faso, Cote d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad
Note conceptuelle et méthodologique
Février 2024
Sommaire
I. Contexte, objectifs de l’étude et revue de la littérature 4
I.1 Contexte 4
I.2. Revue de la littérature 8
I.3. Objectifs de l’étude 12
II. Hypothèses de l’étude 12
III. Approche méthodologique 13
III.2. Méthode d’analyse : 14
III.2. Sources de données et méthodologie de collecte 16
III.3. Cartographie des bénéficiaires 19
III.4. Echantillonnage 19
IV. Architecture de la collecte à l’échelle des 6 pays 22
________________
1. Contexte, objectifs de l’étude et revue de la littérature
I.1 Contexte
Les pays sahéliens sont tous engagés aujourd’hui dans la transition démographique. Ce processus transitionnel se traduit par une modification progressive de la structure par âge dans laquelle les jeunes vont être surreprésentés ; ce qui va conduire au changement des ratios de dépendance démographique et économique. Cette situation offre de réelles perspectives de développement pour les pays concernés. On considère que 90 % des adolescents vivant dans des pays en développement sont susceptibles de contribuer à la capture du dividende démographique (Patton, 2010)[1] ; Cependant, pour que cette opportunité puisse être saisie, un certain nombre de conditions devraient être réunies. Ces conditions sont également relatives à des investissements que Sevilla, Canning et Bloom (2001 :4)[2] nomment « environnement politique de base » qui recouvrent à la fois des investissements en faveur de la maîtrise de la fécondité, les investissements dans l’éducation pour booster le capital humain, des investissements dans la santé et enfin la création d’un environnement fiscal et économique favorable à la création d’emplois.
Il s’agit d’une opportunité unique dans l’histoire démographique des pays. La bonne gestion du capital humain à travers des investissements cohérents garantisse le dividende démographique. De façon plus précise, cette capture dépend largement des investissements qui seront opérés au profit de ces adolescent(e)s dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’absorption dans le marché du travail (Patton et al, 2010)[3]. Opérer ces investissements adéquats pour répondre à la demande résultant de l’accroissement de la population est un défi herculéen. Il est important de noter l’importance de l’investissement dans les jeunes filles et femmes en particulier. Si des investissements dans la maitrise de la fécondité, les violences basées sur le genre, l’éducation, l’emploi et ainsi de suite n’atteignent pas les femmes et les filles, la transition de la fécondité ne peut pas s’opérer. De façon générale, la survivance des iniquités de genre et la faible valorisation du statut social des filles et des femmes est de nature à ne pas favoriser la transition de la fécondité (Millogo, Rossier, Mberu, Abdramane Soura, 2019)[4].
Ensuite, il nécessite aussi l’antériorité de la transition de la nuptialité sur celle de la fécondité : c’est le second postulat de la théorie de la théorie de la transition démographique. Cela veut dire que le retard de l’âge au premier mariage du fait des facteurs de modernisation dont la scolarisation et l’urbanisation va impacter sur les indices de fécondité. Le retard de la primo nuptialité résulte principalement d’une augmentation du niveau de scolarisation des filles.
En se basant sur les données de l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED), compilées à partir de celles du Population Reference Bureau (PRB) en 2022, le taux d’accroissement naturel est estimé à 2,6 % en Afrique occidentale. Pour un tel niveau de croissance et en prenant en compte la valeur moyenne du coefficient marginal de capital (4 %)[5] estimé par Jacques Henripin[6] dans le coût de la croissance démographique, le volume des investissements démographiques se chiffre à 10,4 % du capital productif des pays. En d’autres termes, compte tenu du taux d’accroissement démographique, il faut augmenter la production dans les secteurs clé (agriculture, élevage, pêche, mines, services, etc.) de 10 % pour ne pas dégrader les ratios comme le nombre d’élèves par enseignant ou par salle de classe, le nombre de femmes en âge de procréer par sage-femme, pour ne citer que ceux-là.
Au demeurant, la question des adolescents et des jeunes place les pays en transition dans un choix cornélien : consentir ces investissements et espérer capturer le dividende démographique ou laisser en rade cette composante, hypothéquant du coup cette capture. Comme indiqué plus tôt, les investissements à consentir pour capturer le dividende concernent la maîtrise de la fécondité, l’amélioration de l’offre et de la demande de services et de soins de santé, le renforcement de l’offre et de la demande éducative pour créer du capital humain et la création d’un environnement favorable aux investissements économiques. C’est à ce niveau que se situe l’articulation vertueuse entre la bonne gouvernance et la capture du dividende démographique.
Les travaux précurseurs de Bloom, Sevilla et Canning (2003)[7] ont mis en évidence la nécessité d’accélérer la transition démographique pour en capturer le dividende démographique. Il est admis que « le déclenchement d'un dividende démographique nécessite deux ingrédients : (i) une diminution du taux de dépendance qui n'est possible que lorsque la baisse du taux de fécondité est plus rapide que celle du taux de mortalité, et (ii) des politiques adéquates pour favoriser le capital humain, l'emploi et les investissements afin de veiller à ce que la population supplémentaire en âge de travailler soit en mesure d'obtenir de bons emplois »[8].
C’est dans ce cadrage théorique que s’inscrit le projet SWEDD (Sahel Women’s Empowerment and Demographic Dividend) sur « Autonomisation des femmes et dividende démographique au Sahel » financé par la Banque Mondiale et mis en œuvre par les pays. Le projet SWEDD a inclus six pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, et Tchad) au tout début du projet en 2015. Il a comme principal objectif d’accroître l'autonomisation des femmes et des adolescentes et leur accès à des services de santé reproductive, infantile et maternelle de qualité dans des zones sélectionnées des pays participants, y compris le territoire des bénéficiaires, et améliorer la génération et le partage de connaissances régionales ainsi que la capacité et la coordination régionales. Le projet est construit suivant le cadre multisectoriel 4E pour l’autonomisation des filles et des femmes (Figure 1).
Figure 1. Cadre multisectoriel 4E pour l’autonomisation des Filles et des Femmes
Le projet s’articule autour de 3 composantes principales : La composante 1 vise à créer une demande pour les produits et services de Santé Reproductive, Maternelle, Néonatale, Infantile et Nutritionnelle (SRMNIN) en favorisant le changement social et comportemental et l'autonomisation des femmes et des adolescentes. La composante 2 vise à renforcer les capacités régionales afin d'améliorer l'offre en produits SRMNIN et en personnel qualifié. La composante 3 vise à renforcer le plaidoyer et la concertation de haut niveau menés dans le cadre du projet et à renforcer les capacités pour l'élaboration des politiques et la mise en œuvre du projet. Le projet SWEDD s’organise autour d’un cadre multisectoriel, suivant la théorie de changements suivante :
Figure 2. Théorie du changement du projet SWEDD
L’atteinte de ces objectifs exigeait entre autres la mise en œuvre conjointe de différentes interventions qui trouvent leur pertinence dans ce que Canning, Sevilla et Bloom (2003) nomment le « mix policy » et qui constitue une articulation entre plusieurs interventions devant toutes concourir à accélérer la transition démographique, ainsi qu’adresser les inégalités de genre qui peuvent empêcher la transition vers un mariage retardé et une baisse de la fécondité (Mason, 1997, 2001). Ces perspectives théoriques donnent du sens aux interventions déployées dans le cadre du Projet SWEDD dont :
* La mise en place des espaces sûrs ;
* La mise en place des clubs/écoles des maris et des futurs maris ;
* Des interventions de soutiens scolaires aux filles ;
* Des interventions de supports économiques à l’intention des filles/femmes qui ne fréquentent pas l’école.
Ces interventions ont permis d’enregistrer les résultats suivants tirés du cadre de résultats du projet (2020) du SWEDD :
* Environ 85 % des adolescentes et des femmes ciblées par les espaces sûrs ont amélioré leurs connaissances, leur attitude et leurs pratiques en matière de santé de la reproduction et de questions liées au genre ;
* Plus de 250 000 adolescentes bénéficiaires du projet ont été maintenues dans le système éducatif ;
* Près de 35 000 filles ont bénéficié d'une formation professionnelle, de crédits et/ou de subventions d'actifs productifs, contribuant à la création d'emplois décents ;
* Le taux de prévalence contraceptive a augmenté entre 2015 et 2020, de parfois 6 points dans certains pays SWEDD (Mali) ;
* 05 pays (Tchad, Mali, Mauritanie, Côte d'Ivoire et Niger) ont révisé leurs plans de développement nationaux pour y intégrer le dividende démographique, à la suite des preuves générées sur la valeur ajoutée de l'investissement dans le capital humain.
Ces résultats mettent en lumière les performances du projet en termes de résultats intermédiaires, mais ne permettent pas de saisir l’évolution des trajectoires de vie des bénéficiaires encore moins les transformations sociales et économiques des bénéficiaires.
I.2. Revue de la littérature
Le projet SWEDD déploie une approche multisectorielle « 4E », qui aide les pays à accélérer la transition en matière de fécondité en autonomisant les femmes et les filles grâce à un investissement dans l’éducation, l’emploi et un meilleur accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, tout en s'attaquant aux normes sociales néfastes qui tolèrent la violence et les inégalités de genre. Ce cadre met en évidence la nature multidimensionnelle des défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles et le fait qu’ils nécessitent une action soutenue et coordonnée au-delà des secteurs et des frontières.
Les investissements dans l’autonomisation des filles et des femmes sont déterminants dans la capture du dividende démographique. Bien qu’elle soit le plus souvent abordée sur le plan économique, cette autonomisation intègre d’autres facteurs tels que, les dimensions sociales, psychologiques et politiques (ONU femmes, OMS, 2020)[9].
C’est pourquoi dans le cadre du projet SWEDD, plusieurs interventions coordonnées relatives à l’appui scolaire, le développement des compétences de vie et les appuis économiques pour les adolescentes et les jeunes femmes sont mises en œuvre dans les pays bénéficiaires du projet. Certains résultats d’évaluation montrent que le projet a contribué au processus d’autonomisation des filles bénéficiaires. Au Niger par exemple, l’étude conduite en 2020 quelques mois après la fin de l’intervention relative à l’octroi de bourse scolaire aux filles du cycle secondaire montre que, par exemple comparé aux filles non-participantes, les filles qui ont bénéficié du programme avaient 53 % plus de chances de rester scolarisées au moment du suivi, et avaient 50% moins de chances d'être mariées au cours de l'été suivant leur troisième année d'études secondaires et 30% moins de chances d'être promises, si elles n'étaient pas mariées. Une évaluation similaire en Côte d’Ivoire (2020) toujours dans le cadre du projet SWEDD montre également que la combinaison du développement de compétence de vie des filles et de celui de la masculinité positive chez les hommes impactent positivement les activités génératrices de revenus des filles et des femmes comparées aux différentes stratégies prises de façon indépendante.
Pour Perkins et Zimmerman (1995)[10], l’autonomisation se mesure à la fois à travers son processus mais aussi à travers les résultats concrets auxquels elle a permis d’aboutir. Ainsi, dans le cadre de cette étude, on examinera comment le développement des compétences de vie des filles et des femmes à travers les espaces surs a modifié et renforcé au cours du temps, leur confiance et leur estime de soi. De même, il sera pertinent d’identifier ce que ce changement leur a permis de faire concrètement en termes de prise de décisions ou d’initiatives au sein de leur environnement familial ou communautaire ou en termes de d’une meilleure connaissance et application de leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
L’autonomisation est assimilable au concept « d’agency » bien théorisé par Alan Leslie depuis 1993. Pour Leslie[11], l’ « agency » intègre trois dimensions :
* La « capacité d'action individuelle » qui renvoie à l’aptitude de mener des actions en toute autonomie, d’agir sur les évènements et d’influer sur son devenir.
* La « capacité d’attribution d'intention » se donnant les moyens de mettre en œuvre des actions pour atteindre un but précis ;
* La « capacité de compréhension des interactions sociales » qui renvoie à l’aptitude de décrypter les interactions sociales et leur sens.
D’autres travaux ultérieurs comme ceux de Gallot (2021)[12] ont recentré le concept, le traduisant par : « les dispositions à l’action et les capacités à l’action », « les capacités d’agir dans une situation donnée » ou encore « l’action qui émane de la volonté de l’individu ».
Les travaux encore plus récents menés par le Centre pour l’équité de genre et la santé de l’Université de Californie dans le cadre du Projet « Agency for All » ont essayé de conceptualiser et d’opérationnaliser l’ « agency »[13]. L’« agency » analysé dans une perspective dynamique résulte d’une prise de conscience d’une situation et prend en compte les aspirations de l’individu, sa motivation en vue d’atteindre un but précis. L’ensemble de ces éléments déterminés, par un ensemble de facteurs ainsi hiérarchisés (du niveau le plus agrégé au moins agrégé) :
* L’environnement politique, économique et social ;
* Les normes sociales et de genre ;
* Les actifs (biens durables et non durables), les opportunités et l’accès aux biens et services ;
* Les connaissances, attitudes et croyances.
L’autonomisation des filles et des femmes est par ailleurs handicapée par des contraintes et risques. Les risques sont relatifs aux difficultés rencontrées dans la recherche de soins de santé en général et aux soins de santé sexuelle et reproductive en particulier. Ces risques sont accrus dans des contextes de vulnérabilité comme celui qui a prévalu lors de la pandémie du Covid 19 qui a eu des retentissements négatifs sur la santé mentale des jeunes et des femmes (Chippaux, 2023[14]). D’autres travaux ont montré les aspects négatifs du confinement sur l’abandon scolaire et les grossesses non désirées chez les adolescentes (Zulaika et al, 2022)[15].
Les risques encourus par les jeunes filles sont aussi indissociables des rapports de genre normés par l’environnement socioculturel. Des études ont mis en évidence le développement de comportements sexuels à risque et «la vulnérabilité économique, les constructions sociales de la masculinité et de la féminité, les inégalités de genre et la violence sexuelle » (Tchantchou, 2009[16]). Il existe aussi des processus de socialisation des adolescentes qui les exposent à des risques énormes dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. On peut à ce titre, considérer le rituel de « l’hyène » au Malawi où les grands-mères entretiennent la reproduction de la « socialisation sexuelle » des adolescentes qui sont initiées à l’acte sexuel par un homme d’âge mûr, rétribué à l’occasion (Chilanga, 2020)[17].
De façon générale, les filles et les femmes continuent de subir le poids des traditions à travers des phénomènes de violence qui au-delà de leur aspect rituel et cultuel apparaissent comme des dispositifs sociétaux de contrôle social de la sexualité.
« En Afrique, la violence à l’encontre des femmes est entretenue par la socialisation différentielle des garçons et des filles. Dès leur plus jeune âge, les filles sont éduquées à tolérer et même parfois à accepter la violence domestique. En d’autres termes, les normes sociales et les stéréotypes, seraient à l’origine des cas de violences enregistrés dans la sous-région. » (Ndiaye, 2021 :11)[18]
La fécondité hors mariage étant réprouvée, tout est mis pour l’éloigner de la jeune fille à travers notamment l’excision et un calendrier de la nuptialité précoce. Cela renvoie au principe de « l’asymétrie » du contrôle social de la sexualité exercé uniquement sur les filles et les femmes[19]. C’est dans ce cadre qu’il faut appréhender le concept de « corps communautaire » développé par Izugbara (2008) : une grossesse portée par une adolescente non mariée est vécue comme une humiliation par toute la parentèle.
Réduire les risques et les vulnérabilités multiformes affectant les adolescentes, les jeunes filles et les femmes est un défi majeur pour les pays soucieux de capturer le dividende démographique. C’est tout le sens des interventions développées dans le cadre du Projet SWEDD.
En résumé cette brève revue de littérature a montré que plusieurs études se sont intéressées à la question de l’autonomisation des adolescentes. A la lumière de ces dernières, il apparait que le concept d’autonomisation est multidimensionnel et le processus est complexe et nécessite plusieurs interventions parallèles et coordonnées surtout dans le contexte africain ou certaines normes sociales et culturelles sont défavorables à l’épanouissement de la femme et de la fille. Parmi les interventions nécessaires, on peut citer : l’éducation et le maintien des filles à l’école, la lutte contre les violences basées sur le genre et les pratiques néfastes, la promotion de la masculinité positive, la création d’emplois décents et le développement de la culture de l’esprit d’entreprenariat. Toutes ces interventions ont été mises en œuvre au profit des filles et des adolescentes par le projet SWEDD dans les pays y compris les 6 pays qui font l’objet de cette étude.
Il convient de noter que les études systématisées dans la littérature y compris les études d’impact du projet SWEDD conduites au Niger et en Côte d’Ivoire sont limitées. Elles ne s’intéressent pas souvent à toutes les interventions du projet à l’image de l’évaluation conduite au Niger qui ne touche que le volet éducation des filles et celle de la Côte d’Ivoire qui par exemple n’a pas touché à l’appui scolaire. De plus, il est observé que les enquêtes se tiennent souvent peu de temps après la mise en œuvre des interventions, ce qui laisse peu de chance pour observer des changements profonds. Les évaluations d’impact finales seraient certainement plus fournies en information mais elles ne sont pas encore réalisées. Aussi très peu d’études qualitatives ont été réalisées pour approfondir les résultats des évaluations d’impact. En définitive, les différentes études rencontrées n’accordent pas beaucoup d’intérêt aux transformations touchant les entourages familiaux et communautaires des bénéficiaires et n’ont pas utilisé des méthodes d’analyse longitudinale pour retracer les trajectoires annuelles de vie.
I.3. Objectifs de l’étude
L’objectif général de cette étude est d’identifier et de comprendre des transformations économiques et sociales ayant affecté les bénéficiaires des interventions pour les 6 premiers pays du projet SWEDD entre [20] 2015-2020, à savoir le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Cette étude cherche à décrire les dynamiques de vie des bénéficiaires pendant une période qui inclut leur participation dans les activités du SWEDD et à documenter le point de vue des bénéficiaires, des responsables, et des personnes ressources du projet eux-mêmes. L’étude cherche à comprendre (sans évoquer un attribution cause-à-effet directe) comment une participation dans les activités du projet SWEDD aurait pu potentiellement influencer les expériences de vie des adolescentes et jeunes femmes participantes.
De façon spécifique, il s’agit de :
* Retracer les trajectoires de vie des bénéficiaires en ce qui concerne les parcours scolaires, matrimoniaux, génésiques et économiques.
* Décrire l’évolution des comportements et attitudes des bénéficiaires relatifs à la santé sexuelle et reproductive ainsi qu’aux pratiques néfastes.
* Documenter les changements intervenus chez les bénéficiaires et dans leurs environnement familiaux et communautaires dans les domaines du leadership et de l’autonomisation.
* Mesurer la magnitude et la portée de ces transformations en ce qui concerne leur pouvoir de décision, leur capacité de négociation, la confiance en soi, l’affirmation de leur leadership et de leur engagement familial et communautaire.
* Décrire qualitativement les mécanismes à travers lesquels ces transformations ont pu s’opérer.
2. Hypothèses de l’étude
L’hypothèse principale qui sous-tend notre étude peut être formulée de la manière suivante :
* Les participantes des interventions du SWEDD ont connu des transformations économiques et sociales positives qui ont contribué à leur autonomisation, au niveau individuel, ainsi que des influences positives dans leurs familles et communautés.
De cette hypothèse générale, découlent une série hypothèses spécifiques. Ainsi, nous postulons que :
Les filles et les femmes qui ont participé aux interventions du projet SWEDD :
* H1.1 Connaissent et utilisent les méthodes contraceptives modernes existantes selon leurs besoins
* H1.2 Modifient le calendrier de leur fécondité en retardant l’âge de la première grossesse et/ou en espaçant les naissances.
* H1.3 Modifient le calendrier de leur nuptialité en se mariant après l’âge légal dans le pays
* H1.4 Exercent un leadership dans le milieu familial et communautaire en matière de VBG, SSR
* H1.5 Achèvent au moins le cycle secondaire (pour les filles ayant bénéficié de l’appui scolaire)
* H1.6 Exercent des activités génératrices de revenus rentables et pérennes pendant au moins 2 ans après le démarrage de l’activité (pour les filles ayant bénéficié de l’appui économique)
* H1.7 Contribuent aux dépenses de leurs ménages (pour les filles ayant bénéficié de l’appui économique)
* H1.8 Les hommes ayant fréquenté l’école/club des maris et futurs maris adoptent des comportements positifs dans les domaines :
* Des violences basées sur le Genre (VBGs)
* De la santé sexuelle et reproductive de leurs épouses
* Des travaux domestiques
* H1.9 Les épouses des hommes ayant fréquenté les écoles des maris et des futurs maris sont sujet aux VBG par comparaison (a) à leurs situations avant la participation de leurs époux et (b) des épouses des hommes qui n'ont pas participé dans les écoles des maris et des futurs maris.
3. Approche méthodologique
Il s’agit dans cette partie de présenter la méthodologie de collecte des données qui inclut les dispositions éthiques, la cartographie des bénéficiaires, le plan d’échantillonnage et la collecte sur le terrain. Il s’agira aussi de décliner les méthodes d’analyse qui seront déployées pour la vérification de nos hypothèses.
III.1 Dispositions éthiques
La conduite d’études touchant aux aspects démographiques et sanitaires des populations est soumise au respect scrupuleux d’un ensemble de règles édictées par les comités éthiques de recherche en santé. Traditionnellement, ces comités sont placés sous la tutelle des ministères de la santé qui reçoivent les dossiers comprenant les protocoles, les outils, les fiches de consentements et les lettres d’information destinées aux enquêtés, les organigrammes de l’étude et les curriculums vitae des chercheurs. La composition de ce dossier, les procédures et les délais de soumission, les procédures d’approbation sont spécifiques à chaque comité national. De même, la soumission du dossier est accompagnée d’un quitus de paiement des frais. Il appartiendra à chacune des six équipes pays d’adapter la procédure aux exigences de chaque comité éthique national avec le soutien de l’équipe de coordination régionale. Dans chacun des 6 pays, le démarrage des opérations de collecte de données (administration du questionnaire biographique aux bénéficiaires ciblés dans les échantillons) est assujetti à l’obtention des approbations et avis des comités éthiques.
III.2. Méthode d’analyse
Compte tenu des objectifs de cette étude qui vise à apprécier les trajectoires de vie ainsi que les changements dans les vies des bénéficiaires, une approche méthodologique mixte se concentrant sur les participants du projet (et pas sur d’autres adolescentes et jeunes filles de leurs communautés) et couplant les volets quantitatif et qualitatif est envisagée.
Approche quantitative
La partie quantitative reposerait essentiellement comme il est d’usage sur une approche biographique articulée autour d’un questionnaire biographique administré au bénéficiaire de l’intervention et d’un questionnaire ménage adressé au chef du ménage dans lequel réside le bénéficiaire au moment de l’enquête. Ainsi, comme l’ont souligné Daniel Courgeau et Eva Lelièvre[21], grands promoteurs de l’approche biographique :
« L’analyse des biographies va donc chercher ces changements dans le vécu du temps et de l’espace des individus. Il s’agira de voir comment un évènement familial, économique ou autre que connait un individu va modifier la probabilité d’arrivée des autres évènements de son existence ».
Les bénéficiaires qui seront ciblées par l’étude biographique sont celles et ceux qui ont participé dans des interventions entre 2016 et 2020 qui couvrent la période 2016-2020 du Projet SWEDD. Cette dernière année étant la borne supérieure temporelle à considérer. Nous supposons qu’il faudrait un temps minimal pour pouvoir observer des transformations affectant les bénéficiaires qui ont été exposés aux interventions.
L’approche biographique que nous proposons d’utiliser ici est une adaptation simplifiée au contexte des interventions du SWEDD. L’approche biographique classique est basée sur le suivi des itinéraires emboîtés d’un individu dans ses différents parcours de la vie de la naissance jusqu’au moment de l’enquête : résidence, vie scolaire et professionnel, vie matrimonial, vie génésique et même parfois vie associative (selon l’intérêt de l’étude). Pour cela, on construit une fiche reliant les âges de la vie aux évènements des parcours précédents : il s’agit de la fiche Agé-Evènement abrégée Ageven qui est donc un compteur temps. L’utilisation directe de fiche Ageven avec de possibles grandes séquences peut rendre difficile l’analyse des trajectoires des bénéficiaires des interventions du SWEDD. C’est la raison pour laquelle nous proposons de renoncer à ces découpages temporels issues de la fiche Ageven pour une série séquentielle d’annuités. En revanche, il parait nécessaire de conserver les différents parcours traduits dans le questionnaire biographique sous forme de modules car l’analyse biographique cherche in fine à les réarticuler de façon à rendre intelligible les liens entre les différents parcours.
Le questionnaire biographique proposé dans le cadre de cette étude se distingue des questionnaires biographiques classiques en ce sens que les annuités qu’il comporte au niveau des modules des parcours remplacent les traditionnelles séquences temporelles issues de la fiche Ageven. Cette adaptation a pour mérite de refléter les années de mise en œuvre des interventions SWEDD entre 2016 et 2020.
Le questionnaire vise à saisir de façon précise les trajectoires de vie pour les adolescentes qui ont participé dans les interventions SWEDD en termes de renforcement de leurs compétences, de leur pouvoir de décision, de leur capacité de négociation, du renforcement de la confiance en soin, de l’affirmation d’un leadership, en un mot en cohérence avec les 4E ».
Le questionnaire biographique comprend les modules suivants :
* Module 1 qui fournit les caractéristiques sociodémographiques de l’enquêté(e)[22] ;
* Module 2 qui traite du parcours scolaire des filles bénéficiaires ;
* Module 3 qui aborde l’autonomisation économique des filles/femmes bénéficiaires ;
* Le module 4 consacré à la vie matrimoniale des filles ayant fréquenté les espaces surs ;
* Module 5 qui traite de la vie génésique et de la santé reproductive des filles ayant fréquenté les espaces sûrs ;
* Module 6 focalisé sur l’évolution des comportements des hommes ayant fréquentés l'école des maris/futurs maris.
Quant au questionnaire ménage, il permet de collecter des informations permettant de vérifier si l’entourage du bénéficiaire a été témoin de changements concernant le bénéficiaire.
Il possède 3 rubriques suivantes :
* Les renseignements généraux ;
* Les caractéristiques du logement ;
* Les biens d’équipement.
Approche qualitative
La partie qualitative sera articulée autour de guides d’entretien ou de récit de vie administrés aux bénéficiaires, à leur entourage familiale ou communautaires (chefs traditionnels et religieux, mentors des espaces sûrs, etc.) ou aux ONGs ayant travaillé dans le projet SWEDD (cf. tableau suivant).
En effet, c’est en toute logique que l’étude devra inclure des guides d’entretien et des récits de vie qui permettront d’approfondir les évènements et les tournants concernant les bénéficiaires au cours de leurs parcours. Le récit de vie appelé encore histoire de vie permettra de retracer le parcours du bénéficiaire avant, pendant et après la participation dans des interventions SWEDD. Cela permettra d’apprécier les interférences entre les interventions SWEDD et les parcours scolaires, professionnels et familiaux.
De même, l’approche qualitative sera enrichie par la conduite d’entretien avec d’autres personnes ressources ayant joué un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des interventions auprès des bénéficiaires comme les mentors des espaces sûrs, les facilitateurs des écoles des maris, les leaders communautaires et religieux, les points focaux des ONG et des services techniques.[23] On va aussi conduire des focus group avec les épouses des hommes ayant fréquenté les écoles des maris et des futurs maris pour apprécier les changements intervenus dans les rapports avec leurs époux.
Cette partie qualitative interviendra à la fin de la collecte des données quantitatives et plus précisément après l’analyse des préliminaires des données biographiques pour identifier des profils types au regard des transformations qu’auraient connu des bénéficiaires.
III.2. Sources de données et méthodologie de collecte
Les données qui seront utilisées dans le cadre de cette étude proviendront d’enquêtes qualitatives et biographiques qui seront conduites dans les 6 pays sur des échantillons représentatifs des bénéficiaires des interventions du projet SWEDD entre 2016 et 2020. Le processus de collecte sera conduit en plusieurs phases dont la cartographie, l’échantillonnage et la collecte proprement dite.
* Méthode de collecte des données : Le tableau suivant résume l’univers de la collecte.
Tableau : Tableau des cibles, méthodes, outils et objectifs de l’approche mixte
Cibles
Méthodes
Outil utilisé
Objectif
Responsabilité
Volet quantitatif. La collecte des données de ce volet sera assurée des sociologues possédant au moins une licence et ayant capitalisé au moins 5 expériences de collecte de données quantitatives. Ils doivent au moins parler une langue nationale.
Chef des ménages abritant des Bénéficiaires
Enquête
questionnaire ménage
Collecter des données sur l’environnement domestique dans lequel vit ou vivent les bénéficiaires enquêtés
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
Bénéficiaires
Enquête
questionnaire biographique
Collecter des données sur les différents parcours des bénéficiaires et les transformations qui les ont affectés
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
Volet qualitatif. La collecte des données de ce volet sera assurée des étudiants possédant au moins un master en socio anthropologie / démographie et ayant capitalisé au moins 3 expériences de collecte de données qualitatives. Ils doivent au moins parler une langue nationale. Une formation d’une durée de 5 jours leur sera administrée par l’UGP, le consultant national avec l’appui du STR et la BM.
Bénéficiaires
Entretien et récit de vie
Guide d’entretien
Collecter des données sur les différents parcours des bénéficiaires et les transformations qui les ont affectés
Equipe pays (UGP, Consultant pays)
Épouses des hommes ayant fréquenté les écoles des maris et des futurs maris
Focus group
Canevas de récit de vie
Collecter des données sur les renforcements des compétences au profit des futurs maris les défis de ce renforcement et les transformations observées chez ces maris et futurs maris
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
Mentors des espaces sûrs
Entretien
Guide d’entretien
Collecter des données sur le curriculum développé, la pertinence et les limites de sa mise en œuvre et les transformations observées sur les bénéficiaires
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
Facilitateurs des écoles des maris et des futurs maris
Entretien
Guide d’entretien
Collecter des données sur les renforcements des compétences au profit des futurs maris et les défis de ce renforcement
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
Leaders communautaires et religieux
Entretien
Guide d’entretien
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
ONG et services techniques gouvernementaux
Entretien
Guide d’entretien
Collecter des données sur les appuis apportés aux bénéficiaires, sur leur pertinence, leurs limites et les transformations observées chez ces bénéficiaires
Equipe pays (UGP, Consultant pays) avec l’appui du STR et BM
III.3. Cartographie des bénéficiaires
Dans tous les pays, les listes des bénéficiaires au démarrage du projet existent avec des contacts téléphoniques pour certains. Il faut noter que ces interventions ayant eu lieu entre la période allant de 2016 à 2020, la probabilité que ces bénéficiaires subissent des mouvements migratoires internes et externes ou même décèdent reste élevée. C’est pour cela qu’une cartographie des bénéficiaires a été jugée indispensable pour disposer d’une base de sondage à jour. Leur exhaustivité, leur taille et leur structuration détermineront le choix des plans de sondage appropriés.
Un questionnaire cartographique digitalisé a été développé par le STR en tant qu’instrument de collecte durant cette phase. L’option de cartographie sur le terrain est privilégiée. Toutefois, pour des raisons sécuritaires que traversent la plupart des pays bénéficiaires, l’option téléphonique pourrait être également envisagée.
Idéalement, les bénéficiaires ciblés par la collecte doivent résider dans chaque pays au niveau des régions touchées par l’intervention. Cependant si un bénéficiaire a quitté la zone de l’intervention pendant ou après l’intervention pour migrer vers une autre zone du pays ou à l’extérieur et qu’il reste accessible pour la collecte, il reste éligible.
Pour les autres cibles du volet qualitatif, leur cartographie apparait plus aisée car la plupart d’entre elles habitent dans les localités d’intervention (leaders communautaires et traditionnels, mentors des espaces sûrs, facilitateurs dans les clubs). Pour les autres cibles comme les ONGs et les services étatiques, les UGPs disposent de leurs contacts physiques ou téléphoniques.
III.4. Echantillonnage
Dans le cadre de cette enquête, il ne s’agira pas de faire un recensement des bénéficiaires mais plutôt d’administrer les outils développés sur un échantillon représentatif de bénéficiaires pour chaque catégorie d’intervention. L’échantillonnage va concerner les deux volets quantitatif et qualitatif.
Volet quantitatif
S’appuyant sur la base de sondage mis à jour à travers la cartographie, un échantillon doit être tiré de façon à permettre de pouvoir calculer des indicateurs robustes pour chacune des types d’intervention (Appui Scolaire ; Autonomisation Economique ; Espaces Sûrs en milieu scolaire et communautaire ; Ecole des Maris /Futurs Maris).
Les étapes de la procédure de tirage d'un échantillon dans un pays donné et pour chaque intervention sont déclinées comme suit :
* Stratifier en considérant les régions d’intervention comme des strates (Il est recommandé de diviser certaines strates en 2 : strate rurale et urbaine).
* Considérer les localités (villes ou villages) ayant abrité les interventions et donc les bénéficiaires comme des grappes. Dans les cas où les localités comptent un petit nombre de bénéficiaires, on peut envisager de les agréger sur la base d’un critère de proximité géographique pour arriver à notre nombre cible de bénéficiaires par cluster.
* Procéder au tirage de ces grappes selon soit par un sondage aléatoire simple ou par une méthode des probabilités inégales
* Tirer dans les grappes sélectionnées, les bénéficiaires selon un tirage systématique
* La taille de l’échantillon dépendra de la taille des bénéficiaires cartographié et sera donc spécifique à chaque pays
Volet qualitatif
Comme décrit plus haut, le volet qualitatif va engager plusieurs cibles dont les bénéficiaires des différentes interventions, les épouses des hommes ayant fréquenté les clubs des maris/futurs maris, les mentores des espaces sûrs, les facilitateurs des clubs des maris/futurs maris, les leaders communautaires et religieux, les ONGs et services techniques gouvernementaux. La collecte des données qualitatives se déroulera après la collecte et analyse préliminaire des données quantitatives. Les outils qualitatifs seront ajustés afin de mieux compléter les lacunes de connaissances identifiées dans les données quantitatives. Les outils qualitatifs seront soumis à révision par les partenaires (et pays si pertinent) avant leur utilisation sur le terrain. Cela permet aux enquêteurs chargés des biographies d’indiquer aux équipes de coordination et de supervision des biographiques atypiques de bénéficiaires sur lesquelles, on va orienter les enquêteurs chargés du volet qualitatif.
Le plan d’échantillonnage qualitatif proposé ci-après.
Cibles
Méthodes
Nombre par pays
Total sur 6 pays
Commentaires
Cibles principales
Bénéficiaires des Espaces Sûrs
Entretien
4
24
Refléter la fréquentation des espaces sûrs scolaires et communautaires
Récit de vie
2
12
Bénéficiaires de Soutien scolaires
Entretien
4
24
Refléter la diversité des soutiens : kit scolaire, Uniformes, Cantine scolaires, Hébergement, Cours de renforcement
Bénéficiaires d’initiatives de soutien économiques
Entretien
4
24
Refléter le bénéfice de soutien pour les AGR et la formation professionnelle
Récit de vie
2
12
Hommes ayant fréquenté les écoles des maris et des futurs maris
Entretien
4
24
Refléter la fréquentation du type d’école
Pour les cibles principales
96 entretiens
24 récits de vie
CIBLES SECONDAIRES
Epouses des Hommes ayant fréquenté les écoles des maris et des futurs maris
Focus Group
2
12
Mentors des Espaces sûrs
Entretien
2
12
Facilitateurs des écoles des maris et des futurs maris
Entretien
2
12
Leaders Communautaires et Religieux
Entretien
4
24
ONG et Services Techniques Gouvernementaux
Entretien
4
16
Intégrer la diversité : Santé, Education et Promotion de la Femme en ce qui concerne les services techniques
Facilitateurs écoles des maris
Entretien
2
12
Pour les cibles secondaires
30 entretiens
24 focus group
Les données qualitatives qui seront collectées à travers les entretiens et les focus group auprès des cibles primaires et secondaires seront d’abord transcrites, codées avant d’être analysées selon la méthode de l’analyse de contenu que Rezsohazy définit de la manière suivante :
« L’analyse de contenu permet l’étude des idées, des pensées, des conceptions, des valeurs, soit dans leur expression la plus simple, soit organisée en système. L’analyse de contenu est précieuse pour l’étude de l’évolution, de la transformation, de la diffusion des idées, des conceptions, des valeurs (…) l’analyse de contenu est utile pour déterminer l’importance d’un phénomène, d’un personnage, l’intensité d’un conflit, d’un engagement, etc.[24].
Les corpus seront analysés soit sur MAXQDA ou sur NVIVO. Par la suite, on appliquera quatre méthodes d’analyses de contenu :
* L’analyse catégorielle qui mettra en évidence les principaux items relevés dans les discours des interviewés ;
* L’analyse des co-occurrences qui permettra de rendre compte des associations affleurant dans les discours ;
* L’analyse thématique qui permettra de saisir les perceptions, représentations, comportements et pratiques des acteurs par rapport à un objet ;
* Une analyse de type structurale : elle repose d’abord sur la délinéarisation des discours pour isoler le noyau-référent, le type de verbe, sa polarité et la modalisation. Ensuite, une fois le discours délinéarisé, on étudie le « parcours argumentatif » du locuteur. En l’occurrence l’analyse propositionnelle du discours qui en délinéarisant celui-ci montre sur la base du lien entre le noyau-référent (par la femme qui dit je ou il), le type de verbe (factif, passif, déclaratif), la polarité, la modalisation, permet de renseigner en profondeur sur les perceptions et les représentations de l’individu ainsi que l’argumentaire qu’il développe.
4. Architecture de la collecte à l’échelle des 6 pays
Dans les 6 pays bénéficiaires du projet, la collecte de données sera digitalisée. Les technologies modernes de communication et de collecte de données seront déployées avec l’utilisation d’application ayant fait leur preuve à l’image de « Survey Solutions » ou de CSPRO sous Android (CAPI). Un document qui présentera la démarche et le dispositif opérationnel sera développé avec l’appui du consultant international et servira de référence aux pays. Un data manager sera recruté au niveau central pour aider à la digitalisation et au fonctionnement correct du dispositif. Il va accompagner les pays pour une mise en œuvre effective des activités. Il va élaborer un manuel de formation pour l’utilisation de la plateforme et dispensera une formation en ligne aux équipes pays.
En ce qui concerne l’architecture du système, nous allons mettre en place un système de collecte basé sur trois niveaux :
* L’agréation et le traitement des données issues de la cartographie des bénéficiaires
* La mise en place d’un système centralisé pour les pays bénéficiaires (1. Burkina Faso 2. Cote d’Ivoire 3. Mali 4. Mauritanie 5. Niger 6. Tchad)
* La mise en place d’une plateforme de collecte de données avec Survey Solution ou CSPRO
Phase de cartographie de bénéficiaires
Les données seront celles collectés par les équipes pays en charge de répertorier tous les bénéficiaires du projet. Les données seront traitées au niveau des pays en vue de mettre en place une base de données centralisée au niveau du STR. Cette base de données va servir de base de sondage pour l’échantillonnage et la collecte de données auprès de ménages et des bénéficiaires.
Collecte des données avec Survey Solution /CSRPO CAPI
Ces logiciels combinent des fonctionnalités riches en saisie de données sur les tablettes avec de puissants outils pour la gestion de l’enquête et l’agrégation de données, ce qui réduit le délai entre la collecte de données et l’analyse, améliore la qualité des données, et réduit les coûts de collecte. La capacité à capter des données novatrices dans des enquêtes auprès des ménages—telles que les coordonnées GPS, les données des capteurs, la date et l’heure, les enregistrements audio / vidéo montre l’intérêt de ces applications. Ces applications recueillent également des quantités massives de données auxiliaires sur le processus d’entretien, comme le temps consacré à chaque question, les changements dans les affectations d’entretiens, et les journaux de vérification.
Elles sont constituées de multiples composants. Chaque composant facilite le travail d’un rôle dans le flux de travail d’une enquête : l’enquêteur, le superviseur, et l’administrateur de l’enquête, entre autres. Le dispositif suivant sera mis en place.
Niveau Central
Constitué par l’équipe de projet qui, via la plateforme, contrôle tous les jours les données qui sont collectées sur le terrain. Ainsi au niveau central, l’équipe fera les taches suivantes :
* Affectation des questionnaires aux superviseurs de terrain
* Vérification des données avec des programmes de contrôle de qualité des données
* Rejet des questionnaires avec erreurs marquées d’un drapeau vers le superviseur de terrain
* Consolidation des données
Les agents enquêteurs
Les agents de terrain reçoivent les affectations des superviseurs de l'équipe, collectent les données au niveau des ménages et renvoient les questionnaires terminés aux superviseurs pour contrôle.
La supervision de l’enquête
L'équipe de supervision, après avoir reçu des questionnaires remplis, examinent ces questionnaires pour confirmer que toutes les questions ont été répondues et que les réponses sont exactes et cohérentes. Les superviseurs d'équipe les approuvent ou les rejettent (comme illustré à la suivante).
Si un superviseur approuve le questionnaire, celui-ci est envoyé vers le niveau central, comme représenté sur la figure ci-dessus. Si un superviseur rejette le questionnaire, il est retourné à l'enquêteur initialement chargé de le remplir, comme représenté sur la figure ci-dessus.
En recevant le questionnaire rejeté, l’agent enquêteur doit soit le corriger, soit fournir des notes explicatives sur les réponses erronées ou invraisemblables. Lorsque les questionnaires sont corrigés, l'intervieweur les renvoie au superviseur d'équipe pour approbation ou rejet, un processus qui se poursuit jusqu'à ce que le questionnaire soit validé.
Dispositif de collecte
* Pour la gestion de terrain
Des missions de supervision sur le terrain seront organisées au cours de la collecte sur le terrain. Néanmoins, chaque jour un suivi sur le terrain et une supervision à distance avec un appel téléphonique se feront comme suit :
* Au cours du travail sur le terrain, des tableaux de contrôle de la qualité du terrain seront produits au niveau central par le statisticien. Il s’agit de tableaux compilant les données brutes déjà inscrites dans la base de données et utilisés pour suivre les résultats de chacune des équipes sur le terrain. L’équipe coordinatrice de l'enquête va discuter avec les enquêteurs lors des visites de suivi sur le terrain et par téléphone.
* L’équipe coordinatrice va aussi garantir la qualité des données envoyées. Une surveillance étroite des enquêteurs/rices et du remplissage des questionnaires est essentielle pour veiller à ce que des données précises et complètes soient recueillies à travers les données envoyées dans le serveur. Cela est particulièrement important durant les phases initiales (première semaine) du travail de terrain, pendant qu’il est encore possible de corriger les types d’erreurs d’enquêteur/rice avant que lesdites erreurs ne deviennent une habitude.
* Pour la gestion de la qualité des données
Au fur et à mesure de la remontée des données, le statisticien va travailler sur la qualité des données (à travers des programmes de contrôle et de suivi développés par le consultant international pour un meilleur suivi de la qualité des données recueillies par les agents de terrain). L’utilisation des tablettes comme outils de collecte a permis une saisie automatique au moyen du logiciel Survey Solution /CSPRO incorporé dans les tablettes.
5. Plan d’analyse des données (quantitatives et qualitatives)
Les équipes pays intégrant le consultant pays et les experts de l’UGP au niveau pays auront la charge de l’apurement des bases de données au niveau du pays, de l’adaptation du plan standard d’analyse des données, de la production des tableaux statistiques. Ces équipes pays vont aussi superviser la collecte des données qualitatives, leur transcription et vérifier la qualité de la transcription (passer des audio aux textes transcrits et vice versa). Ces équipes pays seront appuyés à leur demande par les experts du STR, de la BM, du Data Manager et du Consultant international.
Il est prévu un atelier régional d’élaboration d’un plan d’analyse des données. Cet atelier réunira les équipes nationales (le consultant national, un membre de l’UGP avec des compétences d’analyses quantitatives et spécialement biographiques et un membre de l’ONDD), des représentants du STR, de la Banque mondiale, le Consultant international, le Data manager. Il fera l’objet de discussions à partir d’un draft de plan d’analyse proposé au préalable par le consultant international. Au terme de cet atelier, un plan d’analyse standard sera élaboré et il pourrait être ajusté de façon rationnelle par chaque équipe pays en fonction des besoins particuliers.
Les analyses de données seront produites par les équipes pays qui soumettront leurs rapports au Consultant international qui en synthétisera les résultats dans une approche comparative.
CHRONOGRAMME INDICATIF
ACTIVITES
MOIS
Février 2024
Mars 2024
Avril 2024
Mai 2024
Juin 2024
Juillet 2024
Août 2024
Sept-Oct. 2024
Cartographie des bénéficiaires
Tirage des échantillons
Digitalisation des outils sur la plateforme et les tablettes et orientation des équipes pays à l’utilisation de la plateforme
Sélection, formation des contrôleurs et des enquêteurs
Prétest des outils et finalisation
Soumission des protocoles aux Comités éthiques et obtention des approbations
Collecte des données quantitatives et soumission au STR et à la BM des rapports nationaux de collecte des données
Apurement des bases de données
Atelier de présentation des bases de données, d’élaboration d’un plan d’analyse et d’orientation sur l’analyse des données biographiques
Analyse préliminaire des données quantitatives pour l’affinement de l’échantillonnage de la partie qualitative
Formation sur les outils qualitatifs et collecte des données qualitatives
Analyse des données quantitatives
Analyse simultanée des données quantitatives et qualitatives et rédaction des rapports pays
Soumission des drafts des rapports pays au STR et à la BM
Soumission du draft du rapport régional de synthèse au STR et à la BM
Feedback du STR et de la BM sur les 7 rapports
Soumission des versions finales des 7 rapports au STR et à la BM
Atelier de présentation des résultats (STR, BM, Equipes Pays et Consultant)
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[1] Patton G., Mapping a global agenda for adolescent health, J Adolesc Health. 2010 November; 47(5): 427–432.
[2] Bloom, D.E., Canning, D. and Sevilla, J. (2001) Economic Growth and the Demographic Transition. National Bureau of Economic Research, Cambridge, document de travail 8685.
http://www.nber.org/papers/w8685
[3] Patton G et al, Mapping a Global Agenda for Adolescent Health, J Adolesc Health. 2010 November ; 47(5) : 427–432
[4] Roch Millogo, Clémentine Rossier, Blessing Mberu, Abdramane Soura « Impact des inégalités de genre sur la fécondité des couples dans des contextes africains de « basse » fécondité : une analyse comparative entre Ouagadougou et Nairobi»Roch Millogo, Clémentine Rossier, Blessing Mberu, Abdramane Soura, 8è Conférence de l’UEPA, Entebbe, 2019
[5] On définit le coefficient marginal de capital par le rapport entre l’accroissement de capital et l'accroissement de production
[6] Henripin J., « Le coût de la croissance démographique », Leçons inaugurales de l’Université de Montréal, Presses universitaires de Montréal, 1968, 43 pages
[7] David E. Bloom David Canning Jaypee Sevilla, The Demographic Dividend A New Perspective on the Economic Consequences of Population Change POPULATION MATTERS A RAND Program of Policy-Relevant Research Communication, 2003
[8] Banque Mondiale, PROJET POUR L'AUTONOMISATION DES FEMMES ET LE DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU SAHEL , DOCUMENT D’APPROBATION DU PROJET (PAD), Francais-Sahel SWEDD – P150080_PAD_Main_Document Final-French
[9] Onufemmes-OMS, 2020. RESPECT des femmes : Prévenir la violence à l’égard des femmes – Manuel de mise en œuvre
RESPECT Women: Preventing violence against women – Implementation package | Digital library: Publications | ONU Femmes (unwomen.org)
[10] Perkins D, Zimmermann M., American Journal of Community Psychology, Vol. 23, No. 5, 1995 Empowerment Theory, Research, and Application, American Journal of Community Psychology, Vol. 23, No. 5, 1995
[11] Leslie A. A theory of Agency, Rutgers University, Center of Cognitive Science, 1993
[12] Fanny Gallot, « L’agency : un concept heuristique pour penser le genre et les classes populaires », Écrire l'histoire [En ligne], 20-21 | 2021, mis en ligne le 01 septembre 2022, consulté le 05 décembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/elh/2775 ; DOI : https://doi.org/10.4000/elh.2775
[13] Advancing Shared Conceptualizations of Agency: Emerging Insights. March, 2023. Agency for All Project. San Deigo, CA, United States: Center for Gender Equity and Health at the University of California, San Diego. for the U.S. Agency for International Development (USAID)
[14] Chippaux J-P., “Impact de la Covid 19 sur la santé publique en Afrique » in Bull Acad Natl Med 207 (2023) 150—164
[15] Zulaika G, Bulbarelli M, Nyothach E, et al. Impact of COVID-19 lockdowns on adolescent pregnancy and school dropout among secondary schoolgirls in Kenya. BMJ Global Health 2022;7:e007666. doi:10.1136/ bmjgh-2021-007666
[16] Tantchou Yakam, J. (2009). Santé reproductive des adolescents en Afrique : pour une approche globale. Natures Sciences Sociétés, 17, 18-28. https://www.cairn.info/revue–2009-1-page-18.htm
[17] Chilanga Y.,When the hyena wears darkness: ubuntu as a barrier in the fight against hiv/aids, JOCAP, 2020
[18] Ndiaye N. A., Violences basées sur le genre en Afrique de l’Ouest : cas du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Séries FES sur la Paix et la Sécurité en Afrique No. 42
[19] Guillonnet C., Neveu E., 2005.- Féminins / Masculins. Sociologie du genre, Paris, Armand Coli, collection U, 286 p.
[20] Cette période du projet SWEDD a concerné six pays à savoir le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad
[21] Courgeau D., Lelièvre E., L’analyse biographique des biographies, INED, 1989
[22] Ce module collecte des données transversales
[23] Une activité de documentation des processus de la mise en œuvre couvre les dynamiques de l’opérationnalisation des interventions. Ici, nous enquêtons ces responsables de mise en œuvre pour apprendre d’une manière plus profonde les transformations et dynamiques pour les bénéficiaires qui ont participés dans ces interventions.
[24] REZSOHAZY Rudolf, 2006, Sociologie des valeurs, Paris, Armand Colin, p.118.

