Profil du Niger sur le Dividende Démographique
https://docs.google.com/spreadsheets/d/1PiUtsQW83iiPuTTHSB9i4SsnmJIei57i/edit#gid=1490298961
Rapport UNFPA – L'état de la population mondiale 2012 – "OUI AU CHOIX, NON AU HASARD – PLANIFICATION FAMILIALE, DROITS DE LA PERSONNE ET DÃ�VELOPPEMENT" Afficher l'image d'origine
Ministère de la Population
Projet Régional pour l’Autonomisation des Femmes et le Dividende Démographique au Sahel
(SWEDD)
TOUTE
Financement : Banque Mondiale Appui technique : UNFPA
Mai, 2016
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TABLE DES MATIERES
Liste des tableaux iv
Liste de graphiques iv
Sigles et abréviations v
INTRODUCTION 1
PARTIE I : Etat de la Nation 3
Chapitre 1 : Contexte de l’économie 3
Chapitre 2 : Dynamique de pauvreté 5
Chapitre 3 : Transition dans la pauvreté 6
Chapitre 4 : Cartographie de l’emploi 6
Chapitre 5 : Déterminants de la fécondité 9
Chapitre 6 : Santé de la reproduction 12
Chapitre 7 : Rendements privés de l’éducation 14
Section 1 : Définition de concepts 14
Sous-section 1.1 : Notion de capital humain 14
Sous-section 1.2 : Notion de coûts de l’éducation 14
Sous-section 1.3 : Notion de rendements de l’éducation 15
Section 2 : Méthodologie de calculs de rendement 15
Section 3 : Sources de données 16
Section 4 : Résultats obtenus 16
PARTIE II : Théorie de l’économie générationnelle 17
Chapitre 1 : Qu’est-ce que l’économie générationnelle 17
Chapitre 2 : Approche des comptes de transferts intergénérationnels 18
Chapitre 3 : Méthodologie des NTA 21
Section1 : Principes généraux 21
Section 2 : Méthode générale des NTA 22
Section 3 : Construction des agrégats de contrôle comptables 23
PARTIE III : Résultats et applications 25
Chapitre 1 : Profil de consommation et de revenu 25
Section 1 : Profil de consommation 25
Sous-section 1.1 : Profil de consommation au niveau microéconomie 25
Dépenses moyennes de consommation dans l’enfance (0-14 ans) 26
Dépenses moyennes de consommation des jeunes (15-34 ans) 27
Dépenses moyennes de consommation des adultes (35 ans et plus) 27
Genre et dépenses moyennes de consommation 28
Milieu de résidence et dépenses moyennes de consommation 28
Sous-section 1.2 : Profil de consommation au niveau macroéconomie 28
Consommations publiques agrégées 28
Consommation publique agrégée en santé 29
Consommation publique agrégée en éducation 30
Consommation publique agrégée hors éducation et santé 30
Profil de Consommation privée agrégé 30
Profil de Consommation privée agrégé en éducation 31
Profil de Consommation privée agrégé en santé 32
Profil de Consommation privée agrégé hors santé éducation 32
Consommation agrégé par sexe 32
Consommation agrégés par milieu de résidence 33
Section 2 : Profil de revenu du travail 34
Sous-section 2.1 : Profil de revenu du travail au niveau microéconomie 34
Profil moyen des revenus de travail salarié au Niger 35
Revenu de l’auto-emploi 36
Sous-section 2.2 : Profil de revenu du travail au niveau macroéconomie 37
Revenu salarié agrégé 37
Chapitre 2 : Déficit du cycle de vie 37
Section 1 : Dépendance à la jeunesse et à la vieillesse 38
Section 2: Contraste genre et milieu de résidence 40
Sous-section 1 : Contraste de genre 40
Chapitre 4 : Contribution au Dividende Démographique selon la méthode des NTA 43
Section 1 : Définition des concepts 43
Sous-section 1.1 : Ratio de soutien économique 43
Sous-section 1.2 : Dividende Démographique 44
Premier Dividende Démographique 44
Second Dividende Démographique 44
Section 2 : Evolution du Ratio de soutien selon le modèle NTA 45
Section 3 : Dividende Démographique selon le modèle NTA 46
Section 4 : Projection du Dividende Démographique selon le modèle NTA 47
Sous-section 4.1 : Hypothèses de projection : évolution du niveau de la fécondité générale 47
Sous-section 4.2 : Projection du Dividende Démographique au Niger 48
Chapitre 5 : Perspectives démographiques et du Dividende Démographique selon le modèle DemDiv 49
Section 1 : Présentation du modèle DemDiv 50
Sous-section 1.1 : Sous-modèle démographique 51
Sous-section 1.2 : Sous-modèle économique 52
Section 2 : Description des scénarii 53
Sous-section 2.1 : Présentation des hypothèses de projection 53
Hypothèses sur l’Economie : 53
Hypothèses sur l’Education : 54
Hypothèses sur la Planification Familiale 55
Sous-section 2.2 : Présentation des trois scénarii 55
Sous-section 2.3 : Autres variables du modèle 55
Indicateurs sur la santé 55
Indicateurs sur l’économie 56
Structure par âge de la population 57
Section 3 : Analyse des résultats 57
Sous-section 3.1 : Evolution de la population selon le modèle DemDiv 57
Situation de base : Aucune action 57
Scénario 1 : Action sur l’économie uniquement 57
Scénario 2 : Action simultanée sur l’économie et l’éducation 58
Scénario 3 : Action combinée sur l’économie, l’éducation et la Planification Familiale 58
Sous-section 3.2 : Evolution de la structure par âge de la population selon le modèle DemDiv 59
Sous-section 3.2 : Evolution du revenu par habitant selon le modèle DemDiv 60
CONCLUSION/ RECOMMANDTIONS 62
Annexe 69
Bibliographie 73
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Liste des tableaux
Tableau 1 : Statut de pauvreté (en %) par région en 2011 5
Tableau 2 : liste des variables retenues dans le modèle 16
Tableau 3 : Répartition des revenus salariés par groupes d’âge 37
Tableau 4 : Répartition (en milliards) des déficits/surplus agrégé du LCD par sexe 42
Tableau 5 : Répartition (en milliards FCFA) des déficits/surplus agrégé du LCD par milieu de résidence 43
Tableau 6 : Evolution du Taux de Fécondité de 2015 à 2050 selon les trois hypothèses. 47
Tableau 7 : Hypothèses sur l’économie 54
Tableau 8 : Hypothèses sur l’éducation 54
Tableau 9 : Hypothèses sur la planification familiale 55
Liste de graphiques
Graphique 1 : Taux de croissance du PIB au Niger de 2006 à 2015 4
Graphique 2: Evolution de la fécondité au Niger de 1992 à 2012 11
Graphique 3 : Profil moyen de consommation 26
Graphique 4 : Profil moyen de consommation par sexe et par milieu de résidence 27
Graphique 5 : Profil agrégé de consommation publique par âge 29
Graphique 6 : Profil agrégé de consommation privée par âge 31
Graphique 7 : Profil agrégé de consommation par sexe 33
Graphique 8 : Profil agrégé de consommation par milieu de résidence 34
Graphique 9 : Profil moyen par âge des revenus du travail par type 36
Graphique 10 : Profil moyen par âge du revenu du travail et de la consommation 39
Graphique 11 : Profil agrégé par âge du revenu du travail et de la consommation 40
Graphique 12 : Déficit moyen de cycle de vie par sexe 41
Graphique 13 : Déficit moyen de cycle de vie selon le milieu de résidence 42
Graphique 14 : Evolution du Ratio de soutien au Niger de 1950 à 2050 46
Graphique 15 : Dividende Démographique au Niger de 1950 à 2050 47
Graphique 16 : Projection du Dividende Démographique au Niger de 2015 à 2050 48
Graphique 17 : Evolution de la Population du Niger de 2012 à 2052 59
Graphique 18 : Evolution de la Pyramide des âges de la Population du Niger de 2012 à 2052 selon le scénario 3 60
Graphique 19 : Evolution du revenu par tête au Niger de 2012 à 2052 61
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Sigles et abréviations
BM : Banque Mondiale
CIPD : Conférence Internationale sur la Population et le Développement
CREFAT : Centre de Recherche en Economie et Finance Appliquées de Thiès
CUA : Commission de l’Union Africaine
DGPP : Déclaration du Gouvernement en matière de Politique de Population
DNPGCA : Dispositif National de Prévention et de Gestion des Crises Alimentaires
DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
ECVMA : Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages et de l'Agriculture
EDS : Enquête Démographique et de Santé
EDSN-MICS : Enquête Démographique et de Santé Niger et à Indicateurs Multiples
ENBC : Enquête Nationale Budget-Consommation
FAFPA : Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage
FCFA : Franc de la Communauté Financière d’Afrique
I3N : Initiative les Nigériens Nourrissent les Nigériens
IDH : Indice de développement humain
INS : Institut National de la Statistique
ISBLSM : Institutions Sans But Lucratif au Service des Ménages
ISF : Indice Synthétique de Fécondité
LCD : Life Cycle Déficit
NTA : National Tranfer Accounts (Comptes de Transfert Nationaux)
NTIC : Nouvelle Technologie de l'Information et de la Communication
PDES : Plan de Développement Economique et Social
PDS : Plan du Développement Sanitaire
PEV : Programme élargi de vaccination
PIB : Produit Intérieur Brut
PNE : Politique Nationale de l’Emploi
PNG : Politique Nationale Genre
PNJ : Politique Nationale de la Jeunesse
PNPF : Politique Nationale de la Promotion de la Femme
PNPS : Politique Nationale de la Protection Sociale
PNPE : Politique Nationale de la Protection de l’Enfant
PPTE : Pays Pauvres Très Endettés
PSEF : Programme Sectoriel de l’Education et de la Formation
QUIBB : Questionnaire Unique sur les Indicateurs de Base du Bien-être
SNU : Système des Nations-Unies
SWEDD : Projet Régional pour l’Autonomisation des Femmes et le Dividende Démographique au Sahel
TCEI : Tableaux des Comptes Economiques Intégrés
TRE : Tableaux Ressources Emploi
TVA : Taxe sur Valeur Ajoutée
UNFPA : Fonds des Nations Unies pour la Population
VAN : Valeur Actuelle Nette
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INTRODUCTION
Le Projet Régional pour l’Autonomisation des Femmes et le Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) a vu le jour suite à l’appel sur les défis démographiques, lancé le 06 novembre 2013 à Niamey[1] par Son Excellence Elhadji Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger, Chef de l’Etat, à ses homologues des pays du Sahel, en présence de Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies de Dr. Babatundé Osotimehin, Directeur Exécutif du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), de Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma, Présidente de la Commission de l’Union Africaine et de Monsieur Jim Yong Kim, Président du Groupe de la Banque Mondiale (BM). Le Projet a été lancé le 02 novembre 2015 à Niamey (Niger) et c’est le Niger qui assure la Présidence du Comité Régional de Pilotage.
Le Projet vise à appuyer six (6) pays du sahel (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour développer et mettre en œuvre des interventions appropriées pour bénéficier du Dividende Démographique, à travers notamment l’accroissement de l'utilisation des services de santé de la reproduction, maternelle, néonatale, infantile, l’amélioration de l’état nutritionnelle des femmes et des enfants, l’autonomisation des adolescentes, des femmes et des jeunes.
Cet important Projet représente une formidable opportunité pour le Niger qui enregistre : i) le taux de croissance démographique le plus élevé ; ii) un Indice de développement humain (IDH) le plus faible au monde, iii) une situation alimentaire et nutritionnelle critique; iv) une faible couverture des besoins sociaux de base (santé et éducation) ; v) une insuffisance d’opportunités socioéconomiques pour les adolescentes, les femmes et les jeunes.
Pour permettre de mesurer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ce Projet, les six (6) pays bénéficiaires, en concertation avec le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), l’agence du Système des Nations (SNU) chargée de les accompagner pour atteindre les résultats escomptés, ont convenu d’utiliser la méthode des Comptes des Transferts Nationaux (NTA).
Cette méthode est basée sur l’élaboration d’un profil du Dividende Démographique à partir des données issues des domaines de développement en lien avec le Dividende Démographique (Population, santé, éducation, économie et gouvernance).
C’est ainsi que le Centre de Recherche en Economie et Finance Appliquées de Thiès (CREFAT) a été saisi par le Bureau Régional de l’UNFPA pour initier les cadres techniques des différents ministères sectoriels impliqués dans la mise en œuvre de ce Projet afin qu’ils s’approprient de la méthode pour pouvoir l’appliquer une fois au pays et parvenir à actualiser, au moment opportun le Profil du Dividende Démographique de leur pays.
A cet effet, un atelier de formation sur la mesure du Dividende Démographique a été organisé du 18 au 28 avril 2016 à Saly au Sénégal. Cet atelier a réuni cinq pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Niger et Tchad). Le Niger a été représenté par une délégation de onze (11) cadres nationaux et staffs de UNFPA. Le présent document est le Profil pays du Dividende Démographique Dividende Démographique. Il comporte cinq grandes parties :
* Introduction
* Etat de la nation ;
* Théorie de l’économie générationnelle ;
* Résultats et applications ;
* Conclusion/ Recommandations.
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PARTIE I : Etat de la Nation
La République du Niger est un pays sahélo – saharien, totalement enclavé au centre ouest de l’Afrique. Il est situé à 700 km au nord du Golfe de Guinée, à 1900 km à l'est de la côte Atlantique et à 1200 km au sud de la Méditerranée. Il est encadré par le Burkina Faso au sud-ouest, le Mali à l’ouest, l’Algérie au nord-ouest, la Libye au Nord, le Tchad à l’est, le Nigeria au sud et le Bénin au sud-ouest. Le territoire du Niger est le plus grand pays en Afrique de l'Ouest. Il couvre une superficie de 1.267.000 km2, dont plus de deux tiers se trouvent en zones désertique ou semi-désertique.
Le pays comprend trois (3) principales zones agro-climatiques : désertique et semi désertique représentant (67%) de la superficie du pays, sahélienne 30% et soudanaise 3%.
Ce zonage expose le Niger à de fortes instabilités sur le plan agro- climatique. La superficie potentiellement favorable à l’agriculture est estimée à moins de 12% de la superficie totale du pays et le secteur agricole occupe plus de 85% des nigériens. Ces conditions climatiques peu favorables, la forte pression démographique, la baisse de la jachère, le faible niveau d’irrigation, la baisse de la fertilité des sols, la dégradation des ressources naturelles (eau, terre, pâturage, forêt)ont fortement contribué à accroître la vulnérabilité des populations, notamment en zones rurales, à des crises récurrentes d’insécurité alimentaire, plus ou moins aigues et de plus en plus rapprochées.
Chapitre 1 : Contexte de l’économie
Le Niger est classé parmi les Pays en développement. Cependant, les réformes économiques engagées depuis plus d’une décennie ont permis au pays d’enregistrer un taux de croissance économique appréciable. L’économie du Niger a connu ainsi, une certaine embellie, notamment en 2014, avec une croissance de 7 %, après une progression de 5,3 % en 2013. Globalement, sur la période 2011 – 2015, le taux de croissance moyen de l'économie est évalué à 6%, pour une population qui augmente au rythme de 3,9 % par année. Aussi, malgré les défis sécuritaires que le pays connaît actuellement, les prévisions de croissance restent optimistes. En effet, le niveau de croissance économique est estimé en 2015 à 3,5%. .
Cette performance est essentiellement portée par la production agricole, qui a notamment bénéficié de bonnes conditions climatiques ces dernières années, après le déficit de la campagne agricole 2011/2012. La part des activités agricoles est passée de 38,2% en 2011 à 38,9% en 2012 et 37,2% en 2013. Mais, ces activités agricoles restent fragiles du fait d’une pluviométrie erratique, d’un système de production basé sur des techniques et des technologies archaïques et d’une forte poussée démographique.
Par ailleurs, la configuration de l’économie nigérienne met en évidence une faible diversification et un rôle prépondérant du secteur non – enregistré. La part de l’informel dans la formation du PIB se situe à 63,3% en 2011 ; 60,5% en 2012 et 57, 9% en 2013.
Graphique 1 : Taux de croissance du PIB au Niger de 2006 à 2015
Source : Comptes nationaux/INS
La part du secteur secondaire dans le PIB, dominé par l’exploitation de l’uranium et amplifiée par la mise en exploitation du pétrole, est de 22% en 2012 et de 23% en 2013 (source : INS, Comptes Nationaux). Notons que le Niger figure au rang des plus grands producteurs mondiaux d'uranium. Aussi, le secteur minier devrait, dans les années à venir, impulser une nouvelle dynamique à l’économie nationale avec la mise en valeur du site d’Imouraren[2] et d’Azelik (région d’Agadez). L’exploitation pétrolière à quant à elle, déjà démarrée en novembre 2011 dans la zone d’Agadem (Région de Diffa). Les réserves pétrolifères situées dans ces zones, sont évaluées à plus de 300 millions de barils. Un oléoduc de 462 km a été construit pour transporter le brut jusqu'à la raffinerie de Zinder, d'une capacité de 100.000 tonnes. Pour peu que la bonne gouvernance accompagne ces perspectives, le Niger pourra espérer un véritable décollage économique.
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Chapitre 2 : Dynamique de pauvreté
Selon la Banque Mondiale, un individu pauvre est une personne qui vit avec moins 1,9 dollar par jour.
Un ménage pauvre est un ménage où la consommation annuelle par tête est inférieure au seuil de pauvreté absolue qui est de 182 635,2 FCFA par personne et par an selon l’INS en 2011.
Les résultats enregistrés sur le plan macroéconomique, au cours des dernières années, restent encore insuffisants pour créer les conditions d’un développement durable soutenu et d’une réduction significative de la pauvreté. Cette pauvreté qui se présente comme un phénomène multidimensionnel, se répartit de façon inégale parmi les groupes socio-économiques et entre les différentes régions du pays. Malgré certains progrès enregistrés au cours des dernières années, les différents indicateurs des différentes dimensions de la pauvreté restent préoccupants. En effet, selon l’enquête sur les conditions de vie des ménages et l’agriculture, 48,2 %[3] de la population nigérienne restent soumises aux affres de la pauvreté. Ce taux de pauvreté cache des disparités selon le genre (48,9% pour les hommes contre 40,3% pour les femmes) et selon les régions.
Tableau 1 : Statut de pauvreté (en %) par région en 2011
STATUT
Agadez
Diffa
Dosso
Maradi
Tahoua
Tillabéri
Zinder
Niamey
Pauvres
20,7
34
52,9
57,8
47,9
56
47,7
10,2
Non Pauvres
79,3
66
47,1
42,2
52,1
44
52,3
89,8
Source : INS/ECVMA 2011
De plus, au Niger, la pauvreté sévit plus dans les rangs de ceux qui sont sans instruction (52,3%) contre 43,8% pour ceux qui sont du niveau primaire, 16,4% et 1,7% pour ceux qui sont respectivement du niveau secondaire 1 et du niveau secondaire 2 et plus.
Cette situation de pauvreté se traduit par une détérioration des conditions de vie des ménages. Ainsi, l'Indice de développement humain (IDH) du pays, montre que le Niger est toujours à la traine par rapport aux autres pays du monde. En effet, « la valeur de l’IDH du Niger reste inférieure, non seulement à la moyenne mondiale, mais aussi à celle des pays à faible niveau de développement humain ou encore à la moyenne enregistrées en Afrique Subsaharienne ». (Yves CHARBIT et al, 2015). Cependant, il convient de mettre en exergue que le taux d’accroissement moyen annuel de l’IDH du Niger (1,9%), entre 1980 et 2013, a été l’un des plus rapides au monde. En outre entre 2000 et 2013 l’IDH du Niger a connu une progression d’environ 44%, soit la plus importante parmi les pays de la sous-région.
Par ailleurs, si des mesures concrètes et efficaces ne sont pas prises, la croissance rapide de la population risque d’anéantir les efforts de développement socioéconomique. Ainsi, l’Etat serait obligé de consacrer une part importante de la richesse nationale pour investir dans les secteurs sociaux de base (eau potable, éducation, santé) au détriment des investissements productifs dans les secteurs de développement (agriculture, élevage, industrie).
Chapitre 3 : Transition dans la pauvreté
La transition de la pauvreté se matérialise dans la mise en œuvre des politiques de réduction de pauvreté. Des chercheurs émérites estiment déjà, qu’avec un taux de croissance démographique de 3,3%, le Niger a besoin d’un taux de croissance économique d’au moins de 7% pour réduire la pauvreté et de plus de 10% pour déclencher son développement[4]. Aujourd’hui, avec un taux de croissance démographique de 3,9%, il est difficile au Niger d’assurer une adéquation entre la population et l’économie sans une maîtrise de la fécondité qui est le facteur clé de la croissance démographique.
Les résultats des différentes enquêtes montrent une baisse du taux de pauvreté au Niger. Il est de 62,1% en2005 selon le QUIBB; de 59,5% en 2008 selon l’ENBC ; 48,2% en 2011 et 45,3% en 2014 (ECVMA 2011 et 2014).
En ce qui concerne le développement durable[5], la prise en compte des besoins des générations futures est notifiée dans la Loi fondamentale. En effet, la Constitution de la 7ème République du 25 novembre 2010 en son Article 153 stipule : « l'Etat veille à investir dans les domaines prioritaires, notamment l'agriculture, l'élevage, la santé et l'éducation, et à la création d'un fonds pour les générations futures ».
Le Niger a bénéficié de l’appui PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) et a souscrit aux OMD afin de réduire la pauvreté et la faim d’ici 2015. Deux documents de stratégie de réduction de pauvreté ont été élaborés ; il s’agit du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) 2002-2007 et la Stratégie de Développement Accéléré et de Réduction de la Pauvreté (SDRP) 2008-2012. Le Plan de Développement Economique et Social (PDES_ 2012-2015) pose les jalons d’une politique économique de moyen terme qui permettra d’impulser une dynamique de développement équilibré, porté par une forte croissance inclusive et durable.
Chapitre 4 : Cartographie de l’emploi
Avec un niveau d’instruction bas, les nigériens, particulièrement ceux du milieu rural, peuvent difficilement prétendre à des emplois ou à des activités économiques autres que ceux qu’offrent l’agriculture et l’artisanat. Deux (2) ménages sur trois (3) vivent dans une famille dont le chef est un exploitant agricole. La majorité de la population active se retrouve ainsi dans l’économie de subsistance. L’artisanat est aussi un autre secteur très dynamique qui draine plus de 600 000 emplois de survie.
Selon l’INS, le poids de l’emploi informel dans l’économie est de 68,8% en 2011 ; 67,7% en 2012 ; 65,1 % en 2013 ; 64,9% en 2014 et 64,8% en 2015 (Comptes Nationaux).
La proportion de l’emploi informel dans la population active est estimée à plus de 99%. Le nombre d’entreprises modernes est de 5000 recensées sur toute l’étendue du territoire.
De façon générale, il ressort de l’analyse des résultats sur les secteurs prioritaires de développement quatre (4) principaux secteurs :
* l’agriculture et l’élevage intensif ;
* l’industrie de transformation (agro-pastorale et manufacturière) ;
* l’artisanat ;
* et le tourisme.
Les services publics et parapublics occupent plus ou moins 120 000 travailleurs situant ainsi le gouvernement comme le principal employeur du pays.
Le taux de sous-emploi est très élevé. Il est de 34,62% dont 38,33% pour les femmes et 32,93% pour les hommes. Le sous-emploi concerne principalement les populations rurales (83,6%) en raison du caractère saisonnier de l’activité agricole.
En outre, on note une inadéquation structurelle entre la demande et l’offre d’emploi en raison de la forte croissance démographique que le pays connaît d’une part, et d’autre part, de la déficience structurelle de l’offre, liée notamment aux aspects ci-après : (i) le caractère archaïque des techniques de production en particulier dans le secteur rural, (ii) le caractère embryonnaire du secteur secondaire, et (iii) la désorganisation du secteur informel.
De façon générale, l’offre d’emploi recule alors que la demande est en constante progression, stimulée par la forte croissance démographique.
Ainsi, les défis en matière d’emploi sont particulièrement de deux ordres : (i) occuper la population en dehors de la saison culturale (huit à neuf mois de l’année) et (ii) offrir l’emploi aux populations urbaines, notamment les jeunes diplômés.
Au regard des contraintes identifiées, le principal défi lié à la promotion du travail décent, consistera à réussir la valorisation des avantages comparatifs pour pouvoir créer des emplois dans les secteurs porteurs de croissance économique (agriculture et agro-industrie, mines, pétrole, artisanat, tourisme…) tout en encourageant l’entrepreneuriat.
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Encadré 1 : Créneaux porteurs d’emploi des jeunes
Les créneaux porteurs d’emploi présentés ici, résultent d’une étude menée dans le cadre du Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA) en 2006.
Régions
Créneaux porteurs d’emploi pour les jeunes
Agadez
* Artisanat d’art ;
* Produits de maraîchage, notamment dans l’Aïr (oignons, pommes de terre, ail fruits dattes, piments, petits pois, carotte, tomate, poivron, etc.).
* Les services de tourisme et hôtellerie, incluant la restauration.
Tahoua
* Activités agro – pastorales :
* Un bon potentiel de création de mini – fermes agricoles et mini – laiterie ;
* la production et la commercialisation des spéculations, telles que l’oignon, le niébé et poivron présenteraient des avantages comparatifs évidents ;
* la production et la commercialisation de la gomme arabique constituent des opportunités d’emploi et de génération de revenus pour les jeunes ;
* Artisanat : couture traditionnelle, vannerie, bijouterie, maroquinerie
* Les services d’hôtellerie et de tourisme, incluant la restauration. Mais, la région est également confrontée au même contexte que celui handicape la région d’Agadez.
Maradi
* Activités agro – industrielles : possibilité de transformation de certains fruits (mangue, goyave…), d’oignon, poivre, sésame, souchet, lait et viande. Transformation des cuirs et peaux, notamment pour la chèvre rousse de Maradi ;
* Activités artisanales de production et de services : poterie, vannerie, maroquinerie, construction métallique, bijouterie, mécanique auto, couture, BTP, électricité bâtiment, plomberie…
* Activités de service : santé et pharmacie, restauration, électricité – froid, mécanique – auto, électronique, hygiène et assainissement, etc.
Zinder
* Artisanat de production et de services
* Activités agro – sylvo – pastorales
* Les services d’hôtellerie et de restauration sont prometteurs.
Diffa
* Artisanat de production et de service : plomberie, électricité rurale, mécanique générale et auto, vannerie, tissage, etc.
* La pêche, mais nécessite la formation des pêcheurs aux techniques modernes d’exploitation de la pêche et de commercialisation de produits.
* L’agriculture, l’aviculture et l’élevage présentent de bonnes opportunités.
Dosso
* Activités agro – pastorales
* Activités artisanales : fabrication d’équipements agricoles (décorticage, irrigation, exhaures, etc.), les BTP (plomberie, soudure, électricité menuiserie, mécanique générale…) ;
* L’écotourisme.
Tillabéri
* Activités agro – sylvo – pastorales ;
* Artisanat : construction métallique, plomberie, électricité rurale, mécanique générale et auto, vannerie, poterie, tissage, couture, teinture, etc.
* Potentiel important en matière de tourisme et d’hôtellerie
Niamey
* Activités agro – pastorales
* Services
Chapitre 5 : Déterminants de la fécondité
Les résultats du rapport provisoire de l’étude sur « les causes et les déterminants de la baisse de la mortalité des enfants de moins de cinq (5) ans et du maintien de la fécondité à un niveau élevé au Niger de 1992 à 2012 » font ressortir six déterminants clés qui prédisposent la femme à avoir 5 enfants ou plus : le sexe du chef de ménage, le type d’union, l’activité économique de la femme, l’utilisation d’une méthode contraceptive moderne, l’âge au premier mariage et le niveau d’instruction de la femme.
Selon les résultats obtenus à partir des quatre EDS, le fait que le chef de ménage soit une femme a une influence négative sur le nombre de ses enfants. Comparé aux ménages dirigés par un homme, quand c’est la femme qui est chef de ménage, elle a jusqu’à 50% moins de risque d’avoir 5 enfants ou plus durant sa vie féconde. La plupart de ces femmes chefs de ménage étant soit veuves, soit divorcées, la charge que les enfants peuvent représenter pour elles peut être une solution économique qui les amène à ne pas faire beaucoup d’enfants. A cela, il faut ajouter dans le contexte nigérien, la difficulté que ces femmes ont de se remarier.
Aussi, comparées aux femmes mariées aux hommes monogames, les femmes mariées aux hommes polygames font plus d’enfants. Une femme mariée à un homme polygame a presque deux (2) fois plus de risque de faire 5 enfants ou plus. Dans la perspective du partage de l’héritage en cas du décès du conjoint, chacune aura tendance à vouloir faire plus d’enfants dans l’espoir d’avoir plus de biens à hériter.
L’activité économique de la femme a une influence significative sur le nombre de ses enfants. Ainsi, comparées aux femmes sans emploi, les femmes commerçantes ou agricultrices ont 2 fois plus de risque d’avoir une descendance nombreuse.
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Le recours aux méthodes contraceptives modernes a une influence négative sur la descendance de la femme. Ainsi, les femmes qui ne pratiquent aucune méthode contraceptive moderne ont plus de risque d’avoir plus d’enfants que celles qui en utilisent.
L’âge au premier mariage est reconnu comme un déterminant proche de la fécondité. Les résultats de l’étude ont montré que l’âge au premier mariage est une variable clé qui détermine la descendance de la femme. En effet, comparée aux femmes qui se sont mariées avant 14 ans, celles qui se marient entre 15 et 19 ans ont 20 à 50% moins de risque d’avoir une descendance nombreuse. Mieux, quand la femme se marie après 20 ans, elle a jusqu’à 50% à 80% moins de risque d’avoir une descendance nombreuse.
Les résultats confirment l’hypothèse selon laquelle le niveau d’instruction de la femme a un effet négatif sur le nombre de ses enfants. En effet, quand la femme a atteint le niveau primaire, elle a 50% moins de risque d’avoir plus de cinq enfants. Mieux, quand la femme atteint le niveau secondaire ou plus, elle a jusqu’à 80% moins de risque d’avoir une fécondité élevée.
On peut retenir d’autres déterminants de la fécondité à savoir : le taux de prévalence contraceptive moderne (12,2%) et traditionnelle (1,7%), l’indice de stérilité (proportion des femmes 45-49 qui n’ont jamais eu d’enfants (1,6%), l’insusceptibilité post-partum (14,3 mois en 2012), et le pourcentage des femmes de 15 à 49 ans en union (88,4%).
Au Niger selon l’EDSN 2012, l’indice synthétique de fécondité (ISF) est actuellement très élevé. Ce qui fait que le Niger détient le niveau élevé de la fécondité avec 7,6 enfants par femme en âge de procréer (femmes âgées de 15 à 49 ans). La tendance observée dans la distribution par âge de la fécondité montre que la tranche d’âge 15-19 ans enregistre un taux fécondité de 210‰, celle de 20-24 ans, 327‰ et celle de 25-29 ans, 328‰. La fécondité est précoce dans la tranche d’âge 15-19 ans puisque 40% ont déjà commencé leur vie procréative.
Ce niveau élevé de fécondité résulte d’une part, des pesanteurs socioculturelles qui favorisent les mariages précoces/forcés des enfants, une violence basée sur le genre, et la persistance d’une mentalité pro nataliste, descendance nombreuse et d’autre part, du faible statut de la femme (lié à plusieurs facteurs dont entre autres, la pauvreté, l’analphabétisme, le faible niveau d’instruction, le faible pouvoir économique, le faible pouvoir de décision au sein du couple, de la communauté et des institutions de la République) ne lui permettant pas de jouir pleinement de tous ses droits universels dont en particulier ceux en rapport avec la santé de la reproduction.
La fécondité cache des disparités importantes selon le milieu de résidence. En 2012, elle est nettement plus élevée en milieu rural (8,1 enfants par femme) qu’en milieu urbain (5,6). Cette différence de niveau de fécondité entre milieu rural et urbain s’observe à tous les âges en particulier chez les adolescentes de moins de 20 ans.
L’une des explications données à ce différentiel de fécondité est le niveau d’instruction. Les femmes du milieu urbain ayant en général un niveau d’instruction plus élevé que celles du monde rural, il va de soi que la perception de l’importance de la planification familiale et l’accès à celle-ci soit plus effectif dans les villes que dans les villages. L’EDSN 2012, montre que l’utilisation des méthodes modernes de planification familiale des femmes en milieu urbain est de 27% et en milieu rural 9,7%.
La prévalence contraceptive est de 10,4% chez les femmes sans instruction, 18,4% chez celles ayant un niveau d’instruction primaire et 30% chez les femmes de niveau secondaire et plus. En effet, on note une faible fréquentation des services de santé qui se matérialise par une faible proportion des accouchements assistés par un personnel de santé qualifié (29,3%) et un faible taux de prévalence contraceptive (12,2%) en 2012[6]qui est également lié à la faiblesse de l’offre de planification familiale.
L’analyse de l’évolution de la fécondité au Niger, montre, d’une part, que celle-ci est maintenue à un niveau très élevé (plus de 7 enfants par femme) les vingt (20) dernières années et d’autre part, qu’elle n’est pas maîtrisée car elle évolue en dents de scies (graphique 2 ci-dessous). En effet, après avoir légèrement augmenté de 0,1 enfant par femme entre 1992 et 1998, l’Indice synthétique a diminué fortement de 0,4 avant d’augmenter de 0,5.
Graphique 2: Evolution de la fécondité au Niger de 1992 à 2012
Source: EDSN I 1992, EDSN II 1998, EDSN-MICS III 2006 et EDSN-MICS IV 2012
Toutefois, en dépit de la non-maîtrise de la fécondité, le Niger a entamé la première phase de sa transition démographique avec une baisse considérable des indicateurs de mortalité, en particulier ceux de la mortalité infantile et maternelle. En effet, selon les résultats des Enquêtes démographiques et de santé réalisées au Niger, le taux de mortalité infantile (âgés de moins d’un an) a baissé de 123‰ en 1992 à 51‰ en 2012, soit une réduction de 60%. De même, au cours de la même période, le taux de mortalité maternelle a aussi baissé de 652 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes à 535 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, soit une réduction de 18%.
Chapitre 6 : Santé de la reproduction
La Santé de la Reproduction « est le bien-être général, tant physique que mental et social de la personne humaine pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l’absence de maladies ou d’infirmités »[7]. Elle comprend cinq (5) volets qui sont : la santé de la mère, la santé de l’enfant, la santé des jeunes, la santé des hommes et la santé des personnes âgées.
Le niveau de mortalité maternelle est un bon indicateur de mesure du niveau de prise en charge des grossesses au sein d’une population. Les décès maternels représentent 39% des décès de toutes les femmes en âge de procréer (15-49 ans). Cependant le pourcentage de décès « maternels » varie selon l’âge. Il est plus faible chez les femmes âgées des groupes d’âges 45-49 ans (15,1%) et 40-44 ans (23,4%) que chez les femmes jeunes du groupe d’âge 15-19 ans (34,4%). Dans les autres groupes d’âges des femmes, cette proportion varie de 41% à 47% respectivement dans les tranches d’âges 20-24 ans et 25-29 ans. Cela peut s’expliquer par le fait que les taux de fécondité des femmes qui appartiennent aux groupes d’âges extrêmes sont plus faibles que ceux des femmes qui appartiennent aux groupes d’âges intermédiaires.
Selon les résultats définitifs de l’EDSN-MICS IV réalisée en 2012 au Niger, 36% des enfants de moins de cinq (5) ans souffrent d’une insuffisance pondérale. Cependant, il existe des disparités selon certaines caractéristiques socioéconomiques des ménages. Les enfants qui vivent en milieu rural (38%) souffrent plus de l’insuffisance pondérale que ceux du milieu urbain (23%). Le niveau d’instruction de la mère est déterminant en ce qui concerne la nutrition des enfants car le niveau de l’insuffisance pondérale varie de 20% chez les enfants dont les mères ont un niveau d’instruction au moins égal au secondaire, à 33% pour les enfants des mères qui ont le niveau primaire et 38% pour les enfants des mères qui ne sont pas instruites. Le statut de pauvreté a aussi une influence notable sur la nutrition des enfants : les enfants qui vivent dans les ménages les plus pauvres (41%) souffrent d’insuffisance pondérale plus de 1,5 fois plus que ceux qui vivent dans les ménages non pauvres (26%). L’insuffisance pondérale est aussi très dépendante de l’âge de l’enfant : elle augmente de 7,2% chez les enfants âgés de moins de 6 mois à 12,1% chez ceux qui ont un âge compris entre 6 et 8 mois, atteint son paroxysme chez les enfants âgés de 9 à 11 mois avant de diminuer de façon régulière pour descendre à 3,8% chez les enfants âgés de 48 à 59 mois.
En ce qui concerne la vaccination, plus de la moitié (52%) des enfants âgés de 12 à 23 mois ont reçu tous les vaccins du Programme élargi de vaccination (PEV). Les filles (52,3%) semblent être mieux protégées contre les maladies que les garçons (51,6%), les enfants qui vivent en milieu urbain (68%) que ceux qui vivent en milieu rural (49%), les enfants qui vivent dans les ménages les plus riches (66,8%) que ceux qui vivent dans les ménages les plus pauvres (34,9%). La proportion des enfants complètement vaccinés diminue lorsque le rang de naissance de l’enfant augmente : 60% pour les enfants de rang de naissance 1 contre 48% pour ceux dont le rang de naissance est supérieur ou égal à 6. Cette proportion augmente avec le niveau d’instruction de la femme : elle varie de 49,8% chez les enfants des femmes qui ne sont pas instruites, à 59,1% chez les enfants des femmes qui ont le niveau primaire et à 72,7% chez les enfants des femmes qui ont au moins le niveau secondaire.
Le taux de mortalité infantile permet d’apprécier les efforts fournis par l’Etat pour garantir aux enfants le droit à la survie. Ce taux a connu une baisse sensible en passant de 123‰ en 1998 à 51‰ en 2012[8]. Cependant, et il existe des disparités selon le sexe, la résidence, la région, le niveau d’instruction et le statut de pauvreté. Les enfants de sexe masculin courent plus de risque de décéder avant l’âge d’un (1) an que ceux de sexe féminin : 73‰ contre 56‰. Les enfants qui vivent en milieu urbain ont plus de chance de survie que ceux qui vivent en milieu rural (68‰ contre 42‰).
Plus le niveau d’instruction de la femme augmente, plus ses enfants ont de chance de survie : le taux de mortalité infantile varie de 48‰ chez les enfants dont les mères ont atteint au moins le niveau secondaire à 60‰ pour celles qui ont atteint le niveau primaire et 66‰ pour celles qui ne sont pas instruites. Les enfants des pauvres courent plus de risque de décéder que ceux des pauvres : 52‰ contre 64‰ ; cependant, ceux des classes intermédiaires courent plus de risque de décéder que ceux des riches et des pauvres.
Au Niger, la santé des jeunes, notamment des jeunes filles, reste préoccupante. Elle est menacée par le mariage précoce et conséquemment les grossesses précoces. 75% des jeunes filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. On s’attend immédiatement à une grossesse à l’issue du mariage. Les grossesses des jeunes filles adolescentes, qu’elles soient désirées ou non ont des conséquences sur leur santé et leur avenir. Les complications de la grossesse et de l’accouchement restent une des principales causes de la mortalité des jeunes filles adolescentes au Niger. En effet, 34% des décès chez les filles âgées de 15 à 19 ans sont liées à ces complications (EDSN -2012). Dans la même optique, selon le rapport 2014, « surveillance des décès maternels, revue et riposte », 52% des décès maternels notifiés par les formations sanitaires, concernent les jeunes filles de moins de 24 ans.
Il convient de noter que si les jeunes filles adolescentes contribuent à hauteur de 14% à la fécondité générale, elles contribuent à 25% aux décès maternels survenus dans les formations sanitaires en 2012.
Les besoins des jeunes en matière de sexualité sont ; la liberté de choix dans les options contraceptives, l’information, l’éducation, les conseils, l’affection/tendresse, l’affirmation de soi, les prestations sanitaires, le respect, confidentialité et la dignité, la justice.
Les différents comportements à risque chez les jeunes sont : les rapports sexuels non protégés, la consommation de drogues, le multi partenariat, la prostitution, les déviances sexuelles, les pratiques traditionnelles néfastes,…
Chapitre 7 : Rendements privés de l’éducation
Section 1 : Définition de concepts
Sous-section 1.1 : Notion de capital humain
Selon Théodore Schultz (1961) : « alors qu’il apparait évident que les individus acquièrent des savoir-faire et des savoirs utiles, il n’est pas si évident que ces savoir-faire et savoirs constituent une forme de capital et que ce capital soit, pour une part substantielle, le produit d’un investissement délibéré ».
A l’instar du capital physique, les auteurs considèrent que le capital humain peut s’acquérir, se préserver et se développer. Il constitue, pour certains, un bien matériel qui peut faire progresser et soutenir la productivité, l’innovation et l’employabilité.
Cette vision donne une grande importance au notion de compétence, d’expérience et de savoirs, en tant que principaux éléments du capital humain.
Sous-section 1.2 : Notion de coûts de l’éducation
On distingue les coûts privés, publics ou sociaux qui peuvent être classés, chacun, en coûts directs ou indirects :
* Les coûts privés directs concernent les dépenses effectuées pour les achats des fournitures scolaires, les frais d’inscription, les frais tels que la cantine, le logement, … ;
* Les coûts privés indirects sont les revenus auxquels les individus renoncent lorsqu’ils choisissent de poursuivre leurs études ;
* Lorsque les dépenses de l’éducation sont supportées par l’Etat, on parle de coûts publics de l’éducation. Sont considérés dans cette catégorie de dépenses, les subventions aux établissements, représentant les coûts publics directs, et les impôts sur le manque à gagner auquel on retranche les aides faites aux étudiants.
Sous-section 1.3 : Notion de rendements de l’éducation
La conception de l’éducation comme un investissement implique la possibilité d’en évaluer son rendement privé, social ou public. Il est estimé pour un niveau d’éducation donné par référence au niveau éducatif précédant. Il met en relation des coûts de formation et des bénéfices escomptés sous la forme de salaire supplémentaire pour l’individu, d’accroissement du PIB pour la société et l’augmentation des recettes fiscales pour les pouvoirs publics.
Par taux de rendements privés, nous entendons la confrontation entre les coûts monétaires (frais scolaires) et les coûts d’opportunité que l’individu en formation supporte, et les liens additionnels que procure un niveau d’éducation supplémentaire.
Section 2 : Méthodologie de calculs de rendement
Généralement, deux approches sont utilisées pour estimer les rendements de l’éducation. D’une part, nous avons la méthode basée sur la valeur actuelle nette (VAN) qui est la différence entre la valeur des gains futurs actualisés (GT) et le coût de l’investissement (Ct), éventuellement actualisé lorsqu’il couvre plusieurs périodes.
Ainsi :
Avec j nombre d’années, r taux d’actualisation
D’autre part, il y’a l’approche économétrique initiée par Mincer (1974)qui estime le rendement de l’éducation avec une régression par MCO (Méthode des Moindres Carrés Ordinaires). Celle-ci met en relation les avantages financiers, la durée de la carrière et l’expérience professionnelle.
Les prolongements de la théorie du capital humain ont conduit aux travaux empiriques de Jacob Mincer. Le taux de rendement de l’éducation, se calcule comme suit : InYs = c + rS + aE + bE2 + u
Avec Ys taux de salaire, S nombre d’années d’études, E expérience professionnelle et u facteurs non observés affectant le revenu.
Pour compléter ce modèle, d’autres variables doivent être prises en compte notamment le niveau d’éducation des parents ou leur activité professionnelle. Ainsi, ce modèle a été proposé sous la forme suivante :
lnYs =c + r1S + r2S2 + aE + bE2 + dX + u
Avec X vecteur de caractéristique individuel et parental.
Le modèle économétrique est estimé comme suit :
Avec :
, le revenu mensuel
, la fréquentation de l’éducation primaire
, la fréquentation de l’éducation secondaire
, la fréquentation de l’éducation supérieure
, l’expérience professionnelle
, les caractéristiques individuelles et parentales
Section 3 : Sources de données
Tableau 2 : liste des variables retenues dans le modèle
Variables
Libellés
Modalités/Types
LOGREV
Logarithme du revenu mensuel
Variable continue
PRIM
Niveau d’éducation primaire
O=non ; 1=oui
SEC
Niveau d’éducation secondaire
O=non ; 1=oui
SUP
Niveau d’éducation supérieur
O=non ; 1=oui
AGE
Age de l’individu
Variable continue
AGE 2
Age de l’individu élevé au carré
Variable continue
EDUC
Nombre d’années d’éducation
Variable continue
SEXE
Sexe de l’individu
1=masculin
2=féminin
SITMAT
Situation matrimoniale de l’individu
1=célibataire
2=en union
3=veuf ou veuve
4=divorcé
TAILMEN
Taille du ménage
Variable continue
MILIEU
Milieu de résidence
1=Niamey
2=autres urbains
3=rural
TYPEMP
Type d’employé
1=travailleur indépendant
2=travailleur non indépendant
Section 4 : Résultats obtenus
Voir application sur stata
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PARTIE II : Théorie de l’économie générationnelle
Chapitre 1 : Qu’est-ce que l’économie générationnelle
L’économie générationnelle est le processus par lequel les institutions sociales et les mécanismes économiques sont employés par chaque génération ou groupe d’âge pour produire, consommer, partager et épargner des ressources. Il s’agit des flux économiques entre générations ou groupes d’âge qui caractérisent l’économie générationnelle. Les contrats explicites comme implicites régissent les flux intergénérationnels et la distribution intergénérationnelle des revenus ou la consommation qui en résulte (Mason and Lee, 2011).
Quatre activités économiques sont au cœur de l’économie générationnelle : le travail, la consommation, le partage et l’épargne. Le travail et son produit varient au fil de la vie des individus pour des raisons biologiques, culturelles, institutionnelles et en fonction du désir ou du besoin de consommer. Ces variations sont à l’origine d’un cycle de vie économique dont les périodes du début et de la fin de la vie, où les gens consomment plus qu’ils ne produisent, sont étendues. Ces périodes sont, dans une certaine mesure, équilibrées par l’âge actif, où les gens produisent plus qu’ils ne consomment.
Le partage et l’épargne sont des contreparties essentielles du cycle de vie économique. Ces deux mécanismes économiques sont les seuls qui permettent de combler les écarts entre la production et la consommation des jeunes et des personnes âgées. Le partage permet des transferts intergénérationnels qui prennent plusieurs formes. Les contribuables, fortement concentrés dans l’âge actif, financent la scolarisation des enfants, les retraites des personnes âgées et les programmes de soins de santé souvent prodigués aux membres les plus âgés de nos populations. Les parents pourvoient aux besoins de leurs enfants, souvent grâce à une aide importante des grands-parents. Dans de nombreuses sociétés, les personnes âgées comptent sur leurs enfants adultes pour subvenir à leurs besoins matériels.
L’épargne est le moyen par lequel des ressources disponibles à un âge et à un moment donnés ont disponibles à un âge plus avancé et à une période plus éloignée dans le temps. Parmi les modalités d’épargne, on peut mentionner l’épargne à chaque étape de la vie. Les individus peuvent accumuler des actifs tant qu’ils sont en âge de travailler et compter sur ces actifs pour leur retraite en utilisant les revenus issus des actifs et en dépensant leurs actifs pour financer leur déficit du cycle de vie, c’est-à-dire l’écart entre la consommation et le revenu du travail. Participer à des régimes de pension fondés sur l’emploi, acheter une maison, créer une entreprise ou épargner permet aux travailleurs de faire des économies à chaque étape de la vie. Les jeunes adultes peuvent également se servir de leurs économies et des actifs qu’ils créent pour résoudre les problèmes liés au cycle de vie. Ils peuvent emprunter des ressources à des adultes plus âgés qui ont déjà accumulé des actifs. Parmi les exemples de ce type de comportement, on peut citer l’utilisation de cartes de crédit et le recours à des prêts étudiants.
Le problème du cycle de vie peut être résolu d’une manière plus complexe impliquant le partage et l’épargne. Pour une part importante des personnes en âge de travailler, le revenu du travail ne suffit pas à financer la consommation individuelle et les transferts en aval (vers les enfants) ou en amont (vers les personnes âgées). Les revenus issus des actifs peuvent combler cet écart en finançant les transferts à d’autres. Ainsi, le partage et l’épargne servent à remplir les besoins du cycle de vie des enfants et des personnes âgées.
Chapitre 2 : Approche des comptes de transferts intergénérationnels
Les transferts entre les générations sont des flux de ressources ou de patrimoine qui circulent entre les âges. Le circuit des transferts entre générations décrit pour une population décomposée par âge ce que chaque cohorte reçoit des institutions que sont l’Etat, la famille ou le marché, ainsi que sa contribution qui est composée de la part de revenu qu’elle transfert dans le temps, à travers l’épargne, et la part des cotisations et taxes prélevées au titre de la redistribution.
La photographie des circuits financiers par âge distingue les âges bénéficiaires des âges contributifs, ainsi que des sources de revenus afférentes. La reconstitution de ces transferts par âge permet de faire le bilan des taxes et des dépenses publiques et de mesurer les montants que l’Etat consacre à la redistribution selon les générations. La déformation des dépenses publiques selon l’âge donne enfin une indication sur les priorités de l’Etat providence et sur le poids démographique et économique des différentes générations. Ces données permettent de mesurer précisément la contribution des différentes générations et d’en déduire s’il existe des générations plus favorisées que d’autres. Ces questionnements concernent, en particulier, la génération des baby‐boomers relativement aux autres.
L’évolution de la composition des transferts (salaires, retraites, revenus du capital, cotisations et taxes, épargne, etc.) par âge et dans le temps permet de suivre la dynamique des dépenses publiques et de la redistribution relativement aux rôles des familles et du marché, et in fine, nous renseigne sur l’évolution du modèle social français.
Dans un contexte de jeunesse démographique, il est important d’analyser l’évolution des trois piliers pourvoyeurs de bien‐être : la famille, l’Etat providence et le marché. L’augmentation continue de l’espérance de vie sur le dernier demi‐siècle modifie en profondeur les rapports intergénérationnels et rend possible la cohabitation de 4 voire 5 générations. Cette modification de la structure familiale et le poids croissant des plus de 60 ans transforment notre modèle social, en questionnant :
‐la soutenabilité financière de notre système de protection sociale : le mode de financement de la période de retraite et notamment l’arbitrage entre retraite et éducation, la part de PIB que nous pouvons consacrer aux dépenses passives (retraite, etc.) et celles nécessaires, en termes de dépenses actives (éducation, etc.) pour maintenir le contrat générationnel.
‐le rôle et le poids des familles comme pourvoyeuses de solidarité (garde des petits enfants et des aînés, héritages et donations, etc.)
‐ le marché comme acteur éventuellement appelé à devenir plus présent dans les années à venir, pour transférer des revenus dans le temps pour la période de retraite (produit d’épargne retraite, etc.), s’assurer contre les risques liés à la longévité (assurance dépendance, etc.), et accumuler un patrimoine et le rendre liquide.
Beaucoup des transferts dépendent de l’âge : la retraite, l’éducation, les héritages et donations, etc., et la structure par âge influence la taille des générations contributrices ou bénéficiaires.
L’intérêt de ce projet est de fournir une approche globale pour mesurer et analyser les flux entre les générations liés aux revenus du travail, du capital, à la consommation et à la solidarité. Les générations actives travaillent et produisent, et leur espérance de vie professionnelle dépend de leur espérance de vie, du fonctionnement des institutions et de leurs besoins de consommation (souvent inférieurs à leur production). Les générations « dépendantes ou bénéficiaires » que sont les jeunes et les retraités consomment plus qu’elles ne produisent grâce notamment au surplus généré par la génération active et à la redistribution organisée par les institutions de l’Etat providence (système de retraite, éducation, etc.) ou grâce à l’épargne accumulée durant leur vie active qui leur permet de transférer du pouvoir d’achat dans le temps.
La nature de ces transferts intergénérationnels peut être publique ou privée. La plupart des transferts sont des flux financiers, une partie est constituée de flux en nature ou en temps. Depuis le début des années 90, de nombreux travaux ont souligné l’ampleur des circuits financiers entre les générations en se focalisant sur les transferts publics, mais leurs estimations souffrent quelques fois d’approximations.
L’un des avantages de la méthodologie des Comptes de Transfert Nationaux (« National Transfer Accounts» ou NTA) est qu’elle se réfère à un référentiel international pour comptabiliser les trois types de transferts (financiers, en nature et en temps), pour définir le périmètre des acteurs (Etat, famille, marché), et pour assurer la cohérence des comparaisons internationales et dans le temps. La méthode des NTA permet une analyse dynamique des différents transferts et contributions nettes de chaque génération pour connaitre les générations « gagnantes et perdantes ». Les transferts intergénérationnels permettent d’étudier les interactions entre les différents pourvoyeurs de « bien-être » et leurs impacts sur la croissance en prenant en compte les impacts directs et indirects des transferts, notamment publics. Cette revue de la littérature cherche à mettre en évidence les principaux apports de la méthodologie NTA par rapport aux méthodologies alternatives.
Les premiers travaux sur les transferts publics entre générations avaient pour objectif majeur de garantir un certain niveau d’équité entre les différentes générations et d’analyser l’efficacité économique de ces flux, notamment en termes d’allocation de ressources afin de prendre en compte les dimensions de long terme des politiques menées. Il s’agissait de définir le périmètre des transferts « publics et privés » et d’assurer la cohérence des données en prenant en compte l’intégralité des flux concernés. Comme précisé par Zuber et al. « en ne considérant que les transferts ascendants des jeunes vers les plus âgés, on oublie que la solidarité intergénérationnelle s’exprime aussi à travers des transferts descendants, notamment, des transferts d’éducation. C’est pourquoi le bilan net de la solidarité intergénérationnelle doit être considéré sur l’ensemble du cycle de vie de chaque génération en prenant en compte tous les transferts versés et perçus au cours du temps ».
D’autres travaux, notamment ceux menés par Bommier et al.avec des données américaines, illustrent l’utilité en termes de politiques publiques (éducation, santé, redistribution, etc.) d’avoir une connaissance précise du circuit des transferts mais aussi la difficulté à interpréter le « bon » niveau d’équité entre les générations. Dans cette étude, les auteurs mettent en évidence les interactions entre les transferts publics de retraite et d’éducation et plus largement l’effet de ces transferts sur le bien‐être des générations. Pour chaque génération, ils comptabilisent les trois principaux transferts intergénérationnels publics aux Etats‐Unis : l’éducation, la sécurité sociale et la santé (Medicare) en valorisant les transferts sur la base de leur coût ou des gains attendus (par exemple, le nombre d’années supplémentaires passées en bonne santé pour des dépenses de santé). Pour chaque génération les auteurs calculent la valeur actualisée à la naissance des transferts reçus à laquelle ils retirent les taxes payées sur le cycle de vie. Ainsi, ils mettent en évidence le fait que les cohortes nées au début du XXème siècle ont largement profité de l’émergence des systèmes de protection sociale pour ce qui est des transferts ascendants, alors même qu’ils y ont peu contribué financièrement. La cohorte née en 1980 est neutre, alors que celle née en 2010 perd 2 % par rapport au revenu de son cycle de vie. Mais ce constat ne prend pas en compte, ni les gains tirés de l’investissement dans le système de protection sociale, ni l’effet de l’éducation sur la croissance. Un intérêt fondamental de l’étude des transferts entre générations est qu’elle permet d’évaluer les effets des réformes (diminution des prestations, hausse des taxes, etc.) en termes d’équité intergénérationnelle.
En prenant en compte les gains liés à l’investissement dans la protection sociale, les auteurs concluent que les générations actuelles et leurs enfants bénéficieraient davantage d’une augmentation des taxes que d’une diminution des prestations. Mais la situation pourrait s’inverser pour les générations nées à partir de 2050 à cause des pertes liées à un maintien à l’identique des prestations du système social public. En effet, les auteurs observent que les générations nées à partir de 2052 devront contribuer nettement plus pour rééquilibrer des systèmes aujourd’hui largement déficitaires. Les externalités positives liées à l’éducation ne suffiraient plus à garantir l’équité contrairement aux générations de 1940 et suivantes.
La difficulté pour analyser les transferts entre générations tient à la disponibilité de données historiques longues pour couvrir la durée de vie de plusieurs cohortes. Pour leur étude, Bommier et al. ont collecté les données disponibles et effectué des projections pour pouvoir représenter les cohortes nées entre 1850 et 2090.
Un résultat important de la recherche contemporaine sur ce sujet est que le circuit des transferts financiers s’est considérablement accéléré depuis une trentaine d’années. Si les retours patrimoniaux via la famille ont augmenté sensiblement plus vite que la croissance du pays, constituant une proportion toujours croissante du PIB, les transferts publics ascendants ont cependant cru encore plus rapidement.
Chapitre 3 : Méthodologie des NTA
Section1 : Principes généraux
L’objet de la méthodologie NTA est de produire une mesure, tant individuelle qu’agrégée, de l’acquisition et de la répartition des ressources économiques aux différents âges. Les références les plus récentes sont incluses dans l’ouvrage National Transfer Accounts Manual, Measuring and Analysing the generational Economy, publié par l’Organisation des Nations Unies en 2013. Ce manuel de référence décrit la méthodologie internationale unifiée des NTA[9], qui consiste à introduire l’âge dans la Comptabilité Nationale. Ces comptes sont destinés à comprendre la façon dont les flux économiques circulent entre les différents groupes d’âge d’une population pour un pays et pour une année donnés. Ils indiquent notamment à chaque âge les différentes sources de revenus et les différents usages de ces revenus en termes de consommation, que celle-ci soit privée ou publique, et d’épargne. Ils permettent ainsi d’étudier les conséquences liées aux modifications de la structure par âge de la population.
Le principe général s'articule autour de la notion de cycle de vie économique, qui met en lumière la non concordance entre les besoins matériels à un âge donné et les capacités matérielles dont disposent les individus pour satisfaire ces besoins à l’âge considéré. La détermination de ce cycle de vie économique s'appuie sur la comparaison des flux de consommation et de revenus du travail aux différents âges. D'une part, les individus les plus jeunes et les plus âgés vont être dans une situation de déficit dans la mesure où les ressources de leurs revenus du travail, quand elles sont positives, sont très inférieures à leurs dépenses de consommation. A l'inverse, les adultes en âge de travailler dégagent un surplus économique puisque les ressources qu'ils obtiennent en participant au marché du travail excèdent leurs consommations à ces âges.
Pour produire cette mesure, la méthodologie NTA s’inscrit dans le cadre de la comptabilité nationale afin de travailler sur l’ensemble des flux économiques mais aussi de disposer d’un cadre cohérent à la fois dans une perspective de comparaison inter temporelle et de comparaison entre pays. La comptabilité nationale renseigne sur le revenu et la consommation des ménages à une date donnée, mais elle ne donne aucune information sur la répartition de ce revenu et de cette consommation par âge. C’est pourquoi, le principe consiste à désagréger les différents agrégats d’intérêt de la comptabilité nationale en introduisant la dimension de l’âge. Une des avancées récentes des NTA est aussi de proposer une décomposition par sexe.
Les Comptes de Transferts Nationaux reposent sur une identité comptable telle que, à chaque âge, les ressources doivent être égales aux usages qui en sont faits (ONU, 2013) :
Équation 1 – Déficit du cycle de vie
En notant : a l’âge, C la consommation, YL le revenu du travail, T- les transferts versés, T+ les transferts reçus, public et privés, YA le revenu du capital et S l’épargne[10].
Le terme à gauche correspond au « déficit de cycle de vie », c’est-à-dire la valeur totale des biens et services consommés par les membres d'un groupe d'âge a à laquelle on retranche la valeur totale des biens et services produits par ce groupe d'âge. Son calcul constitue la première étape de l’approche NTA. Il s’agit ainsi de mesurer le revenu d’activité généré et la consommation effectuée à chaque âge.
Le terme à droite de l’égalité correspond à la manière dont est financé un éventuel déficit, via l'existence de mécanismes économiques et d'institutions qui organisent la redistribution des ressources des périodes de surplus vers les périodes de déficit. Les flux économiques qui sont associés à cette redistribution relèvent aussi bien du secteur public que du secteur privé. La méthodologie NTA distingue deux grandes catégories de mécanismes économiques qui assurent une réallocation des ressources entre les différents groupes d'âge, à savoir des transferts (privés et publics) et des réallocations fondées sur les actifs.
Le déficit de cycle de vie D(a) est tel que D(a)=C(a)-YL(a). La consommation C(a) est quant à elle la somme des consommations privées Cf(a) et publiques Cg(a), telle que C(a)= Cf(a)+Cg(a).
Section 2 : Méthode générale des NTA
Pour déterminer les groupes d'âges pour lesquels la consommation est supérieure au revenu et ceux pour lesquels elle est inférieure, il faut déterminer les profils par âge de la consommation et des revenus. Ceci se fait en plusieurs étapes décrites comme suit :
1. Détermination d'un profil par âge au niveau individuel pour un flux donné, sur la base de données d'enquêtes réalisées auprès des ménages ou de données administratives. Cela nécessite de faire un certain nombre d’hypothèses décrites par ailleurs ;
2. Ces profils issus de données d’enquêtes peuvent être un peu chahutés en raison des tailles d’échantillon. Nous les avons donc pondérés lorsque cela était possible, puis procédé à leur lissage au cours des âges afin de les rendre plus homogènes. En outre, il est nécessaire d’estimer les données manquantes pour certaines années ;
3. Utilisation de données démographiques pour construire des profils provisoires agrégés (et non plus individuels) par âge. Soit x(a) la valeur d'une variable au niveau individuel pour le groupe d'âge a, soit N(a) l'effectif de ce groupe d'âge, le profil agrégé X est X = Σx(a)N(a) ;
4. Ajustement des profils provisoires par le recours aux agrégats macroéconomiques issus de la comptabilité nationale, de telle sorte que le flux agrégé X coïncide avec la valeur de contrôle comptable au niveau agrégé correspondante C. Les profils par âge sont ajustés par le facteur correctif c = X/C. Les profils ajustés sont xc = x/c au niveau individuel et Xc = X/c au niveau agrégé. Ces profils ajustés permettent d'éliminer les éventuels biais d'échantillonnage et de rendre compatibles les comptes de transferts nationaux avec la comptabilité publique.
Ainsi, deux types de travaux empiriques doivent être menés. Premièrement, il faut calculer les agrégats macroéconomiques requis, à partir de la comptabilité nationale. Deuxièmement, il faut estimer les profils individuels (moyen) par âge qui permettront de ventiler ces grandeurs macroéconomiques.
Le revenu salarié (YLE) : Le profil par âge des revenus salariés est calculé directement à partir des données d’enquêtes.
Le revenu de l’auto-emploi (YLS) : L’approche préconisée dans le NTA est de traiter les deux tiers (2/3) du revenu mixte déclaré comme imputable au travail et de répartir ce revenu du travail familial non rémunéré aux travailleurs familiaux conformément à la proportion du revenu moyen du travail des employés de même âge.
De la même manière, le profil moyen par âge du revenu du travail des indépendants est déterminé par la moyenne par âge de la rémunération des travailleurs indépendants.
Section 3 : Construction des agrégats de contrôle comptables
Comme nous l’avons vu dans la Méthode générale des NTA, la dernière étape consiste à ajuster nos profils provisoires par le recours aux agrégats issus de la comptabilité nationale. Nous avons donc commencé par déterminer et calculer les agrégats macroéconomiques qui nous seront utiles par la suite. Pour le Niger, les agrégats sont obtenus en utilisant :
* les Tableaux des Comptes Economiques Intégrés (TCEI) ;
* les Tableaux Ressources Emploi (TRE) ;
* les dépenses de l’exécution budgétaire 2011-2015 du Ministère de la Santé Publique;
* les dépenses de l’exécution budgétaire 2011-2015 des Ministères en charge de l’Education ;
* les données de l’Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages et de l’Agriculture (ECVMA) de l’année 2014 ;
* les données des annuaires statistiques de l’éducation et de la santé ;
* les données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) 2012
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PARTIE III : Résultats et applications
Cette partie comprend cinq (5) chapitres : le premier chapitre porte sur le Profil de Consommation et de Revenu, le second traite du déficit de Cycle de vie, le troisième traite de la Contribution au Dividende Démographique selon la méthode des NTA, le quatrième concerne les Perspectives Démographiques et du Dividende Démographique selon le modèle DEMDIV. Enfin le dernier chapitre annonce les Recommandations et les prochaines étapes.
Chapitre 1 : Profil de consommation et de revenu
Les Comptes des Transferts Nationaux (NTA) ont pour but premier de développer et de mettre en œuvre un système de comptes mesurant les flux économiques entre les groupes d’âges de manière cohérente avec le système des comptes nationaux (CREFAT, 2014). Pour étudier les conséquences macroéconomiques de la modification de la structure par âge, des profils moyens de consommation et de revenu sont calculés par âge afin d’identifier les besoins matériels et les capacités des individus par âge à les satisfaire. Par la suite, ces profils moyens par âge sont agrégés pour évaluer les dépenses totales de consommations et les revenus totaux du travail par âge au niveau national.
Encadré 2 : Définition des concepts
1. Le profil moyen par âge traduit la consommation moyenne ou le revenu moyen à un âge donné. Il est obtenu en rapportant, à un âge donné, la consommation totale ou le revenu total au nombre total d’individus.
2. Le profil agrégé par âge se définit comme étant la consommation totale réalisée ou le revenu total dégagé à un âge donné.
Section 1 : Profil de consommation
Cette section présente les profils de consommation des nigériens au niveau microéconomique et macroéconomique tout en identifiant à chaque âge les caractéristiques essentielles (niveau, contraste) et leurs implications dans le cadre des politiques.
Sous-section 1.1 : Profil de consommation au niveau microéconomie
Le graphique 3 ci-dessous donne la consommation moyenne par âge évaluée en FCFA, des nigériens en 2014. Cette consommation prend en compte les consommations publiques et privées.
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Graphique 3 : Profil moyen de consommation
Source : Comptes nationaux 2014, calculs des auteurs.
Dépenses moyennes de consommation dans l’enfance (0-14 ans)
Ainsi, entre 0 et 12 ans, la courbe de consommation moyenne par âge est croissante. Cela traduit une augmentation de besoins de consommation avec l’âge pour cette frange de la population en particuliers les dépenses d’éducation (voir annexe). En effet, au cours des dernières années, des recrutements massifs ont été réalisés des enseignements contractuels notamment l’enseignement de base 1 (qui concerne le 3-12 ans) afin d’augmenter le taux brute de scolarisation. De 2005 à 2007, 9 579 contractuels ont été recruté dont 855 titularisés, ce qui augmente le poids de la masse salariale. En plus de cela, une participation des parents d’élèves de plus en plus grande est demandée pour soutenir les dépenses de fonctionnement de l’éducation. Aussi, les établissements d’enseignement privée, alternative aux grèves répétées dans le public, ont quasiment doublé entre 2005 et 2009 (INS, 2010).
A partir de 13 ans, la courbe de consommation moyenne par âge connait une baisse sensible passant de 165.454 FCFA en moyenne à 12 ans à 148.985 FCFA à 13 ans. Cela provient de la baisse des dépenses publiques qui passent de 54.209 FCFA à 12 ans à 29639 FCFA. De même, à l’entrée au niveau du cycle de base II (collège à 13 ans), les effectifs des élèves n’ont guère évolué de manière positive en rapport avec la population d’élèves devant poursuivre le cycle de base II. De 81.376 élèves en 1996-1997, l’effectif a augmenté jusqu’à 92 463 élèves en 2001-2002, mais cet accroissement absolu n’a pas suivi l’indicateur du taux brut de scolarisation (13,7% en 1996-97 contre 12,97% en 2001-2002) car les conditions d’accès et de maintien dans le cycle (faible capacité d’accueil, manque d’infrastructures et de matériels, …) sont restées dérisoires par rapport aux nouveaux flux d’élèves que devrait recevoir le secondaire. Cela a eu donc pour effet, une baisse des dépenses privées d’éducation à 13 ans. Par la suite, la réduction des effectifs dans le cycle de base II (de 13 à 17 ans), conduit à une augmentation des coûts moyens par âge de l’éducation.
Dépenses moyennes de consommation des jeunes (15-34 ans)
La hausse des dépenses moyennes de consommation se poursuit jusqu’à l’âge de 20 ans qui est l’âge d’entrée à l’enseignement supérieur où peut d’élèves du lycée y parviennent. En outre, à partir de cet âge, les dépenses sont en grande partie orientées vers la consommation des produits alimentaires. En effet, les dépenses alimentaires représentaient 60,1% des dépenses globales en 2011 (Ibrahima et Ekadé, 2011) et 83,5% en 2014 (EVIAM 2015).
La courbe de profil moyen de consommation atteint son maximum à 24 ans avec un montant moyen de 269 491 FCFA. Ce pic est essentiellement la conséquence de l’augmentation des dépenses privées.
Dépenses moyennes de consommation des adultes (35 ans et plus)
A partir de 25 ans déjà, les dépenses moyennes de consommation diminuent avec l’âge et ce, jusqu’à 62 ans avant de se stabiliser. Selon les résultats des analyses du 4ième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 2012), la quasi-totalité (98,9%) des personnes âgées (60 ans et plus) qui sont occupées travaillent dans le secteur de l’agriculture qui est tributaire des aléas climatiques. De même, le souci de réaliser un transfert des revenus aux jeunes générations expliqueraient la réduction des dépenses de consommation à ces âges.
Le graphique 4 ci-dessous donne la consommation moyenne par âge évaluée en FCFA, des nigériens en 2014 selon le Genre et le Milieu de résidence. Cette consommation prend en compte les consommations publiques et privées.
Graphique 4 : Profil moyen de consommation par sexe et par milieu de résidence
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
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Genre et dépenses moyennes de consommation
L’analyse des profils moyens de consommation par sexe montre que les hommes dépensent en moyenne par âge beaucoup plus que les femmes entre 0 et 81 ans. Cela pourrait s’expliquer par un moindre investissement dans l’éducation de la femme relativement aux hommes. En effet, l’évolution des effectifs scolaires de 1996 à 2009 (INS, 2010) révèle une prédominance des garçons par rapport aux filles alors que les femmes ont un poids démographique plus important dans la population en général et la population scolarisable en particulier. Cela explique donc pourquoi les ménages dépenses en moyennes plus pour les hommes et que les femmes. Malgré la mobilisation du Niger, « l’éducation pour tous » demeure un défi majeur. En effet, si dans l’ensemble on constate une évolution positive de la scolarisation des enfants, il demeure de fortes inégalités notamment celles liées au sexe, au désavantage des filles.
Milieu de résidence et dépenses moyennes de consommation
Il ressort de l’examen du graphique 4 ci-dessus, une grande inégalité dans la distribution des dépenses moyennes de consommation par âge selon le milieu de résidence. En effet, quel que soit l’âge considéré, les citadins ont en moyenne une consommation finale plus importante que celle des ruraux avec des écarts très prononcés à 24 ans (325.555 FCFA) et à 25 ans (263.825 FCFA). Au nombre des facteurs explicatifs de cette inégalité figurent les disparités spatiales de répartition des infrastructures éducatives et sanitaires. La faible concentration des écoles et des centres de santé en milieu rural pose le problème d’accessibilité géographique qui, réduit à son tour le taux de fréquentation et donc les dépenses associées à l’utilisation de ces services au profit des services alternatifs peu onéreux (école coranique, guérisseurs traditionnels, automédication). De plus, la source principale des dépenses de consommation en milieu rural demeure l’agriculture (autoproduction) qui dépend des aléas climatiques.
Sous-section 1.2 : Profil de consommation au niveau macroéconomie
Après la détermination des profils moyens, les profils agrégés sont élaborés pour prendre en compte les caractéristiques des différentes consommations au niveau macroéconomie. Comme pour les profils moyens, trois postes de consommation aussi bien publics que privée sont alors distingués: l’éducation, la santé, et les autres dépenses de consommation. Le traitement spécifique des deux premiers postes de dépenses s’explique naturellement par leur plus forte sensibilité à l’âge. Les dépenses liées à l’éducation se concentrent aux âges jeunes tandis que les dépenses de santé vont croître de façon significative avec l’avancée en âge.
Consommations publiques agrégées
La consommation publique agrégée correspond à la valeur des biens et services reçus par les individus à travers le secteur public. L’agrégat utilisé pour la consommation publique globale correspond au poste « Dépense de consommation finale » des administrations publiques des comptes nationaux.
Cet agrégat est ainsi éclaté en consommations publiques d’éducation, de santé, et d’autres consommations publiques. La consommation publique en santé et en éducation constitue l’essentiel de la consommation finale individualisable des administrations publiques dont le consommateur effectif peut être identifiable.
Les autres dépenses de consommation publique sont pour la plupart les dépenses des administrations publiques dites collectives. Les dépenses détaillées des différents ministères en charges de l’éducation et de la santé, ainsi que les autres dépenses de l’Etat liées à ses politiques en matières d’éducation et de santé ont permis de retrouver les profils de dépenses publiques suivant les âges.
Consommation publique agrégée en santé
La consommation publique agrégée en santé poursuit une chute en fonction des années. Le niveau très élevé des dépenses agrégées en santé s’explique essentiellement par la structure de la population. En effet les dépenses moyennes en santé sont structurellement plus élevées pour les âges supérieurs. C’est donc le l’importance des plus jeunes dans la population qui justifie un niveau de dépense agrégé beaucoup plus important pour cette classe.
La consommation publique en santé totale s’élève à 50,6 milliards en 2014. La tranche d’âge de 0 à 14 (enfance) bénéficie à elle seule d’une consommation publique en santé de 29,4 milliards de FCFA, soit 51 % du montant total. Pour les jeunes de 15 à 34 la consommation publique en santé est de 17, 6 milliards de FCFA soit 30,3%. Quant aux adultes (ceux de plus de 34), leur publique en santé est 10,8 milliards (18,7% du total).
Graphique 5 : Profil agrégé de consommation publique par âge
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014 et des comptes nationaux.
Le graphique 5 ci-dessus donne la consommation totale par âge évaluée en FCFA, des nigériens en 2014. Cette consommation prend en compte les consommations publiques et privées.
Consommation publique agrégée en éducation
Pour l’éducation, le profil agrégé par âge est obtenu à partir de données sur les dépenses éducatives par niveau scolaire et sur le nombre de jeunes de chaque âge en fonction du niveau d’éducation. La dépense par tête est supposée généralement identique pour tous les jeunes d’un même niveau.
La consommation publique en éducation est très importante pour la classe d’âge de 6 à 14 ans. Elles encore très faible pour les enfants ayant entre 15 et 21 ans. Pour les autres âges les dépenses publiques agrégées en éducation sont presque négligeable. Avec les profils moyens de consommation de l’éducation publique l’on pouvait constater que l’Etant Nigérien soutient l’enseignement supérieur à des proportions élevées. Le fait que la consommation publique en éducation publique pour les âges supérieurs soit très faible s’explique par le niveau encore faible de la population estudiantine par rapport à l’effectif éligible.
La consommation publique en éducation totale est de 71,2 milliards en 2014. La tranche d’âge de 3 à 14 (enfance) bénéficie de la plus grande partie de ces dépenses en éducation avec un montant de 60 milliards de FCFA à elle seule soit 84,2 % du montant total. Pour les jeunes de 15 à 34 la consommation publique en éducation est de 11,2 milliards de FCFA soit 15,8% du total.
Consommation publique agrégée hors éducation et santé
Le profil des autres consommations publiques suit la même allure que celle de la structure de la population. En effet comme hypothèse, il a été retenu que ces dépenses sont reparties de façon équitable au sein de la population. La baisse importante de ces dépenses agrégées au niveau des âges supérieurs s’explique essentiellement par le fait de la pyramide d’âge au Niger.
La consommation publique hors santé et éducation totale s’élève à 481,5 milliards en 2014. La tranche d’âge de 0 à 14 (enfance) bénéficie de la plus grande partie de cette consommation publique avec de 249,1 milliards de FCFA, soit 51,7 % du montant total. Pour les jeunes de 15 à 34 cette consommation publique est de 141,3 milliards de FCFA soit 29,3% du total. Quant aux adultes (ceux de plus de 34), leur consommation publique hors santé et éducation est 91,1 milliards, représentant 18,9% du total.
Profil de Consommation privée agrégé
Les dépenses de consommations finales agrégées correspondent au poste « dépense de consommation finale » des comptes nationaux à laquelle il faut soustraire la part des impôts sur les produits nets associée à la consommation. Cet agrégat inclut les dépenses des ménages et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM), mais exclut les dépenses de consommation finale des administrations publiques. Pour prendre en compte la consommation véritables des ménages cet agrégat est corrigé en y soustrayant les taxes de type TVA, les impôts sur les importations autres que TVA, les autres impôts sur les produits et en ajoutant les « subventions sur les produits ».
Le profil de consommation privée agrégée montre de manière globale un pic pour la tranche d’âge de à 25 ans. En effet les dépenses aussi bien de santé que d’éducation sont encore élevées à cette classe d’âge, de même que l’effectif de la population jeune très importante.
Graphique 6 : Profil agrégé de consommation privée par âge
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Profil de Consommation privée agrégé en éducation
La consommation privée agrégée en santé est marquée par des évolutions irrégulières durant la tranche de 3 à 33 ans. Pour cette classe d’âge, l’on peut néanmoins distinguer trois différentes tendances. D’abord cette consommation agrégée augmente jusqu’aux alentours de 15 ans, reflétant une importance accrue pour la scolarité de niveau supérieurs mais aussi l’importance des frais de scolarité de celles-ci. Pour la tranche d’âge de 15 à 24 ans, l’augmentation de la dépense agrégée en éducation est moins nette, mais surtout marquée par des variations irrégulières. L’homogénéité et la stabilité du nombre de scolaires pour les niveaux d’enseignement de cette tranche pourrait justifier le niveau moyen globalement de ces dépenses. Enfin la chute des dépenses pour les âges supérieurs à 24 ans s’explique à la fois par le nombre de scolaires en baisse et la prise en charge de certains par les dépenses publiques.
Les dépenses privées en éducation s’élèvent à 143,7 milliards en 2014. Pour les plus jeunes de 3 à 14 ans (enfance) ces dépenses correspondent à un montant de 37,2 milliards de FCFA, soit 25,9 % du montant total. Pour les jeunes de 15 à 34 ans la consommation privée en éducation est de 106,5 milliards de FCFA soit 74,1% du total.
Profil de Consommation privée agrégé en santé
Le profil de consommation agrégée en santé décroit globalement avec l’âge. Par contre plusieurs fluctuations peuvent être constatées par rapport à son évolution. Ainsi, la consommation privée en santé diminue jusqu’à l’âge de 12 ans avant d’amorcer une hausse relative à l’âge de 20 ans. Par la suite la tendance est toujours à la baisse avec des niveaux de fluctuations variables.
La consommation privée en santé totale s’élève à 51,5 milliards en 2014. La tranche d’âge de 0 à 14 ans (enfance) bénéficie d’une consommation privée en santé de 18,3 milliards de FCFA, soit 35,5% du montant total. Pour la tranche d’âge de de 15 à 34 ans leur consommation privée en santé est de 18,3 milliards de FCFA soit 36,6% du total. Enfin les adultes de plus de 34 ans consomment une éducation privée en santé de 14,4 milliards de FCFA, soit 28,0% du total.
Profil de Consommation privée agrégé hors santé éducation
La consommation privée hors santé et éducation est relativement élevée pour la tranche d’âge de 3 à 27 ans, du essentiellement aux dépenses d’éducation et de santé les plus élevées à ce niveau. Par la suite, le graphique montre une baisse brutale de ces dépenses au fur et à mesure que l’âge augmente.
Le montant total de la consommation privée hors éducation et santé est de 2188,2 milliards en 2014. Les enfants de 0 à 14 ans bénéficient d’une consommation privée de 736,7 milliards de FCFA pour ces produits, soit 33,7% du montant total. Pour la tranche d’âge de 15 à 34 ans, la consommation privée hors santé et éducation est de 879,0 milliards de FCFA soit 40,2% du total. Enfin cette consommation agrégée est de 572,5 milliards de FCFA pour les adultes de plus de 35 ans, soit 26,2%du montant total.
Consommation agrégé par sexe
Le graphique 7 suivant retrace l’évolution de la consommation agrégée des femmes et celle des hommes. Ainsi de 0 jusqu’à 27 ans la consommation agrégée des hommes est nettement supérieures à celle des femmes. Par la suite les deux consommations poursuivent une baisse importante et leur écart se réduit, la consommation agrégée des hommes reste faiblement supérieure à celle des femmes.
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Graphique 7 : Profil agrégé de consommation par sexe
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Consommation agrégés par milieu de résidence
Les profils de cycle de vie des personnes vivant en milieu urbain et ceux vivant en milieu rural sont représentés dans le graphique suivant.
La consommation agrégée est marquée par la part plus importante de celles des personnes vivant en milieu rural. Ceci est essentiellement dû au poids de la population rurale dans l’effectif total qui est de 83,5%. L’écart entre ces deux consommations agrégées est même atténué par le niveau élevé de la consommation moyenne en milieu urbain qui dépasse très largement celle en milieu urbain. L’on peut voir au niveau du graphique l’écart très important entre la consommation agrégée en milieu urbain et celle en milieu rural pour la tranche d’âge de 0 à 40 ans. Par la suite les deux consommations poursuivent leur chute mais la consommation urbaine reste supérieure à celle en milieu rural même si l’écart se réduit progressivement, dû à la faible proportion des âges avancés dans la population totale.
Lorsqu’ils sont aux âges en déficit, les profils des urbains et des ruraux sont sensiblement les mêmes, tandis que pendant les âges en excédent, les profils des urbains sont fortement supérieurs à ceux des ruraux. Ceci implique un transfert du milieu urbain vers le milieu rural.
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Graphique 8 : Profil agrégé de consommation par milieu de résidence
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Section 2 : Profil de revenu du travail
Revenu du travail:
Le revenu du travail est une composante nécessaire pour la détermination du déficit du cycle de vie (LCD = Life Cycle Déficit). Le revenu total de travail se compose de deux parts : le revenu du travail salarié y compris les indemnités, les cotisations de l’employeur au programme de prestation (par exemple, les pensions et les soins de santé) et le revenu du travail indépendant appelé aussi revenu de l’auto-emploi.
De façon générale, l’équation du revenu du travail se résume à :
YL = YLE + YLS
Revenu total de travail Revenu du Revenu de l'auto-
travail salarie emploi
Les profils des revenus du travail salarié et des revenus du travail de l'auto-emploi sont lissés séparément puis sommés ou additionnés pour obtenir le revenu total du travail par habitant.
Sous-section 2.1 : Profil de revenu du travail au niveau microéconomie
Le profil moyen par âge des revenus de travail au niveau microéconomie (YL) est calculé à partir des données de l’enquête ECVMA II 2014 où les informations sont disponibles au niveau individuel.
Profil moyen des revenus de travail salarié au Niger
Le profil par âge des revenus du travail au niveau individuel présente de grandes périodes à distinguer.
Pour le volet enfance, le revenu du travail moyen des moins de 7 ans est nul. Par contre, on constate un revenu salarié à partir de 7 ans bien que le montant reste très bas. Il est de de 69 FCFA à 7 ans et monte avec un montant maximal de 1 486 FCFA observé à l’âge de 14 ans.
Les revenus des âges allant de 15 à 34 ans, bien qu’ils soient progressifs, restent très bas avec des montants compris entre 2 345 FCFA et 102 358 FCFA. Pour les adultes, les revenus augmentent pour les âges allant de 35 à 47 ans. Les revenus sont ensuite en légère baisse pour la tranche d’âges 48-52 ans avant de connaitre une nouvelle hausse jusqu’à 58 ans, âge auquel le revenu pic est observé avec environ 263 000 FCFA. Après 59 ans, les revenus du travail diminuent brutalement quittant de 259 310 FCFA à moins de 74 6000 FCFA à l’âge de 64 ans. Concernant les seniors de 65 ans et plus au Niger, leur revenu baisse passant de 50 698 FCFA pour tendre vers zéro (0) Fcfa pour les plus âgés.
De ce profil résulte un niveau bas des revenus du travail salarié moyen. Les revenus dépassant 150 000 FCFA, montant déjà bas, sont perçus sur un nombre restreint d’années de 19 ans : les âges allant de 44 ans à 62 ans. Aussi seuls les âges allant de 54 ans à 60 ans, représentant une petite tranche des adultes, possèdent un revenu moyen supérieur à 200 000 FCFA.
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Graphique 9 : Profil moyen par âge des revenus du travail par type
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Revenu de l’auto-emploi
Les revenus de l’auto-emploi sont aussi déterminés à partir des données de l’enquête ECVMA II 2014 donne après lissage le graphique ci-dessus. Le profil par âge des revenus de l’auto-emploi présente de façon globale des revenus plus élevés que celui du travail salarié.
Les revenus auto-emploi des jeunes allant de 15 à 34 ans, augmentent rapidement avec des montants de 3 900 FCFA à 15 ans à 283 632 FCFA à 34 ans. Pour les seniors de 65 ans et plus, leur revenu baisse rapidement allant de 109 679 FCFA à 65 ans et tendre aussi vers zéro (0) pour les plus âgés.
Pour les adultes, les revenus augmentent pour les âges allant de 35 à 45 ans. Le pic des revenus est atteint à ce niveau (45 ans) avec un montant moyen de 462 733 FCFA. Les revenus baissent pour la tranche d’âges 46-54 ans avant de connaître une nouvelle hausse jusqu’à l’âge de 58 ans avec un nouveau pic est observé pour un montant de 282 799 FCFA. Après 59 ans, les revenus auto-emploi diminuent rapidement quittant de 279 041 FCFA à moins de 135 030 FCFA à l’âge de 64 ans.
De ce profil résulte un niveau plus élevé des revenus moyens des âges de l’auto-emploi au Niger. Les revenus dépassant 150 000 FCFA sont perçus sur un nombre d’années de 35 ans, ce qui représente pratiquement le double des années du travail salarié : les âges allant de 29 ans à 63 ans. Cela met en évidence une forte dominance de l’auto-emploi sur le travail salarié au Niger, mais généralement pratiqué sous une forme informelle.
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Sous-section 2.2 : Profil de revenu du travail au niveau macroéconomie
Le profil par âge des revenus de travail au niveau macroéconomie (profil agrégé) est calculé à partir des résultats des profils moyens précédemment calculés.
Encadré 4 : Comment obtenir le profil agrégé du revenu du travail ?
* Multiplier les profils moyens YLE et YLS par les effectifs par âge de la Population
* Ajuster YLE agrégé au macro-contrôle ‘‘Salaires + Eléments de salaires’’ des comptes nationaux
* Ajuster YLS agrégé au macro-contrôle correspondant au double des ‘‘Salaires’’ des comptes nationaux
* Fusionner les profils agrégés ajustés:
Revenu salarié agrégé
Le revenu salarié agrégé des enfants de 0 à 14 ans représente un montant de 2,9566 milliards de FCFA. Cette part de la population a un revenu global 4,1753 milliards de FCFA qui provient de l’auto-emploi.
Concernant les jeunes, le revenu salarié est estimé à 236,8743 milliards. Au total, les jeunes ont un revenu de travail salarié global d’environ 760 milliards de FCFA.
Avec un montant de 469 milliards de FCFA en 2014, le revenu salarié pour la tranche d’âge des 35-64 ans appelée tranche des adultes reste le plus élevé. C’est aussi au niveau de cette tranche qu’on observe le pic des revenus à l’âge de 45 ans (qui est de 22,288 milliards).
Tableau 3 : Répartition des revenus salariés par groupes d’âge
Groupe d'âge
Revenu salarié
Revenu de l'auto-emploi
Revenu du travail
Enfance (0 – 14 ans)
2,9566
4,1753
7,1319
Jeunesse (15 – 34 ans)
236,8743
522,8056
759,6799
Adulte (35 – 64 ans)
469,1639
984,9821
1454,1461
Senior (65 ans et plus)
4,5918
12,3690
16,9608
TOTAL
473,7557
997,3511
1471,1069
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Chapitre 2 : Déficit du cycle de vie
Ce chapitre présente le déficit de cycle de vie (LCD) du Niger suivant quelques caractéristiques. « Le LCD est défini pour un groupe d’âge donné, comme la différence entre la consommation et le revenu du travail. Il est positif au cours des années où l’individu est à charge et négatif au cours des années de travail » (Dramani, 2016 :258).
L’objet de la méthodologie NTA est de produire une mesure, aussi bien individuelle qu’agrégée, de l’acquisition et de la répartition des ressources économiques aux différents âges. Le principe général s'articule autour de la notion de cycle de vie économique, qui met en exergue la non concordance entre les besoins matériels à un âge donné et les capacités dont disposent les individus pour satisfaire ces besoins à l’âge considéré.
La détermination de ce cycle de vie économique s'appuie sur la comparaison des flux de consommation et de revenus du travail aux différents âges. D'une part, les individus les plus jeunes et les plus âgés vont être dans une situation de déficit dans la mesure où les ressources de leurs revenus du travail, quand elles sont positives, sont très inférieures à leurs dépenses de consommation : ils ont donc confronté à un déficit du cycle de vie. A l'inverse, les adultes en âge de travailler dégagent un surplus économique puisque les ressources qu'ils obtiennent en participant au marché du travail excèdent leurs consommations à ces âges.
Section 1 : Dépendance à la jeunesse et à la vieillesse
La confrontation des profils (moyens ou agrégés) de revenu et de consommation permet d’obtenir le déficit de cycle de vie par différence entre ces deux grandeurs et ainsi calculer les deux âges seuils qui caractérisent le passage des âges bénéficiaires aux âges contributifs. Les profils moyens permettent de voir les déficits à l’échelle individuelle alors que les profils agrégés renseignent sur la dépendance globale d’un âge ou groupe d’âge donné à l’échelle nationale.
Le déficit de cycle de vie est financé par les transferts intergénérationnels ainsi que par la réallocation d’actifs. Les transferts peuvent être aussi bien publics que privés.
La méthodologie NTA distingue deux grandes catégories de mécanismes économiques qui assurent une réallocation des ressources entre les différents groupes d'âge, à savoir des transferts (privés et publics) et des réallocations fondées sur les actifs. Les transferts privés sont de deux natures : les transferts intrafamiliaux et les transferts des entreprises vers les ménages. Pour ce qui concerne les transferts intrafamiliaux, les transmissions patrimoniales constituent un élément central et regroupent héritages et donations. Les transferts publics concernent les pensions de retraite ou les allocations familiales. La réallocation d’actifs correspond à un transfert de ressources entre ménages sous la forme de transfert de revenus du capital ou de l’épargne (donations, legs,…).
Le graphique des consommations et revenus moyens fait ressortir deux niveaux de dépendance. Les jeunes continuent à être dépendants jusqu’à l’âge de 26 ans. Malgré le fait qu’une part importante de ceux-ci entre dans le marché bien avant 26 ans, leur revenu généré par le travail est encore très largement en dessous de leur consommation.
L’autre dépendance s’observe chez les personnes âgées de 65 ans. Cette dépense est due essentiellement à leur départ du marché de travail avec pour conséquence un revenu du travail presque nul pour cette tranche d’âge.
Ainsi, sur la base des profils moyens, les âges seuils pour lesquels la dépendance s’observe sont respectivement égaux à 26 et 65 ans, avec un pic de contribution à l’âge de 40 ans. La durée durant laquelle le revenu du travail est supérieur à la consommation est donc de 39 ans.
Graphique 10 : Profil moyen par âge du revenu du travail et de la consommation
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Au niveau agrégé, la dépendance s’observe encore plus chez les jeunes jusqu’à l’âge de 30 ans. Ceci est dû non seulement à leur revenu du travail faible mais aussi à leur poids dans la population totale.
Pour les plus âgés la dépendance s’observe après 67 ans et le déficit du cycle de vie reste encore moindre par rapport à celui des jeunes. Les poids de la dépense des personnes est encore très faible au Niger du fait d’une population jeune et du niveau d’activité plus ou moins remarquable jusqu’à l’âge de 67 ans.
De manière générale au Niger les transferts intergénérationnels privés sont en majorité descendants, c’est à dire orientés des personnes âgées qui possèdent le patrimoine vers les plus jeunes générations.
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Graphique 11 : Profil agrégé par âge du revenu du travail et de la consommation
Section 2: Contraste genre et milieu de résidence
Le déficit du cycle de vie (LCD) est définit par un âge donné comme étant la différence les dépenses de consommation et le revenu du travail. L’agrégation de ces déficits (ou surplus) par âge donne le déficit au niveau global.
Cette section fournit une analyse différentielle du déficit (moyen et agrégé) de cycle de vie au Niger selon le sexe et le milieu de résidence.
Sous-section 1 : Contraste de genre
Les graphiques ci-dessous mettent en évidence le déficit du cycle de vie du Niger selon le genre pour l’année 2014.
En ce qui concerne le LCD moyen, les hommes enregistrent un déficit de cycle de vie entre 0-27 ans et au-delà de 63 ans. Chez les femmes, le déficit est observé dans les groupes d’âges de 0-28 ans et 61 ans et plus. Ainsi, à l’âge de 16 ans, en moyenne la consommation d’un homme dépasse son revenu de travail de 196 505 FCFA. Ce déficit est de 163 017 FCFA pour les femmes au même âge.
Le déficit de cycle devient négatif (c’est-à-dire que le revenu du travail excède la consommation) pour les hommes entre 27 et 63 ans et pour les femmes entre 29 et 60 ans. Autrement dit, la durée du surplus est de 36 ans pour les hommes et de 31 ans pour les femmes. A 28 ans, les hommes dégagent en moyenne un surplus de 13 379 FCFA. Ce surplus moyen augmente avec l’âge jusqu’à 44 ans où il atteint son maximum (506 352 FCFA). La courbe du déficit de cycle de vie des femmes présente la même allure que celle des hommes. Le surplus maximum est observé à l’âge de 45 ans (375807 FCFA).
Graphique 12 : Déficit moyen de cycle de vie par sexe
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
En agrégeant les déficits/surplus moyens pour tous les âges, on obtient la courbe du déficit de cycle de vie agrégé (voir annexe) qui met en évidence l’écart entre le surplus dégagé et les dépenses de consommation des populations par sexe.
Globalement, un déficit de cycle de vie positif est observé au Niger en 2014 et est évalué à 1781,5 milliards de FCFA. Il représente 43,7% du Produit Intérieur Brut (PIB) de 2014. Ce déficit dépasse largement le surplus dégagé par les travailleurs effectifs qui représente 25,2% du PIB.
Aussi, on peut noter que les hommes enregistrent un déficit d’environ 957 milliards aux jeunes âges (moins de 26 ans) et âges élevés (plus 64 ans), soit 23,5% du PIB. Ce déficit est évalué à près de 828 milliards pour les femmes (20,3% du PIB). Ces déficits par sexe sont nettement supérieurs aux surplus dégagés par les travailleurs effectifs. En effet, les soldes du LCD (déficit + surplus) par sexe sont positifs et sont estimés à 319,3 milliards (7,9%) et 436,4 milliards (10,7%) respectivement pour les hommes et les femmes. Cela dénote une prédominance des personnes à charge sur celles qui dégagent un surplus.
Les surplus générés par les travailleurs effectifs sont transférés aux enfants et aux personnes âgées. Toutefois, ces surplus sont insuffisants pour couvrir tous les besoins de consommation.
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Tableau 4 : Répartition (en milliards) des déficits/surplus agrégé du LCD par sexe
Groupes d'âges ayant un déficit
Total déficit
Part du PIB 2014
Groupes d'âges ayant un surplus
Total surplus
Part du PIB 2014
Homme
0-26 ans; 64 ans et plus
956,7
23,5%
27-63 ans
-637,4
15,6%
Femme
0-28 ans; 61 ans et plus
827,5
20,3%
29-60 ans
-391,1
9,6%
Ensemble
0-27 ans; 64 ans et plus
1781,5
43,7%
28-63 ans
-1025,8
25,2%
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Sous-section 2 : Contraste milieu de résidence
Le LCD moyen par milieu de résidence fait ressortir qu’à tout âge entre 0-24 ans et 66 ans et plus, le déficit en milieu urbain est plus important qu’en milieu rural.
En effet, à zéro an déjà, un déficit de 166.068 FCFA est enregistré en milieu urbain. Il représente plus du double de celui observé en milieu rural au même âge. Ce déficit augmente avec l’âge jusqu’à 11 ans quel que soit le milieu de résidence.
En milieu urbain, le déficit de cycle devient négatif entre 25 ans et 65 ans alors qu’en milieu rural c’est seulement entre 33 et 44 ans que le déficit est négatif. Cela signifie que la durée du surplus est de 40 ans en milieu urbain contre seulement 11 ans en milieu urbain. Les surplus moyens les plus élevés observés sont de 2.746.662 FCFA en milieu urbain et 177.749 FCFA en milieu rural.
Graphique 13 : Déficit moyen de cycle de vie selon le milieu de résidence
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Le tableau ci-dessous donne la somme des déficits et surplus à tout âge pour chaque milieu de résidence. Il a été généré à partir la courbe de déficit de cycle de vie agrégé par milieu de résidence placée en annexe.
Ainsi, il apparait qu’en milieu urbain, un déficit total de 503,4 milliards a été enregistré par les personnes à charge (0-24 ans et 65 ans et plus), soit 12,4% du PIB. Les travailleurs effectifs (25-64 ans) ont pu dégager un surplus de 1049,1 milliards de FCFA (25,7% du PIB) qui permet de couvrir le déficit des populations à charge en milieu urbain et même de générer un surplus de 545,6 milliards pouvant être transféré en milieu rural. Cependant, ce surplus du milieu urbain est insuffisant pour couvrir le déficit global du milieu rural qui est 1315,4 milliards, soit 32,3% du PIB de 2014.
Tableau 5 : Répartition (en milliards FCFA) des déficits/surplus agrégé du LCD par milieu de résidence
Groupes d'âges ayant un déficit
Total déficit
Part du PIB 2014
Groupes d'âges ayant un surplus
Total surplus
Part du PIB 2014
Urbain
0-24 ans; 65 ans et plus
503,5
12,4%
25-64 ans
-1049,1
25,7%
Rural
0-33 ans; 45 ans et plus
1458,0
35,8%
34-44 ans
-142,6
3,5%
Ensemble
0-28 ans; 64 ans et plus
1782,1
43,7%
28-63 ans
-1025,8
25,2%
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Chapitre 4 : Contribution au Dividende Démographique selon la méthode des NTA
Le dividende démographique est l’accélération de la croissance économique qui peut résulterait d’une baisse rapide de la fécondité d’un pays et de l’évolution ultérieure de la structure de la population par groupe d’âge. Avec moins de naissances chaque année, la population en âge de travailler d’un pays croît plus par rapport à la population jeune à charge.
Avec plus de personnes dans la population active et moins de jeunes à charge, un pays peut exploiter une opportunité de croissance économique rapide avec les bons investissements économiques, sociaux et politiques élaborés en matière de santé, d’éducation, de gouvernance et d’économie. Si les avantages d’un dividende peuvent être importants, les gains ne sont ni automatiques ni garantis.
La méthode des NTA permet de mesurer cette résultante de l’accélération de croissance démographique à travers la contribution de la modification de la structure par âge de la population dans l’augmentation du Produit intérieur brut par habitant (PIB/tête), à travers l’augmentation du ratio de soutien économique.
Section 1 : Définition des concepts
Sous-section 1.1 : Ratio de soutien économique
La mutation de la structure par âge de la population a des répercussions sur l’économie dans son ensemble. Ainsi, le lien entre la démographie et l’économie peut être analysé grâce à un ratio appelé « ratio de soutien économique ». Le ratio de soutien économique mesure l’effet de la structure par âge sur la capacité de la population à contribuer à la production courante. Ce ratio est calculé en fixant la forme des profils d’âge de la consommation et du revenu du travail. Le premier Dividende Démographique n’est rien d’autre que le taux de croissance du ratio de soutien économique. (CREFAT, 2014 : 196)
Sous-section 1.2 : Dividende Démographique
Premier Dividende Démographique
Le premier Dividende Démographique est lié à la transition démographique. La transition démographique désigne le passage d’une économie rurale et agraire, caractérisée démographiquement par des taux élevés de natalité et de mortalité, à une économie urbaine et industrialisée, caractérisée par une baisse de ces deux taux. Dans un premier temps, lorsque les deux taux baissent, avec moins de naissances, la population active augmente relativement plus vite que le reste de la population. Autrement dit, le nombre de producteurs (population active) augmentent relativement plus vite que celui des consommateurs.
Dans ce cas-là, l’économie dispose de plus de ressources et, toutes choses égales par ailleurs, à productivité, taux de participation et taux de chômage inchangés, l’augmentation de la part de la population active augmente mathématiquement la production par tête. D’où le premier Dividende Démographique. Normalement, ce premier Dividende Démographique peut durer plusieurs décennies jusqu’à ce que la diminution de la fécondité réduise le taux de croissance de la population active et que la baisse de la mortalité des personnes âgées accélère l’augmentation de leur nombre. (CREFAT, 2014 : 22-23).
Second Dividende Démographique
Un second Dividende Démographique est possible. Ceci dépend de la stratégie dont le pays se dote afin de faire face au vieillissement, notamment le mode de financement de la retraite. Le financement de la retraite peut se faire soit par un transfert en instant « t » (par le soutien familial ou par un système de pension publique dans le cas du système de répartition), soit par un transfert inter-temporel, c’est-à-dire épargner pour financer le vieillissement futur.
Un second Dividende Démographique peut apparaître seulement via le deuxième mode de financement de la retraite. En effet, une population ayant une part importante de personnes travaillant jusqu’à un âge relativement avancé et vivant une longue période de retraite anticipe le vieillissement de la société et est fortement incitée à accumuler des actifs. En l’absence de transfert familial ou public, la population est plus incitée à accumuler des actifs afin de faire face aux dépenses futures. Il y a donc accumulation massive des actifs. Que ces actifs soient investis dans le pays ou à l’étranger, le revenu national augmente (pages 22-23).
Section 2 : Evolution du Ratio de soutien selon le modèle NTA
En 2016, le ratio de soutien est encore à un niveau très élevé : 35,8%, c’est-à-dire qu’il y a environ 36 producteurs effectifs pour 100 consommateurs effectifs ; ce qui n’est pas de nature à favoriser l’atteinte du Dividende Démographique.
De 1950 à 2050, la courbe d’évolution du ratio de soutien, montre une variation irrégulière, en dents de scies. On distingue plusieurs phases de son évolution :
De 1950 à 1970 : le ratio de soutien a connu des légères variations entre 36 et 37%.
De 1970 à 1980 : on constate une augmentation régulière du ratio de soutien marquée par un pic de 39,5% en 1980. La forte mobilisation sociale engendrée par une prise de conscience généralisée au sein de la population consécutive à la sécheresse de 1966-1967 suivie d’attaques acridiennes, la gestion saine de l’économie, le boom de l’uranium (qui a permis la création d’emplois permanents dans le domaine d’exploitation minière), expliqueraient en partie cette évolution.
De 1980 à 1990 : le ratio de soutien a connu une baisse de 1% (de 39,5% à 38,5%) qui s’expliquerait par le départ massif en migration des producteurs vers les pays voisins tels que le Nigeria, la Côte d’Ivoire, la Libye à cause de la sécheresse de 1983-1984.
De 1990 à 2000 : on constate une autre augmentation régulière du ratio de soutien marquée par un pic de 39,5% en 2000. Cette situation résulterait du retour massif des producteurs suite à la normalisation de la situation et à la politique de décrispation prônée par les autorités en place.
De 2000 à 2014 : le ratio de soutien a connu une baisse drastique de 3,2% (de 39,5% à 36,3%) qui pourrait résulter d’une augmentation sans précédent du taux de croissance démographique qui est passée de 3,3% au cours de la période (1988-2001) à 3,9% au cours de la période 2001-2012 conjuguée à une crise mondiale qui ne favorise pas la création d’emploi. Cette crise s’est caractérisée au Niger par une baisse du cours de l’uranium qui a entraîné une compression des employés du secteur minier avec des départs volontaires de certains d’entre eux.
De 2014 à 2028 : selon les projections du ratio de soutien, cette baisse continuerait jusqu’en 2028 date à laquelle, ce ratio sera d’environ 34,1%.
De 2028 à 2050 : selon les projections, le ratio de soutien connaîtrait une augmentation régulière au cours d’une longue période pouvant aller jusqu’à 50 ans. Cette date correspond à la date de l’ouverture de la fenêtre d’opportunité pour l’exploitation du Dividende Démographique.
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Graphique 14 : Evolution du Ratio de soutien au Niger de 1950 à 2050
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Section 3 : Dividende Démographique selon le modèle NTA
Le Dividende Démographique faut-il le rappeler est l’augmentation de la croissance économique qui résulterait de la modification de la structure par âge de population, via l’augmentation du ratio de soutien. Cette courbe montre la contribution dans la variation du PIB/tête qui proviendrait de la modification de la structure par âge de la population dans le temps. Ainsi, par exemple, on peut lire qu’en 1952, la structure par âge de la population du Niger contribuait à faire augmenter de 0,4 point le PIB/tête contrairement en 1965, où elle contribuait à faire baisser le PIB/tête de 0,1 point.
La période 1950 à 2014 a été caractérisée par des fluctuations de la contribution de la structure par âge de la population dans la variation du PIB/tète. Les périodes 1950-1960, 1970-1980 et 1990-2000 ont été favorables à l’augmentation du PIB/tète tandis que les périodes 1960-1970, 1980-1990 et 2000-2014 ont été défavorables. Les raisons évoquées dans la section précédente pourraient expliquer en partie ces résultats.
En 2014, la structure par âge de la population du Niger contribuait à baisser le PIB/tête de 0,6 point. Donc elle n’était pas favorable à l’atteinte du Dividende Démographique.
Les projections nous renseignent que cette dernière situation va perdurer jusqu’en 2028 date à partir de laquelle le Niger peut espérer l’ouverture de la fenêtre d’opportunité pour exploiter le Dividende Démographique
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Graphique 15 : Dividende Démographique au Niger de 1950 à 2050
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Section 4 : Projection du Dividende Démographique selon le modèle NTA
Sous-section 4.1 : Hypothèses de projection : évolution du niveau de la fécondité générale
Pour étudier les perspectives démographiques des pays du monde, la Division des Nations Unies sur la Population actualise chaque année, les données des pays en se basant sur plusieurs hypothèses. Le Tableau ci-dessous donne l’évolution du niveau de la fécondité générale du Niger sous trois hypothèses des Nations Unies :
* Hypothèse de forte fécondité (Hight Fertility) ;
* Hypothèse de fécondité moyenne (Medium Fertility) ;
* Hypothèse de fécondité faible (Low Fertility).
Tableau 6 : Evolution du Taux de Fécondité de 2015 à 2050 selon les trois hypothèses.
Période
Hight Fertility
Medium Fertility
Low Fertility
2015-2020
7,71
7,46
7,21
2020-2025
7,53
7,13
6,73
2025-2030
7,18
6,68
6,18
2030-2035
6,71
6,21
5,71
2035-2040
6,25
5,75
5,25
2040-2045
5,80
5,30
4,80
2045-2050
5,35
4,87
4,37
Source : Division de la Population des Nations Unies, Projections révisées en 2015
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Sous-section 4.2 : Projection du Dividende Démographique au Niger
Le graphique ci-dessous donne l’évolution du taux de croissance du Dividende Démographique selon les trois hypothèses citées précédemment.
On constate sur ce graphique que, le niveau actuel du ratio de soutien ne permet pas au Niger de bénéficier du Dividende Démographique. Cette situation va perdurer en fonction de l’hypothèse considérée : plus l’hypothèse est forte, plus longue sera cette période. La fin de cette période coïncide avec le moment où la fenêtre d’opportunité pour bénéficier du Dividende Démographique va s’ouvrir.
Graphique 16 : Projection du Dividende Démographique au Niger de 2015 à 2050
Source : CREFAT, à partir des projections de population des Nations-Unis
Le graphique 16 ci-dessus montre la projection du Dividende Démographique (augmentation du revenu par habitant (PIB/tête) qui résulte de la modification de la structure par âge de la population selon les trois hypothèses généralement retenues par les Nations Unies[11].
On constate sur ce graphique que quel que soit l’hypothèse retenue, la structure par âge de la population va anéantir les efforts vers l’augmentation du PIB/tête (contributions négatives) jusqu’à la période 2025-2030.
La fenêtre d’opportunité pour capturer le Dividende Démographique s’ouvrira lorsque le Dividende Démographique (mesuré en termes de la contribution de la modification de la structure par âge de la population dans le PIB/tête) commence à devenir positive. C’est-à-dire au cours de la période :
* 2030-2035, sous l’hypothèse « Faible Fécondité », c’est-à-dire si on agit véritablement pour maîtriser la fécondité. L’indice synthétique de fécondité serait de 6,18 enfants par femmes en moyenne (tableau 6 ci-dessus),
* 2035-2040, sous l’hypothèse « Fécondité Moyenne », c’est-à-dire si on agit modérément pour maîtriser la fécondité. L’indice synthétique de fécondité serait de 6,21 enfants par femmes en moyenne (tableau 6 ci-dessus) et ;
* 2040-2045, sous l’hypothèse « Forte Fécondité » c’est-à-dire si rien n’est fait pour maîtriser la fécondité. L’indice synthétique de fécondité serait de 6,25 enfants par femmes en moyenne (tableau 6 ci-dessus).
En somme, on constate que, quel que soit l’hypothèse considérée, le niveau de fécondité requis pour que la fenêtre d’opportunité s’ouvre est de 6,2 enfants par femme. Ce qui nécessitera des interventions adéquates pour fléchir cet indicateur qui est actuellement de 7,6 enfants par femme.
Certes, il n’y a pas beaucoup d’écarts entre ces trois dates. Cependant, les allures des trois courbes montrent qu’une fois que la fenêtre s’est ouverte, les gains en accroissement du Dividende Démographique augmentent en fonction de l’hypothèse retenue : plus l’hypothèse est favorable à la maîtrise de la fécondité, plus l’augmentation de gains est importante. L’hypothèse de fécondité faible est par conséquent celle qui si les conditions de sa réalisation sont réunies, permettra au Niger de bénéficier plus tôt d’importants gains du Dividende Démographique.
En effet, la capture du Dividende Démographique est intimement lié à l’amélioration de la structure par âge de la population, qui elle-même est, en général, tributaire du niveau de la fécondité générale. En effet, la plupart des pays développés et des pays émergents ont connu une amélioration de la structure par âge de leurs populations grâce à la maîtrise de la fécondité.
La maîtrise de la fécondité permettra ainsi au Niger d’ouvrir très tôt la fenêtre d’opportunité pour bénéficier du Dividende Démographique et d’augmenter. Cette maîtrise de la fécondité se fera notamment à travers l’amélioration de la survie des enfants, l’amélioration de la scolarisation de la jeune fille et la promotion de la santé reproductive particulièrement la Planification Familiale.
Chapitre 5 : Perspectives démographiques et du Dividende Démographique selon le modèle DemDiv
Dans un grand nombre de pays de l'Afrique subsaharienne, les taux de fécondité commencent enfin à fléchir, offrant aux pays une opportunité croissante de profiter de ce qu'on appelle le dividende démographique. Il s’agit de la croissance économique accélérée qui pourrait résulter, entre autres facteurs, des changements dans la structure par âge de la population. Le dividende démographique contribue non seulement au développement national mais aussi à un meilleur être des familles et des communautés. Pour récolter les fruits de ce dividende, les pays doivent mettre en œuvre des programmes intégrés visant à promouvoir les changements démographiques requis et investir davantage dans l’économie et le développement du capital humain.
La déclaration ministérielle publiée pendant la réunion de 2013 des Ministres des Finances de l'Union africaine note, « l'importance pour l'Afrique d'introduire des mesures immédiates pour capitaliser son dividende démographique, en investissant davantage dans la santé et dans l'éducation, surtout pour les femmes, les filles, les jeunes et les groupes sociaux désavantagés », (Nations Unies et Union africaine, 2013). De son côté, le Sommet de la planification familiale de 2012 à Londres a donné une nouvelle impulsion à la planification familiale : donateurs et pays en développement ont engagé des milliards de dollars pour soutenir 120 millions de nouveaux utilisateurs de la contraception d'ici 2020 (PF 2020).
Dans ce chapitre, il est question de faire la projection de la taille et la structure de la population sous certaines hypothèses qui découleront des politiques qui peuvent être adoptées pour bénéficier du Dividende Démographique. Il s’agit en effet de montrer l’impact de ces politiques sur les bénéfices (en termes d’apport de la modification de la structure de la population dans l’augmentation du PIB/tête) qu’on peut tirer de l’exploitation du Dividende Démographique. Pour ce faire le modèle de projection démographique DemDiv sera utilisé.
Section 1 : Présentation du modèle DemDiv
Mis en place par le Projet des politiques de santé, DemDiv est le premier modèle de projection disponible dans le domaine publique qui est adaptable à divers pays et qui permet aux utilisateurs de quantifier le dividende démographique et de démontrer les avantages économiques et sociaux qui découlent des changements démographiques.
La création du modèle DemDiv vise deux grands objectifs :
* Premièrement, il s’agit de combler les lacunes dans le domaine de la recherche en offrant un outil bien testé et fondé sur des données probantes qui peut informer les dirigeants de pays à fécondité élevée sur les bénéfices potentiels du dividende démographique ;
* Deuxièmement, il s’agit d’inciter les décideurs à initier les politiques multisectorielles et à faire les investissements nécessaires à l’obtention de ces bénéfices.
Le modèle DemDiv peut être appliqué dans n'importe quel pays et permet aux utilisateurs de concevoir des scénarii multiples démontrant comment le pouvoir combiné d'investissements dans la planification familiale, l'éducation et l'économie peut créer un dividende démographique qui serait impossible avec le statut quo. Il comprend deux sous-modèles : le sous-modèle démographique et le sous-modèle économique.
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Sous-section 1.1 : Sous-modèle démographique
Le sous-modèle démographique dans DemDiv projette les déterminants de la fécondité et de la mortalité, et partant, la taille et la structure par âge de la population. Dans la Figure 1 ci-dessous, les cases en rouge représentent les données entrées par l'utilisateur, et ce sont là les variables qui peuvent être influencées par les changements dans les politiques et programmes. Ce sont :
1. Education des filles (espérance de vie scolaire) ;
2. Taux de prévalence de la contraception (TPC) ;
3. Infécondité du post-partum (IPP) ;
4. Stérilité.
Figure 1: Modèle démographique[12]
Des variables liées à des politiques qui ne visent pas à influencer la fécondité peuvent affecter indirectement des changements dans les variables démographiques et de santé. Par exemple, l'éducation des filles généralement retarde la survenue de grossesses (Ainsworth et al., 1996; Singh and Samara, 1996; Lloyd and Mensch, 2006), surtout au-delà de l’école primaire, grâce à un âge au mariage plus avancé et une utilisation accrue de la planification familiale. C'est de cette manière que l'éducation des filles entraîne moins de naissances et une fécondité plus basse avec donc des effets indirects sur la dynamique de la population (Martin and Juarez, 1995 ; Jain, 1981).
Dans DemDiv, l'utilisateur peut ajuster les valeurs de ces intrants comme variables de politiques pour estimer l'impact démographique des programmes et politiques relatifs à l'éducation ou à la planification familiale. La taille et la direction de l'impact de chaque variable est estimée en utilisant des données provenant de bases de données multinationales dont chacune contient les données d'un groupe de 44 à 196 pays et territoires couvrant les années 2000 à 2011. A partir de ces variables liées à des politiques, DemDiv projette les variables qui sont en bleu (Indice synthétique de fécondité, Proportion des femmes en union, et qui détermine la taille et la structure par âge de la population, qui à leur tour, sont projetées dans le sous-modèle économique.
Sous-section 1.2 : Sous-modèle économique
* Sous-modèle économique
Le sous-modèle économique intègre les résultats du modèle démographique et de plusieurs nouvelles variables de politiques pour projeter le PIB et le PIB par habitant. La projection du PIB, tel que décrit en détail ci-après, compte trois composantes : investissement, emploi et productivité globale des facteurs (PGF) qui est une mesure de l'efficacité avec laquelle les intrants économiques sont utilisés. Tel que montré sur la Figure 2, chacune des équations de l'investissement et de l'emploi intègre les résultats du modèle démographique qui projette la taille de la population active avec les variables des politiques économiques figurant dans les cases en rouge. L'équation du PGF se base uniquement sur les variables des politiques économiques. Les résultats de l'équation sur l'emploi sont ensuite combinés à un paramètre d'éducation qui est fixé partiellement par l'utilisateur pour projeter le rendement de la population active et, de pair avec les résultats de l'investissement et de la productivité, pour projeter ensuite le PIB.
Comme pour le modèle démographique, les cases en rouge de la Figure 2 représentent les saisies de l'utilisateur qui sont des variables qui peuvent être influencées par les changements dans les programmes et les politiques. Ce sont :
1. Développement du marché financier ;
2. Infrastructure des TIC ;
3. Institutions publiques ;
4. Importations ;
5. Flexibilité du marché du travail ;
6. Education.
________________
Figure 2 : Modèle économique
Dans cette section, trois scénarii ont été construits sur la base des hypothèses sur l’économie, l’éducation et la planification familiale. Le modèle produit plusieurs types de résultats intéressants. Cependant, l’analyse s’est focalisée sur l’évolution de la taille et de la structure de la population et l’évolution du Produit intérieur brut par habitant (PIB/tête).
Section 2 : Description des scénarii
Sous-section 2.1 : Présentation des hypothèses de projection
Hypothèses sur l’Economie :
* Amélioration de l’environnement institutionnel (échelle 1 à 7) notre système est a 3 actuellement et on estime être à 5 d’ici 2052.
* Le pourcentage d’importation dans le PIB. est actuellement à 39,4% et il et on espère que d’ici 40 ans le tissu industriel sera développé et que les Nigériens consommeront local, changent de comportements et ramènent la part de l’importation dans le PIB à 25%.
* La flexibilité du marché du travail est actuellement en deçà de la moyenne et on espère d’ici 40 ans elle va s’améliorer à atteindre la valeur 5 sur une échelle de (1 à 7).
* L’efficience du marché financier est en dessous de la moyenne et on espère atteindre à 4 d’ici 2052 avec le développement de la micro finance et des institutions bancaires sur une échelle de (1 à 7).
* L’utilisation de NTIC dans l’économie qui est de 4 espère être à 5 d’ici 2052 sur une échelle de (1 à 7). avec la modernisation et l’informatisation de l’administration publique et l’utilisation de la téléphonie cellulaire et Internet dans tous les secteurs de développement socio-économique.
Tableau 7 : Hypothèses sur l’économie
POLITIQUES ECONOMIQUES
Année
Solidité des Institutions publiques
Importations en % du PIB
Flexibilité du marché du travail
Efficience du marché financier
Utilisation des Technologies d’information et de communication(TIC)
2012
3,00
39,40
3,00
3,00
4,00
2052
5,00
25,00
5,00
4,00
5,00
SOURCE:
World Economic Forum, Global Competitiveness Report 2014-2015
2014 Data
Hypothèses sur l’Education :
L’espérance de vie scolaire chez les filles actuellement est de 4,77 ans et pourrait aller à 13 ans d’ici 2052 avec la politique de l’accès et de maintien des filles jusqu’à l’âge de 18 ans. Ceci est valable aussi pour les garçons où l’espérance de vie scolaire qui est actuellement de 6,06 ans pourrait aller jusqu’à 13 ans en 2052.
Le nombre moyen d’année des femmes scolarisées âgées de 25 ans et plus est 0,83 an en 2012 et pourrait aller à 5 ans en 2052 avec la stratégie de la scolarisation accélérée de la jeune fille soutenue par les partenaires au développement Ceci est valable pour les garçons de 2,04 en 2012 et à 5 en 2052. La moyenne des deux sexes est de 1,44 en 2012 et pourrait atteindre 5,00 en 2052.
Tableau 8 : Hypothèses sur l’éducation
EDUCATION
Année
Nombre d'années d'éducation chez les femmes
Nombre d'années d'éducation chez les hommes
Nombre d'années d'éducation en moyenne pour les femmes
Nombre d'années d'éducation en moyenne pour les hommes
Nombre d'années d'éducation en moyenne
2012
4,77
6,06
0,83
2,04
1,44
2052
13,00
13,00
5,00
5,00
5,00
SOURCE:UNESCO UIS Database
Latest Data Available 2005-2012, MEN NIGER
SOURCE: Barro & Lee Database 2014
2010 Data
________________
Hypothèses sur la Planification Familiale
Selon les données de l’enquête EDSN 2012 le taux de prévalence contraceptive des méthodes modernes de planification familiale chez les femmes mariées est de 12,2 % en 2012, en 2052 ce taux est espéré atteindre 50% par la mise en œuvre effective du plan national de repositionnement de la planification familiale adopté en 2013. Pour les autres indicateurs qui sont certes des déterminants proches de la fécondité les données des EDSN ont montré qu’ils ne varient pas significativement.
Tableau 9 : Hypothèses sur la planification familiale
PLANIFICATION FAMILIALE
Année
Taux de prévalence contraceptive moderne (femmes mariées)
Taux de prévalence contraceptive traditionnelle (femmes mariées)
Période post-partum d'infécondité en mois)
Stérilité
(en % des femmes de 45-49 ans)
2012
12,2
1,7
14,3
1,6
2052
50,0
1,7
14,3
1,6
SOURCE: Demographic and Health Survey, STAT compiler
Latest Data Available 2005-2013
Sous-section 2.2 : Présentation des trois scénarii
Scénario 1 : Seules les hypothèses sur l’économie sont retenues dans le modèle : les indicateurs de l’éducation et de la planification familiale sont supposés invariables.
Scénario 2 : Les hypothèses sur l’économie et l’éducation sont retenues dans le modèle : les indicateurs de la planification familiale sont supposés invariables.
Scénario 3 : Toutes les hypothèses sur l’économie, l’éduction et la planification familiale sont retenues dans le modèle.
Sous-section 2.3 : Autres variables du modèle
Plusieurs autres indicateurs sont introduits dans le modèle sans qu’on fasse explicitement des hypothèses sur leur évolution. Cependant, l’évolution des indicateurs retenus dans les différents scénarii influent sur ces variables.
Indicateurs sur la santé
* Pourcentage de femmes mariées : 88,4% (SOURCE: Demographic and Health Survey, STATcompile) Latest Data Available 2005-2013) ;
* Indice synthétique de fécondité : 7,6 enfants par femme (SOURCE: Demographic and Health Survey, STATcompile) ;
* Pourcentage de naissance à haut risque[13] : 71,7% (SOURCE: Demographic and Health Survey, STATcompile) ;
* Taux de mortalité infantile (0-1 an) : 51 pour mille (SOURCE: Demographic and Health Survey, STATcompile) ;
* Taux de mortalité infantile (0-5 ans) : 127 pour mille (SOURCE: Demographic and Health Survey, STATcompile) ;
* Taux de mortalité maternelle : 535 décès pour 100 000 naissances vivantes (SOURCE: Demographic and Health Survey 2012) ;
* Efficacité du Taux de contraception moderne : 95% (Hypothèse) ;
* Efficacité du Taux de contraception traditionnelle : 5% (Hypothèse) ;
* Espérance de vie à la naissance des femmes : 63,5 ans (SOURCE: CENSUS 2012).
Indicateurs sur l’économie
* Formation de capital fixe par habitant : 166 (SOURCE: COMPTES NATIONAUX, NIGER) ;
* Nombre de personnes occupées (âgée de 15 ans et plus) : 8270468 (SOURCE: CENSUS 2012) ;
* Variation dans la population active : 3,8% (SOURCE: CENSUS 2012) ;
* PIB par adulte en âge de travailler : 450 (SOURCE: COMPTES NATIONAUX, NIGER) ;
* Ratio de stock de capital par population âgée de 15 ans et + : 1 606 (SOURCE: COMPTES NATIONAUX, NIGER) ;
* Taux de croissance du PIB : 6,1% (SOURCE: COMPTES NATIONAUX, NIGER) ;
* Taux de croissance du stock de capital : 22,3% (Calculé) ;
* Différence entre l’espérance de vie (Femme-Homme) :1,20 (SOURCE: UN Population Division 2012 2005-2010 Data) ;
* Taux de dépréciation du stock de capital : 4% (SOURCE: Berlemann and Wesselhöft 2012, Constant, not-country specific) ;
* Coût de l’éducation primaire en % du PIB : 6,39% (SOURCE: COMPTES NATIONAUX, NIGER) ;
* Taux de participation de la population active : 87 (Constante).
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Structure par âge de la population
Groupe d’âges
Homme
Femme
0-4
1839342
1812907
5-9
1559319
1498002
10-14
1114717
1044274
15-19
809107
844251
20-24
630732
693151
25-29
518310
614216
30-34
429473
490116
35-39
347437
384487
40-44
283024
307728
45-49
233541
240873
50-54
193658
182320
55-59
156933
137859
60-64
117659
105713
65-69
95931
80299
70-74
72370
64900
75-79
51667
46278
80 +
60501
77612
Total
8513721
8624986
Source: RGPH 2012
Ce tableau représente la répartition de la population par sexe et par âge issue du Recensement général de la population et de l’habitat de 2012 ; elle a été utilisée dans le modèle pour faire les projections.
Section 3 : Analyse des résultats
Sous-section 3.1 : Evolution de la population selon le modèle DemDiv
Le graphique ci-dessus montre plusieurs aspects des perspectives démographiques au Niger sur la base des différents scénarii imaginés :
Situation de base : Aucune action
Si aucune action n’est prise, la population du Niger passera de 18,5 millions en 2014 à 94,0 millions en 2052. Ce qui donnerait un taux de croissance démographique moyen de 4,1%.
Scénario 1 : Action sur l’économie uniquement
Le premier scénario montre que la population du Niger passera de 18,5 millions en 2014 à 94,0 millions en 2052. Ce qui donnerait un taux de croissance démographique moyen de 4,1%.
Ce scénario ne permet pas d’observer de différence par rapport à la situation de base (statu quo).
Cette situation pourrait aussi résulter du fait que les variables qui ont été retenues sur l’économie sont en majorité (4 sur 5) des variables qualitatives mesurées sur une échelle de 1 à 7 et qu’une mauvaise appréciation de ces dernières pourrait conduire à de tels résultats.
Scénario 2 : Action simultanée sur l’économie et l’éducation
Le deuxième scénario montre que la population du Niger passera de 18,5 millions en 2014 à 78,0 millions en 2052, soit une réduction de 16,0 millions par rapport au premier scénario. Ce qui donnerait un taux de croissance démographique moyen de 3,6%.
Scénario 3 : Action combinée sur l’économie, l’éducation et la Planification Familiale
Le troisième scénario montre que la population du Niger passera de 18,5 millions en 2014 à 58,0 millions en 2052, soit une réduction de 36,0 millions par rapport au premier scénario et de 20,0 millions par rapport au deuxième scénario. Ce qui donnerait un taux de croissance démographique moyen de 2,6%.
Le graphique montre que c’est à partir de 2028, que les trois scénarii présentent des tendances divergentes : quel que soit le scénario retenu, il n’y a pas de différence sensible dans l’évolution de la population du Niger. Cette situation pourrait s’expliquer par la forte proportion des femmes en âge de procréer qui sont déjà nées et qui constituent un important potentiel de reproduction pendant une longue période même si par ailleurs des actions concrètes sont en train d’être prises pour influer sur le niveau de fécondité. Selon les résultats trouvés ci-dessus, cette date correspond à l’année de l’ouverture de la fenêtre d’opportunité pour l’exploitation du Dividende Démographique.
De tout ce qui procède, il est évident que ce sont des actions conjuguées dans les trois domaines de développement (économie, éducation et santé/ Planification Familiale) qui permettent de fléchir le taux de croissance démographique.
________________
Graphique 17 : Evolution de la Population du Niger de 2012 à 2052
Source : Traitement des données, Calculs des auteurs
Sous-section 3.2 : Evolution de la structure par âge de la population selon le modèle DemDiv
En agissant de manière combinée sur l’économie, l’éducation et la Planification Familiale, on constate une augmentation relative de la population en âge de travailler (45,0% à 61,4% de la population totale) au détriment de la jeune population à charge (51,7% à 35,2% de la population totale). En 2052, la structure de la population du Niger serait favorable à l’exploitation du Dividende Démographique. Par ailleurs, on constate aussi une légère augmentation de la population âgée (3,3% à 3,4% de la population totale) qui toutefois, n’est pas de nature à inquiéter par rapport au vieillissement de la population.
Groupe d’âges
2012
2052
0-14 ans
51,7
35,2
15-64 ans
45,0
61,4
65 ans +
3,3
3,4
Total
100,0
100,0
Source : Traitement des données, Calculs des auteurs
________________
Graphique 18 : Evolution de la Pyramide des âges de la Population du Niger de 2012 à 2052 selon le scénario 3
Source : Traitement des données, Calculs des auteurs
Sous-section 3.2 : Evolution du revenu par habitant selon le modèle DemDiv
Le graphique ci-dessous montre l’évolution du PIB/tête au Niger sur la base des différents scénarii.
Situation de base : Aucune action
Si aucune action n’est prise, le PIB/tête baisserait de façon régulière de 166,00 US$ en 2012 à 29,96 US$ en 2052. Ce qui donnerait, globalement, une perte de 136,04 US$.
Scénario 1 : Action sur l’économie uniquement
Selon le premier scénario, le PIB/tête connaitrait une évolution irrégulière de 2012 à 2052 comme suit :
* 2012-2027 : il baisserait de 166,00 US$ à 121,88 US$ ;
* 2028-2042 : il augmenterait de 122,68 US$ à 142,02 US$ ;
* 2043-2052 : il baisserait à nouveau de 141,57 US$ à 127,65 US$.
Globalement, selon ce scénario, il en résulterait une perte de 38,35 US$.
Comparativement à la situation de base, il en résulterait en 2052, un gain de PIB/tête de 97,69 US$.
Scénario 2 : Action simultanée sur l’économie et l’éducation
Selon le deuxième scénario, le PIB/tête connaitrait une évolution irrégulière de 2012 à 2052 comme suit :
* 2012-2021 : il baisserait légèrement de 166,00 US$ à 154,35 US$ ;
* 2022-2052 : il augmenterait de façon continue de 156,26 US$ à 248,91 US$.
Globalement, selon ce scénario, il en résulterait un gain de 82,91 US$.
Il en résulterait en 2052, un gain de PIB/tête de 218,95 US$ (comparativement à la situation de base) et de 121,26 (comparativement au premier scénario).
Scénario 3 : Action combinée sur l’économie, l’éducation et la Planification Familiale
Selon le troisième scénario, le PIB/tête connaitrait une évolution irrégulière de 2012 à 2052 comme suit :
* 2012-2021 : il baisserait légèrement de 166,00 US$ à 154,35 US$ ;
* 2022-2052 : il augmenterait de façon continue de 156,26 US$ à 345,38 US$.
Globalement, selon ce scénario, il en résulterait un gain de 179,38 US$.
Il en résulterait en 2052, un gain de PIB/tête de 315,42 US$ (comparativement à la situation de base), de 217,73 US$ (comparativement au premier scénario) et de 96,47 US$ (comparativement au deuxième scénario).
Graphique 19 : Evolution du revenu par tête au Niger de 2012 à 2052
Source : Traitement des données, Calculs des auteurs
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CONCLUSION/ RECOMMANDTIONS
Pays Sahélien et enclavé, le Niger détient le triple record du mariage des enfants (76,3% des filles âgées de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 18 ans), de la forte fécondité (7,6 enfants par femme en moyenne) et de la forte croissance démographique (3,9% par an) au monde et, est par ailleurs, classé dernier pays au monde (188ème sur 188) sur la base de l’Indice de Développement Humain (IDH) selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
Le cri de cœur lancé, suite à une analyse critique de la situation alimentaire et nutritionnelle en lien avec les défis démographiques au Sahel, par Son Excellence Elhadji Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger, a permis l’élaboration et la mise en œuvre du Projet Régional pour l’Autonomisation des Femmes et le Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) pour aider les pays de cette région du monde à sortir du cercle vicieux de l’insécurité alimentaire.
C’est la méthodologie des Comptes de Transfert Nationaux (NTA), qui a été choisie pour dégager le Profil Niger du Dividende Démographique et suivre son évolution afin de permettre de mesurer les progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs du SWEDD. Cette méthodologie, basée sur les quatre activités économiques qui sont au cœur de l’économie intergénérationnelle (le travail, la consommation, le partage et l’épargne), permet d’analyser les flux de ressources ou de patrimoine qui circulent entre les âges. Elle permet de dresser la photographie des circuits financiers par âge pour ainsi, distinguer les âges bénéficiaires (qui ont des déficits) des âges contributifs (qui dégagent des surplus), ainsi que des sources de revenus afférentes. Ce qui a pour but d’étudier le déficit de cycle de vie de chaque individu en termes de différence entre sa consommation et son revenu.
Le Profil Niger, élaboré à partir de la méthodologie des NTA, a fait ressortir des résultats tangibles sur lesquels, des politiques publiques doivent être bâties pour pousser le pays vers l’atteinte du Dividende Démographique afin d’améliorer les conditions de vie de sa population.
1. De l’analyse des profils de consommation et de revenu selon les NTA
L’analyse des profils de consommation et de revenu a mis en évidence d’importants résultats qui ont des implications dans divers secteurs et aux différents groupes d’âges. Le profil salarié moyen met en exergue la réalité sur le travail des enfants au Niger pour les âges allant de 7 ans à 14 ans. Une politique de scolarisation pour tous les enfants permettrait de garder ces enfants plus longtemps à l’école d’une part. D’autre part, de programmes de récupération à travers l’apprentissage de métiers professionnels de ceux ayant dépassé l’âge de la scolarité augmenterait non seulement le faible niveau de revenus desdits enfants mais aussi de retarder le début de leur travail à un âge plus avancé.
Face aux revenus salariés moyens très bas constatés au niveau de la jeunesse qui constitue une frange importante de la population, un investissement important est requis à leur égard afin de leur permettre d’atteindre leur potentiel et contribuer de ce fait à un développement économique et social du pays.
Les revenus moyens par âge de l’auto-emploi étant largement supérieurs à ceux du travail salarié, ils interpellent sur les politiques à mettre en place pour moderniser cette composante majeure de l’économie Nigérienne. Cela permettra de transformer et faire basculer une grande partie de l’économie informelle dans la catégorie de l’économie moderne. Ainsi, il convient, entre autres, de :
* Investir dans l’éducation des enfants. L’accroissement de la population, surtout celle des enfants d’âge scolarisable, implique des besoins supplémentaires à satisfaire notamment en termes d’encadrement. Des investissements supplémentaires dans la santé, l’éducation et l’égalité des sexes sont nécessaires pour que le Niger bénéficie de l’intervalle d’opportunité.
* Compte tenu de la faible part des dépenses d’éducation dans les dépenses totales des ménages, il convient aussi d’inciter les parents à investir davantage dans l’éducation de leurs enfants et surtout.
* Moderniser le secteur informel. Ce secteur a un poids très importants dans l’économie nigérienne et occupe en général des travailleurs peu qualifiés notamment les jeunes (agriculture, petit commerce, artisanat, etc.).
2. De l’analyse des Déficits de cycle de vie selon les NTA
Dans une population donnée, le déficit de cycle de vie permet d’identifier les catégories de population qui dégagent réellement un surplus et celles qui sont à charge. Pour bénéficier des avantages d’une plus grande part de travailleurs effectifs au Niger, des investissements conséquents sont nécessaires dans différents domaines.
Santé
* S’engager dans la planification familiale volontaire pour atteindre la transition démographique. Le Niger doit proposer des informations et des services en matière de planification familiale volontaire qui répondront aux besoins et aux choix de méthode de tous les hommes et les femmes, notamment les plus pauvres, qui ont tendance à avoir plus d’enfants ;
* Accorder la priorité à l’éducation, en particulier l’éducation secondaire des filles. Les recherches montrent que l’enseignement primaire aide les jeunes à lire et à écrire, mais que l’école secondaire contribue à retarder l’âge du mariage et de la grossesse et donne aux jeunes les compétences et la confiance nécessaires pour être efficaces sur le marché du travail ;
* Investir dans la survie des enfants et les programmes de santé. Il convient de mettre l’accent sur les programmes à haut impact sur la survie de l’enfant qui éviteront le décès des enfants de moins de cinq ans. Ces interventions de santé encourageront les couples à avoir moins d’enfants et ouvriront la voie vers la croissance économique.
Genre
* Investir dans l’autonomisation des femmes. Le déficit de cycle de vie montre un groupe de femmes âgées de 29 à 60 ans qui dégagent un surplus de 391,1 milliards de FCFA. Des actions ciblées pourront continuer à maintenir et à renforcer cet acquis par la création des activités génératrices de revenu.
Emploi
* Investir dans la création d’emplois : pour stimuler la création d’emplois, les secteurs où la demande d’employés non qualifiés est élevée doivent bénéficier les premiers des investissements. Des emplois doivent également être créés dans les secteurs fondés sur un haut niveau de connaissances et une valeur ajoutée plus importante au fur et à mesure que le niveau d'éducation augmente au Niger ;
* Moderniser le marché du travail afin de le rendre souple en matière d'embauche, de mobilité professionnelle et d’investissements par le secteur privé dans la formation. L’accès à l'emploi doit être égal, tant pour les hommes que pour les femmes. Aussi, il faut réduire le sous-emploi visible qui est une situation où les actifs occupés travaillent involontairement moins d’heures par semaine que celles prévues par la réglementation en vigueur, pour des raisons liées à l’employeur ou à cause d’une mauvaise conjoncture économique. Cette situation concerne beaucoup des jeunes qui occupent des emplois précaires dans l’informel (travail journalier, petit commerce, …) et surtout en milieu rural où le déficit de cycle de vie est plus important.
3. De l’analyse de l’évolution du Ratio de soutien économique selon les NTA
Le ratio de soutien économique est mesuré par le rapport entre le nombre de producteurs effectifs (ceux qui exercent effectivement une activité économique leur permettant d’avoir un revenu) sur le nombre de consommateurs effectif (toute la population). De 1950 à 2000, ce ratio a connu des fluctuations consécutives aux différentes crises qu’a connues le pays au cours de cette période. De 2000 à 2030, il va connaître une baisse régulière, avant d’entamer une augmentation régulière à partir de 2030, qui peut durer une cinquante d’années. La date de 2030 correspondra donc à la date de l’ouverture de la fenêtre d’opportunité pour capturer le Dividende Démographique.
4. De l’analyse du Dividende Démographique selon les NTA
Le Dividende Démographique est mesuré à partir du taux de croissance du ratio de soutien économique. De 1950 à 2000, le Dividende Démographique a été instable (tantôt positif, tantôt négatif) à cause des différentes crises qu’a connues le pays au cours de cette période. De 2000 à 2030, il sera négatif, avant de devenir positif à partir de 2030 et y demeurer durant une cinquante d’années. La date de 2030 correspondra donc à la date de l’ouverture de la fenêtre d’opportunité pour capturer le Dividende Démographique.
Les recommandations qui se dégagent des deux analyses apparentées ci-dessus sont entre autres :
* Améliorer le fonctionnement du Dispositif National de Prévention et de Gestion des Crises Alimentaires (DNPGCA) par le renforcement des capacités des ressources humaines ;
* Rendre effectif l’accompagnement des paysans tel que prévu dans l’Initiative les Nigériens Nourrissent les Nigériens (I3N) ;
* Accélérer la mise en œuvre de façon efficace et efficiente toutes les politiques publiques favorables à la maîtrise de la croissance démographique notamment à travers la gestion responsable de la fécondité (DGPP, PNG, PNPS, PNPF, PNPE, PDS, PNJ, PSEF, PNE, etc.) ;
* Capitaliser les acquis résultant de la mise en œuvre de l’approche « Communes de Convergence », une initiative du Gouvernement du Niger soutenue par le Système des Nations Unies.
5. De l’analyse de la Projection du Dividende Démographique selon les NTA
Dividende Démographique, en termes d’augmentation du revenu par habitant (PIB/tête) qui résulte de la modification de la structure par âge de la population, a été projeté selon les trois hypothèses généralement retenues par la Division de la population des Nations Unies : (i) « Faible Fécondité », c’est-à-dire si on agit véritablement pour maîtriser la fécondité ; (ii) « Fécondité Moyenne », c’est-à-dire si on agit modérément pour maîtriser la fécondité et (iii) « Forte Fécondité » c’est-à-dire si rien n’est fait pour maîtriser la fécondité). Cette projection a fait ressortir deux constats majeurs :
* quel que soit l’hypothèse retenue, la structure par âge de la population va continuer à anéantir les efforts vers l’augmentation du PIB/tête (contributions négatives), c’est-à-dire vers l’atteinte du Dividende Démographique jusqu’en 2030.
* quel que soit l’hypothèse considérée, le niveau de fécondité requis pour que la fenêtre d’opportunité s’ouvre est de 6,2 enfants par femme. Cette ouverture interviendra sous la première hypothèse, en 2025-2030, sous la deuxième hypothèse, en 2030-2035 et sous la troisième hypothèse, en 2035-2040 ; soit, une différence notable de 5 ans environ entre les différentes hypothèses.
Ce qui nécessitera des interventions adéquates pour fléchir l’Indice synthétique de fécondité de son niveau actuel de 7,6 enfants par femme à 6,2 enfants par femme. Les principales orientations relatives à la maîtrise de la fécondité passent par une bonne gouvernance, le développement de la santé reproductive et la sensibilisation de l'ensemble des cibles.
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Les principales interventions sont :
* La signature d'une fiche d'engagement de tous les acteurs ;
* La mise en place d'une orientation et d'une planification stratégique spécifique à chaque groupe ;
* La sensibilisation coordonnée et multisectorielle pour un changement social de comportement ;
* L’amélioration de la Planification familiale ;
* L’amélioration des services de la Santé des Adolescents et des Jeunes (SAJ) ;
* L’amélioration la prise en charge de la santé de l’enfant ;
* L’amélioration de la prise en charge de la mère et du nouveau-né.
Par ailleurs, le modèle de projection démographique DemDiv a aussi été utilisé pour analyser les perspectives démographiques. C’est un modèle qui permet de quantifier le dividende démographique et de démontrer les avantages économiques et sociaux qui découlent des changements démographiques. Il comprend deux sous-modèles : le sous-modèle démographique qui permet de projeter les déterminants de la fécondité et de la mortalité, et partant, la taille et la structure par âge de la population et le sous-modèle économique qui intègre le premier sous-modèle et d’autres variables de politiques économiques afin de projeter le PIB et le PIB par tête.
Trois scénarii ont été construits pour projeter la population totale et le PIB par habitant :
* Scénario 1 : Seules les hypothèses sur l’économie sont retenues dans le modèle ; les indicateurs de l’éducation et de la planification familiale sont supposés invariables.
* Scénario 2 : Les hypothèses sur l’économie et l’éducation sont retenues dans le modèle ; les indicateurs de la planification familiale sont supposés invariables.
* Scénario 3 : Toutes les hypothèses sur l’économie, l’éduction et la planification familiale sont retenues dans le modèle.
Le scénario 3 a été utilisé pour analyser la structure par âges de la population.
Les résultats probants obtenus grâce à ce modèle, permet aussi de dégager des pistes d’intervention pouvant permettre de pousser le Niger vers la capture du Dividende Démographique en vue d’améliorer les conditions de vie de sa population.
6. De l’analyse de l’évolution de la population selon le modèle DemDiv
En 2052, la population du Niger serait de :
* 94 millions d’habitants, avec un taux de croissance démographique moyen de 4,1% par an, selon le scénario 1 ;
* 78 millions d’habitants, avec un taux de croissance démographique moyen de 3,6% par an, selon le scénario 2 ;
* 54 millions d’habitants, avec un taux de croissance démographique moyen de 2,6% par an, selon le scénario 3.
Ainsi, il est évident que ce sont des actions conjuguées dans les trois domaines de développement (économie, éducation et santé/ Planification Familiale) qui permettent de fléchir le taux de croissance démographique.
7. De l’analyse de l’évolution de la structure par âge de la population selon le modèle DemDiv
En agissant de manière combinée sur l’économie, l’éducation et la Planification Familiale (Scénario 3), on aboutirait à une nette amélioration de la structure par âge de la population en 2052, avec une main-d’œuvre. En effet, la proportion dans la population totale, de la population en âge de travailler (15-64 ans) atteindrait celle des pays émergents et des pays développés car elle passerait de 45,0% à 61,4%. En revanche, celle de la jeune population à charge diminuerait de 51,7% à 35,2%, au moment où, celle de la population âgée connaîtrait une relative stabilité en passant de 3,3% à 3,4%. Ce qui est de nature à favoriser l’atteinte du Dividende Démographique à condition que des investissements stratégies soient consentis pour augmenter le ratio de soutien économique.
8. De l’analyse de l’évolution du revenu par tête selon le modèle DemDiv
Si des actions concrètes ne sont pas prises pour améliorer le bien-être de la population, le PIB/tête serait d’environ de 29,96 US$ au Niger en 2052. Cependant, selon le scénario retenu, des gains considérables pourraient être enregistrés par rapport à cette situation de base.
Ainsi, en 2052, le PIB/tête du Niger serait de :
* 127,65 US$, soit un gain 4 fois plus important par rapport à la situation de base, selon le scénario 1 ;
* 248,91 US$, soit un gain 8 fois plus important par rapport à la situation de base, selon le scénario 2 ;
* 345,38 US$, soit un gain 12 fois plus important par rapport à la situation de base, selon le scénario 3.
Ainsi, il est évident que ce sont des actions conjuguées dans les trois domaines de développement (économie, éducation et santé/ Planification Familiale) qui permettent d’enregistrer des gains considérables en termes d’augmentation de PIB/tête. Ce qui est de nature à favoriser l’atteinte du Dividende Démographique.
Les trois analyses ci-dessus, qui sont d’ailleurs intimement liées, appellent donc des investissements dans l’économie, l’éducation et la santé/Planification Familiale.
Au moment, où, les cinq (5) autres pays bénéficiaires du Projet Régional pour l’Autonomisation des Femmes et le Dividende Démographique au Sahel (SWEDD) ont fourni des efforts pour ouvrir depuis belle lurette, la fenêtre d’opportunité pour capturer le Dividende Démographique, le Niger « traîne encore le pas » et hésite à mettre à prendre des mesures salvatrices en matière de population et développement pour les rejoindre.
Le Niger ne verra l’ouverture de sa fenêtre d’opportunité qu’au cours de la période 2035-2040 si des mesures conséquentes ne sont pas envisager pour accélérer la transition démographique et investir de façon stratégique dans les secteurs qui contribuent au renforcement du capital humain (santé et éducation) et à la création d’emplois suffisants notamment au profit des jeunes et des femmes.
Par contre si ces investissements sont consentis, l’ouverture interviendra au cours de la période 2025-2030, soit 10 ans plus tôt. Le Niger a intérêt à agir le plus tôt possible pour cesser d’être le dernier pays au monde sur la base de l’Indice de Développement Humain (IDH). Ce rang qu’il occupe sur le plan mondial, est sans aucun doute, intimement lié à l’extrême jeunesse de sa population, qui n’est pas favorable au développement socioéconomique et humain. Les pays émergents et les pays développés ont investi massivement pour transformer la structure par âge de leur population, ce qui leur a permis d’être ce qu’ils sont aujourd’hui.
Ils ont déjà tracé le chemin de la lutte contre la pauvreté, le Niger a intérêt à le suivre pour maîtriser son taux de croissance démographique, améliorer la situation alimentaire et nutritionnelle de sa population, assurer la couverture des besoins sociaux de base (santé et éducation) de ses enfants et créer suffisamment d’opportunités socioéconomiques pour les adolescentes, les femmes et les jeunes afin d’améliorer son Indice de développement humain (IDH). Il a par ailleurs, la chance de tirer les bonnes leçons apprises pour les appliqués afin d’éviter de tomber dans les quelques pièges tels que la gestion du vieillissement de la population dont ont été victimes certains pays développés. Il est temps d’agir, le Niger n’a plus le droit d’attendre, attendre encore et encore, s’il veut améliorer les conditions de vie de sa population.
________________
Annexe
Annexe 1 : Profils de consommation privée par type
Source : Comptes nationaux 2014, calculs des auteurs.
Annexe 2 : Déficit de cycle de vie agrégé selon le sexe
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
________________
Annexe 3 : Déficit de cycle de vie agrégé selon le sexe
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
Annexe 4 : Revenu du travail agrégé par type
Source : CREFAT, à partir des données l’ECVMA 2014.
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Annexe 5 : Evolution du Ratio de soutien et du Dividende Démographique dans le temps
Année
Ratio de Soutien
Dividende Démographique
Année
Ratio de Soutien
Dividende Démographique
1950
0,36
2001
0,39
-0,17
1951
0,36
0,43
2002
0,39
-0,31
1952
0,36
0,41
2003
0,39
-0,41
1953
0,36
0,38
2004
0,39
-0,48
1954
0,37
0,34
2005
0,39
-0,55
1955
0,37
0,28
2006
0,38
-0,62
1956
0,37
0,19
2007
0,38
-0,67
1957
0,37
0,12
2008
0,38
-0,69
1958
0,37
0,07
2009
0,38
-0,70
1959
0,37
0,03
2010
0,37
-0,71
1960
0,37
-0,02
2011
0,37
-0,71
1961
0,37
-0,06
2012
0,37
-0,69
1962
0,37
-0,08
2013
0,36
-0,65
1963
0,37
-0,08
2014
0,36
-0,61
1964
0,37
-0,07
2015
0,36
-0,58
1965
0,37
-0,07
2016
0,36
-0,57
1966
0,37
-0,07
2017
0,36
-0,56
1967
0,37
-0,04
2018
0,35
-0,56
1968
0,37
0,03
2019
0,35
-0,56
1969
0,37
0,11
2020
0,35
-0,57
1970
0,37
0,21
2021
0,35
-0,58
1971
0,37
0,32
2022
0,35
-0,56
1972
0,37
0,43
2023
0,34
-0,51
1973
0,37
0,54
2024
0,34
-0,44
1974
0,37
0,63
2025
0,34
-0,35
1975
0,38
0,71
2026
0,34
-0,25
1976
0,38
0,78
2027
0,34
-0,14
1977
0,38
0,81
2028
0,34
-0,02
1978
0,39
0,79
2029
0,34
0,08
1979
0,39
0,67
2030
0,34
0,16
1980
0,39
0,43
2031
0,34
0,23
1981
0,39
0,10
2032
0,34
0,28
1982
0,39
-0,16
2033
0,34
0,33
1983
0,39
-0,32
2034
0,35
0,37
1984
0,39
-0,37
2035
0,35
0,40
1985
0,39
-0,35
2036
0,35
0,43
1986
0,39
-0,27
2037
0,35
0,46
1987
0,38
-0,15
2038
0,35
0,49
1988
0,38
-0,02
2039
0,35
0,53
1989
0,39
0,09
2040
0,36
0,57
1990
0,39
0,16
2041
0,36
0,61
1991
0,39
0,18
2042
0,36
0,65
1992
0,39
0,20
2043
0,36
0,69
1993
0,39
0,22
2044
0,37
0,72
1994
0,39
0,23
2045
0,37
0,75
1995
0,39
0,23
2046
0,37
0,77
1996
0,39
0,22
2047
0,37
0,79
1997
0,39
0,22
2048
0,38
0,82
1998
0,39
0,20
2049
0,38
0,85
1999
0,39
0,13
2050
0,38
0,88
2000
0,40
0,00
________________
Annexe 6 : Différentes crises alimentaires survenues au Niger et leurs conséquences
Période
Intensité
Causes
1850-1855
Majeure
Epizootie, Epidémies et sècheresse, Conflits armés
1864-1866
Moyenne
Epidémies, Epizootie combinée par des attaques acridiennes, Conflits armés
1870-1873
Majeure
Sécheresse insuffisance de pluviométrie combinée d’une succession de campagne agricole déficitaire Epidémies, Epizooties et conflits armés
1890-1893
Majeure
Epizooties, Epidémies plus de 90% du cheptel décimé
1900-1903
Moyenne
Sécheresse insuffisance de pluviométrie combinée d’une succession de campagne agricole déficitaire conflits armés (Guerre Coloniale)
1913-1914
Majeure
Sécheresse déficit de pluviométrie, Epidémies, domination coloniale (Guerre Coloniale)
1931-1932
Majeure
Attaques acridiennes combinées par des épidémies et de Epizooties aggravée par la domination coloniale
1954-1957
Mineure
Invasion acridienne suivit par la destruction massive de la végétation et des récoltes, Epidémies, Epizooties aggravées par la domination coloniale
1966-1967
Mineure
Sécheresse combinée à des attaques acridiennes
1973-1974
Majeure
Succession déficits pluviométriques importants, attaques acridiennes et gerboises
1984-1985
Majeure
Attaques acridiennes massives et de gerboises amplifiées par la fermeture de la frontière du Nigeria
1991-1992
Mineure
Insuffisance de pluies et leur mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace ; l’existence d’une rébellion armée dans le nord du pays
1994-1995
Mineure
Invasion acridienne massives dans le nord et l’ouest du pays aggravée par une épidémie de méningite et choléra ; persistance des conflits armés et dévaluation du francs CFA en 1994
1997-1998
Moyenne
Sécheresse, attaques acridiennes, épidémies, inondations, amoindrissement de l’aide au développement dû au coup d’état militaire
2000-2001
Moyenne
Sécheresse, invasion acridiennes et inondations.
Disponibilité et accessibilité limitées (12 mois d’arriérés de salaires en 2000)
2004-2005
Majeure
Indisponibilité et non stabilité de l’offre alimentaire (inexistence des stocks de réserve)
2009-2010
Majeure
Sécheresse et inondations
________________
Bibliographie
Centre de Recherche en Economie et Finance Appliquée de Thiès (2014), Méthodologie de construction des comptes de transferts nationaux. Version 2.0. Manuel de formation.
Enquête conjointe sur la Vulnérabilité à l’Insécurité Alimentaire (2015). Cellule de Coordination du Système d’Alerte Précoce et de Prévention des Catastrophes. Institut National de la Statistique du Niger.
Harouna Ibrahima et Bilyamini Ekade (2011), Étude de la dynamique des consommations alimentaires au Niger et des impacts de la hausse des prix des denrées alimentaires. Ministère de l’agriculture et de l’élevage.
Institut National de la Statistique (2010), Annuaire statistique des cinquante ans d’indépendance du Niger. Edition spéciale
Institut National de la Statistique (2012), Rapport sur la situation socioéconomique des personnes âgées. Quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat du Niger.
Latif Dramani (2016), Economie générationnelle et Dividende Démographique. Théorie et applications au Sénégal. Tome 2. L’Harmattan.
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[1] « Je renouvelle mon engagement et celui du Gouvernement du Niger à investir dans la santé et la nutrition de nos femmes et nos enfants, d’éduquer mieux et de laisser le plus longtemps possible nos filles à l’école, de ne pas les marier très tôt, de travailler avec tous pour garantir une meilleure santé des familles et offrir un meilleur avenir aux jeunes. Je suis convaincu que mes homologues chefs d’Etat dans le Sahel agiront dans le même sens. J’invite nos partenaires internationaux à accompagner les pays du Sahel sur ce chemin qui conduira vers une région plus riche, plus prospère et plus inclusive ».
[2] La mise en valeur prévue en 2012 est reportée à 2015
[3] Enquête nationale sur les Conditions de Vie des Ménages et l’Agriculture (ECVMA), 2011.
[4] Jean-Pierre Guengant, Comment bénéficier du dividende démographique ?
[5]La notion du développement durable qui est selon le rapport Brundtland : « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »
[6]Résultats provisoires de EDSN-MICS-2012.
[7] Plan d’Action de la Conférence Internationale sur la Population (PA/ CIPD, 1994.
[8] EDSN-MICS IV 2012
[9]En juin 2013, le réseau des NTA compte 41 pays membres.
[10]Confère dictionnaire des variables
[11] Division de la population des Nations Unies.
[12] Le sous-modèle démographique repose sur un modèle précédent du Futures Group appelé RAPID Women (Moreland, 2012) mais les équations démographiques sous-jacentes ont été ré-estimées pour DemDiv. Toutes les relations statistiques ont été déterminées en utilisant une simple régression linéaire dans Stata 12. Dans certains cas, une transformation logarithmique des données a été faite avant la régression (une régression du logarithme naturel de la variable dépendante sur le logarithme naturel de la variable indépendante) pour assurer un meilleur ajustement. Les coefficients résultant des équations de transformation logarithmique peuvent être interprétés comme des "élasticités", c.-à-d. le changement en pourcentage de la variable dépendante produit par un changement d'un pourcent dans la variable indépendante.
[13] Selon les Enquêtes démographiques et de santé (EDS), une naissance à haut risque est toute naissance à laquelle s'applique l'un des critères suivants: (i) La mère a moins de 18 ans (trop jeune), (ii) La mère a plus de 34 ans (trop vieille), (iii) La naissance survient moins de 24 mois après une naissance précédente (naissances trop rapprochées), (iv) La mère a déjà eu plus de trois naissances (naissances trop nombreuses).

